samedi 18 mai 2019

écrire des yeux

la photographie est un art pauvre
elle me dit ça entre deux cafés
deux cafés et une phrase
un-deux-trois-vite-fait
posés
avalés
elle préfère écrire de la poésie
la photographie est un art pauvre
six mots à peine sur la terrasse
de jeux de langues se dénuder
et quelque chose en moi se cabre 
car sous les mots, il y a sa bouche
nom-adjectif-comparaison
sa bouche rouge comme un baiser
entre deux gorgées vibrent les sons 
et la caresse de ses cheveux 
sur sa nuque, ma rétine
la photographie est un art pauvre 
alors que font mes pauvres yeux
à dévorer sa peau de lait
ses joues brûlantes surexposées

samedi 11 mai 2019

On dit des phrases idiotes parfois, mais on s'en remet (extrait) : Lecture


Un extrait de On dit des phrases idiotes parfois, mais on s'en remet (recueil inédit), lu à la librairie l'Hydre aux mille têtes (Marseille) lors de la soirée poétique organisée autour du numéro 4 de la revue La Terrasse de Fabien Drouet -avec un accompagnement musical à la guitare dudit Fabien Drouet. Captation vidéo Laurent Bouisset
 
 

radicelles (extrait)

on te dit choisis
choisis ton camp, ta frontière, ton pays
raye tout le reste, choisis
pas de place pour à moitié, à demi, choisis
gratte, arrache, la chair, la peau
il ne restera rien qu'un peu de rouille sur la photo
souvenir d'un temps, d'une illusoire
unicité, unité, raye, syllabes, lettres
choisis
une langue, sans maux propre et nette
et tant pis pour l’accroc
ton dessin d’île
possible
commune
sur le cahier tout au fond de la salle


jeudi 9 mai 2019

Lecture La terrasse n°4 - Librairie l'hydre aux mille têtes (Marseille)

Lecture à la Librairie L'Hydre aux mille têtes du n°4 de la Revue La Terrasse le jeudi 2 mai dernier.

les poètes ont lu pour la soixantaine de personnes présentes des extraits de la revue et d'autres poèmes de leur cru...
Il y a avait ce soir-là Kenny Ozier-Lafontaine, Murièle Modély, Camille Moravia et Fabien Drouet, Jean-Baptiste Happe, Laurent Santi, Laurent Bouisset, Emmanuelle Sarrouy Noguès.

Merci à l'hydre aux mille têtes pour l'accueil.
Et surtout merci à Fabien Drouet d'avoir permis la rencontre et l'échange des mots.
Que l'aventure de la Terrasse dure longtemps !

lundi 29 avril 2019

Charles Firmin Gillot - Iconothèque historique de l'océan Indien - IHOI
cette terre qu'on te rabâche
encore et encore
à longueur de journée
tu ne la connais pas
on la fait palpiter
comme une orchidée noire
sur ton pubis
on met sa fragrance capiteuse et moite
entre tes cuisses
on sent le granuleux sa terre aride et rouge
sous tes aisselles
à tes genoux
l'Afrique
que tu ne connais pas
comme une ombre accrochée à tes pas
on te rabâche encore et encore
et le mot nonchalance et le mot exotique
dans leurs yeux amusés ton déhanché agile
et ta peau et ta peau
son odeur d'acajou patiné encore
et encore par les mots

mercredi 24 avril 2019

Actus : Datura #3 & Lecture de la revue la Terrasse n°4

Malgré le silence qui va (et vient) ici...
ça s'excite un peu avec 2 actus:

La revue Datura #3 pilotée par Walter Ruhlmann en ligne 
Et une lecture à venir à Marseille du n°4 de la revue la Terrasse de Fabien Drouet

lundi 25 mars 2019

linguis

nous ne sommes pas très à l'aise avec les langues étrangères
nous manquons de pratique et de vocabulaire
nos bouches ne sont visiblement pas faites pour certaines voyelles
tu parles l'anatomique, je ne jure que par l'organique
et bien que nous ayons conscience de notre idiome commun
lorsque nous nous allongeons sur la page
étrangement l'un de nous balbutie
je pose ma main noire sur ta peau blanche
le sens de ton corps fuit dans un vide pendant que le mien calcifie
quelque chose heurte l'oreille, le réjouit
une musique dissonante monte des mouvements saccadés dans le lit


(republication)

lundi 11 mars 2019

dimanche 10 mars 2019

ma précieuse, ma beauté


passe la langue sur la crénelure au bas de mes reins
mange de baisers cette trace de couteau
ce souvenir d'un vélo volé 
dans un temps 
où tu n'existais pas
ma peau était vierge, et maintenant te voilà
à raviver du doigt mes petites blessures
que ton corps descelle
que mon corps te scelle
ma précieuse
ma beauté
je baiserai moi aussi tes cicatrices
ton champ de chagrins, ton lichen aigu
nos matins lourds, nos nuits sans sommeil sous tes seins pendus
ma précieuse
ma beauté
tricotons des jambes, tricotons des bras 
nos saisons confuses et nos cheveux blancs
le temps
file
l'amour
va
source - Yulia Kazban

samedi 2 mars 2019

mon sourire, je te le donne

activer la pelle mécanique de la bouche
et aligner ses dents comme un rempart
mon sourire, je te le donne
qu'il trace ses morsures dans nos certitudes

activer la pelle mécanique de la bouche
histoire de remplir le vide, tous nos vides
celui autour
celui dedans
mon sourire, je te le donne
qu'il claque comme un drapeau dans le vent

activer la pelle mécanique de la bouche
mâcher des mots, les remâcher, cracher 
le bol alimentaire dans le bec d'un oiseau mort 
mon sourire, je te le donne
cogne la langue contre des vers

