jeudi 9 septembre 2021

Papa

Il finissait toujours en passant la brosse sur le sommet de son crâne
une brosse avec des picots en plastique, verte, ronde comme une fleur

La tige recourbée fermement calée dans le creux de ses doigts
entre l'index et le majeur

Il finissait en dessinant un cercle parfait, d'un mouvement lent et sûr
une tentative de frange dans ses cheveux épars
 
 Mon père


Le voile qui se fend dans la crépitude des nuages
après la pluie  
le sabre   
tranche le ciel en deux


jeudi 19 août 2021

Photo d'Edgar Marsy

 

je n'ai pas pu finir le fruit.
en reposant la goyave
dans l'assiette
les dentelures roses
m'ont ramené en mémoire
tes gencives neuves
que tes canines
il y a longtemps
déjà
ont percé dans des larmes
que reste-t-il aujourd'hui de cette douleur ?
à peine sous les morsures
l'odeur carnée, sucrée de fraise 

Photo de Francesca Woodman

avant
nous avions le temps de nous asseoir dans la chambre
nous avions le temps de regarder le temps
figer les corps
avant
nous pouvions sentir les odeurs sures des fleurs
nous monter à la tête
entendre le chagrin tomber au fond de l'estomac
nous pouvions sentir ce poids donner chair à l'absence
nous pouvions avant convoquer nos morts dans le champ des vivants
les regarder danser, nous essouffler, nous suffoquer
nous pouvions les laisser
déborder
notre bouche
de nos yeux
une fois encore
leur tenir la main jusqu'au bout du chemin
les regarder nous faire un petit signe
sourire un peu
et partir
aujourd'hui quelle place leur accorder
dans la pluie
des cadavres
qui tombe
de façon continue
qui tombent et s'écrasent dans tous les espaces
sous nos yeux, dans nos têtes, sur nos écrans
dans le moindre interstice entre nos dents et nos poumons

mardi 27 juillet 2021

Ne voir que le paysage au fond
Calmer le tumulte
Espérer l'après



 

jeudi 17 juin 2021

Le champ de colza

Hier, nous avons tous trois plongé  dans un champ de
colza
Le soleil tapait fort, les couleurs tremblaient au bord de tes yeux
verts
j'avais mis un chapeau mais la sueur coulait entre mes
seins
elle rejoignait la mer qui bruissait sur nos
corps
l'ondée jaune scintillait et pliait sous nos
pas
au loin, il y avait la maison avec ses volets
bleus
et des moutons blancs allongés dans le
ciel
il n'y avait pas de vent, juste le flux des
abeilles
qui s'échouait sur nos pores, lourds de l'odeur de
miel
j'apercevais ballotée par les vagues 
l'enfant
et sa voix déformée m'arrivait comme un
chant
Maman, j'ai trouvé des 
coccinelles
elle ramassait des algues, les sentait
goulûment
les bêtes à petits pois dans le creux de sa
paume
flottaient, la chatouillaient lestés de son
arôme

et la pluie de mots ronds ricochait sur ma robe...

samedi 15 mai 2021

jeudi 13 mai 2021

User le bleu - On en parle #3

 Christian Saint Paul, animateur d'une émission littéraire autour de la poésie sur Radio Occitanie revient sur User le bleu dans son éditorial de l'émission "Confinement n°45" qui a été diffusée sur les ondes récemment :

[...] Son dernier livre « User le bleu suivi de Sous la peau », éditions Aux cailloux des chemins, collection Poésie, avec une lithographie de Cendres Lavy, 95 pages, 12 € , illustre la puissance d’évocation de la poésie d’aujourd’hui à laquelle aucun sujet ne saurait échapper.

L’observation de la vie par la poétesse, sa vivacité à en saisir toute l’ironie, tout l’humour, toute l’humanité qui reflue du moindre fait, est la trame de son travail de langue.

Et il faut bien concevoir que c’est la réussite de ce travail, par un parti-pris de simplicité, un ton familier, narratif, anecdotique percutant, qui crée le poème.

La vie des agents de la bibliothèque, en butte sourde à la hiérarchie, aux usagers, n’est pas le paradigme du décor social souhaité pour un poème, mais l’auteure, par le travail de la langue, métamorphose cette vie laborieuse en instant succulent. Et la finalité, le sens donné à la besogne éclate à l’évidence : « ils lisent ». Ils sont les serviteurs de la lecture.

Sa vocation de poète, Murièle Modély l’a éprouvée, les mots chevillés au corps, dès l’âge de dix huit ans. Car c’est avec le corps que l’on fait surgir les vers du poème. Les yeux pour voir le poème, la bouche pour que s’évade le poème. 

