Le Serveur Vocal Poétique (SVP), création de la Cie Home Théâtre, est un numéro de téléphone gratuit qui permet d’écouter des poèmes lus par leurs auteurs/trices ou par des comédiens.
vendredi 1 janvier 2021
mercredi 30 décembre 2020
Film en N&B
doit tout simplement entrer
dans la littérature
par la petite porte, par la petite peau
comme cette femme noire
invisible
collée contre le mur
par le bruit des mastications
de madame, de monsieur
attendant tous les sens aux aguets
le bruit de la clochette pour courir (sans un bruit)
- madame dit de faire vite (sans poser le talon)
dans la cuisine chercher le rôti ou la tourte
peut-être que la poésie est cette femme invisible
noire qui écoute les chuintements, lapements
claquements de langue
déglutitions lentes ou rapides
cliquetis de fourchettes, odeurs de rots masqués
cette femme noire invisible
réceptacle attentif à la présence
des corps sans filtre
de monsieur, de madame
peut-être que la poésie
est cette mise à nu
noire
sur blanc
samedi 7 novembre 2020
User le bleu - On en parle
Dominique Boudou a lu mon nouveau recueil User le bleu suivi de Sous la peau aux éditions Aux Cailloux des Chemins. Il a publié un retour de lecture sur son blog.
Extrait : "La poésie s'aventure de plus en plus souvent dans les sables mouvants du monde du travail. Peut-être faut-il y voir un précipité de notre modernité épuisée par l'absurdité de la condition humaine soumise comme jamais à la compétition. Avec User le bleu, Murièle Modély ne métaphorise ni les gestes ni les discours qui font courber l'échine au bureau ou ailleurs. Du collègue de base jusqu'au N+1 chapeauté par son N+2 les yeux rivés sur les objectifs à atteindre..."
La suite par là
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Le poète et revuiste Patrice Maltaverne chronique aussi mon recueil sur son blog Poésiechroniquetamalle :
" Si "Sous la peau" parle davantage des relations familiales (mère fille, fille mère), "User le bleu" évoque avec insistance le monde du travail, son côté très absurde, avec ses sentiments qui n'arrivent pas à sortir (ici, au travail, comme ailleurs, en dehors du boulot), car ce n'est jamais le moment et pas la place. Murièle Modély montre tout simplement l'incommunicabilité qui existe entre les êtres."
Je les remercie tous deux
mardi 13 octobre 2020
Lichen
Quand le dermatologue t'a révélé le nom de ta maladie
tu as éclaté de rire
comme tu aurais pu pleurer
ce n'est tout de même pas courant
que le corps nous assène d'un mot
notre vraie nature
eh oui, tu étais une souche
un vieux morceau de bois
mort
humide
couvert d'un lichen plan
- et cet adjectif plan
était la cerise sur le gâteau pour toi
qui ne tenais pas droite
Extrait de User le bleu, suivi de Sous la peau, éditions Aux cailloux des chemins
samedi 26 septembre 2020
Parution de User le bleu, suivi de Sous la peau
Mon nouveau recueil est sorti !
Chez un tout nouvel éditeur né sur les bords de Garonne (sacré pari en ces temps moroses : la vie, les mots plus forts que tout ! :)
Cela s'appelle User le bleu, suivi de Sous la peau, avec une lithographie de l'artiste Cendres Lavy...et c'est Aux Cailloux des Chemins
Et je remercie chaleureusement les éditeurs de me permettre d'être à leurs côtés pour le début de cette aventure !
Et voilà ce qu'a dit Hervé Gouault, l'un des éditeurs, de ce nouveau livre :
"Lire Murièle Modély, c'est accepter que tout se renverse ou ne pas la lire vraiment.
Ses vers lisent en vous par des détours que vous ne sembliez pas connaître. Et puis ils demeurent en vous. C'en est étonnant de légèreté et de profondeur, d'immanence et d'anecdotique. Leur tissu vous couvre la peau et en-dessous.
Il y aurait du tragique dans cette affaire mais vous partez d'un fou rire, comme ça, en retour de vers.
Surtout si vous laissiez les vers crier de votre bouche, entre plaisirs enfantins et jeux d'adulte.
Il s'agit du jeu à être, à vivre malgré toutes ces lourdeurs, cet absurde, en soi, au travail, partout, tout le temps."
