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| (c) Bruno Legeai |
mercredi 2 août 2017
jeudi 15 juin 2017
dimanche 11 juin 2017
Nuit de la pleine lune à la Cave Poésie 9 juin (Toulouse)
Nuit de pleine lune le 9 juin à la Cave poésie, bien que le "e" de mon prénom se soit fait la malle, c'est bien moi qui ai lu cette nuit là un extrait d'un recueil inédit "tu écris des poèmes". Il y avait aussi les poèmes de Hervé, il y avait la voix de Eledali, il y avait la Mandorle et ses chants polyphoniques de la Renaissance... c'était chaleureux, bigarré, plein de mots et de bienveillance des uns et des autres, sur scène et dans la salle.




"tu écris des poèmes
tu précises
tu n'écris que des poèmes
après avoir perdu des années à tirer le récit par les cheveux
tu décides
un jour
d'écrire
du coq à l'âne
d'évider sur le billot sans queue ni tête
sans bouche ni main
ton ventre
d'y secouer les mots dans tous les sens
à bride abattue
jusqu'à respirer sur la table
l'odeur de langue coupée"
extrait de Tu écris des poèmes - recueil inédit




"tu écris des poèmes
tu précises
tu n'écris que des poèmes
après avoir perdu des années à tirer le récit par les cheveux
tu décides
un jour
d'écrire
du coq à l'âne
d'évider sur le billot sans queue ni tête
sans bouche ni main
ton ventre
d'y secouer les mots dans tous les sens
à bride abattue
jusqu'à respirer sur la table
l'odeur de langue coupée"
extrait de Tu écris des poèmes - recueil inédit
lundi 5 juin 2017
il suffit de dire #2
pour dire
les mots manquent
le trou dans la poitrine a la forme d'une bouche
où des alvéoles palpitent comme de petites dents
elles te mâchent, te rabâchent
mais tout au fond - du vent
où sont les souvenirs ? nulle part
- néant
un jour, tu décides de passer le doigt sur cette déchirure
nette et propre, la photo découpée
redonne à l'enfance une vision tronquée
les mots manquent
le trou dans la poitrine a la forme d'une bouche
où des alvéoles palpitent comme de petites dents
elles te mâchent, te rabâchent
mais tout au fond - du vent
où sont les souvenirs ? nulle part
- néant
un jour, tu décides de passer le doigt sur cette déchirure
nette et propre, la photo découpée
redonne à l'enfance une vision tronquée
il suffit de dire #1
c'est très facile
il suffit un jour de dire
de décider que
tu n'existes pas
que la douleur au creux du torse n'existe pas
que toujours l'utérus fut vide, que le lien
premier de l'ombilic n'existe pas
qu'il n'y a jamais eu de toi et moi
oui, que ce nous n'existe pas
à le répéter du matin jusqu'au soir
il ne restera dans le vers que ce pas
à faire
pour basculer dans le vide
rayer l'histoire d'un coup
de noir
dans lequel il m'arrive de douter, moi aussi
que je sois vraiment là
il suffit un jour de dire
de décider que
tu n'existes pas
que la douleur au creux du torse n'existe pas
que toujours l'utérus fut vide, que le lien
premier de l'ombilic n'existe pas
qu'il n'y a jamais eu de toi et moi
oui, que ce nous n'existe pas
à le répéter du matin jusqu'au soir
il ne restera dans le vers que ce pas
à faire
pour basculer dans le vide
rayer l'histoire d'un coup
de noir
dans lequel il m'arrive de douter, moi aussi
que je sois vraiment là
dimanche 4 juin 2017
je dois continuer à écrire
poser mes cailloux sur chaque parcelle de ma peau
sur ma bouche, mes yeux, ma rotule, mon cheveu
des cailloux ronds, des cailloux blonds
des gris, des aigus, des graves
chacun déroulant sa syllabe
faisant de mon corps une phrase
et tant pis si je ne veux rien dire
tant pis...
n'y a-t-il pas de la beauté à faire des ricochets
sur la surface irisée de la page ?
poser mes cailloux sur chaque parcelle de ma peau
sur ma bouche, mes yeux, ma rotule, mon cheveu
des cailloux ronds, des cailloux blonds
des gris, des aigus, des graves
chacun déroulant sa syllabe
faisant de mon corps une phrase
et tant pis si je ne veux rien dire
tant pis...
n'y a-t-il pas de la beauté à faire des ricochets
sur la surface irisée de la page ?
