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samedi 27 janvier 2018
Vrac (être poète) - Hervé Gouault
Être poète, c’est tourner sept fois le couteau
dans la bouche avant d’écrire.
dans la bouche avant d’écrire.
Lire la série Vrac (être poète) sur le blog d'Hervé Gouault
samedi 20 janvier 2018
Est-ce que tout cela a un sens ? dit-elle (3)
il y a
dans une ville
sur un bureau
quelque part
entre le parapheur et la photo de famille
une boîte transparente
avec des os en vrac
des yeux, des sexes
des membres de femmes
ou d'hommes
des sourires figés
des rictus mêlés
à tous les arrêtés et vieilles notes de service
que le destructeur à papier n'a pas pu avaler
si on secoue la boîte
on entend des pleurs
quelque part
dans un bureau
ces marques que des objets
impriment à une pièce
(les cicatrices gravées par l'encre
de la peau)
dans une ville
sur un bureau
quelque part
entre le parapheur et la photo de famille
une boîte transparente
avec des os en vrac
des yeux, des sexes
des membres de femmes
ou d'hommes
des sourires figés
des rictus mêlés
à tous les arrêtés et vieilles notes de service
que le destructeur à papier n'a pas pu avaler
si on secoue la boîte
on entend des pleurs
quelque part
dans un bureau
ces marques que des objets
impriment à une pièce
(les cicatrices gravées par l'encre
de la peau)
lundi 15 janvier 2018
Est-ce que tout cela a un sens ? dit-elle (2)
il y a quelque part
dans une ville de province
près du bureau juste sous la fenêtre
de vieilles rognures d'ongles
sur le sol des touffes de poussières grises
un cheveu long bouclé
des cuticules
mâchées
remâchées
dans les rainures du plateau
de la pruine violette sur le combiné du téléphone
des bouts de peaux mortes - ou ce qu'il en reste
entre les touches du clavier
une traînée sombre
indéfinissable
sur l'assise du fauteuil
avec un peu de bourre dressée
hors de la déchirure comme un épi rebelle
quelque part
près du bureau
d'une femme
toute desquamation
(les restes d'activité vacillante
atopique)
dans une ville de province
près du bureau juste sous la fenêtre
de vieilles rognures d'ongles
sur le sol des touffes de poussières grises
un cheveu long bouclé
des cuticules
mâchées
remâchées
dans les rainures du plateau
de la pruine violette sur le combiné du téléphone
des bouts de peaux mortes - ou ce qu'il en reste
entre les touches du clavier
une traînée sombre
indéfinissable
sur l'assise du fauteuil
avec un peu de bourre dressée
hors de la déchirure comme un épi rebelle
quelque part
près du bureau
d'une femme
toute desquamation
(les restes d'activité vacillante
atopique)
mercredi 10 janvier 2018
Est-ce que tout cela a un sens ? dit-elle (1)
il y a
dans un bureau
quelque part
dans une ville
une femme assise qui attend immobile
le téléchargement d'un fichier
important sur son ordinateur
une femme les yeux vides
attend que s'arrête
la danse du sablier
que les volutes par défaut dévorent l'écran
de veille et le temps
n'en finit pas de pixeliser
dans les miettes carrées du balancier s'égrenant
dans le reflet de l'écran sur le visage de cette femme
assise
quelque part
une femme - ce pourrait être un homme
attend que quelque chose d'essentiel se passe
que quelque chose d'oppressant se casse
(l'effondrement des briques de l'instance
digitale)
dans un bureau
quelque part
dans une ville
une femme assise qui attend immobile
le téléchargement d'un fichier
important sur son ordinateur
une femme les yeux vides
attend que s'arrête
la danse du sablier
que les volutes par défaut dévorent l'écran
de veille et le temps
n'en finit pas de pixeliser
dans les miettes carrées du balancier s'égrenant
dans le reflet de l'écran sur le visage de cette femme
assise
quelque part
une femme - ce pourrait être un homme
attend que quelque chose d'essentiel se passe
que quelque chose d'oppressant se casse
