samedi 13 octobre 2018
j'écris je n'écris pas
j'écris je n'écris pas j'écris un peu beaucoup j'écris à la folie j'écris des mots j'écris des phrases j'écris des lettres j'épelle je pèle sur la langue dans l'oreille écris j'écris je mâche remâche ressasse en boucle j'écris je n'écris pas j'écris un peu j'aligne des signes des mots du noir j'écris dans l'obscurité je n'écris pas j'écris sans queue ni tête j'écris ce qui n'a aucun sens ce qui n'a pas de prix écrire j'écris je n'écris pas je dis avec la bouche je trace des lettres des mots des phrases j'écris noircis la page j'écris un peu je n'écris pas écrire que j'écris n'est pas écrire mais occupe l'espace la page le vide autour j'écris la langue les dents la tête j'écris je crie je ne suis pas un peu beaucoup à la folie j'écris je fais semblant agite le doigt la main dessine des gestes comme des mots des gestes comme des sentiments je n'écris pas je vis un peu à la folie j'écris je n'écris pas répète en boucle les mêmes mots j'entends comme un leitmotiv que j'écris une transe que je n'écris pas écris que ce n'est pas la poésie la logorrhée la diarrhée de mots les mots ça coule ça poisse ça tâche les mots ça laisse des traces j'écris je n'écris pas je palimpseste m'efface j'efface j'ouvre la bouche les yeux la main j'écoute je crie les nouvelles les récits la phrase le mot la mort j'écris sur l'écran dans la rue sur les corps à moitié je n'écris pas le corps à moitié vivant écris regarde avec la glotte avec les pores avec la peur j'écris la peau j'y mets des mots j'écris l'aride les rides les sillons les cellules je n'écris pas les signes multiplient mutent j'écris les lettres malignes anormales je chimiothérapie je radiothérapie j'écris la maladie le vers qui rampe qui rance je n'écris pas pourris fais semblant je mens réponds pose posture poésie j'écris j'écris à lui à elle à celui qui n'entend pas je n'écris pas le manque de chair le manque d'actions l'absence le vide écrit le trop plein j'écris je n'écris pas je soûle je tombe le texte n'a pas de fin les mots n'ont pas de but j'écris pour rien.
samedi 1 septembre 2018
L’œil
sa dilatation
quand on entre
quand la porte du bar
se referme en grinçant
qu'au dehors sombre au fond du puits
le trou rond de la pupille
et des chevaux galopent sur l'écran
des chaises raclent les carreaux
des rires glairent, des voix rocaillent
des percolateurs sifflent
des hommes sifflent
on se retourne
et l’œil
voit
ces autres choses
sent
ces autres odeurs
est le corps entier
ensemble et à moitié
le sexe qui palpite
s'ouvre, se ferme
entre les cils, l’espace qui fibrille
sa dilatation
quand on entre
quand la porte du bar
se referme en grinçant
qu'au dehors sombre au fond du puits
le trou rond de la pupille
et des chevaux galopent sur l'écran
des chaises raclent les carreaux
des rires glairent, des voix rocaillent
des percolateurs sifflent
des hommes sifflent
on se retourne
et l’œil
voit
ces autres choses
sent
ces autres odeurs
est le corps entier
ensemble et à moitié
le sexe qui palpite
s'ouvre, se ferme
entre les cils, l’espace qui fibrille
extrait du recueil Sur la table, ed. Qazaq, 2016 - téléchargeable là
jeudi 30 août 2018
Un peu après minuit, on se retrouve moites
corps démantibulés, ceintures défaites
les jambes écartées contre les pieds de chaise
la lune nous bascule, nos yeux s'écarquillent
et nos rires grondent comme des fauves dans nos cheveux
on se retrouve unis et moites
chair contre chair dans le jeu descendant de la pendule
à chaque degré
des mots
perdent la queue, la tête
des mots
reptiles violents filent
au fond, c’est à cause de leur langue bifide que nos regards sont noirs
que nos poings dans le bar s’acharnent sans raison
les mots
on ne les voit jaillir
de l’intérieur des corps
que si l'on frappe
alors on frappe
les lèvres pissent rouge
leurs morsures au dehors
corps démantibulés, ceintures défaites
les jambes écartées contre les pieds de chaise
la lune nous bascule, nos yeux s'écarquillent
et nos rires grondent comme des fauves dans nos cheveux
on se retrouve unis et moites
chair contre chair dans le jeu descendant de la pendule
à chaque degré
des mots
perdent la queue, la tête
des mots
reptiles violents filent
au fond, c’est à cause de leur langue bifide que nos regards sont noirs
que nos poings dans le bar s’acharnent sans raison
les mots
on ne les voit jaillir
de l’intérieur des corps
que si l'on frappe
alors on frappe
les lèvres pissent rouge
leurs morsures au dehors
extrait du recueil Sur la table, ed. Qazaq, 2016 - téléchargeable là
samedi 11 août 2018
maman tient mon bras droit
papa le gauche
crois-tu que l'un et l'autre sécurisent mon pas
crois tu vraiment que leurs silhouettes
à droite, à gauche
sont pour moi des béquilles ?
