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| Photo Ren Hang - Exposition Maison de la photographie jusqu'au 26-05-19 |
lundi 25 mars 2019
linguis
nous ne sommes pas très à l'aise avec les langues étrangères
nous manquons de pratique et de vocabulaire
nos bouches ne sont visiblement pas faites pour certaines voyelles
tu parles l'anatomique, je ne jure que par l'organique
et bien que nous ayons conscience de notre idiome commun
lorsque nous nous allongeons sur la page
étrangement l'un de nous balbutie
je pose ma main noire sur ta peau blanche
le sens de ton corps fuit dans un vide pendant que le mien calcifie
quelque chose heurte l'oreille, le réjouit
une musique dissonante monte des mouvements saccadés dans le lit
nous manquons de pratique et de vocabulaire
nos bouches ne sont visiblement pas faites pour certaines voyelles
tu parles l'anatomique, je ne jure que par l'organique
et bien que nous ayons conscience de notre idiome commun
lorsque nous nous allongeons sur la page
étrangement l'un de nous balbutie
je pose ma main noire sur ta peau blanche
le sens de ton corps fuit dans un vide pendant que le mien calcifie
quelque chose heurte l'oreille, le réjouit
une musique dissonante monte des mouvements saccadés dans le lit
(republication)
lundi 11 mars 2019
dimanche 10 mars 2019
ma précieuse, ma beauté
passe la langue sur la crénelure au bas de mes reins
mange de baisers cette trace de couteau
ce souvenir d'un vélo volé
dans un temps
où tu n'existais pas
ma peau était vierge, et maintenant te voilà
à raviver du doigt mes petites blessures
que ton corps descelle
que mon corps te scelle
ma précieuse
ma beauté
je baiserai moi aussi tes cicatrices
ton champ de chagrins, ton lichen aigu
nos matins lourds, nos nuits sans sommeil sous tes seins pendus
ma précieuse
ma beauté
tricotons des jambes, tricotons des bras
nos saisons confuses et nos cheveux blancs
le temps
file
l'amour
va
samedi 2 mars 2019
mon sourire, je te le donne
activer la pelle mécanique de la bouche
et aligner ses dents comme un rempart
mon sourire, je te le donne
qu'il trace ses morsures dans nos certitudes
activer la pelle mécanique de la bouche
histoire de remplir le vide, tous nos vides
celui autour
celui dedans
mon sourire, je te le donne
qu'il claque comme un drapeau dans le vent
activer la pelle mécanique de la bouche
mâcher des mots, les remâcher, cracher
le bol alimentaire dans le bec d'un oiseau mort
mon sourire, je te le donne
cogne la langue contre des vers
et aligner ses dents comme un rempart
mon sourire, je te le donne
qu'il trace ses morsures dans nos certitudes
activer la pelle mécanique de la bouche
histoire de remplir le vide, tous nos vides
celui autour
celui dedans
mon sourire, je te le donne
qu'il claque comme un drapeau dans le vent
activer la pelle mécanique de la bouche
mâcher des mots, les remâcher, cracher
le bol alimentaire dans le bec d'un oiseau mort
mon sourire, je te le donne
cogne la langue contre des vers
Radicelles - on en parle
Note de lecture de Radicelles par Murièle Camac sur son blog
"Un poème, une photo. C’est le principe de ce livre.
"Un poème, une photo. C’est le principe de ce livre.
Les poèmes sont de
Murièle Modély et semblent constituer comme une reprise et un prolongement, après quelques
années, de son premier recueil remarquable Penser maillée. Corps, matière, enfance, île, langue, une violence sourde. Le
recours au créole dans certains textes donne à ceux-ci une profondeur poignante.
Les photographies sont de
Vincent Motard-Avargues et proposent, comme en écho visuel, une auscultation minutieuse
de la matière, entre inquiétude et fascination.