(l'effondrement des briques de l'instance
digitale)
dimanche 24 décembre 2017
nous sommes livides immobiles
serrés les uns contre les autres
comme des cadavres
entassés debout dans l'attente
que la porte s'ouvre se ferme
qu'une giclée de sueur
nous agresse nous emmène
là où il n'y a rien du tout
dans d'autres couloirs
dans d'autres wagons
pour rejoindre immobiles
debout que la porte s'ouvre
se ferme d'autres cadavres entassés
aveugles amorphes
sans idée même de ce qui nous attend après
dans d'autres couloirs
d'autres rames
marcher monter s'entasser
que la porte s'ouvre
se ferme en boucle répéter
les mêmes mots phonèmes phénomènes
qu'une giclée de peur
nous submerge nous emmène
là où nous ne sommes plus du tout
serrés les uns contre les autres
comme des cadavres
entassés debout dans l'attente
que la porte s'ouvre se ferme
qu'une giclée de sueur
nous agresse nous emmène
là où il n'y a rien du tout
dans d'autres couloirs
dans d'autres wagons
pour rejoindre immobiles
debout que la porte s'ouvre
se ferme d'autres cadavres entassés
aveugles amorphes
sans idée même de ce qui nous attend après
dans d'autres couloirs
d'autres rames
marcher monter s'entasser
que la porte s'ouvre
se ferme en boucle répéter
les mêmes mots phonèmes phénomènes
qu'une giclée de peur
nous submerge nous emmène
là où nous ne sommes plus du tout
dimanche 17 décembre 2017
Tu écris des poèmes - on en parle
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par la poétesse Murièle Camac
"[...]« Tu », dans le livre, c’est « je » – cette fameuse je « autre », celle qui écrit des poèmes, justement. « Tu » est peut-être le meilleur de « je » : une je « obligé[e] d’inventer » pour exister, obligé de se dédoubler (« un peu de noir sur beaucoup de blanc ») et même de se démultiplier, de se décomposer – parties du corps, meuble, île, clavier d’ordinateur. C’est ce dédoublement répété et créateur que la première partie du recueil explore. Corps organique et corps textué dialoguent à tu et à toi. Entre vacillement au bord « du gouffre sous tes pieds » et sensation « que le mystère d’être / sur le poing du poème / est à portée de main », entre « je » absentée et « tu » prétextée, quelque chose prend place : le poème.[...]"
"[...]« Tu », dans le livre, c’est « je » – cette fameuse je « autre », celle qui écrit des poèmes, justement. « Tu » est peut-être le meilleur de « je » : une je « obligé[e] d’inventer » pour exister, obligé de se dédoubler (« un peu de noir sur beaucoup de blanc ») et même de se démultiplier, de se décomposer – parties du corps, meuble, île, clavier d’ordinateur. C’est ce dédoublement répété et créateur que la première partie du recueil explore. Corps organique et corps textué dialoguent à tu et à toi. Entre vacillement au bord « du gouffre sous tes pieds » et sensation « que le mystère d’être / sur le poing du poème / est à portée de main », entre « je » absentée et « tu » prétextée, quelque chose prend place : le poème.[...]"
Lire l'article complet là
lundi 27 novembre 2017
Bouche pleine
tu es assise à table, à faire tourner entre ton pouce et ton index
une coupe remplie d'alcool, disons... du champagne
à laper, tu te reprends, à siroter quelques gorgées, entre deux rires et un regard
/
soudain tu te mets à tousser en postillons serrés, le rêve démesuré
tu bois une bière dans un bock, assise à la table écaillée
pendant que lui regarde dans l'autre pièce, un truc ou l'autre à la télé
/
tu tousses, mais ce n'est pas la bière ou la peur qu'il te voit
à cette heure déjà en train de picoler, qui te fait crachoter
la télé est à fond, il ne t'entend jamais
/
tu bois vite, tu manges vite, tu vis vite, faut faire passer tout ça
lui ou un autre, tu avales, tousses, t'étouffes
ton rêve comme une arête coincée en travers de la gorge
/
faut faire passer tout ça...