des mémoires bienveillantes où je pose mon poids ?
l'un tire
l'autre déchire
il reste entre tes bras
de moi
une folie tranquille
des mots, des miettes
sur le bord de l'assiette
des tremblements de peau
il reste
sur la nappe à carreaux
cette matière élastique
qui passe du rire aux larmes
en une fraction de seconde
cette bogue de chair qui répète
la voix stridente, éraillée
des incessants hoquets
est-ce que tu m'aimes, dis
est-ce que tu m'aimes ?
papa le gauche
crois-tu que l'un et l'autre sécurisent mon pas
crois tu vraiment que leurs silhouettes
à droite, à gauche
sont pour moi des béquilles ?
des mémoires bienveillantes où je pose mon poids ?
l'un tire
l'autre déchire
il reste entre tes bras
de moi
une folie tranquille
des mots, des miettes
sur le bord de l'assiette
des tremblements de peau
il reste
sur la nappe à carreaux
cette matière élastique
qui passe du rire aux larmes
en une fraction de seconde
cette bogue de chair qui répète
la voix stridente, éraillée
des incessants hoquets
est-ce que tu m'aimes, dis
est-ce que tu m'aimes ?
extrait du n°99 de feue la revue Microbe - Il va vous faire la peau, préparé par Mireille Disdero, 2017
jeudi 26 juillet 2018
jeudi 19 juillet 2018
personne ne m'avait prévenu que cela arriverait d'un coup
que le sol s'ouvrirait en deux que les montagnes surgiraient de terre
que les failles seraient profondes et la lave brûlante tout au fond de la mer
que des plantes étranges des oiseaux inconnus offriraient à mes lèvres une île
neuve battue par les courants léchée par tous les vents personne ne m'avait dit
qu'un jour j’ouvrirais la bouche je plongerais la langue dans le premier baiser qui divise le
monde
mon corps scindé en deux dans le bruit magnétique du choc de ses dents contre mes dents
*
personne ne m’avait dit que je serais la bûche projetée dans le volcan que le feu me prendrait
que la terre bruisserait de mes crépitements qu'il n'y aurait pas de cendres que des flammes sur
la mer j’ignorais que ma chair embrasée fondrait dans le ciel bleu qu’il ne resterait rien
qu’un ventre constellé fendu à coups de hache
*
personne n'avait dit que j’engloutirais dans le même pas siècles passés et océan qu'il ne s'agirait pas de se laisser porter d'une cote à l'autre mais d'être la houle le vent personne ne m'avait dit que j’aurais à l’intérieur le flux le reflux l'écume de la vague le charbon des grands fonds personne ne dit jamais que l'enjambée ramène au commencement
l'écartement des cuisses sous la coulée qui recouvre le sable
que le sol s'ouvrirait en deux que les montagnes surgiraient de terre
que les failles seraient profondes et la lave brûlante tout au fond de la mer
que des plantes étranges des oiseaux inconnus offriraient à mes lèvres une île
neuve battue par les courants léchée par tous les vents personne ne m'avait dit
qu'un jour j’ouvrirais la bouche je plongerais la langue dans le premier baiser qui divise le
monde
mon corps scindé en deux dans le bruit magnétique du choc de ses dents contre mes dents
*
personne ne m’avait dit que je serais la bûche projetée dans le volcan que le feu me prendrait
