nous sommes livides immobiles
serrés les uns contre les autres
comme des cadavres
entassés debout dans l'attente
que la porte s'ouvre se ferme
qu'une giclée de sueur
nous agresse nous emmène
là où il n'y a rien du tout
dans d'autres couloirs
dans d'autres wagons
pour rejoindre immobiles
debout que la porte s'ouvre
se ferme d'autres cadavres entassés
aveugles amorphes
sans idée même de ce qui nous attend après
dans d'autres couloirs
d'autres rames
marcher monter s'entasser
que la porte s'ouvre
se ferme en boucle répéter
les mêmes mots phonèmes phénomènes
qu'une giclée de peur
nous submerge nous emmène
là où nous ne sommes plus du tout
dimanche 24 décembre 2017
dimanche 17 décembre 2017
Tu écris des poèmes - on en parle
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par la poétesse Murièle Camac
"[...]« Tu », dans le livre, c’est « je » – cette fameuse je « autre », celle qui écrit des poèmes, justement. « Tu » est peut-être le meilleur de « je » : une je « obligé[e] d’inventer » pour exister, obligé de se dédoubler (« un peu de noir sur beaucoup de blanc ») et même de se démultiplier, de se décomposer – parties du corps, meuble, île, clavier d’ordinateur. C’est ce dédoublement répété et créateur que la première partie du recueil explore. Corps organique et corps textué dialoguent à tu et à toi. Entre vacillement au bord « du gouffre sous tes pieds » et sensation « que le mystère d’être / sur le poing du poème / est à portée de main », entre « je » absentée et « tu » prétextée, quelque chose prend place : le poème.[...]"
"[...]« Tu », dans le livre, c’est « je » – cette fameuse je « autre », celle qui écrit des poèmes, justement. « Tu » est peut-être le meilleur de « je » : une je « obligé[e] d’inventer » pour exister, obligé de se dédoubler (« un peu de noir sur beaucoup de blanc ») et même de se démultiplier, de se décomposer – parties du corps, meuble, île, clavier d’ordinateur. C’est ce dédoublement répété et créateur que la première partie du recueil explore. Corps organique et corps textué dialoguent à tu et à toi. Entre vacillement au bord « du gouffre sous tes pieds » et sensation « que le mystère d’être / sur le poing du poème / est à portée de main », entre « je » absentée et « tu » prétextée, quelque chose prend place : le poème.[...]"
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lundi 27 novembre 2017
Bouche pleine
tu es assise à table, à faire tourner entre ton pouce et ton index
une coupe remplie d'alcool, disons... du champagne
à laper, tu te reprends, à siroter quelques gorgées, entre deux rires et un regard
/
soudain tu te mets à tousser en postillons serrés, le rêve démesuré
tu bois une bière dans un bock, assise à la table écaillée
pendant que lui regarde dans l'autre pièce, un truc ou l'autre à la télé
/
tu tousses, mais ce n'est pas la bière ou la peur qu'il te voit
à cette heure déjà en train de picoler, qui te fait crachoter
la télé est à fond, il ne t'entend jamais
/
tu bois vite, tu manges vite, tu vis vite, faut faire passer tout ça
lui ou un autre, tu avales, tousses, t'étouffes
ton rêve comme une arête coincée en travers de la gorge
/
faut faire passer tout ça...