t'avais dit ça aussi quand elle avait pris l'aiguille à tricoter
t'avais dit ça tout pareil sans majuscule ni point d'exclamation
l'aiguille à tricoter en métal blanc
/
l'envie de tricoter t'est d'ailleurs passé d'un coup
quand ton regard se pose maintenant
sur la pelote dans le panier
c'est bizarre, tu penses à un crâne réduit en miettes
les fils de laine en boule, comme du tissu cérébral, emmêlés
/
de toute façon, le tricot c'était pour faire plaisir à ta mère
le genre de truc, penses-tu, qui plaît aux hommes, avec les turlutes
le rouge te monte aux joues, parce que ce mot tu ne le dis jamais, ta mère si
/
ton assiette est rouge, tu pensais que peut-être
la couleur passerait avec la mousse
tu as beau picoler, toujours le rouge devant toi
les spaghettis figent dans la sauce grasse
il est neuf heures, tu n'as pas faim
/
l'assiette te donne des hauts le cœur, il ne dit rien
- il ne dit jamais rien
il n'a rien dit la veille, quand tu t'es soudain arrêtée de manger
quelque chose coincé dans l’œsophage
il a juste frappé la table très fort
du plat de la main
/
alors tu avais mis l'assiette au frigo, sans rien dire toi non plus
parce que c'est toujours pareil, tu ne peux t'empêcher de faire tout de travers
non contente de vivre aux crochets de la société, de ta mère, des hommes
tu ne peux t'empêcher de te faire remarquer
/
le ventre
la bouche pleine
l'aiguille à tricoter
tout ce que tu avales
tu le recraches
/
ce matin, tu as ressorti l'assiette
car tu ne peux pas passer ta vie à gaspiller
tout ce qu'on s'échine à te donner
/
ce matin, tu regardes l'assiette
au milieu de tes rêves qui hoquètent
tu avales des bières, l'estomac au bord
tout au bord des lèvres
en chipotant encore
les restes du repas d'hier
une coupe remplie d'alcool, disons... du champagne
à laper, tu te reprends, à siroter quelques gorgées, entre deux rires et un regard
/
soudain tu te mets à tousser en postillons serrés, le rêve démesuré
tu bois une bière dans un bock, assise à la table écaillée
pendant que lui regarde dans l'autre pièce, un truc ou l'autre à la télé
/
tu tousses, mais ce n'est pas la bière ou la peur qu'il te voit
à cette heure déjà en train de picoler, qui te fait crachoter
la télé est à fond, il ne t'entend jamais
/
tu bois vite, tu manges vite, tu vis vite, faut faire passer tout ça
lui ou un autre, tu avales, tousses, t'étouffes
ton rêve comme une arête coincée en travers de la gorge
/
faut faire passer tout ça...