que la terre bruisserait de mes crépitements qu'il n'y aurait pas de cendres que des flammes sur
la mer j’ignorais que ma chair embrasée fondrait dans le ciel bleu qu’il ne resterait rien
qu’un ventre constellé fendu à coups de hache
*
personne n'avait dit que j’engloutirais dans le même pas siècles passés et océan qu'il ne s'agirait pas de se laisser porter d'une cote à l'autre mais d'être la houle le vent personne ne m'avait dit que j’aurais à l’intérieur le flux le reflux l'écume de la vague le charbon des grands fonds personne ne dit jamais que l'enjambée ramène au commencement
l'écartement des cuisses sous la coulée qui recouvre le sable
extrait de Sur la table, éditions Qazaq, lire le recueil complet là
dimanche 10 juin 2018
mardi 22 mai 2018
Le caillou dans la mer
Tu passes tes journées
à frotter ton corps
chaud contre
les seins
les fesses
les lèvres
les yeux
de braise
de fauves malbaraises
de sanguines cafrines
Elle t'attend
dans la case
ton enfant endormi
calé contre sa hanche
Elle t’attend, toi tu cours
il faut bien que tu baises
tant pis pour le chagrin
il faut que tu apaises
ta langue
par le poisseux
de graines
de sapotille
/
Il n’y a rien d’autre à faire
que jeter ta semence
partout sur le caillou
à frotter ton corps
chaud contre
les seins
les fesses
les lèvres
les yeux
de braise
de fauves malbaraises
de sanguines cafrines
Elle t'attend
dans la case
ton enfant endormi
calé contre sa hanche
Elle t’attend, toi tu cours
il faut bien que tu baises
tant pis pour le chagrin
il faut que tu apaises
ta langue
par le poisseux
de graines
de sapotille
/
Il n’y a rien d’autre à faire
que jeter ta semence
partout sur le caillou
(republication)
samedi 24 mars 2018
samedi 10 mars 2018
Tu écris des poèmes - on en parle
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par l'auteure Marianne Desroziers
"Murièle Modély s'interroge sur l'activité d'écrire et sur la spécificité de l'écriture poétique en passant par le tu : choix pertinent, tant il est vrai qu'il faut parfois savoir se dédoubler pour mieux s'adresser à l'Autre (et à soi-même). Cette exploration de l'activité d'écrire des poèmes et cette quête de l'identité du poète se font une certaine dose d'auto-dérision et comme toujours – c'est sûrement ce que j'apprécie le plus chez elle – beaucoup de sensualité. Car dans les textes de Murièle Modély, le corps est omniprésent, il déborde de toute part : il jaillit, il exulte, il jouit... et, au milieu de tout ça, avant, pendant, après, il écrit.[...]"
"Murièle Modély s'interroge sur l'activité d'écrire et sur la spécificité de l'écriture poétique en passant par le tu : choix pertinent, tant il est vrai qu'il faut parfois savoir se dédoubler pour mieux s'adresser à l'Autre (et à soi-même). Cette exploration de l'activité d'écrire des poèmes et cette quête de l'identité du poète se font une certaine dose d'auto-dérision et comme toujours – c'est sûrement ce que j'apprécie le plus chez elle – beaucoup de sensualité. Car dans les textes de Murièle Modély, le corps est omniprésent, il déborde de toute part : il jaillit, il exulte, il jouit... et, au milieu de tout ça, avant, pendant, après, il écrit.[...]"
