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| Various ways of avoiding visual contact with the outside world using yellow isolating tape - 1998 (c) Michaël Borremans |
mercredi 1 février 2017
le séisme ne fend pas la terre en deux
c’est ton corps
et ton corps seul qui propage les déflagrations
tes angoisses coulent des fentes
quand tes mains peinent à suivre les fourmis
où poser ton regard aujourd’hui
si ce n’est au creux de l’arbre
le vide n’est pas rien
apaise
*
ta bouche
figée depuis la foudre dans un grand O
voilà une lettre qui promettait bien des choses
le plaisir clôturant la peau
dans le cerclage, la ligature des mots
quand tu te regardes dans le miroir
tu vois en ton reflet cette blessure nette
qui pose son ombre sur la page
*
les coups de feu t’ont fourragé l’oreille
tu n’as pas entendu la mort, tu as senti
l’odeur brève, puissante
du sang
tu as senti
sous la toile de ta robe, au niveau du pubis
l’écoulement de la matière
*
la décomposition annoncée d’une époque
dans la poussée organique des phrases
voilà ce qui a pendant des jours
et des jours
arrosé la planète
et toujours le O de ta bouche mutique
qui flotte pendant que montent les eaux
*
combien sommes nous maintenant sur la grève
totalement tétanisés par le grondement sourd
des paroles qui s’emballent
le silence se profile dans la seconde vague
elle balaiera tout
*
la catastrophe fera table rase
te laissera nue
sur la plage
tu devras réapprendre
– ne l’avons nous pas fait ?
à faire sourdre du O
gémissement sauvage
un nouvel alphabet
c’est ton corps
et ton corps seul qui propage les déflagrations
tes angoisses coulent des fentes
quand tes mains peinent à suivre les fourmis
où poser ton regard aujourd’hui
si ce n’est au creux de l’arbre
le vide n’est pas rien
apaise
*
ta bouche
figée depuis la foudre dans un grand O
voilà une lettre qui promettait bien des choses
le plaisir clôturant la peau
dans le cerclage, la ligature des mots
quand tu te regardes dans le miroir
tu vois en ton reflet cette blessure nette
qui pose son ombre sur la page
*
les coups de feu t’ont fourragé l’oreille
tu n’as pas entendu la mort, tu as senti
l’odeur brève, puissante
du sang
tu as senti
sous la toile de ta robe, au niveau du pubis
l’écoulement de la matière
*
la décomposition annoncée d’une époque
dans la poussée organique des phrases
voilà ce qui a pendant des jours
et des jours
arrosé la planète
et toujours le O de ta bouche mutique
qui flotte pendant que montent les eaux
*
combien sommes nous maintenant sur la grève
totalement tétanisés par le grondement sourd
des paroles qui s’emballent
le silence se profile dans la seconde vague
elle balaiera tout
*
la catastrophe fera table rase
te laissera nue
sur la plage
tu devras réapprendre
– ne l’avons nous pas fait ?
à faire sourdre du O
gémissement sauvage
un nouvel alphabet
publication initiale sur Les cosaques des Frontières
mardi 20 décembre 2016
lundi 19 décembre 2016
mardi 29 novembre 2016
on n'en finit pas de jouer du scalpel
de tenter de crever l'abcès
qui enfle la gencive
on n'en finit pas de triturer charcuter
de tenter par la lame dans la chair malmenée
de comprendre enfin
peut-être
que le vers ne git pas
dans la langue
sous le palais
au bord de l'amygdale
qu'au dessous de la lèvre on finit par trouver
un mot infiniment petit un mot noyé
dans le flux de salive
que le moindre baiser s'attelle à avaler
on finit par saisir
qu'on écrit comme on mange
qu'on écrit comme on baise
gloutonnement
sans ponctuation
avec avidité
- ô cette peur du manque
de tenter de crever l'abcès
qui enfle la gencive
on n'en finit pas de triturer charcuter
de tenter par la lame dans la chair malmenée
de comprendre enfin
peut-être
que le vers ne git pas
dans la langue
sous le palais
au bord de l'amygdale
qu'au dessous de la lèvre on finit par trouver
un mot infiniment petit un mot noyé
dans le flux de salive
que le moindre baiser s'attelle à avaler
on finit par saisir
qu'on écrit comme on mange
qu'on écrit comme on baise
gloutonnement
sans ponctuation
avec avidité
- ô cette peur du manque
