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| Tableau de Dino Valls |
samedi 18 juillet 2020
mercredi 1 juillet 2020
« Peut-être que maintenant vous êtes assez construite »
je me répète en boucle la phrase du docteur
mais sur le chemin du retour
je trébuche contre une pierre, et
en me relevant, je m'aperçois
qu'il me manque une brique ou deux au niveau de l'épaule
qu'il me manque une brique ou deux au niveau de l'épaule
j'entends aussi rouler sur le trottoir un de mes boulons
je suis assez construite, certes, mais je fais de drôles de bruits
les murs grincent, craquent, les volets claquent
je ne sais toujours pas si c'est le vent
ou les esprits errant dans la maison
*
dans la rue nous sommes nombreux à balader nos fissures
ça coule en petits chhhh chhhh, ou en crrrr crrrr
des bruits qui grincent, qui craquent, qui claquent
qu'on ne prononce pas
alors on fait semblant, et
on laisse derrière soi des traînées crayeuses, des humeurs baveuses
on se fait des sourires, on dit bonjour
on fuit quand même
*
parfois on colmate
on fait un enfant ou deux, et
on utilise leurs rires ou leurs larmes comme plâtre
cela marche un temps, puis ils grandissent
ils s'en vont sur les chemins tracer leurs propres entailles
avec des pierres coupantes
alors on reste un peu triste
sauf les dimanches
quand on se retrouve tous ensemble à table
à tenter de remplir à la cuillère ou d'une phrase
nos trous
lundi 8 juin 2020
On en parle
Dans son émission Les poètes sur Radio Occitania (confinement n°6), Christian Saint-Paul, parle de Feu de tout bois (Délit buissonnier 1, tiré à part de la revue Nouveaux Délits) et de Radicelles (editions Tarmac)
Dans son éditorial du 26-05-2020, il dit ceci :
« Je m'attarde sur deux publications:
1 - Feu de tout bois avec des illustrations de Sophie Vissière (10 € à commander à Nouveaux Délits, Létou, 46330 Saint-Cirq-Lapopie),
[...]
Dans son éditorial du 26-05-2020, il dit ceci :
« Je m'attarde sur deux publications:
1 - Feu de tout bois avec des illustrations de Sophie Vissière (10 € à commander à Nouveaux Délits, Létou, 46330 Saint-Cirq-Lapopie),
une suite de poèmes écrits dans une langue simple et percutante, abordant sans emphase, comme par inadvertance, des constats sociaux, philosophiques, sans concession à la dure réalité de notre monde qu’elle révèle à sa fille :
« à l’instant même où la claque / nous pousse au premier cri / sache qu’à cet instant précis, des doigts invisibles / enfoncent dans notre gorge une gomme », mais ne se lamente pas et ramène à l’essentiel : l’amour
« sache ma douce enfant que je veux tant remplir, que tout s’estompe / l’amour est une éponge qui fait place nette pour d’autres ».
Et même si « l’arche n’empêche pas l’engloutissement » elle ne s’abandonne pas au défaitisme : « vivre au fond n’est pas bien compliqué / il suffit de s’en tenir au mot du jour / composer, décomposer, recomposer / une croix après l’autre / l’empilement des faits ».
Un souffle bien maîtrisé, une langue sûre qui dessine les contours obscurs et flous de notre monde convenu avec l’habileté de la mère douce qui sait conduire ses enfants sur les bons chemins.
Un ensemble de poèmes qui se rangent dans ce que Michel Cosem recherchait dès les années 70, une poésie à « l’imagination créatrice fondée sur le réel ».
[...]
2 - Radicelles avec des photographies de Vincent Motard-Avargues, préface de Dominique Boudou, éditions Tarmac, 38 pages, 18 €.
C’est un beau livre par sa conception, son papier épais, ses reproductions photographiques d’une haute précision qui flamboient et qui creusent les ombres, tel un soleil qui traverse une journée.
