lundi 4 janvier 2021

Nue face à la glace, je me demande
ce que pèsent mes seins
face à la misère des corps
quel est le poids
de mon ventre
de mes jambes
de mes mains
de mes yeux
de ma bouche
face aux vies nécrosées
tout cela ne pèse rien
je le sais bien
mais au fond, tout au fond
bien sanglé sous la peau
il y a ce vide
qui plombe
alors
que pèsent m
es seins dans le miroir ?
© Soraya Hocine, Série: Serai-je vivant demain plutôt qu’aujourd’hui?
je serais un petit oiseau mort
dont le ventre palpite encore
frémissement d'une porte qui claque
dans les plumes
petit oiseau, larmes au bec
tu me dirais je t'aime
je ne te croirai pas
je serai cet oiseau
mort
au bord de la fenêtre
pour avoir trop heurté
la transparence du jour

samedi 2 janvier 2021

Du neuf côté revues : Vol n°5 ; Le ventre et l'oreille n°6

En actu, participation à deux revues : la revue toulousaine Vol (5è numéro) et la revue d'Emmanuel Desestré et Orianne Hurstel Le ventre et l'oreille (numéro 6 en ligne)

En savoir + : 

-Page facebook de la Revue Vol & le mail pour commande :volrevuvol@gmail.com 

 -Site de la revue Le ventre et l'oreille

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


vendredi 1 janvier 2021

Le Serveur Vocal Poétique de la Cie Home Théâtre


Le Serveur Vocal Poétique (SVP), création de la Cie Home Théâtre, est un numéro de téléphone gratuit qui permet d’écouter des poèmes lus par leurs auteurs/trices ou par des comédiens.



mercredi 30 décembre 2020

Film en N&B

Peut-être que la poésie
doit tout simplement entrer
dans la littérature
par la petite porte, par la petite peau
comme cette femme noire
invisible
collée contre le mur
par le bruit des mastications
de madame, de monsieur
attendant tous les sens aux aguets
le bruit de la clochette pour courir (sans un bruit)
- madame dit de faire vite (sans poser le talon)
dans la cuisine chercher le rôti ou la tourte
peut-être que la poésie est cette femme invisible
noire qui écoute les chuintements, lapements
claquements de langue
déglutitions lentes ou rapides
cliquetis de fourchettes, odeurs de rots masqués
cette femme noire invisible
réceptacle attentif à la présence
des corps sans filtre
de monsieur, de madame
peut-être que la poésie
est cette mise à nu
noire
sur blanc


extrait de User le bleu, suivi de Sous la peau, Aux Cailloux des chemins, 2020

dimanche 15 novembre 2020


samedi 7 novembre 2020

User le bleu - On en parle

Dominique Boudou a lu  mon nouveau recueil User le bleu suivi de Sous la peau aux éditions Aux Cailloux des Chemins. Il a publié un retour de lecture sur son blog.

 Extrait : "La poésie s'aventure de plus en plus souvent dans les sables mouvants du monde du travail. Peut-être faut-il y voir un précipité de notre modernité épuisée par l'absurdité de la condition humaine soumise comme jamais à la compétition. Avec User le bleu, Murièle Modély ne métaphorise ni les gestes ni les discours qui font courber l'échine au bureau ou ailleurs. Du collègue de base jusqu'au N+1 chapeauté par son N+2 les yeux rivés sur les objectifs à atteindre..."

La suite par là

/

Le poète et revuiste Patrice Maltaverne chronique aussi mon recueil sur son blog Poésiechroniquetamalle :

" Si "Sous la peau" parle davantage des relations familiales (mère fille, fille mère), "User le bleu" évoque avec insistance le monde du travail, son côté très absurde, avec ses sentiments qui n'arrivent pas à sortir (ici, au travail, comme ailleurs, en dehors du boulot), car ce n'est jamais le moment et pas la place. Murièle Modély montre tout simplement l'incommunicabilité qui existe entre les êtres."

 Je les remercie tous deux

mardi 13 octobre 2020


Photo d'Eric Antoine - Le Dos de Caroline - https://www.ericantoinephoto.com/

Lichen

Quand le dermatologue t'a révélé le nom de ta maladie
tu as éclaté de rire
comme tu aurais pu pleurer
ce n'est tout de même pas courant
que le corps nous assène d'un mot
notre vraie nature
eh oui, tu étais une souche
un vieux morceau de bois
mort
humide
couvert d'un lichen plan
- et cet adjectif plan
était la cerise sur le gâteau pour toi
qui ne tenais pas droite


Extrait de User le bleu, suivi de Sous la peau, éditions Aux cailloux des chemins

Photo de Eric Antoine - https://www.ericantoinephoto.com/

 

samedi 26 septembre 2020

Parution de User le bleu, suivi de Sous la peau

Mon nouveau recueil est sorti !
Chez un tout nouvel éditeur né sur les bords de Garonne (sacré pari en ces temps moroses : la vie, les mots plus forts que tout ! :) Cela s'appelle User le bleu, suivi de Sous la peau, avec une lithographie de l'artiste Cendres Lavy...et c'est Aux Cailloux des Chemins

Et je remercie chaleureusement les éditeurs de me permettre d'être à leurs côtés pour le début de cette aventure !

Et voilà ce qu'a dit Hervé Gouault, l'un des éditeurs, de ce nouveau livre :
"Lire Murièle Modély, c'est accepter que tout se renverse ou ne pas la lire vraiment. Ses vers lisent en vous par des détours que vous ne sembliez pas connaître. Et puis ils demeurent en vous. C'en est étonnant de légèreté et de profondeur, d'immanence et d'anecdotique. Leur tissu vous couvre la peau et en-dessous.