t'écrire
trouver une image
une incisive
une qui pose sa blessure effilée
sur la joue ou le cœur
t'écrire
en route pour le dernier vers
jusqu’à ce que l'hexasyllabe se noie hors du poème
ce poème
celui que je t'écris
n'a rien à voir avec le cœur
le fruit sec collé là où feint mon sourire
n'a rien à faire sur ma joue non plus
ma belle joue de bœuf
épaisse comme l'orgueil
du pouvoir
te l'écrire
comme on dirait je t'aime
mentir un peu y croire quand même
trouver une image
une incisive
une qui pose sa blessure effilée
sur la joue ou le cœur
t'écrire
en route pour le dernier vers
jusqu’à ce que l'hexasyllabe se noie hors du poème
ce poème
celui que je t'écris
n'a rien à voir avec le cœur
le fruit sec collé là où feint mon sourire
n'a rien à faire sur ma joue non plus
ma belle joue de bœuf
épaisse comme l'orgueil
du pouvoir
te l'écrire
comme on dirait je t'aime
mentir un peu y croire quand même
dimanche 27 novembre 2016
pendant qu'autour de moi
des gens avancent
des politiques tracent
des poètes percent
des familles pleurent
je fais
je refais
du surplace
j'écris
un peu de poésie
chosettes en ligne
en vertical
j'y mets des hommes
j'y mets des femmes
des maux de couples
j'écris
gratte au milieu
des caroncules
et sur l'écran
du sang
des larmes
la morve un peu
j'écris
sur la pupille
insiste
je ne vois rien
l’œil bande
mou
j'écris
des gens avancent
des politiques tracent
des poètes percent
des familles pleurent
je fais
je refais
du surplace
j'écris
un peu de poésie
chosettes en ligne
en vertical
j'y mets des hommes
j'y mets des femmes
des maux de couples
j'écris
gratte au milieu
des caroncules
et sur l'écran
du sang
des larmes
la morve un peu
j'écris
sur la pupille
insiste
je ne vois rien
l’œil bande
mou
j'écris
dimanche 13 novembre 2016
écoute
fourre-toi ça dans l'oreille
la gauche, la droite, tu peux
me déshabiller, me rhabiller
montrer mes seins, mon cul
ma rate
poser un voile
pudique sur ma chair hachurée
vas-y, tu peux
décider, disposer, de mon corps, de ma tête
de ma bouche, de mes lettres
dis-le, écris-le, mon cerveau est à toi
tu le penses et le crois
tu sais mieux, tu sais plus
dans ton costume trois pièces
dans ton carnet de chèques
dans ton très grand bureau
et ta langue est habile
pour te mouiller le doigt
pour compter, recompter
les pages du livre, le fric
écoute-moi
fourre-toi ça dans les yeux
ma peau
ma lymphe
ma matière molle
tu sais, cette chair élastique
tu pourras la couper en tout petits morceaux
me pendre au bout d'une branche
exposer en sucette
publicitaire
ma raie et mes tétons
vas-y mon gars
vas-y, fais toi plaisir
passe le moindre de mes centimètres
à la moulinette
tu n'as rien d'autre à faire, tu auras beau y faire
je reste encore
encore
moi
syllabe unique
impossible
moi
arête tranchante
en travers de ta gorge
fourre-toi ça dans l'oreille
la gauche, la droite, tu peux
me déshabiller, me rhabiller
montrer mes seins, mon cul
ma rate
poser un voile
pudique sur ma chair hachurée
vas-y, tu peux
décider, disposer, de mon corps, de ma tête
de ma bouche, de mes lettres
dis-le, écris-le, mon cerveau est à toi
tu le penses et le crois
tu sais mieux, tu sais plus
dans ton costume trois pièces
dans ton carnet de chèques
dans ton très grand bureau
et ta langue est habile
pour te mouiller le doigt
pour compter, recompter
les pages du livre, le fric
écoute-moi
fourre-toi ça dans les yeux
ma peau
ma lymphe
ma matière molle
tu sais, cette chair élastique
tu pourras la couper en tout petits morceaux
me pendre au bout d'une branche
exposer en sucette
publicitaire
ma raie et mes tétons
vas-y mon gars
vas-y, fais toi plaisir
passe le moindre de mes centimètres
à la moulinette
tu n'as rien d'autre à faire, tu auras beau y faire
je reste encore
encore
moi
syllabe unique
impossible
moi
arête tranchante
en travers de ta gorge
mercredi 9 novembre 2016
«Peut-être que la poésie est capable d’activer dans la langue ce que la vie aurait manqué dans le monde»
Stéphane Bouquet, Le grand entretien, Diacritik, 8/11/16
[Aujourd'hui 9 novembre 2016, cette phrase résonne particulièrement]