Dominique Boudou dès ses premiers mots dans sa préface, prépare le lecteur à ces poèmes qui, s’ils relèvent plus du sensible que de l’intellectuel, sont de redoutables métaphores du monde hostile qu’il faut apprivoiser.
Ses poèmes sont le combat de Murièle Modély.
L’enfance qui la ramène au créole, à son île de La Réunion, à l’histoire douloureuse du peuple de cette terre grosse de magnificence.
Nul ne peut effacer ses racines, fussent-elles des radicelles qui, bien que fines et fragiles s’infiltrent plus sournoisement dans la mémoire.»
dimanche 24 mai 2020
samedi 23 mai 2020
Parfois on entend les battements de cœur
rouler comme des cailloux
sous la chaussure
accrocs tenaces dans la marche du jour
on avance
le soleil brille
rien ne s’arrête
*
Parfois on entend le cœur rouler
comme une pierre dans la poitrine
et tout résonne, et tout s’échine
à donner sens à nos échos
est-ce la voix ? est-ce la peau ?
il pleut
nos côtes nourrissent
l’herbe sauvage
des trottoirs sales et inégaux
*
Parfois le poème est aride
il ratatine comme la peau d’un fruit
derrière la vitre
l’été est chaud et moite
la pensée est avide
rien n’étanche les gorges sèches
rouler comme des cailloux
sous la chaussure
accrocs tenaces dans la marche du jour
on avance
le soleil brille
rien ne s’arrête
*
Parfois on entend le cœur rouler
comme une pierre dans la poitrine
et tout résonne, et tout s’échine
à donner sens à nos échos
est-ce la voix ? est-ce la peau ?
il pleut
nos côtes nourrissent
l’herbe sauvage
des trottoirs sales et inégaux
*
Parfois le poème est aride
il ratatine comme la peau d’un fruit
derrière la vitre
l’été est chaud et moite
la pensée est avide
rien n’étanche les gorges sèches
mercredi 6 mai 2020
lundi 27 avril 2020
Un jour
Je cesserai d’écrire
n’aurai plus rien à dire
nada
nothing
nichts
quelques mots
des peaux mortes
peluchant sur la langue
Je serai sèche
le crâne momifié
bouilli
réduit
moisi
la tête vide
les yeux clos
branlant sur mes épaules
Je ne pourrai plus feinter
des mâchoires du cerveau
racler les os
pour en tirer le suc
à la cuillère
le vieux bout
de cervelle
qui aurait
(peut-être)
un dernier
(qui sait)
mot
à
dire
..................si
.....................non
mercredi 25 mars 2020
mercredi 11 mars 2020
"ah, mais tu es douée pour le bonheur"
- c'est ça que tu as dit, terriblement surpris
eh oui, je suis douée
tu vois ma peau sait elle aussi
dévorer le soleil
à pleines dents encore
tu vois sur le bleu de la nuit
mes trente et quelque perles
qui roulent quand je ris
et je ris fort
souvent
et ta bouche fend aussi
- c'est l'été !
la tranche rouge d'un fruit
pourtant de toi à moi
si on réfléchit bien
il n'y a pas de quoi rire, hein
j'ai écrit dernièrement
- je te l'ai lu au lit
qu'il pleuvait des cadavres
qu'une peau chassait l'autre
tu lisais ton journal
je jetais par défi
mon œil
par dessus ton épaule
mon regard noir comme le creux du ciel
mangeait ton duvet doux et les tristes nouvelles
mais je suis douée - tu l'as dit, je le crois
je ramasse mon œil
dépose ma cervelle
sors tout l'attirail
la courbe, l'anguleux,les lignes droites
mes hanches, mes oreilles et ma langue
essaime
- c'est ça que tu as dit, terriblement surpris
eh oui, je suis douée
tu vois ma peau sait elle aussi
dévorer le soleil
à pleines dents encore
tu vois sur le bleu de la nuit
mes trente et quelque perles
qui roulent quand je ris
et je ris fort
souvent
et ta bouche fend aussi
- c'est l'été !
