samedi 7 décembre 2024
Tombée la nuit,...(extrait)
Le poème est ce bout de chair morte
ce souvenir du commencement
que la mémoire trompeuse tente de ranimer
et on se demande si deux pinces d'inox
en tenaille sur nos tempes
peuvent renouer les fils du passé
on se demande
une chose saugrenue remplaçant l'autre
quand surgira le premier rayon de soleil
pour foudroyer la douleur tenace
qui vrille nos tympans
ce souvenir du commencement
que la mémoire trompeuse tente de ranimer
et on se demande si deux pinces d'inox
en tenaille sur nos tempes
peuvent renouer les fils du passé
on se demande
une chose saugrenue remplaçant l'autre
quand surgira le premier rayon de soleil
pour foudroyer la douleur tenace
qui vrille nos tympans
jeudi 5 décembre 2024
vendredi 4 octobre 2024
Gestion de natures mortes
parfois
les choses parlent
vont et viennent
claquent
les hommes aussi
les hommes aussi
parfois
vont et viennent
vont et viennent
clappent
perches à fruits s'agitant
perches à fruits s'agitant
dans les boucles éparses
des feuilles aux arbres
parfois la chose ou l'homme
parfois la chose ou l'homme
de l'autre côté du bureau
assène d'une voix douce ou aigüe
je dois vous secouer de la pointe
de la perche - langue trouble, troublante
vous secouer, trouver l'accroche
la fente où planter les dents
la fente où planter les dents
dans l'écorce bosselée, bizarre
bizarre ta pensée, massif
bizarre ta pensée, massif
que la perche télescopique
finira bien par décentrer
et la chose - ou est-ce l'homme
finira bien par décentrer
et la chose - ou est-ce l'homme
insiste : c'est mon rôle
de vous secouer le corps, la tête
prunier docile que tombent
des fruits, des mots
ou des process
que s'écrasent au sol les mirabelles
leur chair saturée de sucre
que s'écrasent au sol les mirabelles
leur chair saturée de sucre
obérant nos salives
jeudi 29 août 2024
La pluie dans la chambre
J'ai une lame
sous l'oreiller
Elle est émoussée
mais ta peau est lisse
et plus vraiment ferme
Je n'aurai pas
à appuyer
pour fendre
-
J'ai une lame
pour cette nuit
A cause de ta tête
sur moi penchée
De ton visage
nettement dessiné
à la surface
-
Chacun de tes traits m'est familier
Pourtant je ne te reconnais pas
Tes yeux
Tes rides
Ta bouche
Ton nez
Ton masque
-
Ce soir
ton crâne se fendra
comme une orange
Chaque quartier
jutera dans mon oeil
sur le lit
Au milieu
je verrai la branche
grouillant de pucerons
et les fourmis
Je guetterai la pluie
au coin de ma paupière
J'attendrai la tombée
du miellat de tes chairs
sous l'oreiller
Elle est émoussée
mais ta peau est lisse
et plus vraiment ferme
Je n'aurai pas
à appuyer
pour fendre
-
J'ai une lame
pour cette nuit
A cause de ta tête
sur moi penchée
De ton visage
nettement dessiné
à la surface
-
Chacun de tes traits m'est familier
Pourtant je ne te reconnais pas
Tes yeux
Tes rides
Ta bouche
Ton nez
Ton masque
-
Ce soir
ton crâne se fendra
comme une orange
Chaque quartier
jutera dans mon oeil
sur le lit
Au milieu
je verrai la branche
grouillant de pucerons
et les fourmis
Je guetterai la pluie
au coin de ma paupière
J'attendrai la tombée
du miellat de tes chairs
republication
lundi 3 juin 2024
... Longtemps
[...]
Je glisse
écorche, râpe
ma pensée et mes pieds
jusqu’à ce qu’un sursaut
dans la moiteur des draps
écorche, râpe
ma pensée et mes pieds
jusqu’à ce qu’un sursaut
dans la moiteur des draps
m’emmêle au bas du lit
Longtemps, j’ai écrit
Longtemps, j’ai écrit
de la poésie ou des poèmes selon
quel mot donner au poids
des circonvolutions
de ma bouche
de ma langue
mes neurones
sauce blanche du cerveau
montées en mayonnaise
ma névrose et la fuite
des images et des mots
Je glisse, je tombe
entraînant à ma suite ce trou noir, la mémoire
le déroulé des phrases, le bruit blanc des lettres
qui s’emballent, s'empêtrent dans mes gribouillis
cette plâtrée épaisse tout de non ou de oui
où chaque bulle d’air éclate sur la langue
des circonvolutions
de ma bouche
de ma langue
mes neurones
sauce blanche du cerveau
montées en mayonnaise
ma névrose et la fuite
des images et des mots
Je glisse, je tombe
entraînant à ma suite ce trou noir, la mémoire
le déroulé des phrases, le bruit blanc des lettres
qui s’emballent, s'empêtrent dans mes gribouillis
cette plâtrée épaisse tout de non ou de oui
où chaque bulle d’air éclate sur la langue
ce gros vers tache morve dans un mouchoir
Longtemps...
