dimanche 9 décembre 2018

"Qui parle
de refaire le monde ?
On voudrait simplement
le supporter
avec une brindille
de dignité
au coin des lèvres."


Abdellatif Laâbi
in Le soleil se meurt, LaDifférence, 1992




Ecouter de la poésie

 Écouter de la poésie, mais où ?
 Oui, comment et où se faire caresser l'oreille par la voix du poète ?

PETITE SÉLECTION DE LIENS :

ACTUALISES...
Recours au poème : https://bit.ly/2B1K3C0 
La poésie débouche : https://bit.ly/2rrGHDN 
Les poètes sur Radio Occitanie : https://bit.ly/1Sk5dNr 
Poésie vive de Cathy Garcia : https://bit.ly/2RKEq2g 
C'est quoi la poésie, c'est CA ducon dit Frédérick Houdaer : https://bit.ly/2zQLkMj 
Jacques Bonaffé lit la poésie (sur France Culture) : https://bit.ly/2B4d7bT 
tapin² animé par Julien d'Abrigeon : https://bit.ly/2QlDe90 
D'autres rivages (sur decibel.fm) : https://bit.ly/2ROqKDm

PLUS ACTIFS (APPAREMMENT) MAIS ON Y ENTEND TOUJOURS...
Cérumen : https://bit.ly/2PvjjPH (dernière publication 2017) 
Une étoile dans la gorge : https://bit.ly/2rsIHMf (dernière publication 2017) 
Slowreading de Christophe Sanchez : https://bit.ly/2B3Ty3w (dernière publication mars 2018)


 y a d'autres site évidemment qui diffusent les voix des poètes, si vous en connaissez, dites moi, ça m’intéresse

samedi 13 octobre 2018

j'écris je n'écris pas

j'écris je n'écris pas j'écris un peu beaucoup j'écris à la folie j'écris des mots j'écris des phrases j'écris des lettres j'épelle je pèle sur la langue dans l'oreille écris j'écris je mâche remâche ressasse en boucle j'écris je n'écris pas j'écris un peu j'aligne des signes des mots du noir j'écris dans l'obscurité je n'écris pas j'écris sans queue ni tête j'écris ce qui n'a aucun sens ce qui n'a pas de prix écrire j'écris je n'écris pas je dis avec la bouche je trace des lettres des mots des phrases j'écris noircis la page j'écris un peu je n'écris pas écrire que j'écris n'est pas écrire mais occupe l'espace la page le vide autour j'écris la langue les dents la tête j'écris je crie je ne suis pas un peu beaucoup à la folie j'écris je fais semblant agite le doigt la main dessine des gestes comme des mots des gestes comme des sentiments je n'écris pas je vis un peu à la folie j'écris je n'écris pas répète en boucle les mêmes mots j'entends comme un leitmotiv que j'écris une transe que je n'écris pas écris que ce n'est pas la poésie la logorrhée la diarrhée de mots les mots ça coule ça poisse ça tâche les mots ça laisse des traces j'écris je n'écris pas je palimpseste m'efface j'efface j'ouvre la bouche les yeux la main j'écoute je crie les nouvelles les récits la phrase le mot la mort j'écris sur l'écran dans la rue sur les corps à moitié je n'écris pas le corps à moitié vivant écris regarde avec la glotte avec les pores avec la peur j'écris la peau  j'y mets des mots j'écris l'aride les rides les sillons les cellules je n'écris pas les signes multiplient mutent j'écris les lettres malignes anormales je chimiothérapie je radiothérapie j'écris la maladie le vers qui rampe qui rance je n'écris pas pourris fais semblant je mens réponds pose posture poésie j'écris j'écris à lui à elle à celui qui n'entend pas je n'écris pas le manque de chair le manque d'actions l'absence le vide écrit le trop plein j'écris je n'écris pas je soûle je tombe le texte n'a pas de fin les mots n'ont pas de but j'écris pour rien.

Parution Datura #1 | 10_2018





























 




 





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samedi 1 septembre 2018

(c) Anders Petersen - Cafe Lehmitz♥

L’œil

sa dilatation
quand on entre

quand la porte du bar
se referme en grinçant

qu'au dehors sombre au fond du puits
le trou rond de la pupille

et des chevaux galopent sur l'écran
des chaises raclent les carreaux
des rires glairent, des voix rocaillent
des percolateurs sifflent
des hommes sifflent
on se retourne

et l’œil
voit
ces autres choses
sent
ces autres odeurs

est le corps entier
ensemble et à moitié

le sexe qui palpite
s'ouvre, se ferme

entre les cils, l’espace qui fibrille

extrait du recueil Sur la table, ed. Qazaq, 2016 - téléchargeable
(c) Anders Petersen - Cafe Lehmitz♥