dimanche 30 octobre 2016
Chapitres de la chute = saga des Lehman brothers de Stefano Massini
« Nous sommes comme une automobile
qui n’a pas de frein
-et vous le savez-
mais tout en le sachant, monsieur mon père,
vous poussez son moteur pour qu’elle monte plus haut
toujours plus haut
tout en haut de la montagne
seulement parce que le moteur est puissant
seulement parce que le moteur est un bolide
et qu’il résiste - et comment ! -
Il résiste parfaitement à l’effort…
Mais je vous demande :
Une fois arrivé là-haut
comment ferez-vous pour redescendre sans les freins ? »

Réecouter sur France Culture la pièce en 10 épisodes là
l'épisode 1 pour la route ci-dessous
qui n’a pas de frein
-et vous le savez-
mais tout en le sachant, monsieur mon père,
vous poussez son moteur pour qu’elle monte plus haut
toujours plus haut
tout en haut de la montagne
seulement parce que le moteur est puissant
seulement parce que le moteur est un bolide
et qu’il résiste - et comment ! -
Il résiste parfaitement à l’effort…
Mais je vous demande :
Une fois arrivé là-haut
comment ferez-vous pour redescendre sans les freins ? »
Chapitres de la chute : saga des Lehman Brothers
de Stefano Massini, L'Arche, 2013
de Stefano Massini, L'Arche, 2013
***
Vu au TPN (Toulouse) la présentation du travail du groupe Théâtre -Création, mise en scène librement inspiré des Chapitres de la chute – Saga Lehman Brothers de Stefano Massino, de façon magistrale par Olivier Jeannelle - Quelques photos
Réecouter sur France Culture la pièce en 10 épisodes là
l'épisode 1 pour la route ci-dessous
dimanche 18 septembre 2016
lundi 12 septembre 2016
Publication sur Les Cosaques des frontières
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| (c) Bruno Legeai |
Un extrait
"le séisme ne fend pas la terre en deux
c’est ton corps
ton corps seul qui propage les déflagrations
tes angoisses coulent des fentes
quand tes mains peinent à suivre les fourmis
où poser ton regard aujourd’hui
si ce n’est dans le creux de l’arbre
le vide n’est pas rien
apaise
ta bouche
figée depuis la foudre dans un grand O
voilà une lettre qui promettait bien des choses
le plaisir clôturant la peau
dans le cerclage, la ligature des mots
quand tu te regardes dans le miroir
tu vois en ton reflet cette blessure nette
qui pose son ombre sur la page [...]"
samedi 10 septembre 2016
le chien portait autour du cou des marques profondes d'attachement
le maitre portait sur les joues les traces violettes des morsures
et tous deux roulaient dans la terre rouge chaude
c'était à qui serait plus esclave que l'esclave
qui avalerait d'un coup
le vivant et la mort
qui deviendrait l'animal de l'autre
recommencerait dans des aboiements sourds
l'histoire circulaire
continue
qui les faisait glapir, gémir
qui les intimait dans la répétition
de jouir encore
et encore
des odeurs de charogne
le maitre portait sur les joues les traces violettes des morsures
et tous deux roulaient dans la terre rouge chaude
c'était à qui serait plus esclave que l'esclave
qui avalerait d'un coup
le vivant et la mort
qui deviendrait l'animal de l'autre
recommencerait dans des aboiements sourds
l'histoire circulaire
continue
qui les faisait glapir, gémir
qui les intimait dans la répétition
de jouir encore
et encore
des odeurs de charogne
vendredi 9 septembre 2016
me revient en mémoire
ce qualificatif de longue laisse
à propos de poèmes
déroulés sur la page
déroulés sur la page
me reviennent en mémoire
les flux incontrôlés
vers après vers
pelure après pelure
pelure après pelure
mes boyaux dénudés
revenus en mémoire
l'espace de huit vers
l'espace de huit vers
la chose et son contraire
car que me dit le mot
coupé du dictionnaire
coupé du dictionnaire
si ce n'est que j'écris
animal domestique
tous les mots en collier
animal domestique
tous les mots en collier
si ce n'est que j'écris
comme un chien aboie
sa rage et sa colère
décuplées par le cuir
du silence des miens
comme un chien aboie
sa rage et sa colère
décuplées par le cuir
du silence des miens
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