Lire l'article complet là
dimanche 4 mars 2018
Petite mort
souvent
quand nous faisons l'amour
je pense
au repas du dimanche
le poids sur l'estomac
cette ambiance empesée
tous les deux le dimanche
si cruellement gais
chacun bien à sa place
et de l'autre côté
le verre
l'assiette devant la chaise vide
quand nous faisons l'amour
je pense souvent
au bréchet sous la dent
le jus qui coule
cette triste violence
de la chair mâchée
pendant que nous faisons
j'entends
j'attends
la reddition de l'os
mes jambes écartées
la douleur qui se tend
dans tes muscles bandées
nos corps qui trompent
tu fais l'amour je baise
sous la table je jette
la torsion le plaisir
les bouts de verre brisé
quand nous faisons l'amour
je pense
au repas du dimanche
le poids sur l'estomac
cette ambiance empesée
tous les deux le dimanche
si cruellement gais
chacun bien à sa place
et de l'autre côté
le verre
l'assiette devant la chaise vide
quand nous faisons l'amour
je pense souvent
au bréchet sous la dent
le jus qui coule
cette triste violence
de la chair mâchée
pendant que nous faisons
j'entends
j'attends
la reddition de l'os
mes jambes écartées
la douleur qui se tend
dans tes muscles bandées
nos corps qui trompent
tu fais l'amour je baise
sous la table je jette
la torsion le plaisir
les bouts de verre brisé
dans le trou où tout tombe
souvent
extrait de feu la revue Charogne, n°4, 2014
mercredi 28 février 2018
Printemps des poètes 2018 #4 : Marlène Tissot
MARLENE TISSOT
"En attendant de servir
Il y a des gens
Qui n’existent pas complètement
C’est pas leur faute
C’est juste qu’on leur a appris trop tôt
A ne pas exister en entier
Même leurs sourires
S’étirent en miniature
Même leurs mots
Evitent d’être trop gros
Même quand ils pissent
Ils évitent de faire du bruit, d’éclabousser
Et c’est pour ça qu’ils ne se jettent pas à l’eau
Parce qu’on leur a appris que c’est mal
D’éclabousser
De faire des vagues
Alors ils restent là
Comme le passager d’un bus
Qui ne saurait pas à quel arrêt descendre
Comme une poupée oubliée au grenier
Il lui manque un œil, à la poupée
Mais on ne l’a pas jetée
Parce qu’on s’est dit qu’elle pourrait servir
Il y a des gens, c’est pareil
Ils ne se jettent pas d’un pont
Parce qu’ils se disent qu’un jour
Ils pourront servir
Ils attendent leur tour
Bien sagement
En cachant avec une frange
L’œil qui leur manque
C’est pour ça qu’ils ne voient pas très bien
Où tout ça va les mener
Et ça ne les mène nulle part
D’exister comme ça
Comme une plante en pot
Qui attend d’être arrosée
Qui attend de crever
Sans faire de bruit
Il y a des gens, ils ne sont pas perdus
Ils ont juste oublié
Où ils s’étaient rangés
Ils existent au ralenti
Respirent en sourdine
Bien pliés au fond d’un tiroir
En attendant de servir
Servir à quoi ?
Ils n’en savent rien
Et ils ne prennent pas le risque
De se poser la question"
"En attendant de servir
Il y a des gens
Qui n’existent pas complètement
C’est pas leur faute
C’est juste qu’on leur a appris trop tôt
A ne pas exister en entier
Même leurs sourires
S’étirent en miniature
Même leurs mots
Evitent d’être trop gros
Même quand ils pissent
Ils évitent de faire du bruit, d’éclabousser
Et c’est pour ça qu’ils ne se jettent pas à l’eau
Parce qu’on leur a appris que c’est mal
D’éclabousser
De faire des vagues
Alors ils restent là
Comme le passager d’un bus
Qui ne saurait pas à quel arrêt descendre
Comme une poupée oubliée au grenier
Il lui manque un œil, à la poupée
Mais on ne l’a pas jetée
Parce qu’on s’est dit qu’elle pourrait servir
Il y a des gens, c’est pareil
Ils ne se jettent pas d’un pont
Parce qu’ils se disent qu’un jour
Ils pourront servir
Ils attendent leur tour
Bien sagement
En cachant avec une frange
L’œil qui leur manque
C’est pour ça qu’ils ne voient pas très bien
Où tout ça va les mener
Et ça ne les mène nulle part
D’exister comme ça
Comme une plante en pot
Qui attend d’être arrosée
Qui attend de crever
Sans faire de bruit
Il y a des gens, ils ne sont pas perdus
Ils ont juste oublié
Où ils s’étaient rangés
Ils existent au ralenti
Respirent en sourdine
Bien pliés au fond d’un tiroir
En attendant de servir
Servir à quoi ?