jeudi 30 août 2018

Un peu après minuit, on se retrouve moites
corps démantibulés, ceintures défaites
les jambes écartées contre les pieds de chaise
la lune nous bascule, nos yeux s'écarquillent
et nos rires grondent comme des fauves dans nos cheveux
on se retrouve unis et moites
chair contre chair dans le jeu descendant de la pendule
à chaque degré
des mots
perdent la queue, la tête
des mots
reptiles violents filent
au fond, c’est à cause de leur langue bifide que nos regards sont noirs
que nos poings dans le bar s’acharnent sans raison
les mots
on ne les voit jaillir
de l’intérieur des corps
que si l'on frappe
alors on frappe
les lèvres pissent rouge
leurs morsures au dehors



extrait du recueil Sur la table, ed. Qazaq, 2016 - téléchargeable

samedi 11 août 2018

Estivades poétiques 25 & 26 août 2018

Retour en images sur les Estivades poétiques
(n'ai pu être présente que le samedi au final)
 
maman tient mon bras droit
papa le gauche
crois-tu que l'un et l'autre sécurisent mon pas
crois tu vraiment que leurs silhouettes
à droite, à gauche
sont pour moi des béquilles ?
des mémoires bienveillantes où je pose mon poids ?
l'un tire
l'autre déchire
il reste entre tes bras
de moi
une folie tranquille
des mots, des miettes
sur le bord de l'assiette
des tremblements de peau
il reste
sur la nappe à carreaux
cette matière élastique
qui passe du rire aux larmes
en une fraction de seconde
cette bogue de chair qui répète
la voix stridente, éraillée
des incessants hoquets
est-ce que tu m'aimes, dis
                     est-ce que tu m'aimes ?

extrait du n°99 de feue la revue Microbe - Il va vous faire la peau, préparé par Mireille Disdero, 2017


jeudi 26 juillet 2018

jeudi 19 juillet 2018

personne ne m'avait prévenu que cela arriverait d'un coup
que le sol s'ouvrirait en deux que les montagnes surgiraient de terre
que les failles seraient profondes et la lave brûlante tout au fond de la mer
que des plantes étranges des oiseaux inconnus offriraient à mes lèvres une île
neuve battue par les courants léchée par tous les vents personne ne m'avait dit
qu'un jour j’ouvrirais la bouche je plongerais la langue dans le premier baiser qui divise le
monde

mon corps scindé en deux dans le bruit magnétique du choc de ses dents contre mes dents


*


personne ne m’avait dit que je serais la bûche projetée dans le volcan que le feu me prendrait
que la terre bruisserait de mes crépitements qu'il n'y aurait pas de cendres que des flammes sur
la mer j’ignorais que ma chair embrasée fondrait dans le ciel bleu qu’il ne resterait rien

qu’un ventre constellé fendu à coups de hache


*


personne n'avait dit que j’engloutirais dans le même pas siècles passés et océan qu'il ne s'agirait pas de se laisser porter d'une cote à l'autre mais d'être la houle le vent personne ne m'avait dit que j’aurais à l’intérieur le flux le reflux l'écume de la vague le charbon des grands fonds personne ne dit jamais que l'enjambée ramène au commencement

l'écartement des cuisses sous la coulée qui recouvre le sable



extrait de Sur la table, éditions Qazaq, lire le recueil complet

mardi 22 mai 2018

Le caillou dans la mer

Tu passes tes journées
à frotter ton corps
chaud contre
les seins
les fesses
les lèvres
les yeux
de braise
de fauves malbaraises
de sanguines cafrines


Elle t'attend
dans la case
ton enfant endormi
calé contre sa hanche


Elle t’attend, toi tu cours
il faut bien que tu baises
tant pis pour le chagrin
il faut que tu apaises
ta langue
par le poisseux
de graines
de sapotille


/


Il n’y a rien d’autre à faire
que jeter ta semence
partout sur le caillou


(republication)

samedi 24 mars 2018

samedi 10 mars 2018

Tu écris des poèmes - on en parle

Note de lecture sur Tu écris des poèmes par l'auteure Marianne Desroziers

"Murièle Modély s'interroge sur l'activité d'écrire et sur la spécificité de l'écriture poétique en passant par le tu : choix pertinent, tant il est vrai qu'il faut parfois savoir se dédoubler pour mieux s'adresser à l'Autre (et à soi-même). Cette exploration de l'activité d'écrire des poèmes et cette quête de l'identité du poète se font une certaine dose d'auto-dérision et comme toujours – c'est sûrement ce que j'apprécie le plus chez elle – beaucoup de sensualité. Car dans les textes de Murièle Modély, le corps est omniprésent, il déborde de toute part : il jaillit, il exulte, il jouit... et, au milieu de tout ça, avant, pendant, après, il écrit.[...]"