Vous pouvez vous le procurer sur le site de l'éditeur
Si vous souhaitez soutenir ce projet un peu fou (il faut bien l'être pour publier de la poésie... et aussi à venir des œuvres graphiques (c'est l'autre axe de leur maison !) adhérez à l'association de la maison d'édition
samedi 18 juillet 2020
mercredi 1 juillet 2020
qu'il me manque une brique ou deux au niveau de l'épaule
*
dans la rue nous sommes nombreux à balader nos fissures
ça coule en petits chhhh chhhh, ou en crrrr crrrr
des bruits qui grincent, qui craquent, qui claquent
qu'on ne prononce pas
alors on fait semblant, et
on laisse derrière soi des traînées crayeuses, des humeurs baveuses
on se fait des sourires, on dit bonjour
on fuit quand même
*
parfois on colmate
on fait un enfant ou deux, et
on utilise leurs rires ou leurs larmes comme plâtre
cela marche un temps, puis ils grandissent
ils s'en vont sur les chemins tracer leurs propres entailles
avec des pierres coupantes
alors on reste un peu triste
sauf les dimanches
quand on se retrouve tous ensemble à table
à tenter de remplir à la cuillère ou d'une phrase
nos trous
lundi 8 juin 2020
On en parle
Dans son éditorial du 26-05-2020, il dit ceci :
« Je m'attarde sur deux publications:
1 - Feu de tout bois avec des illustrations de Sophie Vissière (10 € à commander à Nouveaux Délits, Létou, 46330 Saint-Cirq-Lapopie),
[...]
dimanche 24 mai 2020
samedi 23 mai 2020
rouler comme des cailloux
sous la chaussure
accrocs tenaces dans la marche du jour
on avance
le soleil brille
rien ne s’arrête
*
Parfois on entend le cœur rouler
comme une pierre dans la poitrine
et tout résonne, et tout s’échine
à donner sens à nos échos
est-ce la voix ? est-ce la peau ?
il pleut
nos côtes nourrissent
l’herbe sauvage
des trottoirs sales et inégaux
*
Parfois le poème est aride
il ratatine comme la peau d’un fruit
derrière la vitre
l’été est chaud et moite
la pensée est avide
rien n’étanche les gorges sèches
mercredi 6 mai 2020
lundi 27 avril 2020
mercredi 25 mars 2020
mercredi 11 mars 2020
- c'est ça que tu as dit, terriblement surpris
eh oui, je suis douée
tu vois ma peau sait elle aussi
dévorer le soleil
à pleines dents encore
tu vois sur le bleu de la nuit
mes trente et quelque perles
qui roulent quand je ris
et je ris fort
souvent
et ta bouche fend aussi
- c'est l'été !
la tranche rouge d'un fruit
pourtant de toi à moi
si on réfléchit bien
il n'y a pas de quoi rire, hein
j'ai écrit dernièrement
- je te l'ai lu au lit
qu'il pleuvait des cadavres
qu'une peau chassait l'autre
tu lisais ton journal
je jetais par défi
mon œil
par dessus ton épaule
mon regard noir comme le creux du ciel
mangeait ton duvet doux et les tristes nouvelles
mais je suis douée - tu l'as dit, je le crois
je ramasse mon œil
dépose ma cervelle
sors tout l'attirail
la courbe, l'anguleux,les lignes droites
mes hanches, mes oreilles et ma langue
essaime
mercredi 4 mars 2020
Le dire
Elle allait vite. Malgré ses pieds nus, elle n’avait aucun mal à garder le rythme. Les graines de filaos mordaient la plante des pieds plus fort qu’une colonie de fourmis rouges. Quand il accélérait, elle accélérait d’autant. Elle voyait les grosses gouttes de sueur couler sur son cou tendu. Elle, elle transpirait à peine, même si l’odeur forte qui montait de ses aisselles témoignait de l’effort soutenu. C’est qu’elle le suivait depuis longtemps. Une heure ? Deux heures ? Combien de temps au final ?
Ils s’étaient retrouvés comme chaque après midi en bord de mer. Elle était la seule fille dans la bande. Les gars ne l’aimaient pas, mais acceptaient sa présence parce que c’était elle qui ramenait les bières. Elle qui n’avait pas peur de passer au nez et à la barbe des gros bras du Jumbo pour subtiliser un pack ou deux pendant la livraison des marchandises du petit matin. Non pas qu’elle soit particulièrement discrète ou agile, elle courait juste très vite.