t'avais dit ça aussi quand elle avait pris l'aiguille à tricoter
t'avais dit ça tout pareil sans majuscule ni point d'exclamation
l'aiguille à tricoter en métal blanc
/
l'envie de tricoter t'est d'ailleurs passé d'un coup
quand ton regard se pose maintenant
sur la pelote dans le panier
c'est bizarre, tu penses à un crâne réduit en miettes
les fils de laine en boule, comme du tissu cérébral, emmêlés
/
de toute façon, le tricot c'était pour faire plaisir à ta mère
le genre de truc, penses-tu, qui plaît aux hommes, avec les turlutes
le rouge te monte aux joues, parce que ce mot tu ne le dis jamais, ta mère si
/
ton assiette est rouge, tu pensais que peut-être
la couleur passerait avec la mousse
tu as beau picoler, toujours le rouge devant toi
les spaghettis figent dans la sauce grasse
il est neuf heures, tu n'as pas faim
/
l'assiette te donne des hauts le cœur, il ne dit rien
- il ne dit jamais rien
il n'a rien dit la veille, quand tu t'es soudain arrêtée de manger
quelque chose coincé dans l’œsophage
il a juste frappé la table très fort
du plat de la main
/
alors tu avais mis l'assiette au frigo, sans rien dire toi non plus
parce que c'est toujours pareil, tu ne peux t'empêcher de faire tout de travers
non contente de vivre aux crochets de la société, de ta mère, des hommes
tu ne peux t'empêcher de te faire remarquer
/
le ventre
la bouche pleine
l'aiguille à tricoter
tout ce que tu avales
tu le recraches
/
ce matin, tu as ressorti l'assiette
car tu ne peux pas passer ta vie à gaspiller
tout ce qu'on s'échine à te donner
/
ce matin, tu regardes l'assiette
au milieu de tes rêves qui hoquètent
tu avales des bières, l'estomac au bord
tout au bord des lèvres
en chipotant encore
les restes du repas d'hier
une coupe remplie d'alcool, disons... du champagne
à laper, tu te reprends, à siroter quelques gorgées, entre deux rires et un regard
/
soudain tu te mets à tousser en postillons serrés, le rêve démesuré
tu bois une bière dans un bock, assise à la table écaillée
pendant que lui regarde dans l'autre pièce, un truc ou l'autre à la télé
/
tu tousses, mais ce n'est pas la bière ou la peur qu'il te voit
à cette heure déjà en train de picoler, qui te fait crachoter
la télé est à fond, il ne t'entend jamais
/
tu bois vite, tu manges vite, tu vis vite, faut faire passer tout ça
lui ou un autre, tu avales, tousses, t'étouffes
ton rêve comme une arête coincée en travers de la gorge
/
faut faire passer tout ça...
t'avais dit ça aussi quand elle avait pris l'aiguille à tricoter
t'avais dit ça tout pareil sans majuscule ni point d'exclamation
l'aiguille à tricoter en métal blanc
/
l'envie de tricoter t'est d'ailleurs passé d'un coup
quand ton regard se pose maintenant
sur la pelote dans le panier
c'est bizarre, tu penses à un crâne réduit en miettes
les fils de laine en boule, comme du tissu cérébral, emmêlés
/
de toute façon, le tricot c'était pour faire plaisir à ta mère
le genre de truc, penses-tu, qui plaît aux hommes, avec les turlutes
le rouge te monte aux joues, parce que ce mot tu ne le dis jamais, ta mère si
/
ton assiette est rouge, tu pensais que peut-être
la couleur passerait avec la mousse
tu as beau picoler, toujours le rouge devant toi
les spaghettis figent dans la sauce grasse
il est neuf heures, tu n'as pas faim
/
l'assiette te donne des hauts le cœur, il ne dit rien
- il ne dit jamais rien
il n'a rien dit la veille, quand tu t'es soudain arrêtée de manger
quelque chose coincé dans l’œsophage
il a juste frappé la table très fort
du plat de la main
/
alors tu avais mis l'assiette au frigo, sans rien dire toi non plus
parce que c'est toujours pareil, tu ne peux t'empêcher de faire tout de travers
non contente de vivre aux crochets de la société, de ta mère, des hommes
tu ne peux t'empêcher de te faire remarquer
/
le ventre
la bouche pleine
l'aiguille à tricoter
tout ce que tu avales
tu le recraches
/
ce matin, tu as ressorti l'assiette
car tu ne peux pas passer ta vie à gaspiller
tout ce qu'on s'échine à te donner
/
ce matin, tu regardes l'assiette
au milieu de tes rêves qui hoquètent
tu avales des bières, l'estomac au bord
tout au bord des lèvres
en chipotant encore
les restes du repas d'hier
2012 (republication)
lundi 20 novembre 2017
tu écris des poèmes
tu écris des poèmes
tu précises
tu n'écris que des poèmes
après avoir perdu des années
à tirer le récit par les cheveux
tu décides
un jour
d'écrire
du coq à l'âne
d'évider sur le billot sans queue ni tête
sans bouche ni main
ton ventre
d'y secouer les mots dans tous les sens
à bride abattue
jusqu'à respirer sur la table
l'odeur de langue coupée
tu précises
tu n'écris que des poèmes
après avoir perdu des années
à tirer le récit par les cheveux
tu décides
un jour
d'écrire
du coq à l'âne
d'évider sur le billot sans queue ni tête
sans bouche ni main
ton ventre
d'y secouer les mots dans tous les sens
à bride abattue
jusqu'à respirer sur la table
l'odeur de langue coupée
extrait de "tu écris des poèmes" (à paraître)
lecture de passages du recueil à la ZAL le 18 novembre prochain à Montpellier
La ZAL - édition 2017



Laurent Bouisset, Pierre Tilman, myself / Photos d'Isabelle Bonat-Luciani (pour Laurent Bouisset) et de Celle qui Dit (Pierre Tilman & moi)
C'était la ZAL 2017, avec entre autres Laurent Bouisset, Pierre Tilman, Jean Azarel, Remi Chechetto, Natyot (que je n'ai malheureusement pas entendu), Tristan Félix...