t'avais dit ça aussi quand elle avait pris l'aiguille à tricoter
t'avais dit ça tout pareil sans majuscule ni point d'exclamation
l'aiguille à tricoter en métal blanc
/
l'envie de tricoter t'est d'ailleurs passé d'un coup
quand ton regard se pose maintenant
sur la pelote dans le panier
c'est bizarre, tu penses à un crâne réduit en miettes
les fils de laine en boule, comme du tissu cérébral, emmêlés
/
de toute façon, le tricot c'était pour faire plaisir à ta mère
le genre de truc, penses-tu, qui plaît aux hommes, avec les turlutes
le rouge te monte aux joues, parce que ce mot tu ne le dis jamais, ta mère si
/
ton assiette est rouge, tu pensais que peut-être
la couleur passerait avec la mousse
tu as beau picoler, toujours le rouge devant toi
les spaghettis figent dans la sauce grasse
il est neuf heures, tu n'as pas faim
/
l'assiette te donne des hauts le cœur, il ne dit rien
- il ne dit jamais rien
il n'a rien dit la veille, quand tu t'es soudain arrêtée de manger
quelque chose coincé dans l’œsophage
il a juste frappé la table très fort
du plat de la main
/
alors tu avais mis l'assiette au frigo, sans rien dire toi non plus
parce que c'est toujours pareil, tu ne peux t'empêcher de faire tout de travers
non contente de vivre aux crochets de la société, de ta mère, des hommes
tu ne peux t'empêcher de te faire remarquer
/
le ventre
la bouche pleine
l'aiguille à tricoter
tout ce que tu avales
tu le recraches
/
ce matin, tu as ressorti l'assiette
car tu ne peux pas passer ta vie à gaspiller
tout ce qu'on s'échine à te donner
/
ce matin, tu regardes l'assiette
au milieu de tes rêves qui hoquètent
tu avales des bières, l'estomac au bord
tout au bord des lèvres
en chipotant encore
les restes du repas d'hier
2012 (republication)
lundi 20 novembre 2017
tu écris des poèmes
tu écris des poèmes
tu précises
tu n'écris que des poèmes
après avoir perdu des années
à tirer le récit par les cheveux
tu décides
un jour
d'écrire
du coq à l'âne
d'évider sur le billot sans queue ni tête
sans bouche ni main
ton ventre
d'y secouer les mots dans tous les sens
à bride abattue
jusqu'à respirer sur la table
l'odeur de langue coupée
tu précises
tu n'écris que des poèmes
après avoir perdu des années
à tirer le récit par les cheveux
tu décides
un jour
d'écrire
du coq à l'âne
d'évider sur le billot sans queue ni tête
sans bouche ni main
ton ventre
d'y secouer les mots dans tous les sens
à bride abattue
jusqu'à respirer sur la table
l'odeur de langue coupée
extrait de "tu écris des poèmes" (à paraître)
lecture de passages du recueil à la ZAL le 18 novembre prochain à Montpellier
La ZAL - édition 2017



Laurent Bouisset, Pierre Tilman, myself / Photos d'Isabelle Bonat-Luciani (pour Laurent Bouisset) et de Celle qui Dit (Pierre Tilman & moi)
C'était la ZAL 2017, avec entre autres Laurent Bouisset, Pierre Tilman, Jean Azarel, Remi Chechetto, Natyot (que je n'ai malheureusement pas entendu), Tristan Félix...
Un grand merci à toute l'équipe et tout particulierement à Stéphane et Renaud Vischi.
vendredi 17 novembre 2017
Tu écris des poèmes - on en parle
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par l'auteure Marianne Desroziers
"Murièle Modély s'interroge sur l'activité d'écrire et sur la spécificité de l'écriture poétique en passant par le tu : choix pertinent, tant il est vrai qu'il faut parfois savoir se dédoubler pour mieux s'adresser à l'Autre (et à soi-même). Cette exploration de l'activité d'écrire des poèmes et cette quête de l'identité du poète se font une certaine dose d'auto-dérision et comme toujours – c'est sûrement ce que j'apprécie le plus chez elle – beaucoup de sensualité. Car dans les textes de Murièle Modély, le corps est omniprésent, il déborde de toute part : il jaillit, il exulte, il jouit... et, au milieu de tout ça, avant, pendant, après, il écrit.[...]"
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par la poétesse Murièle Camac
"[...]« Tu », dans le livre, c’est « je » – cette fameuse je « autre », celle qui écrit des poèmes, justement. « Tu » est peut-être le meilleur de « je » : une je « obligé[e] d’inventer » pour exister, obligé de se dédoubler (« un peu de noir sur beaucoup de blanc ») et même de se démultiplier, de se décomposer – parties du corps, meuble, île, clavier d’ordinateur. C’est ce dédoublement répété et créateur que la première partie du recueil explore. Corps organique et corps textué dialoguent à tu et à toi. Entre vacillement au bord « du gouffre sous tes pieds » et sensation « que le mystère d’être / sur le poing du poème / est à portée de main », entre « je » absentée et « tu » prétextée, quelque chose prend place : le poème.[...]"