Le poème vit « Sous la peau ». La peau donnée comme une signature, celle de la mère, celle du père, celle d’un pays qu’elle devra quitter. L’exil, « on s’en remet » ; mais le poème crie le contraire et ce cri jaillit de sous la peau qu’elle bariole de rouge, de bleu, ce cri qu’elle étouffe de « joies falotes ».

Nous devons lire les poèmes de Murièle Modély, gagnés par la virtuosité d’une parole simple qui nous est immédiate sans rien perdre du mystère de la poésie

A cet état de grâce, peu de poètes y parviennent. Elle y accède avec le naturel de celle qui espère que sa langue qu’elle nomme « pauvre » entrera dans « le je poétique / un mot qui pèse / on ne sait trop comment ». [...]"

mercredi 17 mars 2021

Examen de dossier

L'employé de l'autre côté du bureau
dit
qu'il se voit dans l'obligation de refuser ma demande
répète
"je ne peux pas vous accorder ces congés au motif d'un attachement particulier"
dit
qu'au vu des pièces fournies, il lui est difficile d'évaluer le lien réel à mon lieu de naissance
répète
que les soixante pages tricotant l'ombilic entre ici et l'île
ne font pas le poids
dit
que trente ans à profiter du continent 

pèse plus lourd que les vagues palpitant l'océan
l'employé de l'autre côté du bureau
à l'encre rouge
décide
que le lieu où l'on vit est le lieu où l'on est


L'employé dit, refuse, répète
moi, je ris
derrière mon poing
dans ma bouche
des galets roulent
des volcans crachent
dans mon ventre
des frontières se défont
des littoraux se créent
sous mes pieds
les terres blondes
et noires se mélangent
dans mes poumons
au bout
tout au bout des alvéoles
une petite fille dans une petite case
créole débordant de rires et de mots
vit tranquillement son île parallèle
sous les yeux de l'employé de bureau

lundi 4 janvier 2021

Nue face à la glace, je me demande
ce que pèsent mes seins
face à la misère des corps
quel est le poids
de mon ventre
de mes jambes
de mes mains
de mes yeux
de ma bouche
face aux vies nécrosées
tout cela ne pèse rien
je le sais bien
mais au fond, tout au fond
bien sanglé sous la peau
il y a ce vide
qui plombe
alors
que pèsent m
es seins dans le miroir ?
© Soraya Hocine, Série: Serai-je vivant demain plutôt qu’aujourd’hui?
je serais un petit oiseau mort
dont le ventre palpite encore
frémissement d'une porte qui claque
dans les plumes
petit oiseau, larmes au bec
tu me dirais je t'aime
je ne te croirai pas
je serai cet oiseau
mort
au bord de la fenêtre
pour avoir trop heurté
la transparence du jour

samedi 2 janvier 2021

Du neuf côté revues : Vol n°5 ; Le ventre et l'oreille n°6

En actu, participation à deux revues : la revue toulousaine Vol (5è numéro) et la revue d'Emmanuel Desestré et Orianne Hurstel Le ventre et l'oreille (numéro 6 en ligne)

En savoir + : 

-Page facebook de la Revue Vol & le mail pour commande :volrevuvol@gmail.com 

 -Site de la revue Le ventre et l'oreille

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


vendredi 1 janvier 2021

Le Serveur Vocal Poétique de la Cie Home Théâtre


Le Serveur Vocal Poétique (SVP), création de la Cie Home Théâtre, est un numéro de téléphone gratuit qui permet d’écouter des poèmes lus par leurs auteurs/trices ou par des comédiens.



mercredi 30 décembre 2020

Film en N&B

Peut-être que la poésie
doit tout simplement entrer
dans la littérature
par la petite porte, par la petite peau
comme cette femme noire
invisible
collée contre le mur
par le bruit des mastications
de madame, de monsieur
attendant tous les sens aux aguets
le bruit de la clochette pour courir (sans un bruit)
- madame dit de faire vite (sans poser le talon)
dans la cuisine chercher le rôti ou la tourte
peut-être que la poésie est cette femme invisible
noire qui écoute les chuintements, lapements
claquements de langue
déglutitions lentes ou rapides
cliquetis de fourchettes, odeurs de rots masqués
cette femme noire invisible
réceptacle attentif à la présence
des corps sans filtre
de monsieur, de madame
peut-être que la poésie
est cette mise à nu
noire
sur blanc


extrait de User le bleu, suivi de Sous la peau, Aux Cailloux des chemins, 2020

dimanche 15 novembre 2020