samedi 3 juin 2017
Après la pluie
Voilà mon crâne est propre
Mes os blancs et lustrés
L'odeur de terre rampe
La lumière fait des bonds
Ma pièce est concave
Le paysage rond
Après la pluie toujours
Le calme emboîtement
J'entre
De plain-pied
Dans le beau temps
Pourtant je sens
À l'intérieur les stries
coupe coupe
déchire arrache
Les lignes qui persistent
Sur ma voûte orbitale
coupe coupe
sur les flancs sur les côtes
Le sabre et son estoc
Dans l'os
Mes os blancs et lustrés
L'odeur de terre rampe
La lumière fait des bonds
Ma pièce est concave
Le paysage rond
Après la pluie toujours
Le calme emboîtement
J'entre
De plain-pied
Dans le beau temps
Pourtant je sens
À l'intérieur les stries
coupe coupe
déchire arrache
Les lignes qui persistent
Sur ma voûte orbitale
coupe coupe
sur les flancs sur les côtes
Le sabre et son estoc
Dans l'os
AaOa n°11
Au sommaire
-Le gang des Poulpeuses
-Mickaël Zermati
-Claude Jeanmart
-Jordi Cerdà
-Hector Yoel Drago Ricardo
-Laurent Meirieu
-Myrtille Visscher
-Catherine Poueyto
-Machin Machin
-Poné
-Murièle Modély
-Roméo Julien
-Jeane
-Benjamin Collin
-Luc Soriano
-Valère Kaletka
-Slim Frozen
-Lilou Acab
-John Beurk
je porte ta langue en collier avec la langue des foules
la langue des hommes aux costumes noirs
la langue confite dans les odeurs de cierges
la langue bouffie de certitudes
la langue mire qui floute les nouvelles
la langue de ma mère la langue de mon père
de l'enfant dont je n'ai pas accouché
le premier cri le dernier hurlement
la langue traînée de sang dans la culotte
coup de massue dans les bars PMU
la langue grasse la langue de promesses la langue de la farce
toutes ces langues qui cognent à mon cou
que je ne comprends pas
la langue des hommes aux costumes noirs
la langue confite dans les odeurs de cierges
la langue bouffie de certitudes
la langue mire qui floute les nouvelles
la langue de ma mère la langue de mon père
de l'enfant dont je n'ai pas accouché
le premier cri le dernier hurlement
la langue traînée de sang dans la culotte
coup de massue dans les bars PMU
la langue grasse la langue de promesses la langue de la farce
toutes ces langues qui cognent à mon cou
que je ne comprends pas
extrait de Je te vois, éditions du Cygne, 2014
samedi 27 mai 2017
40 ans
l'heure est au bilan
il n'y a rien derrière
il n'y a rien devant
et je cherche
dans ce léger vertige
à agripper ta main
je la sens qui se dérobe
je le sens
tu cherches
toi aussi à garder équilibre
à toi aussi, le gouffre devant
derrière le néant
et je continue
dans la montée des palpitations
à chercher d'autres mains
des petites
des vieilles
des mains partout
inutiles appendices accrochés
aux silhouettes sur le fil de la lame
et rien derrière, et rien devant
seulement la mélasse d'un éternel présent
lundi 15 mai 2017
les rêves
sont revenus cette nuit
pendant longtemps, ma tête est restée vide
les alizés soufflaient, je ne retenais
rien
il y a des années, quelqu’un m'a lâché la main
m’a laissé, sommeil après sommeil,
avancer dans le noir
n’attendre de personne une épaule où poser
ma faiblesse
ma faiblesse
cette nuit, les rêves ont reparu
je sens grincer leurs dents
peser au creux des reins leur regard de
félin
le drap est moite
ma bouche humide
je baigne le lit de larmes acides
c’est que leur retour sonne la fin du
repos
j’entends dans le long défilé, le
broiement de mes os
j’entends
les morts
le claquement de crocs, ô rêves
qui grignotez et grignotez le moindre
bout de peau
mettant mon cœur à nu
dénudant ma colonne vertébrale
dénudant ma colonne vertébrale
que l’enfance affleure
que de la moelle épinière coulent les souvenirs
gluants,
graisseux
mêlant sur le matelas le présent
à la chair bigarrée de tous mes revenants
*
à la chair bigarrée de tous mes revenants
*
ces rêves pleins de viande ne me nourrissent pas
il n’y a aucun sens à l’histoire
qui s’affole sur la table
je flotte
refais le passé
refais le passé
la mer y tient le rôle principal, et
j’avale
j’avale comme une oie docile
le corps de mes aïeux
puis je crache sur la nappe
des pelotes de récits
des pelotes de récits
je n’ose y planter la fourchette
c’est que des vers s’agitent
leurs ventres roses, translucides,
tendus
n’attendent que la pointe du couvert
pour dégueuler dans l’assiette
les vagues de coups bas
et mes membres meurtris
et mes membres meurtris
mardi 2 mai 2017
mercredi 12 avril 2017
je marche
au côté des muets
au côté
des sourds
au côté
des aveugles
nos
orbites sont vides
nous
allons à tâtons
nos
visages tournés vers le ciel
nos mains
contre une hanche
un genou
un mollet
certains
vont à quatre pattes
d'autres
usent de souliers
la plupart
rampe
tous
manient l'illusion
extrait de Je te vois, éditions du Cygne, 2014
mercredi 15 mars 2017
Il arrive que
dans un rêve, l'île refasse surface
comme un bouchon de
liège, elle fend la mer en deux
il arrive que d'autres
