la mélancolie qui presse le cœur le lendemain de fête
n'est pas un mot
un reste déchiré de papier cadeau au pied du sapin
tu vois des étoiles brillantes, dans les plis et replis
j'y vois de la tristesse aussi
le lendemain au pied du sapin
le tapis d'aiguilles et ta joie, l'année finit enfin
à la fenêtre, tu regardes ce qui vient
dans l'odeur d'écorce et de bougies
tu vas
je tiens
mardi 25 décembre 2018
samedi 22 décembre 2018
La Terrasse n°4
Sortie du n°4 de la revue la Terrasse
piloté par Fabien Drouet
Au sommaire
Estelle Fenzy
Laurent Bouisset
Emmanuelle Sarrouy
Murièle Modély
Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule)
Camille Moravia
Olivia HB
Daniel Frayssinet
Rachel Adalbald
Mokhtar El Amraoui
Raphaël Sarlin-Joly
Valia Nicoltzeff
Jean-baptiste Happe
Laurent Santi
Miguel-Angel Real
Disponible contre 8e (+4e de frais de port).
Contact par là

piloté par Fabien Drouet
Au sommaire
Estelle Fenzy
Laurent Bouisset
Emmanuelle Sarrouy
Murièle Modély
Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule)
Camille Moravia
Olivia HB
Daniel Frayssinet
Rachel Adalbald
Mokhtar El Amraoui
Raphaël Sarlin-Joly
Valia Nicoltzeff
Jean-baptiste Happe
Laurent Santi
Miguel-Angel Real
Disponible contre 8e (+4e de frais de port).
Contact par là

mercredi 12 décembre 2018
Ils diront quoi de moi si un jour on me retrouve morte, de Regina Jose Galindo
(à mes quatre sœurs Helena, Rosa, Lucía, Alejandra)
"Ils ouvriront mes tiroirs
ils sortiront mes culottes au soleil
fouilleront ma vie minutieusement
et diront que
peut-être
je le mérite.
Chaque journal étalera mes tares
mes vices
mes fautes
et les gens diront que
peut-être
je le mérite.
Elle se déshabillait trop facilement
diront certains
elle fumait de la marijuana
diront les autres.
Va savoir à quoi elle était mêlée
dira untel
va savoir ce qu’elle devait
dira un autre.
Elle a couché avec celui qui est maintenant mon mari
dira Jeanine
une pute celle-là
dira Josette.
Une détraquée pensera Gisèle.
Une communiste affirmant l'existence du génocide
écrira machin-chose
une honte pour le pays
notera trucmuche.
Une rien du tout
dénoncera le flic
elle avait les ongles mal peints en rouge
et la marque d'un piercing au nombril.
Une mafieuse
concluera le procureur
elle avait des vautours tatoués sur la jambe
et une toile d'araignée dégoûtante sur le dos.
Quelqu'un localisera mes antécédents pénaux
au commissariat de Santa Catalina Pinula
et ce sera ma perte.
Ils diront alors que j'étais une paria
une délinquante
une mauvaise graine
une droguée.
Les dames chez elles diront que c'était préférable
pour le Guatemala
l'envieux se réjouira en secret de la nouvelle
quelques personnes qui m'ont aimée garderont le silence.
A mon enterrement
mes quatre sœurs
laveront leurs larmes
et laveront mon nom.
Elles diront que tout ça est faux
que Regina n'a jamais été liée au PRI
que c'était ni une pute
ni une feignante
ni une malfrate
ni une bandite
ni une terroriste
ni une délinquante
ni une paria
ni une tueuse
ni une voleuse
ni une maîtresse-chanteuse
ni une droguée
ni une vendue
ni une communiste
ni une criminelle
ni une mafieuse.
Elle diront que Regina était leur sœur
et qu'elle était bonne.
Et toi alors ?
Ils diront quoi de toi
si un jour on te retrouve mort ?
BONUS TRACK
Au nom du père
du fils
et de la sœur violée
je ne te pardonne pas."
De Regina José Galindo
Traduction de l'espagnol de Laurent Bouisset
Traduction de l'espagnol de Laurent Bouisset
Lire l'original suivi de sa traduction sur le site Fuego del fuego
dimanche 9 décembre 2018
Ecouter de la poésie
Écouter de la poésie, mais où ?
Oui, comment et où se faire caresser l'oreille par la voix du poète ?
PETITE SÉLECTION DE LIENS :
ACTUALISES...