la tranche rouge d'un fruit
pourtant de toi à moi
si on réfléchit bien
il n'y a pas de quoi rire, hein
j'ai écrit dernièrement
- je te l'ai lu au lit
qu'il pleuvait des cadavres
qu'une peau chassait l'autre
tu lisais ton journal
je jetais par défi
mon œil
par dessus ton épaule
mon regard noir comme le creux du ciel
mangeait ton duvet doux et les tristes nouvelles
mais je suis douée - tu l'as dit, je le crois
je ramasse mon œil
dépose ma cervelle
sors tout l'attirail
la courbe, l'anguleux,les lignes droites
mes hanches, mes oreilles et ma langue
essaime
republication
mercredi 4 mars 2020
Le dire
Il avait grincé entre ses dents Fourre-toi ça dans le con, elle n’avait pas réagi. Il lui avait jeté son sac à la figure, elle n’avait pas cillé. Elle avait ramassé le sac et l’avait suivi.
Elle allait vite. Malgré ses pieds nus, elle n’avait aucun mal à garder le rythme. Les graines de filaos mordaient la plante des pieds plus fort qu’une colonie de fourmis rouges. Quand il accélérait, elle accélérait d’autant. Elle voyait les grosses gouttes de sueur couler sur son cou tendu. Elle, elle transpirait à peine, même si l’odeur forte qui montait de ses aisselles témoignait de l’effort soutenu. C’est qu’elle le suivait depuis longtemps. Une heure ? Deux heures ? Combien de temps au final ?
Ils s’étaient retrouvés comme chaque après midi en bord de mer. Elle était la seule fille dans la bande. Les gars ne l’aimaient pas, mais acceptaient sa présence parce que c’était elle qui ramenait les bières. Elle qui n’avait pas peur de passer au nez et à la barbe des gros bras du Jumbo pour subtiliser un pack ou deux pendant la livraison des marchandises du petit matin. Non pas qu’elle soit particulièrement discrète ou agile, elle courait juste très vite.
Elle avait toujours couru vite. Elle n’avait pas grand-chose à elle, pas grand chose dont elle put être fière, à part ses deux pieds vieillis avant l’âge à force de fuir des menaces imprécises du matin jusqu’au soir. Deux pieds que le sable, la terre, et le temps, avaient recouvert d’une corne épaisse d’un brun indéfinissable.
Ils ne l’aimaient pas, sauf lui qui l’aimait un peu. Peut-être. Ou qui faisait semblant. Elle s’en fichait au fond. Dans le quartier, elle était la seule qui fréquentait des zoreils. La seule qui pouvait dire, si quelqu’un le lui avait rien qu’une fois demandé, qu’elle avait couché avec un blanc. Qu’elle avait vu la queue flasque, et pâle, et triste, d’un blanc. Il bandait mou, mais bandait pour elle.
La nuit, chez elle dans le lit, la main contre sa bouche, elle retenait un rire pour ne pas réveiller sa petite sœur allongée contre son flanc. Pour ne pas donner raison à son aînée qui la regardait, depuis qu’avait commencé cette pitoyable histoire, avec un air désapprobateur et une moue de mépris de plus en plus marquée.
Ils avaient éclusé une quinzaine de canettes à eux quatre, quand elle avait décidé de lui dire. Il faisait chaud, les alizés n’atténuaient pas la moiteur de l’été austral. Ils étaient allongés sur le sable, étourdis d’alcool et de soleil, quand elle lui avait dit. Il riait bêtement, sa bouche mince largement ouverte sous les rayons violents, quand elle avait murmuré au creux de son oreille. Il n'avait pas compris, des mots semblaient manquer, et la phrase incomplète restait suspendue devant ses yeux fébriles. Il ne comprenait pas. La couleur de peau n’était pas le seul obstacle entre eux : ils ne parlaient pas la même langue. Cela ne datait pas d’hier et cela n’était pas sur le point de s’arranger.
