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| Creuser l’image (Entrelacs) de Guénaëlle de Carbonnières |
vendredi 22 avril 2022
lundi 11 avril 2022
Papa
samedi 12 mars 2022
samedi 15 janvier 2022
lundi 10 janvier 2022
mer
sur la plage
juste là
où les racines
de filaos
semblent planter leurs doigts
longs
fins
bruns
entre les squelettes de coraux
juste à cet endroit là donc
j'aperçois
presque
une fille
en robe rouge
si je la regarde bien
(le sel n'obscurcit rien
et le soleil fait naître
des étoiles
sur son cou
jaune pâle)
si je la regarde
attentivement
on dirait un peu moi
un peu
seulement
la robe est trop courte
la peau est trop blanche
les éphélides content
un air nouveau
déjà
ancien
trop loin
pour moi
les notes sous le derme
les croches dissimulées
sous le fil du maillot
si je regarde bien
je vois
la mer
sortir de mes flots
dessiner vaguelettes
des remous sous la peau
lundi 27 décembre 2021
Les lignes (extrait)
tu
marches
la nuit
le garçon ton désir
emmêlés dans les draps
tu
rapièces
la nuit
le matelas tordu
le corps jute fendu
de haut
en bas
ce
souvenir n’est pas
les fils effilochés
entre
tes doigts
ce
rêve
n’est pas un rêve
l’hallucination brève
diffracte ses échos
sous tes
paupières
le
polochon est moite
ton corps est en sueur
et les plumes d’oie meurent
dans la glu tout
en bas
contre
ta cuisse
les rires
les trous
les peurs
au fond
de ta culotte
ton cerveau
cette plaine
où les mots à la peine
claquent
la pensée intissée
qui étrenne sa mue
dans le fourreau humide
hier
qui bruisse
aujourd’hui
samedi 18 décembre 2021
fin (?)
problème de vue ou de langue
l'enfance est illisible
les pages indéchiffrables à force d'être mangées
par des mains trop fébriles
je n'ai pas pu le livre, relire, relier
- adieu le cuir, la fibre, le cœur des souvenirs
le temps passe, tout devient noir
comme ma peau
complexe et incompréhensible
*
le poème autour de cette histoire
de livre/enfance/cuir/souvenir
blabla
ce poème étiré
- en dix vers seulement
minuscule/microscopique/invisible
à l’œil nu
est une tache de gras sur un tee-shirt tendu
pendant un mois - cinq semaines exactement
j'avais baffré/baffré/baffré/
baffé
à ne plus savoir où mettre
et mes mains et ma bouche
l'île comme un apitoiement verbeux
gras et flottant à la surface de l'eau
en face/dedans/seulement
qui je suis/étais/
ai été vraiment
*
une phrase me trotte dans la tête
un truc du genre
"on ne peut pas avancer sans racines"
un truc du genre
"on ne peut pas avancer coupée
d'hier à aujourd'hui"
ça trotte
ça galope
la phrase
est-ce l'amie d'exil qui l'a dit ? est-ce mon très cher psy ? est-ce moi ? est-ce lui ?
trop de pratique de la réinvention nuit
à la clarté d'esprit
et du reste
cela ne change rien
ça trotte
ça galope
les mots, les phrases
alors que moi
je ne bouge pas d'un poil
assise à la fenêtre à regarder
mes chevilles moignon balancer dans le vide
coupée
coupée
je l'ai dit, elle, ou lui
"ce n'est pas une image"
coupée
la fille sans pieds
coupée
qui écrit des vers à défaut de marcher
*
une fois le poème posé sur la table
tout le monde y va de son petit conseil
bouffe-la ta mère
bouffe-le ton père
on pousse très bien hors sol
l'espace est plein de plantes parasites
venues de nulle part
rattachées à rien
je regarde la chose souffreteuse
posée au milieu du plateau
palpiter comme un cœur
boum et reboum des pensées avortées
je regarde et j'entends à chaque palpitation
bancale
des radicelles pousser au bout de mes mollets
vendredi 22 octobre 2021
Le nuage pommelé
En sortant du métro avec les enfants
j'ai aperçu sur les tuiles du lycée
confortablement lové
dans un repli du ciel
un énorme nuage
aux joues
épaisses
Il étendait sous le soleil
de ce début d'hiver
sa rondeur pommelée
vaporeuse rosée
et mon oeil a gobé
par pure gourmandise
ce dessert nuageux
de sucre qui poissent
mains et bouche
Les enfants riaient
je regardais
le ciel
je regardais
leurs joues
les perles qui s'égrenaient
des lèvres à leurs pieds
les souvenirs tombaient
coulaient et irisaient
leurs dents de lait
les enfants dévorent
des yeux, des pores
cette douceur de fête foraine
ils tendent une langue
minuscule, rosâtre
en arrêt devant le portail où
des adolescents gloussent
fument, frémissent
et poussent
jeudi 9 septembre 2021
Papa
une brosse avec des picots en plastique, verte, ronde comme une fleur
La tige recourbée fermement calée dans le creux de ses doigts
entre l'index et le majeur
Il finissait en dessinant un cercle parfait, d'un mouvement lent et sûr
une tentative de frange dans ses cheveux épars
Mon père
Le voile qui se fend dans la crépitude des nuages
après la pluie
le sabre
tranche le ciel en deux
jeudi 19 août 2021
je n'ai pas pu finir le fruit.
en reposant la goyave
dans l'assiette
les dentelures roses
m'ont ramené en mémoire
tes gencives neuves
que tes canines
il y a longtemps
déjà
ont percé dans des larmes
que reste-t-il aujourd'hui de cette douleur ?
à peine sous les morsures
l'odeur carnée, sucrée de fraise
avant
nous avions le temps de nous asseoir dans la chambre
nous avions le temps de regarder le temps
figer les corps
avant
nous pouvions sentir les odeurs sures des fleurs
nous monter à la tête
entendre le chagrin tomber au fond de l'estomac
nous pouvions sentir ce poids donner chair à l'absence
nous pouvions avant convoquer nos morts dans le champ des vivants
les regarder danser, nous essouffler, nous suffoquer
nous pouvions les laisser
déborder
notre bouche
de nos yeux
une fois encore
leur tenir la main jusqu'au bout du chemin
les regarder nous faire un petit signe
sourire un peu
et partir
aujourd'hui quelle place leur accorder
dans la pluie
des cadavres
qui tombe
de façon continue
qui tombent et s'écrasent dans tous les espaces
sous nos yeux, dans nos têtes, sur nos écrans
dans le moindre interstice entre nos dents et nos poumons
jeudi 17 juin 2021
Le champ de colza
Hier, nous avons tous trois plongé dans un champ de
colza
Le soleil tapait fort, les couleurs tremblaient au bord de tes yeux
verts
j'avais mis un chapeau mais la sueur coulait entre mes
seins
elle rejoignait la mer qui bruissait sur nos
corps
l'ondée jaune scintillait et pliait sous nos
pas
au loin, il y avait la maison avec ses volets
bleus
et des moutons blancs allongés dans le
ciel
il n'y avait pas de vent, juste le flux des
abeilles
qui s'échouait sur nos pores, lourds de l'odeur de
miel
j'apercevais ballotée par les vagues
l'enfant
et sa voix déformée m'arrivait comme un
chant
Maman, j'ai trouvé des
coccinelles
elle ramassait des algues, les sentait
goulûment
les bêtes à petits pois dans le creux de sa
paume
flottaient, la chatouillaient lestés de son
arôme
et la pluie de mots ronds ricochait sur ma robe...