enveloppes te jettent en pleine face
ton roman noir
noir et risible,
pensent-ils
en se frottant le nez, la bouche
le visage tout entier du charbon du bouchon
et tu te réveilles
palpitante, hagarde
dans cette obscurité
profonde
toujours renouvelée
dimanche 19 février 2017
elle dit je suis heureuse de ne plus me soucier de vous
sa bouche laisse tomber sur la nappe des pierres
de toutes les formes
de toutes les tailles
des rocs épais comme des spasmes
dont elles s'échinent à discerner
les contours entre les quatre coins de la table
et la plus jeune pose ses mains sur ses genoux
où les rocs ont laissé de profondes entailles
l'aînée appuie ses deux mains contre ses seins
pour atténuer un peu le choc des cailloux
toutes deux regardent en tremblant
tout en en haut de la montagne
à travers les roseaux
le trou
immense et insondable
laissé par leur éboulement
sa bouche laisse tomber sur la nappe des pierres
de toutes les formes
de toutes les tailles
des rocs épais comme des spasmes
dont elles s'échinent à discerner
les contours entre les quatre coins de la table
et la plus jeune pose ses mains sur ses genoux
où les rocs ont laissé de profondes entailles
l'aînée appuie ses deux mains contre ses seins
pour atténuer un peu le choc des cailloux
toutes deux regardent en tremblant
tout en en haut de la montagne
à travers les roseaux
le trou
immense et insondable
laissé par leur éboulement
samedi 18 février 2017
il dit la fin du monde est proche
et je regarde sa bouche
poser sur ma joue
poser sur ma joue
la proximité de la fin
d'un monde
notre planète ronde dans le jet de
salive
au coin de ma bouche étirée ma pommette
la terre en miettes dans un sourire
et sombre ma
joue
il dit redit sa bouche appuyée
il dit redit sa bouche appuyée
et son corps et ses
mains
pour que j'entende bien
pour que j'entende bien
de ma bouche la
fin
est proche
comme le mot humide ce trou
au milieu du visage la fin
comme le mot humide ce trou
au milieu du visage la fin
entends-tu que s'arrête
pas seulement l'histoire
la notre
que ma bouche refuse
ma bouche et mes oreilles
dans la grimace du monde
est proche
la fin
d'un mot
est proche
la fin
d'un mot
jeudi 16 février 2017
elle dit je vous salue Marie
on ne sait pas à qui elle parle
qui est cette Marie
et ce qu'elle a à voir
avec nos corps transis
debout devant la table
attendant sans broncher
que Marie lui réponde
qu'elle fasse un signe, bordel
qu'on puisse enfin s'asseoir
ou au moins relâcher
nos corps raides, tenus
par son regard de glace
elle dit vous êtes pleine de grâce
et on louche par en dessous
sur le brouet graisseux
au milieu de la table
nos bouches déformées
par le jus de prière
par la faim qui tenaille
nos corps d'adolescentes
et on fait pénitence, on fait
tout ce qu'elle veut
Marie
Dieu et le reste
qu'on mange
tant que l'on peut
on ne sait pas à qui elle parle
qui est cette Marie
et ce qu'elle a à voir
avec nos corps transis
debout devant la table
attendant sans broncher
que Marie lui réponde
qu'elle fasse un signe, bordel
qu'on puisse enfin s'asseoir
ou au moins relâcher
nos corps raides, tenus
par son regard de glace
elle dit vous êtes pleine de grâce
et on louche par en dessous
sur le brouet graisseux
au milieu de la table
nos bouches déformées
par le jus de prière
par la faim qui tenaille
nos corps d'adolescentes
et on fait pénitence, on fait
tout ce qu'elle veut
Marie
Dieu et le reste
qu'on mange
tant que l'on peut
lundi 13 février 2017
Publication sur Urtica Lit Blog
Publication d'un court récit Les lèvres de ma mère chez Urtica Lit Blog, nouveau blog littéraire de Walter Ruhlmann. Un extrait pour la route :
"Lorsque j'étais petite, nous allions
manger chez mes tantes le dimanche. C'était la belle époque pour ma
mère, ça buvait sec, ça fumait tout autant. Entre le café et le
digeo, maman racontait immanquablement à ses sœurs captivées,
comment ma grosse tête oblongue avait déchiré son con. Elle disait
ça en me couvant d'un regard plein d'amour, le genre de regard
glaireux qui poisse et vous cloue. Je restais silencieuse. J'écoutais
pour la énième fois le long passage, revivais le glissement
interminable dans son vagin. Les tantes s'enivraient de paroles,
elles n'avaient pas d'enfant.
J'imaginais leur bassin tout sec
s'agiter la nuit, je les imaginais se remémorer, filet de salive sur
oreiller mou, les lèvres rouges de maman se déformant sous
l'articulation du mot sexe. Le mot. J'aimais le répéter, le
tordre. Ma mère m'a donné ça aussi. Avec l'obsession de son corps,
le jouir des mots. Mon enfance a été bercée du récit maintes fois
réinventé de l'expulsion de mon corps hors de son ventre, de la
dilatation jusqu'au point de rupture de ses pauvres huit centimètres
de chair sous mes cinquante vagissant et rougeauds."
Le début et la fin sur Urtica Lit Blogdonc
jeudi 2 février 2017
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