Un grand merci à toute l'équipe et tout particulierement à Stéphane et Renaud Vischi.
vendredi 17 novembre 2017
Tu écris des poèmes - on en parle
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par l'auteure Marianne Desroziers
"Murièle Modély s'interroge sur l'activité d'écrire et sur la spécificité de l'écriture poétique en passant par le tu : choix pertinent, tant il est vrai qu'il faut parfois savoir se dédoubler pour mieux s'adresser à l'Autre (et à soi-même). Cette exploration de l'activité d'écrire des poèmes et cette quête de l'identité du poète se font une certaine dose d'auto-dérision et comme toujours – c'est sûrement ce que j'apprécie le plus chez elle – beaucoup de sensualité. Car dans les textes de Murièle Modély, le corps est omniprésent, il déborde de toute part : il jaillit, il exulte, il jouit... et, au milieu de tout ça, avant, pendant, après, il écrit.[...]"
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par la poétesse Murièle Camac
"[...]« Tu », dans le livre, c’est « je » – cette fameuse je « autre », celle qui écrit des poèmes, justement. « Tu » est peut-être le meilleur de « je » : une je « obligé[e] d’inventer » pour exister, obligé de se dédoubler (« un peu de noir sur beaucoup de blanc ») et même de se démultiplier, de se décomposer – parties du corps, meuble, île, clavier d’ordinateur. C’est ce dédoublement répété et créateur que la première partie du recueil explore. Corps organique et corps textué dialoguent à tu et à toi. Entre vacillement au bord « du gouffre sous tes pieds » et sensation « que le mystère d’être / sur le poing du poème / est à portée de main », entre « je » absentée et « tu » prétextée, quelque chose prend place : le poème.[...]"
Retour de lecture sur "Tu écris des poèmes" par Cathy Garcia :
« Tu écris des poèmes », écrit l’auteur, s’adressant à elle-même en usant de ce tu, ce tu qui résonne comme une affirmation ou une accusation, une violence ; aussi bien un silence épais qui vient boucher la sortie des mots qu’un débordement de mots pour recouvrir le silence. Le volcan revient souvent dans l’écriture de Murièle Modély, on pense bien-sûr à l’ile de la Réunion, un volcan peut-être « vibrant et lumineux comme le mot racine/dissimulé dans ta première dent de lait ». Volcan métaphore aussi de ce qui couve dans les entrailles, sous la croûte du quotidien, ce qui brûle et déborde par la moindre fissure, tantôt montagne solide, muette et impassible, tantôt menace d’explosion quand le solide pris de fièvre intense se fait liquide, salive, sueur, sperme, cyprine, alors tout tremble et les mots dévalent « dans tous les sens/à bride abattue/jusqu’à respirer sur la table/l’odeur de langue coupée. [...] »
"Murièle Modély s'interroge sur l'activité d'écrire et sur la spécificité de l'écriture poétique en passant par le tu : choix pertinent, tant il est vrai qu'il faut parfois savoir se dédoubler pour mieux s'adresser à l'Autre (et à soi-même). Cette exploration de l'activité d'écrire des poèmes et cette quête de l'identité du poète se font une certaine dose d'auto-dérision et comme toujours – c'est sûrement ce que j'apprécie le plus chez elle – beaucoup de sensualité. Car dans les textes de Murièle Modély, le corps est omniprésent, il déborde de toute part : il jaillit, il exulte, il jouit... et, au milieu de tout ça, avant, pendant, après, il écrit.[...]"
