avant
nous avions le temps de nous asseoir dans la chambre
nous avions le temps de regarder le temps
figer les corps
avant
nous pouvions sentir les odeurs sures des fleurs
nous monter à la tête
entendre le chagrin tomber au fond de l'estomac
nous pouvions sentir ce poids donner chair à l'absence
nous pouvions avant convoquer nos morts dans le champ des vivants
les regarder danser, nous essouffler, nous suffoquer
nous pouvions les laisser
déborder
notre bouche
de nos yeux
une fois encore
leur tenir la main jusqu'au bout du chemin
les regarder nous faire un petit signe
sourire un peu
et partir
aujourd'hui quelle place leur accorder
dans la pluie
des cadavres
qui tombe
de façon continue
qui tombent et s'écrasent dans tous les espaces
sous nos yeux, dans nos têtes, sur nos écrans
dans le moindre interstice entre nos dents et nos poumons
jeudi 19 août 2021
jeudi 17 juin 2021
Le champ de colza
Hier, nous avons tous trois plongé dans un champ de
colza
Le soleil tapait fort, les couleurs tremblaient au bord de tes yeux
verts
j'avais mis un chapeau mais la sueur coulait entre mes
seins
elle rejoignait la mer qui bruissait sur nos
corps
l'ondée jaune scintillait et pliait sous nos
pas
au loin, il y avait la maison avec ses volets
bleus
et des moutons blancs allongés dans le
ciel
il n'y avait pas de vent, juste le flux des
abeilles
qui s'échouait sur nos pores, lourds de l'odeur de
miel
j'apercevais ballotée par les vagues
l'enfant
et sa voix déformée m'arrivait comme un
chant
Maman, j'ai trouvé des
coccinelles
elle ramassait des algues, les sentait
goulûment
les bêtes à petits pois dans le creux de sa
paume
flottaient, la chatouillaient lestés de son
arôme
et la pluie de mots ronds ricochait sur ma robe...
samedi 15 mai 2021
jeudi 13 mai 2021
User le bleu - On en parle #3
Christian Saint Paul, animateur d'une émission littéraire autour de la poésie sur Radio Occitanie revient sur User le bleu dans son éditorial de l'émission "Confinement n°45" qui a été diffusée sur les ondes récemment :
[...] Son dernier livre « User le bleu suivi de Sous la peau », éditions Aux cailloux des chemins, collection Poésie, avec une lithographie de Cendres Lavy, 95 pages, 12 € , illustre la puissance d’évocation de la poésie d’aujourd’hui à laquelle aucun sujet ne saurait échapper.
L’observation de la vie par la poétesse, sa vivacité à en saisir toute l’ironie, tout l’humour, toute l’humanité qui reflue du moindre fait, est la trame de son travail de langue.
Et il faut bien concevoir que c’est la réussite de ce travail, par un parti-pris de simplicité, un ton familier, narratif, anecdotique percutant, qui crée le poème.
La vie des agents de la bibliothèque, en butte sourde à la hiérarchie, aux usagers, n’est pas le paradigme du décor social souhaité pour un poème, mais l’auteure, par le travail de la langue, métamorphose cette vie laborieuse en instant succulent. Et la finalité, le sens donné à la besogne éclate à l’évidence : « ils lisent ». Ils sont les serviteurs de la lecture.
Sa vocation de poète, Murièle Modély l’a éprouvée, les mots chevillés au corps, dès l’âge de dix huit ans. Car c’est avec le corps que l’on fait surgir les vers du poème. Les yeux pour voir le poème, la bouche pour que s’évade le poème.
Le poème vit « Sous la peau ». La peau donnée comme une signature, celle de la mère, celle du père, celle d’un pays qu’elle devra quitter. L’exil, « on s’en remet » ; mais le poème crie le contraire et ce cri jaillit de sous la peau qu’elle bariole de rouge, de bleu, ce cri qu’elle étouffe de « joies falotes ».
Nous devons lire les poèmes de Murièle Modély, gagnés par la virtuosité d’une parole simple qui nous est immédiate sans rien perdre du mystère de la poésie
A cet état de grâce, peu de poètes y parviennent. Elle y accède avec le naturel de celle qui espère que sa langue qu’elle nomme « pauvre » entrera dans « le je poétique / un mot qui pèse / on ne sait trop comment ». [...]"