Longtemps, j’ai marché entre les lignes du trottoir
les fractures friables sur le dos de la bête
les blessures que mes pas épargnaient en riant
J’avais... six ans... dix ans... trente ans
la pointure élastique, presque toutes mes dents
le lait, la sagesse coulant et s’écoulant
de mes tétons pointant à mes seins lourds de graisse
une poignée d’années, toujours la même adresse
Longtemps, j’ai cru que le temps était une boucle
un bracelet métallique qui clique cliquetique
à mon poignet, la chaîne qui chante sa chanson
« Maillons, maillons, maillons
le recommencement »
J’ai atteint le sommet et maintenant je glisse
arrachant de mes mains des touffes d’herbes rousses
aiguisant mon haleine aux aigus des cailloux
que les plaies de ma bouche en rigoles nourrissent
la terre de l’enfance au fond de la vallée
Je glisse, je tombe, ricoche, entraînant dans ma chute
le bruit des souvenirs tout au fond de mes poches
sous mes fesses la douleur, le doux jaune ecchymose
[...]
les fractures friables sur le dos de la bête
les blessures que mes pas épargnaient en riant
J’avais... six ans... dix ans... trente ans
la pointure élastique, presque toutes mes dents
le lait, la sagesse coulant et s’écoulant
de mes tétons pointant à mes seins lourds de graisse
une poignée d’années, toujours la même adresse
Longtemps, j’ai cru que le temps était une boucle
un bracelet métallique qui clique cliquetique
à mon poignet, la chaîne qui chante sa chanson
« Maillons, maillons, maillons
le recommencement »
J’ai atteint le sommet et maintenant je glisse
arrachant de mes mains des touffes d’herbes rousses
aiguisant mon haleine aux aigus des cailloux
que les plaies de ma bouche en rigoles nourrissent
la terre de l’enfance au fond de la vallée
Je glisse, je tombe, ricoche, entraînant dans ma chute
le bruit des souvenirs tout au fond de mes poches
sous mes fesses la douleur, le doux jaune ecchymose
[...]
lundi 27 mai 2024
V(i)eille - 3
Pourquoi essayer désespérément de retenir la chair
de faire oublier par une fausse vigueur
de faire oublier par une fausse vigueur
l’haleine métallique et l’odeur aigrelette suintant de sous les bras
pourquoi agiter en tous sens la tête, les jambes, les doigts
pour éviter le gras ceinturant nos pensées
faire croire en contractant bien fort le périnée
qu'on éloignera longtemps la fuite des années
pourquoi se tartiner de beurre pour remplir les vides
regarder les regards louvoyer sur nos rides
pourquoi ne peut-on tout simplement pas
pour éviter le gras ceinturant nos pensées
faire croire en contractant bien fort le périnée
qu'on éloignera longtemps la fuite des années
pourquoi se tartiner de beurre pour remplir les vides
regarder les regards louvoyer sur nos rides
pourquoi ne peut-on tout simplement pas
vieille, vieille
lâcher prise
profiter
des lueurs de fin de jour
avant l’obscurité
profiter
des lueurs de fin de jour
avant l’obscurité
V(i)eille - 2
une femme vieille
vieille
dénudée et ridée
tourne en rond comme un poulet sans tête
sur le trottoir
fait des bruits de peaux flasques
agite ses cheveux longs et blancs, roule des yeux hagards
exhale une odeur sure
de poisson et de cendres
une femme vieille
vieille
lourde et tordue
offre son sexe mort aux regards des passants
titube sur le bord puis chute lourdement
dans l’un des nids de poule, petits tombeaux offerts
aux oiseaux souffreteux
à la misère des corps
vieille
dénudée et ridée
tourne en rond comme un poulet sans tête
sur le trottoir
fait des bruits de peaux flasques
agite ses cheveux longs et blancs, roule des yeux hagards
exhale une odeur sure
de poisson et de cendres
une femme vieille
vieille
lourde et tordue
offre son sexe mort aux regards des passants
titube sur le bord puis chute lourdement
dans l’un des nids de poule, petits tombeaux offerts