Lire l'article complet là
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par la poétesse Murièle Camac
"[...]« Tu », dans le livre, c’est « je » – cette fameuse je « autre », celle qui écrit des poèmes, justement. « Tu » est peut-être le meilleur de « je » : une je « obligé[e] d’inventer » pour exister, obligé de se dédoubler (« un peu de noir sur beaucoup de blanc ») et même de se démultiplier, de se décomposer – parties du corps, meuble, île, clavier d’ordinateur. C’est ce dédoublement répété et créateur que la première partie du recueil explore. Corps organique et corps textué dialoguent à tu et à toi. Entre vacillement au bord « du gouffre sous tes pieds » et sensation « que le mystère d’être / sur le poing du poème / est à portée de main », entre « je » absentée et « tu » prétextée, quelque chose prend place : le poème.[...]"
Lire l'article complet là
Retour de lecture sur "Tu écris des poèmes" par Cathy Garcia :
« Tu écris des poèmes », écrit l’auteur, s’adressant à elle-même en usant de ce tu, ce tu qui résonne comme une affirmation ou une accusation, une violence ; aussi bien un silence épais qui vient boucher la sortie des mots qu’un débordement de mots pour recouvrir le silence. Le volcan revient souvent dans l’écriture de Murièle Modély, on pense bien-sûr à l’ile de la Réunion, un volcan peut-être « vibrant et lumineux comme le mot racine/dissimulé dans ta première dent de lait ». Volcan métaphore aussi de ce qui couve dans les entrailles, sous la croûte du quotidien, ce qui brûle et déborde par la moindre fissure, tantôt montagne solide, muette et impassible, tantôt menace d’explosion quand le solide pris de fièvre intense se fait liquide, salive, sueur, sperme, cyprine, alors tout tremble et les mots dévalent « dans tous les sens/à bride abattue/jusqu’à respirer sur la table/l’odeur de langue coupée. [...] »
Lire la suite sur son blog ici
Dominique Boudou en parle aussi sur son blog:
"Murièle Modély, en évoquant l'île de la Réunion où elle est née, pourrait reprendre le célèbre mot de Kafka à propos de Prague : " Cette petite mère a des griffes." Dans Tu écris des poèmes, son sixième recueil publié, l'auteure de Penser maillée questionne de nouveau l'acte d'écrire. Et l'île grandit avec le poème dont la langue résiste au plus profond des plis du corps. " tes poèmes sont / n'importe quelle partie de ton corps / n'importe laquelle / une jambe / un rein / un os / n'importe laquelle / sauf la tête. [...]"
"Murièle Modély, en évoquant l'île de la Réunion où elle est née, pourrait reprendre le célèbre mot de Kafka à propos de Prague : " Cette petite mère a des griffes." Dans Tu écris des poèmes, son sixième recueil publié, l'auteure de Penser maillée questionne de nouveau l'acte d'écrire. Et l'île grandit avec le poème dont la langue résiste au plus profond des plis du corps. " tes poèmes sont / n'importe quelle partie de ton corps / n'importe laquelle / une jambe / un rein / un os / n'importe laquelle / sauf la tête. [...]"
Lire la suite sur son blog ici
Commander le livre sur le site de l'éditeur : http://bit.ly/2munPnZ
mercredi 15 novembre 2017
Parution
Parution de "Tu écris des poèmes" aux Editions du Cygne.