Ils n’en savent rien
Et ils ne prennent pas le risque
De se poser la question"
extrait de son site http://monnuage.free.fr/
MON ANTHOLOGIE PERSO
mardi 27 février 2018
Printemps des poètes 2018 #3 : Isabelle Damotte
ISABELLE DAMOTTE
"Caddys
Le père travaillait
sur le parking
alignait
poussait les caddys
à l’abandon
c’était avant
le coup des jetons
La mère
avant
gouvernante dans un grand hôtel
avant les enfants le mariage
avant d’avoir ce qu’elle avait voulu
avait croisé Gary Grant
« J’ai perdu la photo. »
La mère
mi-temps à Chambourcy
rapportait le jeudi à midi
les yaourts
périmés
Pour la première fois
neige et fruits mélangés
la tête nous tournait
à force de souffler
dans les moulins à vent
La mère
avec l’argent des caddys
et des rayons
le père devenu chef des rayons
la mère
avait acheté un costume
que ça se voit
et un après-midi
pour nous
des chaussures hush puppies
on partait à l’école
avec des chiens aux pieds
maman très fière de son affaire
Le père
le jour des deux mille francs
a découpé le gigot
pour fêter ça
la grosse Nadia
à l’école
s’enflait comme un boeuf
avec sa phrase majuscule point à la ligne
Mon père gagne 5000 francs par mois.
L’autre gamine
avec le geste
mon manteau
il a couté la peau des fesses
Le père à la fin
faisait les marchés
juste pour la voix haute
le rire pas caché sous la cape
ça valait bien la peine
de charger la voiture
La mère
quitte à manquer de tout
avait manqué de temps
elle avait prévenu
Vous verrez
il sera trop tard
quand vous irez poser des fleurs
sur ma tombe
On n’y va pas souvent
sur la tombe
on regarde les films
de Gary Grant
On pense au père
on vérifie qu’on a bien
dans la poche
son jeton de caddy"
"Caddys
Le père travaillait
sur le parking
alignait
poussait les caddys
à l’abandon
c’était avant
le coup des jetons
La mère
avant
gouvernante dans un grand hôtel
avant les enfants le mariage
avant d’avoir ce qu’elle avait voulu
avait croisé Gary Grant
« J’ai perdu la photo. »
La mère
mi-temps à Chambourcy
rapportait le jeudi à midi
les yaourts
périmés
Pour la première fois
neige et fruits mélangés
la tête nous tournait
à force de souffler
dans les moulins à vent
La mère
avec l’argent des caddys
et des rayons
le père devenu chef des rayons
la mère
avait acheté un costume
que ça se voit
et un après-midi
pour nous
des chaussures hush puppies
on partait à l’école
avec des chiens aux pieds
maman très fière de son affaire
Le père
le jour des deux mille francs
a découpé le gigot
pour fêter ça
la grosse Nadia
à l’école
s’enflait comme un boeuf
avec sa phrase majuscule point à la ligne
Mon père gagne 5000 francs par mois.
