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| Alex Chevalier, « La perte du langage », 2014 © - Source Boumbang |
lundi 28 novembre 2022
les grains de sel ruisseler dans la bouche
des syllabes grosses comme les galets
de la plage de Banyuls
choquer nos mentons
grêler le mouillé du maillot
Sous le soleil, cela fait comme
une caresse chaude et lourde
désagréable et douce
*
Allongée sur la serviette
faire glisser entre ses doigts
des lettres
qui forment
des mots
qui forment
des pyramides muettes
des cairns instables
qui attirent
à peine
le regard de garçons désinvoltes
torse bombé, tongs aux pieds
louvoyant entre les phrases
liquides
de filles à demi nues
jeudi 17 novembre 2022
Salon de poésie de Seilh 19-11-2022
Je serai au 1er salon de Seilh (Haute Garonne) samedi prochain...
Au plaisir de vous y rencontrer, pour ceux qui...
mercredi 12 octobre 2022
Oeil
Tout au fond de ton œil
il y a ce trou, ce trouble, ce e dans l'eau
ce petit rond dans l'o où je plonge le doigt
coule, dérive au fil des entrelacs
cherche à saisir dans le reflet déformé
du soleil
nos écritures secrètes
au fond, tout au fond de l'abysse
mes images, tes lettres
et mon corps maladroit tâchant
d'atteindre dans la ville hantée de corps flottants
un noir plus noir que la plus profonde nuit
ma pensée obscure comme un voile occultant
le cœur de ta macula
mercredi 21 septembre 2022
samedi 17 septembre 2022
Il est dit que je dois creuser le trou
indéfiniment
je mets le doigt dans la gelée
ma tête a des allures de fruit
rouge
safrané
d’un beau bleu électrique
J'ai longtemps infusé
au large de l’Afrique
il reste dans la boîte
sur mes épaules
des odeurs, des saveurs
la bouche ouverte
l’île
au fond du récipient sous les pelures
la coulure des pigments et le noir basaltique
Sur le mur au fond du jardin
un lézard amputé de son « e »
inscrit son chemin sur les briques
de trou en trou
de pierre en pierre
la lettre roule
nous rend friable
mon sang coule camaïeu
Tout ce qui passe par ma bouche est amer et iodé
il y pousse une orchidée noire
veloutée
stérile
j’attends ton doigt, Albius
le baiser fécondant
en haut du cap
initialement publié sur Terre à ciel en 2014
vendredi 22 avril 2022
lundi 11 avril 2022
Papa
samedi 12 mars 2022
samedi 15 janvier 2022
lundi 10 janvier 2022
mer
sur la plage
juste là
où les racines
de filaos
semblent planter leurs doigts
longs
fins
bruns
entre les squelettes de coraux
juste à cet endroit là donc
j'aperçois
presque
une fille
en robe rouge
si je la regarde bien
(le sel n'obscurcit rien
et le soleil fait naître
des étoiles
sur son cou
jaune pâle)
si je la regarde
attentivement
on dirait un peu moi
un peu
seulement
la robe est trop courte
la peau est trop blanche
les éphélides content
un air nouveau
déjà
ancien
trop loin
pour moi
les notes sous le derme
les croches dissimulées
sous le fil du maillot
si je regarde bien
je vois
la mer
sortir de mes flots
dessiner vaguelettes
des remous sous la peau
lundi 27 décembre 2021
Les lignes (extrait)
tu
marches
la nuit
le garçon ton désir
emmêlés dans les draps
tu
rapièces
la nuit
le matelas tordu
le corps jute fendu
de haut
en bas
ce
souvenir n’est pas
les fils effilochés
entre
tes doigts
ce
rêve
n’est pas un rêve
l’hallucination brève
diffracte ses échos
sous tes
paupières
le
polochon est moite
ton corps est en sueur
et les plumes d’oie meurent
dans la glu tout
en bas
contre
ta cuisse
les rires
les trous
les peurs
au fond
de ta culotte
ton cerveau
cette plaine
où les mots à la peine
claquent
la pensée intissée
qui étrenne sa mue
dans le fourreau humide
hier
qui bruisse
aujourd’hui
samedi 18 décembre 2021
fin (?)
problème de vue ou de langue
l'enfance est illisible
les pages indéchiffrables à force d'être mangées
par des mains trop fébriles
je n'ai pas pu le livre, relire, relier
- adieu le cuir, la fibre, le cœur des souvenirs
le temps passe, tout devient noir
comme ma peau
complexe et incompréhensible
*
le poème autour de cette histoire
de livre/enfance/cuir/souvenir
blabla
ce poème étiré
- en dix vers seulement
minuscule/microscopique/invisible
à l’œil nu
est une tache de gras sur un tee-shirt tendu
pendant un mois - cinq semaines exactement
j'avais baffré/baffré/baffré/
baffé
à ne plus savoir où mettre
et mes mains et ma bouche
l'île comme un apitoiement verbeux
gras et flottant à la surface de l'eau
en face/dedans/seulement
qui je suis/étais/
ai été vraiment
*
une phrase me trotte dans la tête
un truc du genre
"on ne peut pas avancer sans racines"
un truc du genre
"on ne peut pas avancer coupée
d'hier à aujourd'hui"
ça trotte
ça galope
la phrase
est-ce l'amie d'exil qui l'a dit ? est-ce mon très cher psy ? est-ce moi ? est-ce lui ?
trop de pratique de la réinvention nuit
à la clarté d'esprit
et du reste
cela ne change rien
ça trotte
ça galope
les mots, les phrases
alors que moi
je ne bouge pas d'un poil
assise à la fenêtre à regarder
mes chevilles moignon balancer dans le vide
coupée
coupée
je l'ai dit, elle, ou lui
"ce n'est pas une image"
coupée
la fille sans pieds
coupée
qui écrit des vers à défaut de marcher
*
une fois le poème posé sur la table
tout le monde y va de son petit conseil
bouffe-la ta mère
bouffe-le ton père
on pousse très bien hors sol
l'espace est plein de plantes parasites
venues de nulle part
rattachées à rien
je regarde la chose souffreteuse
posée au milieu du plateau
palpiter comme un cœur
boum et reboum des pensées avortées
je regarde et j'entends à chaque palpitation
bancale
des radicelles pousser au bout de mes mollets
vendredi 22 octobre 2021
Le nuage pommelé
En sortant du métro avec les enfants
j'ai aperçu sur les tuiles du lycée
confortablement lové
dans un repli du ciel
un énorme nuage
aux joues
épaisses
Il étendait sous le soleil
de ce début d'hiver
sa rondeur pommelée
vaporeuse rosée
et mon oeil a gobé
par pure gourmandise
ce dessert nuageux
de sucre qui poissent
mains et bouche
Les enfants riaient
je regardais
le ciel
je regardais
leurs joues
les perles qui s'égrenaient
des lèvres à leurs pieds
les souvenirs tombaient
coulaient et irisaient
leurs dents de lait
les enfants dévorent
des yeux, des pores
cette douceur de fête foraine
ils tendent une langue
minuscule, rosâtre
en arrêt devant le portail où
des adolescents gloussent
fument, frémissent
et poussent
jeudi 9 septembre 2021
Papa
une brosse avec des picots en plastique, verte, ronde comme une fleur
La tige recourbée fermement calée dans le creux de ses doigts
entre l'index et le majeur
Il finissait en dessinant un cercle parfait, d'un mouvement lent et sûr
une tentative de frange dans ses cheveux épars
Mon père
Le voile qui se fend dans la crépitude des nuages
après la pluie
le sabre
tranche le ciel en deux


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