Il y aurait du tragique dans cette affaire mais vous partez d'un fou rire, comme ça, en retour de vers. Surtout si vous laissiez les vers crier de votre bouche, entre plaisirs enfantins et jeux d'adulte. Il s'agit du jeu à être, à vivre malgré toutes ces lourdeurs, cet absurde, en soi, au travail, partout, tout le temps."


Vous pouvez vous le procurer sur le site de l'éditeur Si vous souhaitez soutenir ce projet un peu fou (il faut bien l'être pour publier de la poésie... et aussi à venir des œuvres graphiques (c'est l'autre axe de leur maison !) adhérez à l'association de la maison d'édition

samedi 18 juillet 2020

mercredi 1 juillet 2020


« Peut-être que maintenant vous êtes assez construite »

je me répète en boucle la phrase du docteur
mais sur le chemin du retour
je trébuche contre une pierre, et
en me relevant, je m'aperçois 
qu'il me manque une brique ou deux au niveau de l'épaule
j'entends aussi rouler sur le trottoir un de mes boulons
je suis assez construite, certes, mais je fais de drôles de bruits
les murs grincent, craquent, les volets claquent
je ne sais toujours pas si c'est le vent
ou les esprits errant dans la maison

*

dans la rue nous sommes nombreux à balader nos fissures
ça coule en petits chhhh chhhh, ou en crrrr crrrr
des bruits qui grincent, qui craquent, qui claquent
qu'on ne prononce pas
alors on fait semblant, et
on laisse derrière soi des traînées crayeuses, des humeurs baveuses
on se fait des sourires, on dit bonjour
on fuit quand même

*

parfois on colmate 
on fait un enfant ou deux, et
on utilise leurs rires ou leurs larmes comme plâtre
cela marche un temps, puis ils grandissent 
ils s'en vont sur les chemins tracer leurs propres entailles 
avec des pierres coupantes
alors on reste un peu triste 
sauf les dimanches 
quand on se retrouve tous ensemble à table 
à tenter de remplir à la cuillère ou d'une phrase
nos trous


lundi 8 juin 2020

On en parle

Dans son émission Les poètes sur Radio Occitania (confinement n°6), Christian Saint-Paul, parle de Feu de tout bois (Délit buissonnier 1, tiré à part de la revue Nouveaux Délits) et de Radicelles (editions Tarmac)
Dans son éditorial du 26-05-2020, il dit ceci :


« Je m'attarde sur deux publications:

1 - Feu de tout bois avec des illustrations de Sophie Vissière (10 € à commander à Nouveaux Délits, Létou, 46330 Saint-Cirq-Lapopie),

une suite de poèmes écrits dans une langue simple et percutante, abordant sans emphase, comme par inadvertance, des constats sociaux, philosophiques, sans concession à la dure réalité de notre monde qu’elle révèle à sa fille :

« à l’instant même où la claque / nous pousse au premier cri / sache qu’à cet instant précis, des doigts invisibles / enfoncent dans notre gorge une gomme », mais ne se lamente pas et ramène à l’essentiel : l’amour

« sache ma douce enfant que je veux tant remplir, que tout s’estompe / l’amour est une éponge qui fait place nette pour d’autres ».

Et même si « l’arche n’empêche pas l’engloutissement » elle ne s’abandonne pas au défaitisme : « vivre au fond n’est pas bien compliqué / il suffit de s’en tenir au mot du jour / composer, décomposer, recomposer / une croix après l’autre / l’empilement des faits ».
Un souffle bien maîtrisé, une langue sûre qui dessine les contours obscurs et flous de notre monde convenu avec l’habileté de la mère douce qui sait conduire ses enfants sur les bons chemins.
Un ensemble de poèmes qui se rangent dans ce que Michel Cosem recherchait dès les années 70, une poésie à « l’imagination créatrice fondée sur le réel ».

[...]



2 - Radicelles avec des photographies de Vincent Motard-Avargues, préface de Dominique Boudou, éditions Tarmac, 38 pages, 18 €.
C’est un beau livre par sa conception, son papier épais, ses reproductions photographiques d’une haute précision qui flamboient et qui creusent les ombres, tel un soleil qui traverse une journée.
Dominique Boudou dès ses premiers mots dans sa préface, prépare le lecteur à ces poèmes qui, s’ils relèvent plus du sensible que de l’intellectuel, sont de redoutables métaphores du monde hostile qu’il faut apprivoiser.
Ses poèmes sont le combat de Murièle Modély.
L’enfance qui la ramène au créole, à son île de La Réunion, à l’histoire douloureuse du peuple de cette terre grosse de magnificence.
Nul ne peut effacer ses racines, fussent-elles des radicelles qui, bien que fines et fragiles s’infiltrent plus sournoisement dans la mémoire.»

samedi 23 mai 2020

Parfois on entend les battements de cœur
rouler comme des cailloux
sous la chaussure
accrocs tenaces dans la marche du jour
on avance
                   le soleil brille
                                  rien ne s’arrête

*

Parfois on entend le cœur rouler
comme une pierre dans la poitrine
et tout résonne, et tout s’échine
à donner sens à nos échos
est-ce la voix ? est-ce la peau ?
il pleut
nos côtes nourrissent
                l’herbe sauvage
                               des trottoirs sales et inégaux

*

Parfois le poème est aride
il ratatine comme la peau d’un fruit
derrière la vitre
l’été est chaud et moite
               la pensée est avide
                              rien n’étanche les gorges sèches