L’autre gamine
avec le geste
mon manteau
il a couté la peau des fesses
Le père à la fin
faisait les marchés
juste pour la voix haute
le rire pas caché sous la cape
ça valait bien la peine
de charger la voiture
La mère
quitte à manquer de tout
avait manqué de temps
elle avait prévenu
Vous verrez
il sera trop tard
quand vous irez poser des fleurs
sur ma tombe
On n’y va pas souvent
sur la tombe
on regarde les films
de Gary Grant
On pense au père
on vérifie qu’on a bien
dans la poche
son jeton de caddy"
Paru dans le numéro 53 de la revue Bacchanales /TRAVAIL
MON ANTHOLOGIE PERSO
lundi 26 février 2018
Printemps des poètes 2018 #2 : Perrine Le Querrec
"à table
À l’entrée des maisons, l’air criblé de moucherons. Les intérieurs, jamais terminés, depuis des générations ils manquent. Suffit d’un toit et de quatre murs. Le reste peut attendre. Sur le pavage de grosses dalles chichement éclairée par de petites meurtrières, la table massive garnie de crasse, vieux meubles, calendrier des postes, un grand coffre, une armoire.
L’élément
central, c’est la cafetière
Le sermon
Le silence
Le linge
Les larmes
La cheminée
La pendule
Le carrelage
La toile
cirée
Le seau
Le vin
Le bahut
Le piège
L’assiette
de soupe, l’éternelle assiette et ne te plains pas tu n’as pas connu quand de
soupe il n’y en avait point
Les
serviettes tâchées par le repas de la veille
Mâchonner
sans dents
Racler le
fond du bol, ne rien perdre
Déballer la
lame et le lard
Découper le
pain, avalanche de miettes
Les tartines
grandes comme la main, le bol grand comme le visage
Les fenêtres
ne prennent pas de place
Garnies de
toiles d’araignées
Tamisent la
lumière
La bouche
pleine de fromage verse le vin
Ils mangent
poitrine contre la table
La mère
debout comme les chevaux
Assiettes
pleines
Mains
gantelées de fumier
Pas le temps
de se regarder l’un l’autre
Chaises
remuées porte fermée
Cliquetis
des cuillères multiplié
Une hâte
unanime courbe les dos
La bête à
huit bouches s’endort mains dans les poches sur la table éclaboussée de café."
dimanche 25 février 2018
Printemps des poètes 2018 #1 : Pénélope Corps
PENELOPE CORPS
"Super 8
on dirait que la chambre d' hôtel sentirait un peu la pisse
mais que l'aurore serait quand même sublime
on dirait qu'on échapperait à l'industrie
qu'on baiserait les zones de contrôle
on dirait qu' y aurait du sable dans les chips
et qu'on se torcherait la gueule et la bouteille avec l'orage
on dirait que je collerais mon utérus contre la terre
et que tu trouverais ça marrant
on dirait qu'on serait très bons en paysages fabuleux
et que je n'aurais plus ma tronche de cage ambulante
on dirait qu'on se maltraiterait pas trop
qu'on écrirait des poèmes sans le savoir
qu'on vivrait un moment privilégié avec les oiseaux
dans le silence génial des steppes
qui n'en sont pas
je sais
on dirait que les choses seraient aussi simples que ça
que j'aurais une place dans ma famille
et que tu ne penserais pas trop à mourir dans ces moments-là
on dirait ça"
"Super 8
on dirait que la chambre d' hôtel sentirait un peu la pisse
mais que l'aurore serait quand même sublime
on dirait qu'on échapperait à l'industrie
qu'on baiserait les zones de contrôle
on dirait qu' y aurait du sable dans les chips
et qu'on se torcherait la gueule et la bouteille avec l'orage
on dirait que je collerais mon utérus contre la terre
et que tu trouverais ça marrant
on dirait qu'on serait très bons en paysages fabuleux
et que je n'aurais plus ma tronche de cage ambulante
on dirait qu'on se maltraiterait pas trop
qu'on écrirait des poèmes sans le savoir
qu'on vivrait un moment privilégié avec les oiseaux
dans le silence génial des steppes
qui n'en sont pas
je sais
on dirait que les choses seraient aussi simples que ça
que j'aurais une place dans ma famille
et que tu ne penserais pas trop à mourir dans ces moments-là
on dirait ça"
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