Recours au poème : https://bit.ly/2B1K3C0
La poésie débouche : https://bit.ly/2rrGHDN
Les poètes sur Radio Occitanie : https://bit.ly/1Sk5dNr
Poésie vive de Cathy Garcia : https://bit.ly/2RKEq2g
C'est quoi la poésie, c'est CA ducon dit Frédérick Houdaer : https://bit.ly/2zQLkMj
Jacques Bonaffé lit la poésie (sur France Culture) : https://bit.ly/2B4d7bT
tapin² animé par Julien d'Abrigeon : https://bit.ly/2QlDe90
D'autres rivages (sur decibel.fm) : https://bit.ly/2ROqKDm
PLUS ACTIFS (APPAREMMENT) MAIS ON Y ENTEND TOUJOURS...
Cérumen : https://bit.ly/2PvjjPH (dernière publication 2017)
Une étoile dans la gorge : https://bit.ly/2rsIHMf (dernière publication 2017)
Slowreading de Christophe Sanchez : https://bit.ly/2B3Ty3w (dernière publication mars 2018)
y a d'autres site évidemment qui diffusent les voix des poètes, si vous en connaissez, dites moi, ça m’intéresse
samedi 13 octobre 2018
j'écris je n'écris pas
j'écris je n'écris pas j'écris un peu beaucoup j'écris à la folie j'écris des mots j'écris des phrases j'écris des lettres j'épelle je pèle sur la langue dans l'oreille écris j'écris je mâche remâche ressasse en boucle j'écris je n'écris pas j'écris un peu j'aligne des signes des mots du noir j'écris dans l'obscurité je n'écris pas j'écris sans queue ni tête j'écris ce qui n'a aucun sens ce qui n'a pas de prix écrire j'écris je n'écris pas je dis avec la bouche je trace des lettres des mots des phrases j'écris noircis la page j'écris un peu je n'écris pas écrire que j'écris n'est pas écrire mais occupe l'espace la page le vide autour j'écris la langue les dents la tête j'écris je crie je ne suis pas un peu beaucoup à la folie j'écris je fais semblant agite le doigt la main dessine des gestes comme des mots des gestes comme des sentiments je n'écris pas je vis un peu à la folie j'écris je n'écris pas répète en boucle les mêmes mots j'entends comme un leitmotiv que j'écris une transe que je n'écris pas écris que ce n'est pas la poésie la logorrhée la diarrhée de mots les mots ça coule ça poisse ça tâche les mots ça laisse des traces j'écris je n'écris pas je palimpseste m'efface j'efface j'ouvre la bouche les yeux la main j'écoute je crie les nouvelles les récits la phrase le mot la mort j'écris sur l'écran dans la rue sur les corps à moitié je n'écris pas le corps à moitié vivant écris regarde avec la glotte avec les pores avec la peur j'écris la peau j'y mets des mots j'écris l'aride les rides les sillons les cellules je n'écris pas les signes multiplient mutent j'écris les lettres malignes anormales je chimiothérapie je radiothérapie j'écris la maladie le vers qui rampe qui rance je n'écris pas pourris fais semblant je mens réponds pose posture poésie j'écris j'écris à lui à elle à celui qui n'entend pas je n'écris pas le manque de chair le manque d'actions l'absence le vide écrit le trop plein j'écris je n'écris pas je soûle je tombe le texte n'a pas de fin les mots n'ont pas de but j'écris pour rien.
