credit photo Stéphane (montreal)
Voilà ce qui se passe
Tu ne peux pas t'en empêcher
Il faut que tu gueules
Il renverse son bol
tu gueules
Il s'emmêle les pattes
tu gueules
Il bouscule un meuble
tu gueules
C'est comme ça
Tu n'existes pas en dessous
d'un certain décibel
Ton gosse non plus
Tu le vois bien à son cou
ratatiné dans des épaules crispées
Tu le vois bien à sa peau
lisse comme une écaille où glissent les cris
*
Tu es en retard
Tu cours
Il trottine à ta suite
parce que tu es en retard
parce que tu te presses
parce qu'il n'a pas le choix
Tu ne lui tiens pas
la main
Tu en as marre
de le traîner à ta suite
de tous les matins faire
refaire dire redire courir
Lui, il trottine
essaie de t'attraper les doigts
c'est sa tâche du matin
*
Il t'a
poussé
à bout
et depuis
tu gueules
devant le lavabo
dans la cuisine
sur le trottoir
dans le métro
dans l'ascenseur
sur le chemin
Il s'arrête
te regarde
et vomit
là devant
le portail
de l'école
en jets
puissants
Tu ne sais pas
ce qu'il a pu bouffer
pour autant dégueuler
Tu tiens sa main
soutient sa tête
Tu es pâle
Tu trembles
Tu vois au milieu
de la bouillie
les minuscules lettres
que tu lui balançais
plus tôt
sur la tête
*
Tu ne peux pas t'en empêcher :
Tu l'aimes
Tu gueules