En savoir + & commander, suivez le lien http://bit.ly/2munPnZ
Je lirai des extraits du recueil samedi 18 novembre vers 16h40
à Montpellier pendant la manifestation littéraire
de la Zone d'Autonomie Littéraire
En savoir + & commander, suivez le lien http://bit.ly/2munPnZ
Je lirai des extraits du recueil samedi 18 novembre vers 16h40
à Montpellier pendant la manifestation littéraire
de la Zone d'Autonomie Littéraire
dimanche 5 novembre 2017
Parfois la phrase te fait le même effet
que la parole vide d'un homme politique
répétée en boucle sur les réseaux sociaux
la phrase comme un grelot
un crissement d'ongle sur un tableau
parfois la phrase
t'irrite
t'agresse
te donne envie d'être une plante verte sur le rebord de la fenêtre
la traînée brillante d'une limace sur la poubelle
d'être une mouche, son piquetis noir sur la vitre sale
d'être le crépi sur le mur
la table froide sous la main
de n'être qu'une chose
inerte mais vivante
que la parole vide d'un homme politique
répétée en boucle sur les réseaux sociaux
la phrase comme un grelot
un crissement d'ongle sur un tableau
parfois la phrase
t'irrite
t'agresse
te donne envie d'être une plante verte sur le rebord de la fenêtre
la traînée brillante d'une limace sur la poubelle
d'être une mouche, son piquetis noir sur la vitre sale
d'être le crépi sur le mur
la table froide sous la main
de n'être qu'une chose
inerte mais vivante
samedi 4 novembre 2017
mardi 17 octobre 2017
Parfois une phrase te fait le même effet
qu'un glaçon sucé
en plein soleil, un après midi d'été
morsure et frisson
sur la peau et la langue
parfois une phrase se plante d'un seul coup
en plein milieu du cœur
en gros bouillons de mots, entre la veine et l'aorte
parfois tu es vivante, d'autres fois morte
mais toujours la phrase va et vient quand tu
écosses les petits pois
écoutes la radio
fais l'amour
lis un livre
voilà ce qu'elles font, les phrases
qui te retournent, t'attrapent, t'embrassent à pleine bouche
ces phrases
qui n'ont aucun sens, aucune raison d'être
à part d'être jolies, ou tendres, ou dures
caresse et morsure
sur la joue et la main
qu'un glaçon sucé
en plein soleil, un après midi d'été
morsure et frisson
sur la peau et la langue
parfois une phrase se plante d'un seul coup
en plein milieu du cœur
en gros bouillons de mots, entre la veine et l'aorte
parfois tu es vivante, d'autres fois morte
mais toujours la phrase va et vient quand tu
écosses les petits pois
écoutes la radio
fais l'amour
lis un livre
voilà ce qu'elles font, les phrases
qui te retournent, t'attrapent, t'embrassent à pleine bouche
ces phrases
qui n'ont aucun sens, aucune raison d'être
à part d'être jolies, ou tendres, ou dures
caresse et morsure
sur la joue et la main
samedi 14 octobre 2017
Feu de tout bois - on en parle #2
Sanda Voïca parle de mon recueil Feu de tout bois, publié par la revue Nouveaux Délits, dans le numéro 28 de la revue Paysages écrits :
"Dans ce recueil, Murièle Modély
fait, encore une fois, en paraphrasant le titre, poème de tout bois. Chaque
instant vécu devient poésie. Et quelle poésie : visions et épiphanies, sans
cesse. Visions : « certains jours/la langue quitte la bouche/et se
balade limace au-dessus de nos têtes » (cuisine). Vision apocalyptique dans voie basse. On pourrait même parler d’un livre des visions. Mais il
y a des épiphanies aussi, et elles coïncident souvent avec les visions : le
poème sommeil à citer en entier. Le
quotidien, le passé (l’enfance) et le futur passés à la moulinette et
réassemblés, avec quelques ingrédients : humour, voire dérision, lucidité,
intelligence, maîtrise de la langue et dépassement du langage [...]"
Lire la revue ici
Commander le livre là
mardi 10 octobre 2017
tu ne sais pas qui, mais quelqu'un
tu sens sa présence derrière ton dos
quelqu'un
est sur le point de te pousser
tu hésites, assise au bord de l'eau
les pieds empêtrés dans les draps de ce rêve dont tu ne vois pas le fond
quelqu'un dans ton dos, tu le sens
quelqu'un
crie
saute, mais saute donc !
tout vaut mieux que la peur
tout vaut mieux que rester là
immobile et docile
tu écris des poèmes, alors quoi
que veut dire cette peur ? saute mais saute donc !
il faut bien que quelque chose se passe
il faut bien que quelque chose se casse
à la fin
tout à la fin
quand quelqu'un finit par lancer pour faire des ricochets
des cailloux ronds
polis
sur ta bouche et tes mains
tu sens sa présence derrière ton dos
quelqu'un
est sur le point de te pousser
tu hésites, assise au bord de l'eau
les pieds empêtrés dans les draps de ce rêve dont tu ne vois pas le fond
quelqu'un dans ton dos, tu le sens
quelqu'un
crie
saute, mais saute donc !
tout vaut mieux que la peur
tout vaut mieux que rester là
immobile et docile
tu écris des poèmes, alors quoi
que veut dire cette peur ? saute mais saute donc !