Il l’avait regardé interdit, puis lui avait montré la bouteille en bafouillant dans une pluie de postillons Fourre-toi ça dans le con. Sa phrase aussi n’avait aucun sens, il le savait. D’ailleurs elle était restée impassible, sûre d’elle et du fait que sa peur ne le sauverait pas.
Alors, ironie de la répétition d’une histoire inversée, il s’était levé pris de panique, et s’était mis à courir. Droit devant. Sans un regard en arrière ou presque. Kroi pas ou sa chaper, mounoir… il l’entendait la petite litanie créole dans sa respiration bruyante de femme lourde. Au début, il lui avait lancé des poignées de sable, comme si cette terre qu’il ne connaissait pas avait le pouvoir de ralentir la traque, comme si l’île - la bienveillance même pour ses airs conquérants, avait le pouvoir d’arrêter cette espèce de rouleau compresseur. Ou sa ou kroi ou sa kachette ? Il voulait échapper à cette fille, à ses cheveux crépus, sa bouche lippue, ses seins énormes qu’il tétait avidement la veille encore, sa peau luisante comme la nuit qui étendait avec ses quelques mots, son ombre monstrueuse sur son corps en sueur.
Il avait quitté la plage, avait pris la route pentue qui menait vers les hauts. Un point de côté lui coupait parfois le souffle et l’arrêtait brutalement : il n’avait pas l’habitude des chemins escarpés. Il ramassait un caillou, un galet, puis le lançait aveuglément vers elle. Parfois il la touchait, d’autres fois non. Des filets de sang coulaient au fur et à mesure sur ses joues et ses bras. Mais elle ne bougeait pas sous les projectiles, elle attendait juste qu’il recommence à courir, que chacun retrouve, au bon moment, sa place.
Ils étaient dans l'île, condamnés à tourner en rond. Il n’y avait aucun moyen d’échapper à cette histoire, la leur, la sienne. Que connaissait-il au marronnage, hein ? Rien ! Il n’avait pas inscrit dans la peau l’endurance, que les dangers et les manques avaient inscrite dans la sienne. Peau trop pâle, pieds trop faibles. Il suffisait d’attendre, oui. Elle le lui avait dit. Et cette phrase qu’il ne voulait pas comprendre, finirait par pénétrer sa chair aussi sûrement que les mailles de la chaîne entravant leur course sans issue.
Elle allait vite. Malgré ses pieds nus, elle n’avait aucun mal à garder le rythme. Les graines de filaos mordaient la plante des pieds plus fort qu’une colonie de fourmis rouges. Quand il accélérait, elle accélérait d’autant. Elle voyait les grosses gouttes de sueur couler sur son cou tendu. Elle, elle transpirait à peine, même si l’odeur forte qui montait de ses aisselles témoignait de l’effort soutenu. C’est qu’elle le suivait depuis longtemps. Une heure ? Deux heures ? Combien de temps au final ?
Ils s’étaient retrouvés comme chaque après midi en bord de mer. Elle était la seule fille dans la bande. Les gars ne l’aimaient pas, mais acceptaient sa présence parce que c’était elle qui ramenait les bières. Elle qui n’avait pas peur de passer au nez et à la barbe des gros bras du Jumbo pour subtiliser un pack ou deux pendant la livraison des marchandises du petit matin. Non pas qu’elle soit particulièrement discrète ou agile, elle courait juste très vite.
Elle avait toujours couru vite. Elle n’avait pas grand-chose à elle, pas grand chose dont elle put être fière, à part ses deux pieds vieillis avant l’âge à force de fuir des menaces imprécises du matin jusqu’au soir. Deux pieds que le sable, la terre, et le temps, avaient recouvert d’une corne épaisse d’un brun indéfinissable.
Ils ne l’aimaient pas, sauf lui qui l’aimait un peu. Peut-être. Ou qui faisait semblant. Elle s’en fichait au fond. Dans le quartier, elle était la seule qui fréquentait des zoreils. La seule qui pouvait dire, si quelqu’un le lui avait rien qu’une fois demandé, qu’elle avait couché avec un blanc. Qu’elle avait vu la queue flasque, et pâle, et triste, d’un blanc. Il bandait mou, mais bandait pour elle.
