mercredi 5 juin 2019

huître (extrait de feu de tout bois)

quand nous mangeons de la langue
quelquefois
       banale
       plate
la bouche fuit

mon kaf do lo
mon kafrine do fé

ce ne sont que des mots pourtant
les enfants s'y accrochent, comme à l'eau du ruisseau

c'est qu'ils ont eu cinq mille huit cent quarante jours
pour expérimenter différentes techniques de pêche

et ils se dressent
sur la butte de mes joues
le regard concentré
        impavides
        immobiles
à tenter à mains nues
à la lance
à la ligne
de saisir une à une
toutes les perles cachées entre mes valves


à paraître en juillet 2016

samedi 1 juin 2019

Dialogues with Solitudes - Dave Heath (1931-2016)

ainsi va le poème

Le réel est une gousse d'ail qui finit, une fois de plus, sous le martèlement du pilon
purée blanche suintante sous la pulpe du doigt
ainsi va le poème
le broiement du monde
sa matière blanche semblable à de la chair qui pénètre 
jusque sous la lunule de l'ongle
et tu répètes pour toi seule
- car personne ne doit voir les mouvements sous ta bouche close
tu répètes pour toi seule, « putain, je ne comprends rien »
tu dis « putain » et te déteste de mettre au féminin
ton abrutissement qui pose ses forces érectiles
comme deux doigts puissants sur tes tempes
tout autour de toi devient glaise 
sous le claquement incessant de tes dents
ainsi va le poème
tentative d'écrasement d'un monde
rouleau compresseur du mot
est-ce que de le balancer cul par dessus tête
te fera plus aisément pénétrer 
le trou de la pensée
à quel moment précis le poème cesse
de feindre
de simuler
pour te dire
2015-2019
Dialogues with Solitudes - Dave Heath (1931-2016)

vendredi 31 mai 2019

On en parle

Cathy Garcia parle de Radicelles sur son blog :
"Radicelles  est un duo, un vis-à-vis où la voix de la poète vient se frotter aux photographies couleurs de Vincent Motard-Avargues tandis que ces dernières entrent en résonance avec cette langue organique et accrocheuse.

« parl franssé ti fille/parl françé/parl franssais
ou la bo ékri com ou veu
tout’zafér la lé roug’, i rempli out tét
tout’marmaille la lé roug’
kan zot i aval, kan ou aval
la mor la mer ek zot doulér »

Français, créole, créole, français, les langues emmaillées tissent cette toile qui semble vouée à se défaire encore et encore.[...]"

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samedi 18 mai 2019

écrire des yeux

la photographie est un art pauvre
elle me dit ça entre deux cafés
deux cafés et une phrase
un-deux-trois-vite-fait
posés
avalés
elle préfère écrire de la poésie
la photographie est un art pauvre
six mots à peine sur la terrasse
de jeux de langues se dénuder
et quelque chose en moi se cabre 
car sous les mots, il y a sa bouche
nom-adjectif-comparaison
sa bouche rouge comme un baiser
entre deux gorgées vibrent les sons 
et la caresse de ses cheveux 
sur sa nuque, ma rétine
la photographie est un art pauvre 
alors que font mes pauvres yeux
à dévorer sa peau de lait
ses joues brûlantes surexposées

samedi 11 mai 2019

On dit des phrases idiotes parfois, mais on s'en remet (extrait) : Lecture


Un extrait de On dit des phrases idiotes parfois, mais on s'en remet (recueil inédit), lu à la librairie l'Hydre aux mille têtes (Marseille) lors de la soirée poétique organisée autour du numéro 4 de la revue La Terrasse de Fabien Drouet -avec un accompagnement musical à la guitare dudit Fabien Drouet. Captation vidéo Laurent Bouisset
 
 

radicelles (extrait)

on te dit choisis
choisis ton camp, ta frontière, ton pays
raye tout le reste, choisis
pas de place pour à moitié, à demi, choisis
gratte, arrache, la chair, la peau
il ne restera rien qu'un peu de rouille sur la photo
souvenir d'un temps, d'une illusoire
unicité, unité, raye, syllabes, lettres
choisis
une langue, sans maux propre et nette
et tant pis pour l’accroc
ton dessin d’île
possible
commune
sur le cahier tout au fond de la salle


jeudi 9 mai 2019

Lecture La terrasse n°4 - Librairie l'hydre aux mille têtes (Marseille)

Lecture à la Librairie L'Hydre aux mille têtes du n°4 de la Revue La Terrasse le jeudi 2 mai dernier.

les poètes ont lu pour la soixantaine de personnes présentes des extraits de la revue et d'autres poèmes de leur cru...
Il y a avait ce soir-là Kenny Ozier-Lafontaine, Murièle Modély, Camille Moravia et Fabien Drouet, Jean-Baptiste Happe, Laurent Santi, Laurent Bouisset, Emmanuelle Sarrouy Noguès.