Retour de lecture sur "Tu écris des poèmes" par Cathy Garcia :
« Tu écris des poèmes », écrit l’auteur, s’adressant à elle-même en usant de ce tu, ce tu qui résonne comme une affirmation ou une accusation, une violence ; aussi bien un silence épais qui vient boucher la sortie des mots qu’un débordement de mots pour recouvrir le silence. Le volcan revient souvent dans l’écriture de Murièle Modély, on pense bien-sûr à l’ile de la Réunion, un volcan peut-être « vibrant et lumineux comme le mot racine/dissimulé dans ta première dent de lait ». Volcan métaphore aussi de ce qui couve dans les entrailles, sous la croûte du quotidien, ce qui brûle et déborde par la moindre fissure, tantôt montagne solide, muette et impassible, tantôt menace d’explosion quand le solide pris de fièvre intense se fait liquide, salive, sueur, sperme, cyprine, alors tout tremble et les mots dévalent « dans tous les sens/à bride abattue/jusqu’à respirer sur la table/l’odeur de langue coupée. [...] »
"Murièle Modély s'interroge sur l'activité d'écrire et sur la spécificité de l'écriture poétique en passant par le tu : choix pertinent, tant il est vrai qu'il faut parfois savoir se dédoubler pour mieux s'adresser à l'Autre (et à soi-même). Cette exploration de l'activité d'écrire des poèmes et cette quête de l'identité du poète se font une certaine dose d'auto-dérision et comme toujours – c'est sûrement ce que j'apprécie le plus chez elle – beaucoup de sensualité. Car dans les textes de Murièle Modély, le corps est omniprésent, il déborde de toute part : il jaillit, il exulte, il jouit... et, au milieu de tout ça, avant, pendant, après, il écrit.[...]"
Lire l'article complet là
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par la poétesse Murièle Camac
"[...]« Tu », dans le livre, c’est « je » – cette fameuse je « autre », celle qui écrit des poèmes, justement. « Tu » est peut-être le meilleur de « je » : une je « obligé[e] d’inventer » pour exister, obligé de se dédoubler (« un peu de noir sur beaucoup de blanc ») et même de se démultiplier, de se décomposer – parties du corps, meuble, île, clavier d’ordinateur. C’est ce dédoublement répété et créateur que la première partie du recueil explore. Corps organique et corps textué dialoguent à tu et à toi. Entre vacillement au bord « du gouffre sous tes pieds » et sensation « que le mystère d’être / sur le poing du poème / est à portée de main », entre « je » absentée et « tu » prétextée, quelque chose prend place : le poème.[...]"
Lire l'article complet là
Retour de lecture sur "Tu écris des poèmes" par Cathy Garcia :
« Tu écris des poèmes », écrit l’auteur, s’adressant à elle-même en usant de ce tu, ce tu qui résonne comme une affirmation ou une accusation, une violence ; aussi bien un silence épais qui vient boucher la sortie des mots qu’un débordement de mots pour recouvrir le silence. Le volcan revient souvent dans l’écriture de Murièle Modély, on pense bien-sûr à l’ile de la Réunion, un volcan peut-être « vibrant et lumineux comme le mot racine/dissimulé dans ta première dent de lait ». Volcan métaphore aussi de ce qui couve dans les entrailles, sous la croûte du quotidien, ce qui brûle et déborde par la moindre fissure, tantôt montagne solide, muette et impassible, tantôt menace d’explosion quand le solide pris de fièvre intense se fait liquide, salive, sueur, sperme, cyprine, alors tout tremble et les mots dévalent « dans tous les sens/à bride abattue/jusqu’à respirer sur la table/l’odeur de langue coupée. [...] »
Lire la suite sur son blog ici
Dominique Boudou en parle aussi sur son blog:
"Murièle Modély, en évoquant l'île de la Réunion où elle est née, pourrait reprendre le célèbre mot de Kafka à propos de Prague : " Cette petite mère a des griffes." Dans Tu écris des poèmes, son sixième recueil publié, l'auteure de Penser maillée questionne de nouveau l'acte d'écrire. Et l'île grandit avec le poème dont la langue résiste au plus profond des plis du corps. " tes poèmes sont / n'importe quelle partie de ton corps / n'importe laquelle / une jambe / un rein / un os / n'importe laquelle / sauf la tête. [...]"