La nuit, chez elle dans le lit, la main contre sa bouche, elle retenait un rire pour ne pas réveiller sa petite sœur allongée contre son flanc. Pour ne pas donner raison à son aînée qui la regardait, depuis qu’avait commencé cette pitoyable histoire, avec un air désapprobateur et une moue de mépris de plus en plus marquée.
Ils avaient éclusé une quinzaine de canettes à eux quatre, quand elle avait décidé de lui dire. Il faisait chaud, les alizés n’atténuaient pas la moiteur de l’été austral. Ils étaient allongés sur le sable, étourdis d’alcool et de soleil, quand elle lui avait dit. Il riait bêtement, sa bouche mince largement ouverte sous les rayons violents, quand elle avait murmuré au creux de son oreille. Il n'avait pas compris, des mots semblaient manquer, et la phrase incomplète restait suspendue devant ses yeux fébriles. Il ne comprenait pas. La couleur de peau n’était pas le seul obstacle entre eux : ils ne parlaient pas la même langue. Cela ne datait pas d’hier et cela n’était pas sur le point de s’arranger.
Il l’avait regardé interdit, puis lui avait montré la bouteille en bafouillant dans une pluie de postillons Fourre-toi ça dans le con. Sa phrase aussi n’avait aucun sens, il le savait. D’ailleurs elle était restée impassible, sûre d’elle et du fait que sa peur ne le sauverait pas.
Alors, ironie de la répétition d’une histoire inversée, il s’était levé pris de panique, et s’était mis à courir. Droit devant. Sans un regard en arrière ou presque. Kroi pas ou sa chaper, mounoir… il l’entendait la petite litanie créole dans sa respiration bruyante de femme lourde. Au début, il lui avait lancé des poignées de sable, comme si cette terre qu’il ne connaissait pas avait le pouvoir de ralentir la traque, comme si l’île - la bienveillance même pour ses airs conquérants, avait le pouvoir d’arrêter cette espèce de rouleau compresseur. Ou sa ou kroi ou sa kachette ? Il voulait échapper à cette fille, à ses cheveux crépus, sa bouche lippue, ses seins énormes qu’il tétait avidement la veille encore, sa peau luisante comme la nuit qui étendait avec ses quelques mots, son ombre monstrueuse sur son corps en sueur.
Il avait quitté la plage, avait pris la route pentue qui menait vers les hauts. Un point de côté lui coupait parfois le souffle et l’arrêtait brutalement : il n’avait pas l’habitude des chemins escarpés. Il ramassait un caillou, un galet, puis le lançait aveuglément vers elle. Parfois il la touchait, d’autres fois non. Des filets de sang coulaient au fur et à mesure sur ses joues et ses bras. Mais elle ne bougeait pas sous les projectiles, elle attendait juste qu’il recommence à courir, que chacun retrouve, au bon moment, sa place.
Ils étaient dans l'île, condamnés à tourner en rond. Il n’y avait aucun moyen d’échapper à cette histoire, la leur, la sienne. Que connaissait-il au marronnage, hein ? Rien ! Il n’avait pas inscrit dans la peau l’endurance, que les dangers et les manques avaient inscrite dans la sienne. Peau trop pâle, pieds trop faibles. Il suffisait d’attendre, oui. Elle le lui avait dit. Et cette phrase qu’il ne voulait pas comprendre, finirait par pénétrer sa chair aussi sûrement que les mailles de la chaîne entravant leur course sans issue.