samedi 1 septembre 2018
L’œil
sa dilatation
quand on entre
quand la porte du bar
se referme en grinçant
qu'au dehors sombre au fond du puits
le trou rond de la pupille
et des chevaux galopent sur l'écran
des chaises raclent les carreaux
des rires glairent, des voix rocaillent
des percolateurs sifflent
des hommes sifflent
on se retourne
et l’œil
voit
ces autres choses
sent
ces autres odeurs
est le corps entier
ensemble et à moitié
le sexe qui palpite
s'ouvre, se ferme
entre les cils, l’espace qui fibrille
sa dilatation
quand on entre
quand la porte du bar
se referme en grinçant
qu'au dehors sombre au fond du puits
le trou rond de la pupille
et des chevaux galopent sur l'écran
des chaises raclent les carreaux
des rires glairent, des voix rocaillent
des percolateurs sifflent
des hommes sifflent
on se retourne
et l’œil
voit
ces autres choses
sent
ces autres odeurs
est le corps entier
ensemble et à moitié
le sexe qui palpite
s'ouvre, se ferme
entre les cils, l’espace qui fibrille
extrait du recueil Sur la table, ed. Qazaq, 2016 - téléchargeable là
jeudi 30 août 2018
Un peu après minuit, on se retrouve moites
corps démantibulés, ceintures défaites
les jambes écartées contre les pieds de chaise
la lune nous bascule, nos yeux s'écarquillent
et nos rires grondent comme des fauves dans nos cheveux
on se retrouve unis et moites
chair contre chair dans le jeu descendant de la pendule
à chaque degré
des mots
perdent la queue, la tête
des mots
reptiles violents filent
au fond, c’est à cause de leur langue bifide que nos regards sont noirs
que nos poings dans le bar s’acharnent sans raison
les mots
on ne les voit jaillir
de l’intérieur des corps
que si l'on frappe
alors on frappe
les lèvres pissent rouge
leurs morsures au dehors
corps démantibulés, ceintures défaites
les jambes écartées contre les pieds de chaise
la lune nous bascule, nos yeux s'écarquillent
et nos rires grondent comme des fauves dans nos cheveux
on se retrouve unis et moites
chair contre chair dans le jeu descendant de la pendule
à chaque degré
des mots
perdent la queue, la tête
des mots
reptiles violents filent
au fond, c’est à cause de leur langue bifide que nos regards sont noirs
que nos poings dans le bar s’acharnent sans raison
les mots
on ne les voit jaillir
de l’intérieur des corps
que si l'on frappe
alors on frappe
les lèvres pissent rouge
leurs morsures au dehors
extrait du recueil Sur la table, ed. Qazaq, 2016 - téléchargeable là
samedi 11 août 2018
maman tient mon bras droit
papa le gauche
crois-tu que l'un et l'autre sécurisent mon pas
crois tu vraiment que leurs silhouettes
à droite, à gauche
sont pour moi des béquilles ?
des mémoires bienveillantes où je pose mon poids ?
l'un tire
l'autre déchire
il reste entre tes bras
de moi
une folie tranquille
des mots, des miettes
sur le bord de l'assiette
des tremblements de peau
il reste
sur la nappe à carreaux
cette matière élastique
qui passe du rire aux larmes
en une fraction de seconde
cette bogue de chair qui répète
la voix stridente, éraillée
des incessants hoquets
est-ce que tu m'aimes, dis
est-ce que tu m'aimes ?
papa le gauche
crois-tu que l'un et l'autre sécurisent mon pas
crois tu vraiment que leurs silhouettes
à droite, à gauche
sont pour moi des béquilles ?
des mémoires bienveillantes où je pose mon poids ?
l'un tire
l'autre déchire
il reste entre tes bras
de moi
une folie tranquille
des mots, des miettes
sur le bord de l'assiette
des tremblements de peau
il reste
sur la nappe à carreaux
cette matière élastique
qui passe du rire aux larmes
en une fraction de seconde
cette bogue de chair qui répète
la voix stridente, éraillée
des incessants hoquets
est-ce que tu m'aimes, dis
est-ce que tu m'aimes ?
