Il dit T’es une fille de la ville
avec une moue légère
qui creuse un accent grave
sur le bord de sa lèvre
je sens bien qu’être une fille
de surcroît de la ville
dans sa bouche terreuse
brûle comme une ortie
je sais bien qu’un jour
son regard indulgent
heurtera âprement
le pli de ma glabelle
je sais qu’il me perdra
quelque part dans la nuit
que je m’égarerai
en chemin dans les blés
dans les
coteaux
du Gers
où je vois
une bosse
deux bosses
un troupeau
de chameaux
où je vois
des poils ras
puis blonds
et leur tonte
l’été
où je ne vois
rien
que
feuilles
plantes
arbres
sans nom
je dois
lancer en l’air
et sur lui
d’étranges
petits
sorts
pour voir ses cheveux, sa langue crépiter
quand il m’identifie comme une citadine
pour voir sur sa tête, le ciel du jour qui sombre
s’embraser dans le bref flamboiement d’une orange
pour voir les nuages dégorger tout leur jus
asperger d’un voile roux le bitume et ses mots
pour l’écran sirupeux qui dessine sur nous
un nouveau paysage
son visage moiré
la fille de la ville
greffée sur un cil
initialement publié sur le blog de Jean Prod'hom, http://www.lesmarges.net/ dans le cadre des vases communicants