samedi 18 octobre 2008

Le poète et la méchante humeur


A lire ce texte délicieux de Jean-Marie Barnaud !

Certains jours...
On se lève plombé d'une sensation désagréable,
On a la bouche amère
Deux pieds gauches
Pas d'assiette
On est de fort méchante humeur...
Tel le poète laissons dérouler ce "brouillard tiède et poisseux"
Laissons l'humeur moite contaminer le petit déjeuner
Entraver le départ vers le dehors
Ne parlons pas
Aboyons...

Tel le poète, pénétrons le monde à contrecoeur "ne gardant entrouvert qu'un petit hublot, un périscope : ne pas risquer quand même de passer sans être vu."

C'est le monde qui en retour avance doucement
Oeil, narine, oreille
Il y plonge son doigt
Et petit à petit

"les ondulations de toutes ces têtes qui vous croisent et vous traversent comme l'écume d'un grand fleuve.Et les petits talons pressés qui vous suivent, ou ceux qui viennent à vous.Et les regards, ces oiseaux fugitifs."

"Mes amis, que d'armes dans ce jour, pour forcer pas à pas la méchante humeur et lui tordre le cou. "Il n'y a pas de jour ordinaire, me souffle une voix, et comme nos vies, parfois, se font légères !"

Et le regard dessillé
La sale humeur s'envole
Laissant en notre bouche
la dernière phrase du poète "C'est peut-être pour cela qu'on écrit tous les livres"


Le poète et la méchante humeur de Jean-Marie Barnaud, Cheyne éditeur, collection "Poèmes pour grandir"

jeudi 16 octobre 2008



"L'oeil bande. L'oeil bande avant le sexe. Il arrive même que l'oeil bande seul. " Paul Nougé

mardi 14 octobre 2008

J'ai rêvé cette nuit la chute de 32 dents

c l a c   j ' a i  f  r  o i d    c l a c  c l  a c   c la c c    l   a c     cl  a c  j e    r  i  s  c l a   c    c   l    a c   c   l  a c      j e   c r i  s s e   c l a c  c l a   c  cl  a  cc l a  c    c l a c    cl  ac    c l a   c     j e  g r i n c e c  l a  c  cla c  c  l   a    c     j   e    g  l  i  s  s  e     c l a  c   c l a c   cl a  c       j e   p  l  i   s  s  e      c l    a   c c  l  a  c    cl a  c  j ' a i   p  e   u  r  c  la c c  l a  c   c la  c   c  la c  cla c    c  l  a   c    j e  m  e  u  r s   c l   a c
  

samedi 30 août 2008

dimanche 14 octobre 2007

La boîte à couture

Je vais t'apprendre à coudre, ma fille
Le geste est doux, mais les lèvres serrées
De petits points piqués sur l'ourlet de sa bouche

Elle met la boîte entre mes mains
Je suis assise sur ses genoux
J'ai passé l'âge

J'ai passé
c'est comme ça
déjà vieille à douze ans

Ma jupe tirée sur les genoux fripés
Son souffle et mon haleine
intimement liés


Je vais t'apprendre
La boîte oblongue est un petit cercueil
avec un fermoir de nacre sur le côté
Un écrin velouté pour la paire de ciseaux

Il faut couper
les fils ou le tissu, dénuder la bobine
et enrouler l'échine (ça c'est moi qui dis ça)


Dans le salon obscur, la poussière dessine
de timides étoiles dans un rai de lumière
un éclat vacillant sur le froid du métal

il est question ici
sur le canapé mou
elle et moi assises
sous les rosaces au mur
son visage mes genoux
les rideaux de crochet
dans la cuisine lui
le geste frémissant
elle et moi seules
encore
déjà
il n'est question ici
à cet instant précis
pour les jours à venir
que de coudre et découdre
que de faire et défaire

J'apprends
J'ai douze ans et je fends
j'accrois  la déchirure
La chute des tissus
sur ma cuisse engourdie