mercredi 17 mars 2021
Examen de dossier
L'employé de l'autre côté du bureau
dit
qu'il se voit dans l'obligation de refuser ma demande
répète
"je ne peux pas vous accorder ces congés au motif d'un attachement particulier"
dit
qu'au vu des pièces fournies, il lui est difficile d'évaluer le lien réel à mon lieu de naissance
répète
que les soixante pages tricotant l'ombilic entre ici et l'île
ne font pas le poids
dit
que trente ans à profiter du continent
pèse plus lourd que les vagues palpitant
l'océan
l'employé de l'autre côté du bureau
à l'encre rouge
décide
que le lieu où l'on vit est le lieu où l'on est
L'employé dit, refuse, répète
moi, je ris
derrière mon poing
dans ma bouche
des galets roulent
des volcans crachent
dans mon ventre
des frontières se défont
des littoraux se créent
sous mes pieds
les terres blondes
et
noires se mélangent
dans mes poumons
au bout
tout au bout des alvéoles
une petite fille dans une petite case
créole débordant de rires et de mots
vit tranquillement son île parallèle
sous les yeux de l'employé de bureau
mercredi 17 février 2021
samedi 30 janvier 2021
User le bleu - On en parle #2
À lire, Jacques Morin pour la revue Décharge parle d'User le bleu
c'est ici : https://www.dechargelarevue.com/Muriele-Modely-User-le-bleu-suivi-de-Sous-la-peau-Aux-cailloux-des-chemins-ed.html
lundi 4 janvier 2021
ce que pèsent mes seins
face à la misère des corps
quel est le poids
de mon ventre
de mes jambes
de mes mains
de mes yeux
de ma bouche
face aux vies nécrosées
tout cela ne pèse rien
je le sais bien
mais au fond, tout au fond
bien sanglé sous la peau
il y a ce vide
qui plombe
alors
que pèsent mes seins dans le miroir ?
dimanche 3 janvier 2021
samedi 2 janvier 2021
Du neuf côté revues : Vol n°5 ; Le ventre et l'oreille n°6
En actu, participation à deux revues : la revue toulousaine Vol (5è numéro) et la revue d'Emmanuel Desestré et Orianne Hurstel Le ventre et l'oreille (numéro 6 en ligne)
En savoir + :
-Page facebook de la Revue Vol & le mail pour commande :volrevuvol@gmail.com
-Site de la revue Le ventre et l'oreille
vendredi 1 janvier 2021
Le Serveur Vocal Poétique de la Cie Home Théâtre
Le Serveur Vocal Poétique (SVP), création de la Cie Home Théâtre, est un numéro de téléphone gratuit qui permet d’écouter des poèmes lus par leurs auteurs/trices ou par des comédiens.
mercredi 30 décembre 2020
Film en N&B
doit tout simplement entrer
dans la littérature
par la petite porte, par la petite peau
comme cette femme noire
invisible
collée contre le mur
par le bruit des mastications
de madame, de monsieur
attendant tous les sens aux aguets
le bruit de la clochette pour courir (sans un bruit)
- madame dit de faire vite (sans poser le talon)
dans la cuisine chercher le rôti ou la tourte
peut-être que la poésie est cette femme invisible
noire qui écoute les chuintements, lapements
claquements de langue
déglutitions lentes ou rapides
cliquetis de fourchettes, odeurs de rots masqués
cette femme noire invisible
réceptacle attentif à la présence
des corps sans filtre
de monsieur, de madame
peut-être que la poésie
est cette mise à nu
noire
sur blanc
samedi 7 novembre 2020
User le bleu - On en parle
Dominique Boudou a lu mon nouveau recueil User le bleu suivi de Sous la peau aux éditions Aux Cailloux des Chemins. Il a publié un retour de lecture sur son blog.
Extrait : "La poésie s'aventure de plus en plus souvent dans les sables mouvants du monde du travail. Peut-être faut-il y voir un précipité de notre modernité épuisée par l'absurdité de la condition humaine soumise comme jamais à la compétition. Avec User le bleu, Murièle Modély ne métaphorise ni les gestes ni les discours qui font courber l'échine au bureau ou ailleurs. Du collègue de base jusqu'au N+1 chapeauté par son N+2 les yeux rivés sur les objectifs à atteindre..."
La suite par là
/
Le poète et revuiste Patrice Maltaverne chronique aussi mon recueil sur son blog Poésiechroniquetamalle :
" Si "Sous la peau" parle davantage des relations familiales (mère fille, fille mère), "User le bleu" évoque avec insistance le monde du travail, son côté très absurde, avec ses sentiments qui n'arrivent pas à sortir (ici, au travail, comme ailleurs, en dehors du boulot), car ce n'est jamais le moment et pas la place. Murièle Modély montre tout simplement l'incommunicabilité qui existe entre les êtres."
Je les remercie tous deux
mardi 13 octobre 2020
Lichen
Quand le dermatologue t'a révélé le nom de ta maladie
tu as éclaté de rire
comme tu aurais pu pleurer
ce n'est tout de même pas courant
que le corps nous assène d'un mot
notre vraie nature
eh oui, tu étais une souche
un vieux morceau de bois
mort
humide
couvert d'un lichen plan
- et cet adjectif plan
était la cerise sur le gâteau pour toi
qui ne tenais pas droite
Extrait de User le bleu, suivi de Sous la peau, éditions Aux cailloux des chemins