Lire l'article complet

dimanche 4 mars 2018

écrire / perrine le querrec

Petite mort

souvent
quand nous faisons l'amour
je pense
au repas du dimanche
le poids sur l'estomac
cette ambiance empesée
tous les deux le dimanche
si cruellement gais
chacun bien à sa place
et de l'autre côté
le verre
l'assiette devant la chaise vide

quand nous faisons l'amour
je pense souvent
au bréchet sous la dent
le jus qui coule
cette triste violence
de la chair mâchée

pendant que nous faisons
j'entends
               j'attends
la reddition de l'os
mes jambes écartées
la douleur qui se tend
dans tes muscles bandées

nos corps qui trompent
tu fais l'amour je baise
sous la table je jette
la torsion le plaisir
les bouts de verre brisé
dans le trou où tout tombe
souvent


extrait de feu la revue Charogne, n°4, 2014

mercredi 28 février 2018

Printemps des poètes 2018 #4 : Marlène Tissot

MARLENE TISSOT



"En attendant de servir

Il y a des gens
Qui n’existent pas complètement
C’est pas leur faute
C’est juste qu’on leur a appris trop tôt
A ne pas exister en entier
Même leurs sourires
S’étirent en miniature
Même leurs mots
Evitent d’être trop gros
Même quand ils pissent
Ils évitent de faire du bruit, d’éclabousser
Et c’est pour ça qu’ils ne se jettent pas à l’eau
Parce qu’on leur a appris que c’est mal
D’éclabousser
De faire des vagues
Alors ils restent là
Comme le passager d’un bus
Qui ne saurait pas à quel arrêt descendre
Comme une poupée oubliée au grenier
Il lui manque un œil, à la poupée
Mais on ne l’a pas jetée
Parce qu’on s’est dit qu’elle pourrait servir
Il y a des gens, c’est pareil
Ils ne se jettent pas d’un pont
Parce qu’ils se disent qu’un jour
Ils pourront servir
Ils attendent leur tour
Bien sagement
En cachant avec une frange
L’œil qui leur manque
C’est pour ça qu’ils ne voient pas très bien
Où tout ça va les mener
Et ça ne les mène nulle part
D’exister comme ça
Comme une plante en pot
Qui attend d’être arrosée
Qui attend de crever
Sans faire de bruit
Il y a des gens, ils ne sont pas perdus
Ils ont juste oublié
Où ils s’étaient rangés
Ils existent au ralenti
Respirent en sourdine
Bien pliés au fond d’un tiroir
En attendant de servir
Servir à quoi ?
Ils n’en savent rien
Et ils ne prennent pas le risque
De se poser la question"

 extrait de son site http://monnuage.free.fr/
MON ANTHOLOGIE PERSO

mardi 27 février 2018

Printemps des poètes 2018 #3 : Isabelle Damotte

ISABELLE DAMOTTE



"Caddys

Le père travaillait
sur le parking
alignait
poussait les caddys
à l’abandon
c’était avant
le coup des jetons

La mère
avant
gouvernante dans un grand hôtel
avant les enfants le mariage
avant d’avoir ce qu’elle avait voulu
avait croisé Gary Grant
« J’ai perdu la photo. »

La mère
mi-temps à Chambourcy
rapportait le jeudi à midi
les yaourts
périmés
Pour la première fois
neige et fruits mélangés
la tête nous tournait
à force de souffler
dans les moulins à vent

La mère
avec l’argent des caddys
et des rayons
le père devenu chef des rayons
la mère
avait acheté un costume
que ça se voit
et un après-midi
pour nous
des chaussures hush puppies
on partait à l’école
avec des chiens aux pieds
maman très fière de son affaire

Le père
le jour des deux mille francs
a découpé le gigot
pour fêter ça
la grosse Nadia
à l’école
s’enflait comme un boeuf
avec sa phrase majuscule point à la ligne
Mon père gagne 5000 francs par mois.
L’autre gamine
avec le geste
mon manteau
il a couté la peau des fesses

Le père à la fin
faisait les marchés
juste pour la voix haute
le rire pas caché sous la cape
ça valait bien la peine
de charger la voiture

La mère
quitte à manquer de tout
avait manqué de temps
elle avait prévenu
Vous verrez
il sera trop tard
quand vous irez poser des fleurs
sur ma tombe

On n’y va pas souvent
sur la tombe
on regarde les films
de Gary Grant
On pense au père
on vérifie qu’on a bien
dans la poche
son jeton de caddy"


Paru dans le numéro 53 de la revue Bacchanales /TRAVAIL 

MON ANTHOLOGIE PERSO