Le réel est une gousse d'ail qui finit,
une fois de plus, sous le martèlement du pilon
purée blanche suintante sous la pulpe du doigt
ainsi va le poème
le broiement du monde
sa matière blanche semblable à de la
chair qui pénètre
jusque sous la
lunule de l'ongle
et tu répètes pour toi seule
- car personne ne doit voir les
mouvements sous ta bouche close
tu répètes pour toi seule, « putain, je ne comprends rien »
tu dis « putain » et te
déteste de mettre au féminin
ton abrutissement qui pose ses forces
érectiles
comme deux doigts puissants sur tes
tempes
tout autour de toi devient glaise
sous le claquement incessant de tes
dents
ainsi va le poème
tentative d'écrasement d'un monde
rouleau compresseur du mot
est-ce que de le balancer cul par dessus
tête
te fera plus aisément pénétrer
le trou de la pensée
à quel moment précis le poème cesse
de feindre
de simuler
pour te dire
2015-2019