republication
dimanche 9 février 2020
incompréhensible
ce goût métallique au fond de ta gorge c'est ce mot trop long
que tu ne sais comment avaler c'est ta bouche grande ouverte
c'est le h et le l coincés sous tes molaires l'extension des mâchoires
le cri invraisemblable voilà encore un mot dont tu ne sais que faire
qui va rejoindre l'autre sur la langue dans la chair dans les joues
l’abcès qui cache la misère de pensée et de mots le claquement
sauvage la crispation aiguë de l'articulation temporo-mandulaire
des os la musique élastique le rire stupide mou sous tes regards de veau
le monde à vau-l'eau et ton et son et ces cris qui jamais ni ne sortent
ni ne rentrent mais tu entends ces rires d'animaux qu'on égorge
tu ne bouges pas un cil tu respires bruyamment pesamment tu suffoques
quand même les lettres noires les mouches verticales la cavité buccale
dilatée comme un cul la sens tu la douleur cet élancement CAPITAL
toutes les majuscules qui passent quand même non tu ne bouges pas
tu regardes l'incompréhensible jour sans faire un geste tu ne bouges
pas tu as peur que la peau se fende que se déchirent les commissures tu ne
bouges pas tu as peur qu'un geste élargisse ton sourire inconcevable
que tu ne sais comment avaler c'est ta bouche grande ouverte
c'est le h et le l coincés sous tes molaires l'extension des mâchoires
le cri invraisemblable voilà encore un mot dont tu ne sais que faire
qui va rejoindre l'autre sur la langue dans la chair dans les joues
l’abcès qui cache la misère de pensée et de mots le claquement
sauvage la crispation aiguë de l'articulation temporo-mandulaire
des os la musique élastique le rire stupide mou sous tes regards de veau
le monde à vau-l'eau et ton et son et ces cris qui jamais ni ne sortent
ni ne rentrent mais tu entends ces rires d'animaux qu'on égorge
tu ne bouges pas un cil tu respires bruyamment pesamment tu suffoques
quand même les lettres noires les mouches verticales la cavité buccale
dilatée comme un cul la sens tu la douleur cet élancement CAPITAL
toutes les majuscules qui passent quand même non tu ne bouges pas
tu regardes l'incompréhensible jour sans faire un geste tu ne bouges
pas tu as peur que la peau se fende que se déchirent les commissures tu ne
bouges pas tu as peur qu'un geste élargisse ton sourire inconcevable
(republication)
mardi 14 janvier 2020
Amnésie du fessier de Benoit Jeantet (extrait de la Revue NAWA)
On est souvent bien seul
à regarder
en direction des potences
et alors
le souvenir des westerns
du mardi soir
nous serre le cœur
Parce que nous n’appartenons
déjà plus
à ce nouveau monde
mais qu’il faut bien
mettre notre petit spectacle
en route
la mélancolie au tableau noir
Puisque l’ultime frontière
c’est chacun dans sa chacune
au sortir de la cabine
de douche
quand nos maigres diligences
se hâtent encore mollement
en direction du Pôle emploi
le plus proche
sans même plus
ce tremblement de chariot
des débuts
sur les routes mal carrossées
des hautes plaines
qu’on rêvait pourtant d’ensemencer
d’un tapis d’herbe
fraîche
avant qu’on découvre
les derniers lions
de prairie
soudain muselés par l’amour
On est souvent bien seul
à errer dans ces bars
de nuit
où les fantômes oublient
de remettre leur tournée
Oui mais ça fait longtemps que
Carver est mort
que les fans de Pasolini souffrent
d’une amnésie du fessier
Et depuis le commencement
jusqu’à la fin des fins
nous marcherons dans la lumière
en attendant que les ombres
se rangent à nos côtés…
à regarder
en direction des potences
et alors
le souvenir des westerns
du mardi soir
nous serre le cœur
Parce que nous n’appartenons
déjà plus
à ce nouveau monde
mais qu’il faut bien
mettre notre petit spectacle
en route
la mélancolie au tableau noir
Puisque l’ultime frontière
c’est chacun dans sa chacune
au sortir de la cabine