Merci à l'hydre aux mille têtes pour l'accueil.
Et surtout merci à Fabien Drouet d'avoir permis la rencontre et l'échange des mots.
Que l'aventure de la Terrasse dure longtemps !

lundi 29 avril 2019

Charles Firmin Gillot - Iconothèque historique de l'océan Indien - IHOI
cette terre qu'on te rabâche
encore et encore
à longueur de journée
tu ne la connais pas
on la fait palpiter
comme une orchidée noire
sur ton pubis
on met sa fragrance capiteuse et moite
entre tes cuisses
on sent le granuleux sa terre aride et rouge
sous tes aisselles
à tes genoux
l'Afrique
que tu ne connais pas
comme une ombre accrochée à tes pas
on te rabâche encore et encore
et le mot nonchalance et le mot exotique
dans leurs yeux amusés ton déhanché agile
et ta peau et ta peau
son odeur d'acajou patiné encore
et encore par les mots

mercredi 24 avril 2019

Actus : Datura #3 & Lecture de la revue la Terrasse n°4

Malgré le silence qui va (et vient) ici...
ça s'excite un peu avec 2 actus:

La revue Datura #3 pilotée par Walter Ruhlmann en ligne 
Et une lecture à venir à Marseille du n°4 de la revue la Terrasse de Fabien Drouet

lundi 25 mars 2019

linguis

nous ne sommes pas très à l'aise avec les langues étrangères
nous manquons de pratique et de vocabulaire
nos bouches ne sont visiblement pas faites pour certaines voyelles
tu parles l'anatomique, je ne jure que par l'organique
et bien que nous ayons conscience de notre idiome commun
lorsque nous nous allongeons sur la page
étrangement l'un de nous balbutie
je pose ma main noire sur ta peau blanche
le sens de ton corps fuit dans un vide pendant que le mien calcifie
quelque chose heurte l'oreille, le réjouit
une musique dissonante monte des mouvements saccadés dans le lit


(republication)

lundi 11 mars 2019

dimanche 10 mars 2019

ma précieuse, ma beauté


passe la langue sur la crénelure au bas de mes reins
mange de baisers cette trace de couteau
ce souvenir d'un vélo volé 
dans un temps 
où tu n'existais pas
ma peau était vierge, et maintenant te voilà
à raviver du doigt mes petites blessures
que ton corps descelle
que mon corps te scelle
ma précieuse
ma beauté
je baiserai moi aussi tes cicatrices
ton champ de chagrins, ton lichen aigu
nos matins lourds, nos nuits sans sommeil sous tes seins pendus
ma précieuse
ma beauté
tricotons des jambes, tricotons des bras 
nos saisons confuses et nos cheveux blancs
le temps
file
l'amour
va
source - Yulia Kazban

samedi 2 mars 2019

mon sourire, je te le donne

activer la pelle mécanique de la bouche
et aligner ses dents comme un rempart
mon sourire, je te le donne
qu'il trace ses morsures dans nos certitudes

activer la pelle mécanique de la bouche
histoire de remplir le vide, tous nos vides
celui autour
celui dedans
mon sourire, je te le donne
qu'il claque comme un drapeau dans le vent

activer la pelle mécanique de la bouche
mâcher des mots, les remâcher, cracher 
le bol alimentaire dans le bec d'un oiseau mort 
mon sourire, je te le donne
cogne la langue contre des vers

Radicelles - on en parle

Note de lecture de Radicelles par Murièle Camac sur son blog

"Un poème, une photo. C’est le principe de ce livre.
Les poèmes sont de Murièle Modély et semblent constituer comme une reprise et un prolongement, après quelques années, de son premier recueil remarquable Penser maillée. Corps, matière, enfance, île, langue, une violence sourde. Le recours au créole dans certains textes donne à ceux-ci une profondeur poignante.
Les photographies sont de Vincent Motard-Avargues et proposent, comme en écho visuel, une auscultation minutieuse de la matière, entre inquiétude et fascination.
A signaler aussi la très belle préface de Dominique Boudou"
A lire sur le blog