A signaler aussi la très belle préface de Dominique Boudou"
A lire sur le blog là
lundi 4 février 2019
Détour de Babel, 2018 : lectures de Seyhmus Dagtekin et Lili Frikh
Lectures de Seyhmus Dagtekin et Lili Frikh le 18 mai 2018 dans le cadre de Détour de Babel, une manifestation organisée sur la scène nationale du Channel par les Découvreurs, avec les élèves du lycée Berthelot de Calais, en partenariat avec Le Marché de la Poésie et la DAAC de Lille.
samedi 2 février 2019
Chienne, un poème d'Alexo Xenidis
Chienne
Cette vie-là la queue entre les pattes qui baisse la tête
Et rabat les oreilles surtout ne pas entendre l'injure
Attendre le coup de cuir le coup de pied
Je découvre que le sentiment que j'ai le plus souvent
Ressenti
Dans mon ventre surtout fut la peur celle qui broie la gorge
Peur de chienne qui rampe, l'inéluctable d’être de la mauvaise espèce,
Comme les non-chiens l’avaient décidé
Ils disent que lorsqu'il pleut sur le chien
Le chien pue il ne leur vient pas à l'idée d'accuser la pluie
Chienne
De vie, voilà deux ans déjà que j’erre, je quémande
De maison en maison ma gamelle, je reçois aussi des pierres
A la place, des regards qui se tournent, parce que
Ces chiens errants c'est dangereux ils pourraient donner aux enfants
Des envies d'aboyer ou de mordre ou de comprendre que les humains
Refont leur vie et en défont d'autres avec les bouts de viande qu'ils ont arrachés
Aux chiens aux destins aux fariboles aux gamelles des autres
Chienne de vie
Chasses à courre, le festin pour les chiens bons qui t’offrent le cerf pantelant,
Pour les autres la honte le chenil déserté le coup
De fusil pour économiser une chambre d'amis
Chienne
Si tu savais ce que j'ai fait pour vivre encore et combien je regrette
Combien
Cette chienne de vie
Ne valait pas la peur qui l'a accompagnée
Ne valait pas les coups
Alexo Xenidis, 1er Février 2019
On peut lire ses poèmes sur sa page facebook
Alexo Xenidis a aussi publié en revues
Elle a publié un recueil Communication prioritaire aux éditions Tarmac
vendredi 1 février 2019
mardi 29 janvier 2019
Vues et revue n°8, émission littéraire sur Campus FM Toulouse
J'étais ce mardi dans les locaux de Radio Campus Toulouse pour l'émission littéraire bimensuelle "Vues et Revue", animée par Anthony Piana et Bérénice Marsaud, où il a été question de poésie, du travail de l'auteur mais aussi de l'activité professionnelle qui fait vivre, de l'inspiration etc.
vendredi 25 janvier 2019
Cairn (extrait de Feu de tout bois)
je ne sais pas qui a ramassé les galets
qui les a empilé dans mon dos
là
tout près des vertèbres
non, je ne sais fichtrement pas
qui a écrit en lettres capitales
sur la pierre le mot
il - il faut bien qu'il soit mâle
a posé sur mon omoplate un conflit
une épidémie sur ma clavicule
un attentat sous ma paupière
une crise dans le creux de mon oreille
il a glissé dans ma bouche entrouverte
un caillou plat brûlant
dans un grésillement, un corps
non identifié, non identifiable
une horreur, puis une autre
sur le nombril, le sexe, des mots mis bout à bout jusqu'au bord de la page
sans aucun sens, une lame, une flaque, un oiseau, une cage
mais sur la langue, mon fils débute l'autre phrase
improvise en dansant un nouveau paragraphe
les galets tombent, les mots roulent
j'entends dans les ricochets
son bruit fou et la mer
qui les a empilé dans mon dos
là
tout près des vertèbres
non, je ne sais fichtrement pas
qui a écrit en lettres capitales
sur la pierre le mot
il - il faut bien qu'il soit mâle
a posé sur mon omoplate un conflit
une épidémie sur ma clavicule
un attentat sous ma paupière
une crise dans le creux de mon oreille
il a glissé dans ma bouche entrouverte
un caillou plat brûlant
dans un grésillement, un corps
non identifié, non identifiable
une horreur, puis une autre
sur le nombril, le sexe, des mots mis bout à bout jusqu'au bord de la page
sans aucun sens, une lame, une flaque, un oiseau, une cage
mais sur la langue, mon fils débute l'autre phrase
improvise en dansant un nouveau paragraphe
les galets tombent, les mots roulent
j'entends dans les ricochets
son bruit fou et la mer
Extrait de Feu de tout bois, Délit buissonnier n°1, Nouveaux Délits, 2016
Toujours disponible - contacter Cathy Garcia - Revue Nouveaux Délits
lundi 21 janvier 2019
et dans le ventre cette braise...