"Murièle Modély, en évoquant l'île de la Réunion où elle est née, pourrait reprendre le célèbre mot de Kafka à propos de Prague : " Cette petite mère a des griffes." Dans Tu écris des poèmes, son sixième recueil publié, l'auteure de Penser maillée questionne de nouveau l'acte d'écrire. Et l'île grandit avec le poème dont la langue résiste au plus profond des plis du corps. " tes poèmes sont / n'importe quelle partie de ton corps / n'importe laquelle / une jambe / un rein / un os / n'importe laquelle / sauf la tête. [...]"
Lire la suite sur son blog ici
Commander le livre sur le site de l'éditeur : http://bit.ly/2munPnZ
mercredi 15 novembre 2017
Parution
Parution de "Tu écris des poèmes" aux Editions du Cygne.
En savoir + & commander, suivez le lien http://bit.ly/2munPnZ
Je lirai des extraits du recueil samedi 18 novembre vers 16h40
à Montpellier pendant la manifestation littéraire
de la Zone d'Autonomie Littéraire
En savoir + & commander, suivez le lien http://bit.ly/2munPnZ
Je lirai des extraits du recueil samedi 18 novembre vers 16h40
à Montpellier pendant la manifestation littéraire
de la Zone d'Autonomie Littéraire
dimanche 5 novembre 2017
Parfois la phrase te fait le même effet
que la parole vide d'un homme politique
répétée en boucle sur les réseaux sociaux
la phrase comme un grelot
un crissement d'ongle sur un tableau
parfois la phrase
t'irrite
t'agresse
te donne envie d'être une plante verte sur le rebord de la fenêtre
la traînée brillante d'une limace sur la poubelle
d'être une mouche, son piquetis noir sur la vitre sale
d'être le crépi sur le mur
la table froide sous la main
de n'être qu'une chose
inerte mais vivante
que la parole vide d'un homme politique
répétée en boucle sur les réseaux sociaux
la phrase comme un grelot
un crissement d'ongle sur un tableau
parfois la phrase
t'irrite
t'agresse
te donne envie d'être une plante verte sur le rebord de la fenêtre
la traînée brillante d'une limace sur la poubelle
d'être une mouche, son piquetis noir sur la vitre sale
d'être le crépi sur le mur
la table froide sous la main
de n'être qu'une chose
inerte mais vivante
samedi 4 novembre 2017
mardi 17 octobre 2017
Parfois une phrase te fait le même effet
qu'un glaçon sucé
en plein soleil, un après midi d'été
morsure et frisson
sur la peau et la langue
parfois une phrase se plante d'un seul coup
en plein milieu du cœur
en gros bouillons de mots, entre la veine et l'aorte
parfois tu es vivante, d'autres fois morte
mais toujours la phrase va et vient quand tu
écosses les petits pois
écoutes la radio
fais l'amour
lis un livre
voilà ce qu'elles font, les phrases
qui te retournent, t'attrapent, t'embrassent à pleine bouche
ces phrases
qui n'ont aucun sens, aucune raison d'être
à part d'être jolies, ou tendres, ou dures
caresse et morsure
sur la joue et la main
qu'un glaçon sucé
en plein soleil, un après midi d'été
morsure et frisson
sur la peau et la langue
parfois une phrase se plante d'un seul coup
en plein milieu du cœur
en gros bouillons de mots, entre la veine et l'aorte
parfois tu es vivante, d'autres fois morte
mais toujours la phrase va et vient quand tu
écosses les petits pois
écoutes la radio
fais l'amour
lis un livre
voilà ce qu'elles font, les phrases
qui te retournent, t'attrapent, t'embrassent à pleine bouche
ces phrases
qui n'ont aucun sens, aucune raison d'être
à part d'être jolies, ou tendres, ou dures
caresse et morsure
sur la joue et la main
