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| Patrick Welde, Freiheit - sur le site BOUMBANG |
mardi 14 janvier 2020
dimanche 12 janvier 2020
Il y a les taches insignifiantes
les gestes de trois fois rien
les mains dans la vaisselle
la pelure des carottes
le regard dans le loin
le ciel et les bruits fauves
la coulée virulente
du galop des enfants
les hurlements d'amour
le linge qu'on étend
la fatigue qui flotte
la terre sur les talons
la vie folle et les niches
qu'on creuse dans les murs
les pulsations fugaces
les respirations brèves
il y a aussi
au milieu tout en bas
là sous le feuilletage
et la coque des mots
des traces de baisers
les gestes de trois fois rien
les mains dans la vaisselle
la pelure des carottes
le regard dans le loin
le ciel et les bruits fauves
la coulée virulente
du galop des enfants
les hurlements d'amour
le linge qu'on étend
la fatigue qui flotte
la terre sur les talons
la vie folle et les niches
qu'on creuse dans les murs
les pulsations fugaces
les respirations brèves
il y a aussi
au milieu tout en bas
là sous le feuilletage
et la coque des mots
des traces de baisers
(2012)
samedi 21 décembre 2019
mercredi 11 décembre 2019
Le type à la tête en pain de sucre
Y
avait un type à la tête en pain de sucre dans le métro
une
tête en pain de sucre moulé dans un bonnet kaki
et
sa tête en pain de sucre fondait doucement
le
long de ses joues
dans
les plis de son cou
de
longues coulures couleur de cérumen
et
une petite fille à la coiffure afro répétait en boucle
en
tirant la manche de sa mère
« y
a le monsieur qui pleure » « y a le monsieur qui pleure »
et
ses mots tombaient, en boucle aussi, sur ses genoux
comme
de grosses pierres brillantes
je
la regardais par en dessous
j’avais
peur que ce soit la fille du conte
et
que les pierres se transforment soudain hors de sa bouche
en
d’affreux serpents siffleurs
tout
gluants
tout
visqueux
et
qu’ils se faufilent partout
par
tous les trous
j’aurais
dû faire comme les autres dans le métro
m’arracher
les yeux et tenter de les introduire du bout de l’ongle
dans
la rainure entre l’écran et la coque de mon téléphone
seulement
voilà, je me doutais bien en regardant tous ces trous noirs à la
place des yeux qui tournoyaient comme des planètes mortes au fond de
l’espace
qu’il
m’aurait été bien difficile de planquer quoi que ce soit dans le
répertoire de mon téléphone
et
qu’une fois mes yeux arrachés, ils se faufileraient
tout
gluants
tout
visqueux
loin
du reste de mon corps qui pirouetterait comme un poulet sans tête
entre ici et nulle part
alors
je regardais
la
petite fille à la coiffure afro qui regardait
le
type à la tête en pain de sucre qui regardait
essayer
de toutes nos forces de soustraire nos six yeux à l’appel des
trous noirs
elle
avec ses mots comme des pierres précieuses
moi
avec mes yeux tout gluants tout visqueux dans mes orbites
lui
avec sa tête en pain de sucre dans son bonnet kaki semer dans le
métro des larmes
à
l’odeur de caramel
publication initiale dans la revue la Terrasse n°4- décembre 2018
samedi 7 décembre 2019
"Je n'ai souvent qu'une phrase...", poème de Anna Jouy
"je n’ai souvent qu’une phrase de poète pour que le songe enfonce la porte du vide
ce sont des lampes torches, des missiles de soleil
et la nuit est fendue
une phrase pour avouer que j’aime vivre
et que toutes les morts fondent comme des épées glacées à l’auvent des fenêtres
une seule phrase, mon dieu !où lancent-ils le crochet, la mouche et le moulin pour que je remonte des noyades
et respire le ciel"
ce sont des lampes torches, des missiles de soleil
et la nuit est fendue
une phrase pour avouer que j’aime vivre
et que toutes les morts fondent comme des épées glacées à l’auvent des fenêtres
une seule phrase, mon dieu !où lancent-ils le crochet, la mouche et le moulin pour que je remonte des noyades
et respire le ciel"
mercredi 27 novembre 2019
"La poésie est une grande médecine" d'Ana Nb