aux oiseaux souffreteux
à la misère des corps
V(i)eille
Le temps passe
une femme aux yeux semblables aux miens
perd la vue
une femme au ventre lourd comme le mien
une femme aux yeux semblables aux miens
perd la vue
une femme au ventre lourd comme le mien
tourne en rond
à moitié nue
ses cheveux grésillant dans un gris lumineux
à l’horizon, la lune tombe et crache
une histoire sombre dont on connaît la suite
un conte terrible dont on nous tait la fin
Le temps passe
une femme ouvre la bouche grand
claque des mâchoires comme une pelleteuse
creuse dans les fondations de la maison
une forme parfaite
rectangulaire
une forme parfaite
dont la surface s’amoindrit
à mesure que les os se tassent
une forme parfaite pour contenir
un corps rabougri perclus de souvenirs
à moitié nue
ses cheveux grésillant dans un gris lumineux
à l’horizon, la lune tombe et crache
une histoire sombre dont on connaît la suite
un conte terrible dont on nous tait la fin
Le temps passe
une femme ouvre la bouche grand
claque des mâchoires comme une pelleteuse
creuse dans les fondations de la maison
une forme parfaite
rectangulaire
une forme parfaite
dont la surface s’amoindrit
à mesure que les os se tassent
une forme parfaite pour contenir
un corps rabougri perclus de souvenirs
mercredi 1 mai 2024
"Rhizome" Paul Wamo
[Ai vu pour la première fois (enfin) Paul Wamo à Toulouse à l'occasion de la finale du concours-concert de poésie slamée organisée par l'Académie des jeux floraux :sa performance de Rhizome en voix nue droit au coeur]
lundi 29 avril 2024
5
nos morts tombent
sans fin
nos morts se désagrègent
le long
du puits sans fond
remontent
des phénomènes étranges
inexpliqués
des corps poreux
vers
des vivants noyés
dans une mare de larmes
sans rive ni bord
la fiction
inonde la maison
*
ceint par notre visage
un noir insondable
et quelqu'un demande
est-ce que tout va bien ?
sur la peau molle du crâne
on ne voit que les grimaces
les rictus et les bouches
cul-de-poule et personne
ne comprend vraiment
ce tout
va bien
*
petite Alice encombrée par ces morceaux
hétéroclites de souvenirs qui flottent à la surface
comment pourras-tu seulement retrouver pied
quand sauras-tu quitter ce conte
pour avaler le beau
le sur
réel
sans fin
nos morts se désagrègent
le long
du puits sans fond
remontent
des phénomènes étranges
inexpliqués
des corps poreux
vers
des vivants noyés
dans une mare de larmes
sans rive ni bord
la fiction
inonde la maison
*
ceint par notre visage
un noir insondable
et quelqu'un demande
est-ce que tout va bien ?
sur la peau molle du crâne
on ne voit que les grimaces
les rictus et les bouches
cul-de-poule et personne
ne comprend vraiment
ce tout
va bien
*
petite Alice encombrée par ces morceaux
hétéroclites de souvenirs qui flottent à la surface
comment pourras-tu seulement retrouver pied
quand sauras-tu quitter ce conte
pour avaler le beau
le sur
réel
samedi 27 avril 2024
4
je ne mettrai plus un énième poème sur...
je ne partagerai pas une série de textes pour...
je ne dirai plus le nom de...
des chicots l'ont réduit au néant
il ne reste plus rien dans...
mon corps
est une canette dont la languette
a été tirée trop brutalement
de mes yeux, mes oreilles, mon sexe
des flux, des flots, des geysers
jaillissent et ruissellent sa...
la mort
de sa bouche édentée
malaxe et m'avale
entièrement
je ne partagerai pas une série de textes pour...
je ne dirai plus le nom de...
des chicots l'ont réduit au néant
il ne reste plus rien dans...
mon corps
est une canette dont la languette
a été tirée trop brutalement
de mes yeux, mes oreilles, mon sexe
des flux, des flots, des geysers
jaillissent et ruissellent sa...
la mort
de sa bouche édentée
malaxe et m'avale
entièrement
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