il faut bien que quelque chose se passe
il faut bien que quelque chose se casse
à la fin
tout à la fin
quand quelqu'un finit par lancer pour faire des ricochets
des cailloux ronds
polis
sur ta bouche et tes mains
La chambre est le lieu propice à la venue de quelqu'un
tu l'as nommé ainsi, ton monstre hypertrophié
ton outre de silence, qui de nuit en nuit
avance, recule
s'assoit sur ta poitrine
devise
enfonce son doigt sec dans ton globe oculaire
parfois derrière la porte, une voix
tu parles à qui ?
parfois derrière la porte, des bruits
de pas comme des cris
chaque jour
se termine
dans la bouche
de la nuit
où se ressassent, moulinent, réduisent en chair
de petits et grands faits
parfois quelqu'un pèse sur ton dos comme un abcès
purulent et tendu sur le point d'éclater
tu l'as nommé ainsi, ton monstre hypertrophié
ton outre de silence, qui de nuit en nuit
avance, recule
s'assoit sur ta poitrine
devise
enfonce son doigt sec dans ton globe oculaire
parfois derrière la porte, une voix
tu parles à qui ?
parfois derrière la porte, des bruits
de pas comme des cris
chaque jour
se termine
dans la bouche
de la nuit
où se ressassent, moulinent, réduisent en chair
de petits et grands faits
parfois quelqu'un pèse sur ton dos comme un abcès
purulent et tendu sur le point d'éclater
"M. Jean-Pierre" de Sammy Sapin
" Il y a des jours
où même un sexe de jeune fille sur coussin de fleur ne tenterait pas*, songe M.
Jean-Pierre. Du coin de l’œil, il observe le sexe qui se trouve dans le salon.
Le sexe ne bouge pas. M. Jean-Pierre passe devant le sexe, va à la fenêtre, l’ouvre, elle grince. Il se
demande ce que mange un sexe de jeune fille sur coussin de fleur, d’ordinaire.
Comme ses cigarettes ne veulent pas sortir du paquet, il se voit obligé de
déchirer un peu plus l’emballage. Cela fait deux jours maintenant que les
voisins lui ont laissé ce sexe (ils sont partis dans le sud, un week-end prolongé),
sans lui donner de conseils. Vous saurez bien y faire, a dit le monsieur. On
vous fait confiance, M. Jean-Pierre, a dit la dame. M. Jean-Pierre allume sa
cigarette. Peut-être le sexe de jeune fille se nourrit-il tout seul. Une quinte
de toux saisit M. Jean-Pierre. Bronchite chronique du fumeur, a dit la dernière
fois son médecin, avec un sourire navré. M. Jean-Pierre lui a souri en retour,
poliment. Peut-être le sexe de jeune fille veut-il une cigarette. M.
Jean-Pierre propose une cigarette au sexe de jeune fille sur coussin de fleur
qui ne lui répond pas, dont les lèvres rouge sombre ne frémissent pas. Le sexe,
suppose M. Jean-Pierre, ira chasser des souris, des insectes, de petites
bestioles dans l’appartement dès qu’il sera parti. M. Jean-Pierre écrase sa
cigarette. Il pense à vider le cendrier mais ne le fait pas. Il se dit qu’il va
aller faire un tour, respirer l’air frais dans la rue, laisser le sexe un peu tranquille.
*
Quand M. Jean-Pierre
revient, le sexe a mangé ; une vague plénitude, une trouble rotondité le
trahit. Une souris a dû se faire avoir, pense M. Jean-Pierre. C’est très bien,
trouve-t-il, si ce sexe de jeune fille peut le débarrasser des souris, c’est
toujours ça. Dehors, M. Jean-Pierre a acheté des fleurs. Pour le sexe. Des
roses. Il les agite au-dessus du sexe. Il en a pris exprès des bien fatiguées.
Elles lâchent leurs pétales qui glissent sur le sexe et viennent se mêler aux
autres pétales du coussin de fleur. Je suis bien seul, se dit M. Jean-Pierre.
Il jette les tiges pleines d’épines à la poubelle.