et dans le ventre cette braise qui n'a
plus rien d'ardente
trop de cendres, les jours ont consumé
ont laissé leur suie grasse jusqu'à
l'anus
une bavure que je regarde droit
dans les yeux
dans les yeux
dans les gogues
"vas-y, baisse, remonte ta culotte
vas-y, respire, halète"
dit l'angoisse, ce poids mort qui pèse
alors je mets du rouge sur mes lèvres
du noir sur mes yeux
et je souris à des inconnus
surtout les tristes
les seuls dans les bus
les seuls dans les bus
qui n'ont même pas un téléphone pour un peu de lumière bleue
je m'assois face à ceux qui n'ont rien
dans les mains
dans les yeux
et j'espère que ma mâchoire sera
assez grande pour deux
pour moi
pour eux
pour eux
je me dis qu'il doit y avoir de la
beauté
sous nos odeurs de merde
sous nos petites suées
sous nos petites pensées
dans nos petites vies
il y a de la beauté
quelque part qui apaise
quelque part qui apaise
en attendant je mets du rouge, du noir, j'avale
pourvu qu'à l'intérieur mon charbon ne cesse de pulser
pourvu qu'à l'intérieur mon charbon ne cesse de pulser
dimanche 20 janvier 2019
Nuit de la lecture 19 janvier 2019
Hier, pour la nuit de la lecture, nous avons lu sous la coupole de la
Bibliothèque d'étude et du patrimoine de Toulouse des poèmes de femmes du monde
entier dans nos langues respectives : Kazue Shinkawa (Japon), Regina
José Galindo (Guatemala), Florbella Espanca (Portugal), Maram Al Masri
(Syrie), Aurelia Lassaque (Occitanie), Ana Cristia Cesar (Bresil),
Murièle Modély (île de la Réunion)
samedi 5 janvier 2019
Une âme nationale, poème de Lidija Dimkovska
Depuis que mon frère s’est pendu avec le câble téléphonique
je peux lui parler au téléphone pendant des heures.
Le bouton est toujours appuyé sur Voice
afin que ses mains soient libres
pour coller des affiches sur les poteaux du Très-Haut
et pour qu’il puisse m’exhorter au débat ardent sur le thème :
Est-ce que l’âme est nationale ?
Tremblant d’émotion, nous cherchons ensemble,
moi, ici-bas, lui, dans l’au-delà.
La science a prouvé que l’âme russe, par ex. n’existe plus,
que celui qui rêve des anges, les écrase dans la mort comme une ombre.
Peut-être existe-t-il une âme turque, râle mon frère dans le combiné,
car chaque matin il écoute le grésillement de la théière de Nazim Hikmet
avant qu’il roule le petit chariot de gevreks
jusqu’aux portes de la terre. “Je vais t’en acheter un pour la paix de ton âme.”
Et puis, essoufflé, il se tait. Et nous cherchons alors l’âme macédonienne
sur les plaques d’immatriculation du chemindieu Est-Ouest
dans des boîtes en carton portant l’inscription “N’ouvrez-pas ! Gènes!”,
chargés sur le dos de cadavres transparents.
Mais tu ne peux te reposer sur des cadavres.
Les cadavres sont des immigrants illégaux,
avec leurs organes gonflés ils s’introduisent dans les pays des autres,
avec leurs cavités et les pointes de leurs os
ils creusent leur dernière tombe.
Ils provoquent là-bas la dernière rixe
pour les cieux nationaux
et pour l’âme qu’on ne possède plus.
Il y a toujours plus d’hommes sans âme, d’âmes sans nom.
Dans l’autobus, ils ne se lèvent pas, les uns sans les autres ils vont au loin,
ils se cherchent par des intermédiaires, mais ne se rencontrent pas.
Les nations se cassent des œufs sur la tête.
Mon frère désespère. Moi, je deviens A-nationale.