samedi 14 octobre 2017
Feu de tout bois - on en parle #2
Sanda Voïca parle de mon recueil Feu de tout bois, publié par la revue Nouveaux Délits, dans le numéro 28 de la revue Paysages écrits :
"Dans ce recueil, Murièle Modély
fait, encore une fois, en paraphrasant le titre, poème de tout bois. Chaque
instant vécu devient poésie. Et quelle poésie : visions et épiphanies, sans
cesse. Visions : « certains jours/la langue quitte la bouche/et se
balade limace au-dessus de nos têtes » (cuisine). Vision apocalyptique dans voie basse. On pourrait même parler d’un livre des visions. Mais il
y a des épiphanies aussi, et elles coïncident souvent avec les visions : le
poème sommeil à citer en entier. Le
quotidien, le passé (l’enfance) et le futur passés à la moulinette et
réassemblés, avec quelques ingrédients : humour, voire dérision, lucidité,
intelligence, maîtrise de la langue et dépassement du langage [...]"
Lire la revue ici
Commander le livre là
mardi 10 octobre 2017
tu ne sais pas qui, mais quelqu'un
tu sens sa présence derrière ton dos
quelqu'un
est sur le point de te pousser
tu hésites, assise au bord de l'eau
les pieds empêtrés dans les draps de ce rêve dont tu ne vois pas le fond
quelqu'un dans ton dos, tu le sens
quelqu'un
crie
saute, mais saute donc !
tout vaut mieux que la peur
tout vaut mieux que rester là
immobile et docile
tu écris des poèmes, alors quoi
que veut dire cette peur ? saute mais saute donc !
il faut bien que quelque chose se passe
il faut bien que quelque chose se casse
à la fin
tout à la fin
quand quelqu'un finit par lancer pour faire des ricochets
des cailloux ronds
polis
sur ta bouche et tes mains
tu sens sa présence derrière ton dos
quelqu'un
est sur le point de te pousser
tu hésites, assise au bord de l'eau
les pieds empêtrés dans les draps de ce rêve dont tu ne vois pas le fond
quelqu'un dans ton dos, tu le sens
quelqu'un
crie
saute, mais saute donc !
tout vaut mieux que la peur
tout vaut mieux que rester là
immobile et docile
tu écris des poèmes, alors quoi
que veut dire cette peur ? saute mais saute donc !
il faut bien que quelque chose se passe
il faut bien que quelque chose se casse
à la fin
tout à la fin
quand quelqu'un finit par lancer pour faire des ricochets
des cailloux ronds
polis
sur ta bouche et tes mains
La chambre est le lieu propice à la venue de quelqu'un
tu l'as nommé ainsi, ton monstre hypertrophié
ton outre de silence, qui de nuit en nuit
avance, recule
s'assoit sur ta poitrine
devise
enfonce son doigt sec dans ton globe oculaire
parfois derrière la porte, une voix
tu parles à qui ?
parfois derrière la porte, des bruits
de pas comme des cris
chaque jour
se termine
dans la bouche
de la nuit
où se ressassent, moulinent, réduisent en chair
de petits et grands faits
parfois quelqu'un pèse sur ton dos comme un abcès
purulent et tendu sur le point d'éclater
tu l'as nommé ainsi, ton monstre hypertrophié
ton outre de silence, qui de nuit en nuit
avance, recule
s'assoit sur ta poitrine
devise
enfonce son doigt sec dans ton globe oculaire
parfois derrière la porte, une voix
tu parles à qui ?
parfois derrière la porte, des bruits
de pas comme des cris
chaque jour
se termine
dans la bouche
de la nuit
où se ressassent, moulinent, réduisent en chair
de petits et grands faits
parfois quelqu'un pèse sur ton dos comme un abcès
purulent et tendu sur le point d'éclater
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