vendredi 7 novembre 2008

Qui a peur de Virginia Woolf par la Compagnie De Koe au Théâtre Garonne




Qui a peur de Virginia Woolf ? d'Edward Albee
interprétée par la Compagnie De Koe au théâtre Garonne

Martha hystérique, castratrice...
Georges cynique, veule

Jeu pervers dans un couple en déliquescence. Ultime équilibre dans l'affrontement et le mensonge

Qui a peur de Virginia Woolf ? C'est pas nous, c'est pas nous...

Vulgarité, humiliations, bagarres... Les brisures de l'âme violentes, brutales dégueulent sur les personnages et les spectateurs...

Humour féroce et dévastateur...
Effluves d'alcool et pensées malades...

Nick, spectateur impuissant, complaisant
Honey, niaise, gentille petite épouse...

Les personnages sont solidement plantés sur scène...

et on assiste, non, on prend part à cette folle danse d'(auto)destruction parfaitement maîtrisée.

L'histoire : Martha et Georges couple d'américains respectacles recoivent en fin de soirée un couple nouvellement arrivé sur le campus universitaire dirigé par le père de Martha... Martha invective Georges, Georges à son tour humilie Nick... Ils picolent comme des trous, se chamaillent, se battent... Un jeu cruel se met en place, on oscille entre réel et imaginaire... Le couple se déchire avec rage. La pièce d'Edward Albee fait voler en éclat l'image stéréotypée de la famille américaine bon teint.

Le spectacle : les acteurs se meuvent sur une scène encombrée de bouteilles et de magazines. Cette accumulation étouffante cerne les personnages et leur jeu.


Les acteurs prennent à partie le public, le spectacle se construit à mesure que les répliques fusent, que le jeu des acteurs se déploie pour les spectateurs dans la salle. On voit le processus créatif à l'oeuvre.
Les acteurs tous vêtus de blanc, pureté en contradiction totale avec la noirceur de leur âme habitent le texte d'Albee et nous interpellent du regard. Le spectacle présenté ne peut jamais être deux fois le même...
J'ai beaucoup aimé, même s'il y a eu quelques longueurs, un petit essoufflement en cours de spectacle (c'était la deuxième). Le jeu des acteurs était passionnant, drôle, percutant, et aussi intéressant car fragile. Tout n'était pas propre et lisse...
Et la scène finale toute en retenue... l'aveu de la vulnérabilité de ce couple dans le murmure de Martha : quel frisson !
Mention spéciale pour Natali Broods, l'interprète de Martha


Le spectacle est programmé au Théâtre Garonne jusqu'au 15 novembre


et pour en savoir plus sur la compagnie De Koe:


chronique de Bringelle, présente dans la salle le 6 novembre 2008
Photos extraites du site de la cie De Koe

mercredi 5 novembre 2008

Tu es plus belle que le ciel et la mer


©A bout de souffle


Tu es plus belle que le ciel et la mer

Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir

Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises

II y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre

Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends

Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler

Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t'en

Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l'œil
Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime

Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924

Photo extraite de l'album de A bout de souffle

samedi 18 octobre 2008

Le poète et la méchante humeur


A lire ce texte délicieux de Jean-Marie Barnaud !

Certains jours...
On se lève plombé d'une sensation désagréable,
On a la bouche amère
Deux pieds gauches
Pas d'assiette
On est de fort méchante humeur...
Tel le poète laissons dérouler ce "brouillard tiède et poisseux"
Laissons l'humeur moite contaminer le petit déjeuner
Entraver le départ vers le dehors
Ne parlons pas
Aboyons...

Tel le poète, pénétrons le monde à contrecoeur "ne gardant entrouvert qu'un petit hublot, un périscope : ne pas risquer quand même de passer sans être vu."

C'est le monde qui en retour avance doucement
Oeil, narine, oreille
Il y plonge son doigt
Et petit à petit

"les ondulations de toutes ces têtes qui vous croisent et vous traversent comme l'écume d'un grand fleuve.Et les petits talons pressés qui vous suivent, ou ceux qui viennent à vous.Et les regards, ces oiseaux fugitifs."

"Mes amis, que d'armes dans ce jour, pour forcer pas à pas la méchante humeur et lui tordre le cou. "Il n'y a pas de jour ordinaire, me souffle une voix, et comme nos vies, parfois, se font légères !"

Et le regard dessillé
La sale humeur s'envole
Laissant en notre bouche
la dernière phrase du poète "C'est peut-être pour cela qu'on écrit tous les livres"


Le poète et la méchante humeur de Jean-Marie Barnaud, Cheyne éditeur, collection "Poèmes pour grandir"

jeudi 16 octobre 2008



"L'oeil bande. L'oeil bande avant le sexe. Il arrive même que l'oeil bande seul. " Paul Nougé

mardi 14 octobre 2008

J'ai rêvé cette nuit la chute de 32 dents

c l a c   j ' a i  f  r  o i d    c l a c  c l  a c   c la c c    l   a c     cl  a c  j e    r  i  s  c l a   c    c   l    a c   c   l  a c      j e   c r i  s s e   c l a c  c l a   c  cl  a  cc l a  c    c l a c    cl  ac    c l a   c     j e  g r i n c e c  l a  c  cla c  c  l   a    c     j   e    g  l  i  s  s  e     c l a  c   c l a c   cl a  c       j e   p  l  i   s  s  e      c l    a   c c  l  a  c    cl a  c  j ' a i   p  e   u  r  c  la c c  l a  c   c la  c   c  la c  cla c    c  l  a   c    j e  m  e  u  r s   c l   a c
  

samedi 30 août 2008

dimanche 14 octobre 2007

La boîte à couture

Je vais t'apprendre à coudre, ma fille
Le geste est doux, mais les lèvres serrées
De petits points piqués sur l'ourlet de sa bouche

Elle met la boîte entre mes mains
Je suis assise sur ses genoux
J'ai passé l'âge

J'ai passé
c'est comme ça
déjà vieille à douze ans

Ma jupe tirée sur les genoux fripés
Son souffle et mon haleine
intimement liés


Je vais t'apprendre
La boîte oblongue est un petit cercueil
avec un fermoir de nacre sur le côté
Un écrin velouté pour la paire de ciseaux

Il faut couper
les fils ou le tissu, dénuder la bobine
et enrouler l'échine (ça c'est moi qui dis ça)


Dans le salon obscur, la poussière dessine
de timides étoiles dans un rai de lumière
un éclat vacillant sur le froid du métal

il est question ici
sur le canapé mou
elle et moi assises
sous les rosaces au mur
son visage mes genoux
les rideaux de crochet
dans la cuisine lui
le geste frémissant
elle et moi seules
encore
déjà
il n'est question ici
à cet instant précis
pour les jours à venir
que de coudre et découdre
que de faire et défaire

J'apprends
J'ai douze ans et je fends
j'accrois  la déchirure
La chute des tissus
sur ma cuisse engourdie