Elle avait toujours couru vite. Elle n’avait pas grand-chose à elle, pas grand chose dont elle put être fière, à part ses deux pieds vieillis avant l’âge à force de fuir des menaces imprécises du matin jusqu’au soir. Deux pieds que le sable, la terre, et le temps, avaient recouvert d’une corne épaisse d’un brun indéfinissable.
Ils ne l’aimaient pas, sauf lui qui l’aimait un peu. Peut-être. Ou qui faisait semblant. Elle s’en fichait au fond. Dans le quartier, elle était la seule qui fréquentait des zoreils. La seule qui pouvait dire, si quelqu’un le lui avait rien qu’une fois demandé, qu’elle avait couché avec un blanc. Qu’elle avait vu la queue flasque, et pâle, et triste, d’un blanc. Il bandait mou, mais bandait pour elle.
La nuit, chez elle dans le lit, la main contre sa bouche, elle retenait un rire pour ne pas réveiller sa petite sœur allongée contre son flanc. Pour ne pas donner raison à son aînée qui la regardait, depuis qu’avait commencé cette pitoyable histoire, avec un air désapprobateur et une moue de mépris de plus en plus marquée.
Ils avaient éclusé une quinzaine de canettes à eux quatre, quand elle avait décidé de lui dire. Il faisait chaud, les alizés n’atténuaient pas la moiteur de l’été austral. Ils étaient allongés sur le sable, étourdis d’alcool et de soleil, quand elle lui avait dit. Il riait bêtement, sa bouche mince largement ouverte sous les rayons violents, quand elle avait murmuré au creux de son oreille. Il n'avait pas compris, des mots semblaient manquer, et la phrase incomplète restait suspendue devant ses yeux fébriles. Il ne comprenait pas. La couleur de peau n’était pas le seul obstacle entre eux : ils ne parlaient pas la même langue. Cela ne datait pas d’hier et cela n’était pas sur le point de s’arranger.
Il l’avait regardé interdit, puis lui avait montré la bouteille en bafouillant dans une pluie de postillons Fourre-toi ça dans le con. Sa phrase aussi n’avait aucun sens, il le savait. D’ailleurs elle était restée impassible, sûre d’elle et du fait que sa peur ne le sauverait pas.
Alors, ironie de la répétition d’une histoire inversée, il s’était levé pris de panique, et s’était mis à courir. Droit devant. Sans un regard en arrière ou presque. Kroi pas ou sa chaper, mounoir… il l’entendait la petite litanie créole dans sa respiration bruyante de femme lourde. Au début, il lui avait lancé des poignées de sable, comme si cette terre qu’il ne connaissait pas avait le pouvoir de ralentir la traque, comme si l’île - la bienveillance même pour ses airs conquérants, avait le pouvoir d’arrêter cette espèce de rouleau compresseur. Ou sa ou kroi ou sa kachette ? Il voulait échapper à cette fille, à ses cheveux crépus, sa bouche lippue, ses seins énormes qu’il tétait avidement la veille encore, sa peau luisante comme la nuit qui étendait avec ses quelques mots, son ombre monstrueuse sur son corps en sueur.
Il avait quitté la plage, avait pris la route pentue qui menait vers les hauts. Un point de côté lui coupait parfois le souffle et l’arrêtait brutalement : il n’avait pas l’habitude des chemins escarpés. Il ramassait un caillou, un galet, puis le lançait aveuglément vers elle. Parfois il la touchait, d’autres fois non. Des filets de sang coulaient au fur et à mesure sur ses joues et ses bras. Mais elle ne bougeait pas sous les projectiles, elle attendait juste qu’il recommence à courir, que chacun retrouve, au bon moment, sa place.
Ils étaient dans l'île, condamnés à tourner en rond. Il n’y avait aucun moyen d’échapper à cette histoire, la leur, la sienne. Que connaissait-il au marronnage, hein ? Rien ! Il n’avait pas inscrit dans la peau l’endurance, que les dangers et les manques avaient inscrite dans la sienne. Peau trop pâle, pieds trop faibles. Il suffisait d’attendre, oui. Elle le lui avait dit. Et cette phrase qu’il ne voulait pas comprendre, finirait par pénétrer sa chair aussi sûrement que les mailles de la chaîne entravant leur course sans issue.