extrait du n°99 de feue la revue Microbe - Il va vous faire la peau, préparé par Mireille Disdero, 2017
jeudi 26 juillet 2018
jeudi 19 juillet 2018
personne ne m'avait prévenu que cela arriverait d'un coup
que le sol s'ouvrirait en deux que les montagnes surgiraient de terre
que les failles seraient profondes et la lave brûlante tout au fond de la mer
que des plantes étranges des oiseaux inconnus offriraient à mes lèvres une île
neuve battue par les courants léchée par tous les vents personne ne m'avait dit
qu'un jour j’ouvrirais la bouche je plongerais la langue dans le premier baiser qui divise le
monde
mon corps scindé en deux dans le bruit magnétique du choc de ses dents contre mes dents
*
personne ne m’avait dit que je serais la bûche projetée dans le volcan que le feu me prendrait
que la terre bruisserait de mes crépitements qu'il n'y aurait pas de cendres que des flammes sur
la mer j’ignorais que ma chair embrasée fondrait dans le ciel bleu qu’il ne resterait rien
qu’un ventre constellé fendu à coups de hache
*
personne n'avait dit que j’engloutirais dans le même pas siècles passés et océan qu'il ne s'agirait pas de se laisser porter d'une cote à l'autre mais d'être la houle le vent personne ne m'avait dit que j’aurais à l’intérieur le flux le reflux l'écume de la vague le charbon des grands fonds personne ne dit jamais que l'enjambée ramène au commencement
l'écartement des cuisses sous la coulée qui recouvre le sable
que le sol s'ouvrirait en deux que les montagnes surgiraient de terre
que les failles seraient profondes et la lave brûlante tout au fond de la mer
que des plantes étranges des oiseaux inconnus offriraient à mes lèvres une île
neuve battue par les courants léchée par tous les vents personne ne m'avait dit
qu'un jour j’ouvrirais la bouche je plongerais la langue dans le premier baiser qui divise le
monde
mon corps scindé en deux dans le bruit magnétique du choc de ses dents contre mes dents
*
personne ne m’avait dit que je serais la bûche projetée dans le volcan que le feu me prendrait
que la terre bruisserait de mes crépitements qu'il n'y aurait pas de cendres que des flammes sur
la mer j’ignorais que ma chair embrasée fondrait dans le ciel bleu qu’il ne resterait rien
qu’un ventre constellé fendu à coups de hache
*
personne n'avait dit que j’engloutirais dans le même pas siècles passés et océan qu'il ne s'agirait pas de se laisser porter d'une cote à l'autre mais d'être la houle le vent personne ne m'avait dit que j’aurais à l’intérieur le flux le reflux l'écume de la vague le charbon des grands fonds personne ne dit jamais que l'enjambée ramène au commencement
l'écartement des cuisses sous la coulée qui recouvre le sable
extrait de Sur la table, éditions Qazaq, lire le recueil complet là
dimanche 10 juin 2018
mardi 22 mai 2018
Le caillou dans la mer
Tu passes tes journées
à frotter ton corps
chaud contre
les seins
les fesses
les lèvres
les yeux
de braise
de fauves malbaraises
de sanguines cafrines
Elle t'attend
dans la case
ton enfant endormi
calé contre sa hanche
Elle t’attend, toi tu cours
il faut bien que tu baises
tant pis pour le chagrin
il faut que tu apaises
ta langue
par le poisseux
de graines
de sapotille
/
Il n’y a rien d’autre à faire
que jeter ta semence
partout sur le caillou
à frotter ton corps
chaud contre
les seins
les fesses
les lèvres
les yeux
de braise
de fauves malbaraises
de sanguines cafrines
Elle t'attend
dans la case
ton enfant endormi
calé contre sa hanche
Elle t’attend, toi tu cours
il faut bien que tu baises
tant pis pour le chagrin
il faut que tu apaises
ta langue
par le poisseux
de graines
de sapotille
/
Il n’y a rien d’autre à faire
que jeter ta semence
partout sur le caillou
(republication)
samedi 24 mars 2018
samedi 10 mars 2018
Tu écris des poèmes - on en parle
Note de lecture sur Tu écris des poèmes par l'auteure Marianne Desroziers
"Murièle Modély s'interroge sur l'activité d'écrire et sur la spécificité de l'écriture poétique en passant par le tu : choix pertinent, tant il est vrai qu'il faut parfois savoir se dédoubler pour mieux s'adresser à l'Autre (et à soi-même). Cette exploration de l'activité d'écrire des poèmes et cette quête de l'identité du poète se font une certaine dose d'auto-dérision et comme toujours – c'est sûrement ce que j'apprécie le plus chez elle – beaucoup de sensualité. Car dans les textes de Murièle Modély, le corps est omniprésent, il déborde de toute part : il jaillit, il exulte, il jouit... et, au milieu de tout ça, avant, pendant, après, il écrit.[...]"
"Murièle Modély s'interroge sur l'activité d'écrire et sur la spécificité de l'écriture poétique en passant par le tu : choix pertinent, tant il est vrai qu'il faut parfois savoir se dédoubler pour mieux s'adresser à l'Autre (et à soi-même). Cette exploration de l'activité d'écrire des poèmes et cette quête de l'identité du poète se font une certaine dose d'auto-dérision et comme toujours – c'est sûrement ce que j'apprécie le plus chez elle – beaucoup de sensualité. Car dans les textes de Murièle Modély, le corps est omniprésent, il déborde de toute part : il jaillit, il exulte, il jouit... et, au milieu de tout ça, avant, pendant, après, il écrit.[...]"
Lire l'article complet là
dimanche 4 mars 2018
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