de douche
quand nos maigres diligences
se hâtent encore mollement
en direction du Pôle emploi
le plus proche
sans même plus
ce tremblement de chariot
des débuts
sur les routes mal carrossées
des hautes plaines
qu’on rêvait pourtant d’ensemencer
d’un tapis d’herbe
fraîche
avant qu’on découvre
les derniers lions
de prairie
soudain muselés par l’amour
On est souvent bien seul
à errer dans ces bars
de nuit
où les fantômes oublient
de remettre leur tournée
Oui mais ça fait longtemps que
Carver est mort
que les fans de Pasolini souffrent
d’une amnésie du fessier
Et depuis le commencement
jusqu’à la fin des fins
nous marcherons dans la lumière
en attendant que les ombres
se rangent à nos côtés…
Benoît Jeantet
son blog : http://lubies.hautetfort.com/
la revue NAWA numéro 7 : http://revuenawa.fr/category/nawa-7/
dimanche 12 janvier 2020
Il y a les taches insignifiantes
les gestes de trois fois rien
les mains dans la vaisselle
la pelure des carottes
le regard dans le loin
le ciel et les bruits fauves
la coulée virulente
du galop des enfants
les hurlements d'amour
le linge qu'on étend
la fatigue qui flotte
la terre sur les talons
la vie folle et les niches
qu'on creuse dans les murs
les pulsations fugaces
les respirations brèves
il y a aussi
au milieu tout en bas
là sous le feuilletage
et la coque des mots
des traces de baisers
les gestes de trois fois rien
les mains dans la vaisselle
la pelure des carottes
le regard dans le loin
le ciel et les bruits fauves
la coulée virulente
du galop des enfants
les hurlements d'amour
le linge qu'on étend
la fatigue qui flotte
la terre sur les talons
la vie folle et les niches
qu'on creuse dans les murs
les pulsations fugaces
les respirations brèves
il y a aussi
au milieu tout en bas
là sous le feuilletage
et la coque des mots
des traces de baisers
(2012)
samedi 21 décembre 2019
mercredi 11 décembre 2019
Le type à la tête en pain de sucre
Y
avait un type à la tête en pain de sucre dans le métro
une
tête en pain de sucre moulé dans un bonnet kaki
et
sa tête en pain de sucre fondait doucement
le
long de ses joues
dans
les plis de son cou
de
longues coulures couleur de cérumen
et
une petite fille à la coiffure afro répétait en boucle
en
tirant la manche de sa mère
« y
a le monsieur qui pleure » « y a le monsieur qui pleure »
et
ses mots tombaient, en boucle aussi, sur ses genoux
comme
de grosses pierres brillantes
je
la regardais par en dessous
j’avais
peur que ce soit la fille du conte
et
que les pierres se transforment soudain hors de sa bouche
en
d’affreux serpents siffleurs
tout
gluants
tout
visqueux
et
qu’ils se faufilent partout
par
tous les trous
j’aurais
dû faire comme les autres dans le métro
m’arracher
les yeux et tenter de les introduire du bout de l’ongle
dans
la rainure entre l’écran et la coque de mon téléphone
seulement
voilà, je me doutais bien en regardant tous ces trous noirs à la
place des yeux qui tournoyaient comme des planètes mortes au fond de
l’espace
qu’il
m’aurait été bien difficile de planquer quoi que ce soit dans le
répertoire de mon téléphone
et
qu’une fois mes yeux arrachés, ils se faufileraient
tout
gluants
tout
visqueux
loin
du reste de mon corps qui pirouetterait comme un poulet sans tête
entre ici et nulle part
alors
je regardais
la
petite fille à la coiffure afro qui regardait
le
type à la tête en pain de sucre qui regardait
essayer
de toutes nos forces de soustraire nos six yeux à l’appel des
trous noirs
elle
avec ses mots comme des pierres précieuses
moi
avec mes yeux tout gluants tout visqueux dans mes orbites
lui
avec sa tête en pain de sucre dans son bonnet kaki semer dans le
métro des larmes
à
l’odeur de caramel
publication initiale dans la revue la Terrasse n°4- décembre 2018
samedi 7 décembre 2019
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