il s'appelle Angjelin, il vient de recevoir une obligation de quitter le territoire français, il vit en ce moment dans une ville du grand Est , non il ne vit pas dans une ville , il survit dans une ville, il habite quelque part, avec pour maison , une tente - il vit là avec sa mère et son frère- il s'appelle Angjelin, je l'ai rencontré au cours d'un atelier d'écriture dans le cadre d'un festival de poésie - il est venu dès les premiers jours, les premiers jeudis - deux heures de rencontre - deux heures - vous imaginez deux heures dans un lieu - pour - se retrouver dans une langue dans la langue des autre dans sa langue à soi - pour dire : la poésie est une médecine - une médecine - de la langue pour la langue les langues le langage les langages - il s'appelle Angjelin la dernière fois que je l'ai vu - un mercredi de novembre à son cours de français - à expliquer le nom d'un arbre de son pays - il s'appelle Angjelin - Angjelin je vais écrire quelques mots pour toi, des mots pour dire - comment tu es venu par tous les temps, comment - comment tu as écrit - la poésie est une grande médecine - c'est cela que tu as écrit - c'est d'ailleurs même écrit sur une belle plaquette qui reproduit la forme collective de notre écriture - chaque jeudi de printemps de ce printemps 2019 - Angjelin ce printemps de 2019 s'est éloigné - l'été je ne t'ai pas vu, je suis partie - et c'est en octobre que de nouveau j'ai écouté ta voix avec celles d'autres, lire " nous sommes le monde " - Angjelin, je vais écrire autre chose que nous sommes le monde - je vais écrire - Angjelin je cherche des mots pas seulement pour toi des mots aussi pour - Angjelin les mots la poésie tout ça ne sauve de rien - sinon il suffirait d'envoyer à tous ces employés de l'administration de l'immigration cette phrase : la poésie est une grande médecine, phrase à laquelle ils répondraient : votre place est ici parmi nous, nous avons besoin de votre jeunesse de votre courage de la beauté de votre geste dans l'écriture de cette phrase - et l'obligation de quitter la France serait suspendue à jamais dans le vide - Angjelin , voilà ce que je vais écrire :
Madame, Monsieur,
( j'écrirai pour commencer les mots demandés lorsqu'on témoigne d'une vérité qui va suivre ) Angjelin a démontré tout au long de l'atelier d'écriture " nous sommes le monde ", un grand plaisir à être là, dans un lieu en sécurité, et sans contrainte, pour découvrir, dans une langue qui n'est pas la sienne, une autre langue, une langue qui se travaille avec des regards graves, des sourires, des rires, des silences, des hésitations, des questions, celle qui permet de grandir à l'intérieur le monde à partager - Angjelin je ne suis pas certaine que ces mots soient entendus -
Alors j'écrirai Angjelin d'autres mots, je les trouverai, j'ai je crois, jusqu'à vendredi
le blog d'ana nb : https://sauvageana.blogspot.com/ lire le texte sur son blog
Madame, Monsieur,
( j'écrirai pour commencer les mots demandés lorsqu'on témoigne d'une vérité qui va suivre ) Angjelin a démontré tout au long de l'atelier d'écriture " nous sommes le monde ", un grand plaisir à être là, dans un lieu en sécurité, et sans contrainte, pour découvrir, dans une langue qui n'est pas la sienne, une autre langue, une langue qui se travaille avec des regards graves, des sourires, des rires, des silences, des hésitations, des questions, celle qui permet de grandir à l'intérieur le monde à partager - Angjelin je ne suis pas certaine que ces mots soient entendus -
Alors j'écrirai Angjelin d'autres mots, je les trouverai, j'ai je crois, jusqu'à vendredi
le blog d'ana nb : https://sauvageana.blogspot.com/ lire le texte sur son blog
dimanche 10 novembre 2019
Lecture de la revue Vol n°3 - Pizzeria Belfort, samedi 9 novembre 2019





Lecture Revue Vol n°3 à la pizzeria Belfort à Toulouse. Hervé Gouault, Christine Saint-Geours, Marc Tison, Pierre Cressant, Rajel, Magali Frossard, Marc Sastre, Murièle Modély ont lu leurs textes et ceux de Dominique Boudou, Claire Massart, Mohsen Elbelasy,Charles Pennequin, Marc Brao, Patrice Maltaverne et Paul Poule sous les œuvres graphiques de Cendres Lavy.
C'était bien.