*
On annonce qu’on
va licencier deux mille ouvriers. Le délégué syndical interviewé est gros, très
pâle, il dit que c’est un scandale car l’entreprise a fait un bon chiffre
d’affaire cette année. Que vont faire les deux mille ouvriers. Ils ont des
femmes, des enfants. On revient au présentateur. Il a l’air grave ou désolé,
entre les deux. C’est bien malheureux, dit-il sur un ton qui laisse penser que
ça devait arriver de toute façon. Un jour ou l’autre. M. Jean-Pierre se tourne
sur son canapé. Le sexe de jeune fille est immobile, on dirait une statue de
petite taille. Qu’est-ce que tu en penses, toi, demande M. Jean-Pierre. Pas de
réponse. Peut-être doit-il s’y prendre autrement. Qu’est-ce que vous en pensez,
vous, demande M. Jean-Pierre. Le sexe ouvre les lèvres. Le capital a besoin de
destruction, déclare le sexe de jeune fille sur coussin de fleur. Le capital
détruit ici pour mieux faire du profit ailleurs. M. Jean-Pierre hoche la tête,
lentement, comme une poupée allemande, ancienne. Il pense à sa retraite. Il
espère qu’on la lui laissera jusqu’à la fin de sa vie. Il n’est sûr de rien,
car tout change, tout va très vite."
M. Jean-Pierre est extrait de l'excellent blog de Sammy Sapin, à découvrir ici
lundi 9 octobre 2017
parfois dans la chambre
il ne se passe absolument rien
de métaphorique
du cru, du cul, rien que du très banal
aucune pensée poétique
dans le lit, entre les jambes
parfois le président s'invite
avec son énième discours cynique
entre les draps, souvent tu penses
à tes impôts, au racisme, à tes soucis
à la liste des courses
tu serres les dents très fort, tu voudrais jouir, bordel
ne pas penser au lendemain
à la bête immonde, au type qui dort
en bas de ton immeuble
tu voudrais, tu en as honte, n'être qu'une peau
un frisson qui court comme un poème
un petit, un haïku qu'importe
un jeu de langues, au propre comme au figuré
qui te ferait quitter
qui ferait décoller
la réalité
passer par la fenêtre et cramer au soleil
il ne se passe absolument rien
de métaphorique
du cru, du cul, rien que du très banal
aucune pensée poétique
dans le lit, entre les jambes
parfois le président s'invite
avec son énième discours cynique
entre les draps, souvent tu penses
à tes impôts, au racisme, à tes soucis
à la liste des courses
tu serres les dents très fort, tu voudrais jouir, bordel
ne pas penser au lendemain
à la bête immonde, au type qui dort
en bas de ton immeuble
tu voudrais, tu en as honte, n'être qu'une peau
un frisson qui court comme un poème
un petit, un haïku qu'importe
un jeu de langues, au propre comme au figuré
qui te ferait quitter
qui ferait décoller
la réalité
passer par la fenêtre et cramer au soleil
la folie est la grande histoire de ta vie : elle te tourne autour, tu lui cours après
vous êtes toutes deux dans ta chambre ou la sienne
tu en as vu des chambres avec des grilles aux fenêtres
tu en as vu des cris se heurter aux barreaux
des bouches se tordre, des corps hurler sans bruit
quand tu allais attendre, ton cahier sous le bras, la fin de sa journée
tu en as vu des chambres ou elle t'en a parlé
elle disait : "ce matin, monsieur X a décompensé"
tu voyais Monsieur X, car tu le connaissais
tu connaissais d'ailleurs toutes les lettres de l'alphabet
et tu les épelais aux fêtes de fin d'année
à Noël exactement
ce jour là, toutes les pièces étaient vides
les fous tous rassemblés avec les infirmiers devant la scène
la folie est la grande histoire de ta vie, la chambre aussi
là où tout commence, tout finit
pour les faibles, les fous
les mères parfois aussi
vous êtes toutes deux dans ta chambre ou la sienne
tu en as vu des chambres avec des grilles aux fenêtres
tu en as vu des cris se heurter aux barreaux
des bouches se tordre, des corps hurler sans bruit
quand tu allais attendre, ton cahier sous le bras, la fin de sa journée
tu en as vu des chambres ou elle t'en a parlé
elle disait : "ce matin, monsieur X a décompensé"
tu voyais Monsieur X, car tu le connaissais
tu connaissais d'ailleurs toutes les lettres de l'alphabet
et tu les épelais aux fêtes de fin d'année
à Noël exactement
ce jour là, toutes les pièces étaient vides
les fous tous rassemblés avec les infirmiers devant la scène
la folie est la grande histoire de ta vie, la chambre aussi
là où tout commence, tout finit
pour les faibles, les fous
les mères parfois aussi
tu ne sais pas qui
mais quelqu'un toque
toc toc
dehors dedans
tu ne sais pas
vraiment
la nuit est à l'intérieur, le lit recouvert de poix
chaque mouvement te fait glisser plus bas
toc toc
peut-être est-ce ton cœur ? peut-être est-ce cet ogre ?