Radicelles - on en parle

Note de lecture de Radicelles par Murièle Camac sur son blog

"Un poème, une photo. C’est le principe de ce livre.
Les poèmes sont de Murièle Modély et semblent constituer comme une reprise et un prolongement, après quelques années, de son premier recueil remarquable Penser maillée. Corps, matière, enfance, île, langue, une violence sourde. Le recours au créole dans certains textes donne à ceux-ci une profondeur poignante.
Les photographies sont de Vincent Motard-Avargues et proposent, comme en écho visuel, une auscultation minutieuse de la matière, entre inquiétude et fascination.
A signaler aussi la très belle préface de Dominique Boudou"
A lire sur le blog

lundi 4 février 2019

Détour de Babel, 2018 : lectures de Seyhmus Dagtekin et Lili Frikh


Lectures de Seyhmus Dagtekin et Lili Frikh le 18 mai 2018 dans le cadre de Détour de Babel, une manifestation organisée sur la scène nationale du Channel par les Découvreurs, avec les élèves du lycée Berthelot de Calais, en partenariat avec Le Marché de la Poésie et la DAAC de Lille.

samedi 2 février 2019

Chienne, un poème d'Alexo Xenidis


Chienne
Cette vie-là la queue entre les pattes qui baisse la tête
Et rabat les oreilles surtout ne pas entendre l'injure
Attendre le coup de cuir le coup de pied
Je découvre que le sentiment que j'ai le plus souvent
Ressenti
Dans mon ventre surtout fut la peur celle qui broie la gorge
Peur de chienne qui rampe, l'inéluctable d’être de la mauvaise espèce,
Comme les non-chiens l’avaient décidé
Ils disent que lorsqu'il pleut sur le chien
Le chien pue il ne leur vient pas à l'idée d'accuser la pluie
Chienne
De vie, voilà deux ans déjà que j’erre, je quémande
De maison en maison ma gamelle, je reçois aussi des pierres
A la place, des regards qui se tournent, parce que
Ces chiens errants c'est dangereux ils pourraient donner aux enfants
Des envies d'aboyer ou de mordre ou de comprendre que les humains
Refont leur vie et en défont d'autres avec les bouts de viande qu'ils ont arrachés
Aux chiens aux destins aux fariboles aux gamelles des autres
Chienne de vie
Chasses à courre, le festin pour les chiens bons qui t’offrent le cerf pantelant,
Pour les autres la honte le chenil déserté le coup
De fusil pour économiser une chambre d'amis
Chienne
Si tu savais ce que j'ai fait pour vivre encore et combien je regrette
Combien
Cette chienne de vie
Ne valait pas la peur qui l'a accompagnée
Ne valait pas les coups


Alexo Xenidis, 1er Février 2019
On peut lire ses poèmes sur sa page facebook
Alexo Xenidis a aussi publié en revues
Elle a publié un recueil Communication prioritaire aux éditions Tarmac

vendredi 1 février 2019

mardi 29 janvier 2019

Vues et revue n°8, émission littéraire sur Campus FM Toulouse


J'étais ce mardi dans les locaux de Radio Campus Toulouse pour l'émission littéraire bimensuelle "Vues et Revue", animée par Anthony Piana et Bérénice Marsaud, où il a été question de poésie, du travail de l'auteur mais aussi de l'activité professionnelle qui fait vivre, de l'inspiration etc.


vendredi 25 janvier 2019

Anaïs Boudot - Fêlures (voir son site)

Cairn (extrait de Feu de tout bois)

je ne sais pas qui a ramassé les galets
qui les a empilé dans mon dos

tout près des vertèbres
non, je ne sais fichtrement pas
qui a écrit en lettres capitales
sur la pierre le mot
il - il faut bien qu'il soit mâle
a posé sur mon omoplate un conflit
une épidémie sur ma clavicule
un attentat sous ma paupière
une crise dans le creux de mon oreille
il a glissé dans ma bouche entrouverte
un caillou plat brûlant
dans un grésillement, un corps
non identifié, non identifiable
une horreur, puis une autre
sur le nombril, le sexe, des mots mis bout à bout jusqu'au bord de la page
sans aucun sens, une lame, une flaque, un oiseau, une cage
mais sur la langue, mon fils débute l'autre phrase
improvise en dansant un nouveau paragraphe
les galets tombent, les mots roulent
j'entends dans les ricochets
son bruit fou et la mer

Extrait de Feu de tout bois, Délit buissonnier n°1, Nouveaux Délits, 2016
Toujours disponible - contacter  Cathy Garcia - Revue Nouveaux Délits