lundi 4 novembre 2019
lundi 7 octobre 2019
nous sommes dans le métro comme dans un ventre
à clapoter de la lymphe, à gober des yeux
des seins
à heurter du regard la toile rêche
des peaux
à humer des odeurs, avoir des hauts-le-cœur
relents de sueurs et de rots
nous sommes dans le métro un concentré de chairs
nous mêlons, emmêlons nos souffles et nos flux
le soleil et la brique sur des mains noires de terre
les méandres filandreux ou retors des cerveaux
nous sommes dans le métro concentrés de colère
concentrés de misère, vagues d'indifférence
nous allons sans bouger vers le bout du tunnel
uniques, semblables
et seuls
à clapoter de la lymphe, à gober des yeux
des seins
à heurter du regard la toile rêche
des peaux
à humer des odeurs, avoir des hauts-le-cœur
relents de sueurs et de rots
nous sommes dans le métro un concentré de chairs
nous mêlons, emmêlons nos souffles et nos flux
le soleil et la brique sur des mains noires de terre
les méandres filandreux ou retors des cerveaux
nous sommes dans le métro concentrés de colère
concentrés de misère, vagues d'indifférence
nous allons sans bouger vers le bout du tunnel
uniques, semblables
et seuls
dimanche 22 septembre 2019
on m'assène un soir mon enfance rieuse qui danse sur la table au son d'un disque rayé, on
me dit que je danse pieds nus, que l'été moite est touffu, qu'un
bracelet d'or à mes poignets cliquette, que ma voix haut perchée sous
mes dents écartées cadence, on me dit que je chante et que mes notes
tranchent
les rires
les gorges
mes tantes, mes oncles, mes aïeux, mes cadavres fiévreux
on me dit les feuilles de bananiers qui roulent
sous mes orteils, on me dit la joie pure
je ne m'en souviens pas
je suis adulte triste depuis bien trop longtemps
et l'enfance n'est pas et n'a jamais été
un âge d'or
c'est une toile fendue
qu'il faut rentrer du poing
dans le ventre de la terre
les rires
les gorges
mes tantes, mes oncles, mes aïeux, mes cadavres fiévreux
on me dit les feuilles de bananiers qui roulent
sous mes orteils, on me dit la joie pure
je ne m'en souviens pas
je suis adulte triste depuis bien trop longtemps
et l'enfance n'est pas et n'a jamais été
un âge d'or
c'est une toile fendue
qu'il faut rentrer du poing
dans le ventre de la terre
dimanche 25 août 2019
lundi 22 juillet 2019
Revue Vol n° 2
Parution du deuxième numéro de la revue Vol,
pilotée par Abel Kabach et Hervé Gouault, entre autres...
en savoir plus sur leur page facebook
vendredi 21 juin 2019
"Peut-être que maintenant vous êtes assez construite", lu par Lionel Mazari
Poème : Murièle Modély
Voix, musique : Lionel Mazari
Photo : Francesca Woodman
La chaîne youtube de Lionel Mazari
mercredi 5 juin 2019
Caresse / Caricia dans la revue Fracas
La revue numérique et bilingue (espagnol / français) Fracas a publié mon poème Caresse
traduit en espagnol par Lucas Grinstein sous le titre de Caricia .
Le recueil dont le poème est extrait Feu de tout bois est toujours disponible.
traduit en espagnol par Lucas Grinstein sous le titre de Caricia .
Le recueil dont le poème est extrait Feu de tout bois est toujours disponible.
huître (extrait de feu de tout bois)
quand nous mangeons de la langue
quelquefois
banale
plate
la bouche fuit
mon kaf do lo
mon kafrine do fé
ce ne sont que des mots pourtant
les enfants s'y accrochent, comme à l'eau du ruisseau
c'est qu'ils ont eu cinq mille huit cent quarante jours
pour expérimenter différentes techniques de pêche
et ils se dressent
sur la butte de mes joues
le regard concentré
impavides
immobiles
à tenter à mains nues
à la lance
à la ligne
de saisir une à une
toutes les perles cachées entre mes valves
quelquefois
banale
plate
la bouche fuit
mon kaf do lo
mon kafrine do fé
ce ne sont que des mots pourtant
les enfants s'y accrochent, comme à l'eau du ruisseau
c'est qu'ils ont eu cinq mille huit cent quarante jours
pour expérimenter différentes techniques de pêche
et ils se dressent
sur la butte de mes joues
le regard concentré
impavides
immobiles
à tenter à mains nues
à la lance
à la ligne
de saisir une à une
toutes les perles cachées entre mes valves
extrait de Feu de tout bois, illustration Sophie Vissière
Délit buissonnier n°1,tiré à part de la Revue Nouveaux Délits
Délit buissonnier n°1,tiré à part de la Revue Nouveaux Délits
à paraître en juillet 2016
samedi 1 juin 2019
ainsi va le poème
Le réel est une gousse d'ail qui finit,
une fois de plus, sous le martèlement du pilon
purée blanche suintante sous la pulpe du doigt
ainsi va le poème
le broiement du monde
sa matière blanche semblable à de la
chair qui pénètre
jusque sous la
lunule de l'ongle
et tu répètes pour toi seule
- car personne ne doit voir les mouvements sous ta bouche close
- car personne ne doit voir les mouvements sous ta bouche close
tu répètes pour toi seule, « putain, je ne comprends rien »
tu dis « putain » et te
déteste de mettre au féminin
ton abrutissement qui pose ses forces
érectiles
comme deux doigts puissants sur tes
tempes
tout autour de toi devient glaise
sous le claquement incessant de tes
dents
ainsi va le poème
tentative d'écrasement d'un monde
rouleau compresseur du mot
est-ce que de le balancer cul par dessus
tête
te fera plus aisément pénétrer
le trou de la pensée
à quel moment précis le poème cesse
de feindre
de simuler
pour te dire
2015-2019
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