la chambre grouille de dents, ta tête déborde de mots, tu es seule
et tu ne sais pas qui mais quelqu'un
frappe
toc toc
très fort
à la tête ou la porte
quelqu'un veut entrer
absolument ouvrir
ce zip sur ta poitrine
coincé depuis des mois
c'est l'enfant, tu reconnais sa voix
"crois-tu, maman, dit-elle, crois-tu
qu'un jour, toi aussi, tu deviendras folle ?"
mais quelqu'un toque
toc toc
dehors dedans
tu ne sais pas
vraiment
la nuit est à l'intérieur, le lit recouvert de poix
chaque mouvement te fait glisser plus bas
toc toc
peut-être est-ce ton cœur ? peut-être est-ce cet ogre ?
la chambre grouille de dents, ta tête déborde de mots, tu es seule
et tu ne sais pas qui mais quelqu'un
frappe
toc toc
très fort
à la tête ou la porte
quelqu'un veut entrer
absolument ouvrir
ce zip sur ta poitrine
coincé depuis des mois
c'est l'enfant, tu reconnais sa voix
"crois-tu, maman, dit-elle, crois-tu
qu'un jour, toi aussi, tu deviendras folle ?"
le silence dans la chambre est un ogre avec des dents pointues
une langue molle, des bras doux et pesants
une chair tendre, le silence dans la chambre
pose son corps sur ton corps
ouvre sa bouche sur ton crâne
tu attends le sommeil
tu attends
dans le craquement de ta boîte crânienne
que des rêves arrivent, avalent
les images tristes du jour
tu attends
pour rien
sur l'oreiller le matin
il n'y a que la flaque noire, poisseuse de tes songes crevés
des pellicules et des cheveux longs morts qui flottent
dans cet autre jour qui vient
une langue molle, des bras doux et pesants
une chair tendre, le silence dans la chambre
pose son corps sur ton corps
ouvre sa bouche sur ton crâne
tu attends le sommeil
tu attends
dans le craquement de ta boîte crânienne
que des rêves arrivent, avalent
les images tristes du jour
tu attends
pour rien
sur l'oreiller le matin
il n'y a que la flaque noire, poisseuse de tes songes crevés
des pellicules et des cheveux longs morts qui flottent
dans cet autre jour qui vient
samedi 7 octobre 2017
tu ne sais pas qui
mais quelqu'un qui t'aime
mal, trop
du moins avec acharnement
tu ne sais pas
mais ce quelqu'un
passe
toutes ses nuits à gommer
avec application
tes restes de mémoire
tu ne sais pas qui
sous la calotte
les fils de ton histoire
sous sa main travailleuse
s'emmêlent, s'emberlificotent
tous les soirs
tape
frotte
à l'envers de ton crâne
et chaque matin
sur l'oreiller
vois
entre les pellicules et les cheveux longs morts
ces amas d'arabique que tu presses, malaxes
curieuse
ton corps a tant d'humeurs
jusqu'à extraire sous la traînée collante sur tes doigts
une lettre, un mot, la trace d'un baiser
fugaces et froids
mais quelqu'un qui t'aime
mal, trop
du moins avec acharnement
tu ne sais pas
mais ce quelqu'un
passe
toutes ses nuits à gommer
avec application
tes restes de mémoire
tu ne sais pas qui
sous la calotte
les fils de ton histoire
sous sa main travailleuse
s'emmêlent, s'emberlificotent
tous les soirs
tape
frotte
à l'envers de ton crâne
et chaque matin
sur l'oreiller
vois
entre les pellicules et les cheveux longs morts
ces amas d'arabique que tu presses, malaxes
curieuse
ton corps a tant d'humeurs
jusqu'à extraire sous la traînée collante sur tes doigts
une lettre, un mot, la trace d'un baiser
fugaces et froids
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