Le câble téléphonique qui nous relie
brouille les mots à cause de ma main moite,
il ramène le téléphone contre le mur et le rentre dans la prise.
Pourquoi pour les malheureux de l’au-delà
n’ouvre-t-on pas une ligne SOS gratuite ?
Pourquoi n’ai-je jamais appris à arrêter quelqu’un sur son chemin vers la mort ?
Moi aussi, tout comme mon frère, depuis ma naissance, je coupe les cheveux en quatre,
une révélation à tout prix, la défiguration du sens.
Et les âmes des êtres qui coupent les cheveux en quatre
finissent de trois façons : pendues à un câble téléphonique,
dans le corps des poètes ou bien, l’un et l’autre.
je peux lui parler au téléphone pendant des heures.
Le bouton est toujours appuyé sur Voice
afin que ses mains soient libres
pour coller des affiches sur les poteaux du Très-Haut
et pour qu’il puisse m’exhorter au débat ardent sur le thème :
Est-ce que l’âme est nationale ?
Tremblant d’émotion, nous cherchons ensemble,
moi, ici-bas, lui, dans l’au-delà.
La science a prouvé que l’âme russe, par ex. n’existe plus,
que celui qui rêve des anges, les écrase dans la mort comme une ombre.
Peut-être existe-t-il une âme turque, râle mon frère dans le combiné,
car chaque matin il écoute le grésillement de la théière de Nazim Hikmet
avant qu’il roule le petit chariot de gevreks
jusqu’aux portes de la terre. “Je vais t’en acheter un pour la paix de ton âme.”
Et puis, essoufflé, il se tait. Et nous cherchons alors l’âme macédonienne
sur les plaques d’immatriculation du chemindieu Est-Ouest
dans des boîtes en carton portant l’inscription “N’ouvrez-pas ! Gènes!”,
chargés sur le dos de cadavres transparents.
Mais tu ne peux te reposer sur des cadavres.
Les cadavres sont des immigrants illégaux,
avec leurs organes gonflés ils s’introduisent dans les pays des autres,
avec leurs cavités et les pointes de leurs os
ils creusent leur dernière tombe.
Ils provoquent là-bas la dernière rixe
pour les cieux nationaux
et pour l’âme qu’on ne possède plus.
Il y a toujours plus d’hommes sans âme, d’âmes sans nom.
Dans l’autobus, ils ne se lèvent pas, les uns sans les autres ils vont au loin,
ils se cherchent par des intermédiaires, mais ne se rencontrent pas.
Les nations se cassent des œufs sur la tête.
Mon frère désespère. Moi, je deviens A-nationale.
Le câble téléphonique qui nous relie
brouille les mots à cause de ma main moite,
il ramène le téléphone contre le mur et le rentre dans la prise.
Pourquoi pour les malheureux de l’au-delà
n’ouvre-t-on pas une ligne SOS gratuite ?
Pourquoi n’ai-je jamais appris à arrêter quelqu’un sur son chemin vers la mort ?
Moi aussi, tout comme mon frère, depuis ma naissance, je coupe les cheveux en quatre,
une révélation à tout prix, la défiguration du sens.
Et les âmes des êtres qui coupent les cheveux en quatre
finissent de trois façons : pendues à un câble téléphonique,
dans le corps des poètes ou bien, l’un et l’autre.
Lire plus de poèmes de Lidija Dimkovska sur le site Recours au Poème
mardi 25 décembre 2018
la mélancolie qui presse le cœur le lendemain de fête
n'est pas un mot
un reste déchiré de papier cadeau au pied du sapin
tu vois des étoiles brillantes, dans les plis et replis
j'y vois de la tristesse aussi
le lendemain au pied du sapin
le tapis d'aiguilles et ta joie, l'année finit enfin
à la fenêtre, tu regardes ce qui vient
dans l'odeur d'écorce et de bougies
tu vas
je tiens
n'est pas un mot
un reste déchiré de papier cadeau au pied du sapin
tu vois des étoiles brillantes, dans les plis et replis
j'y vois de la tristesse aussi
le lendemain au pied du sapin
le tapis d'aiguilles et ta joie, l'année finit enfin
à la fenêtre, tu regardes ce qui vient
dans l'odeur d'écorce et de bougies
tu vas
je tiens
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