mercredi 13 avril 2011

La chèvre

Elle avait été une petite fille boulotte, assez insipide.
Une adolescente boutonneuse, et suante.
Avant de devenir une femme plutôt jolie, au regard vague.

Au fond, elle aurait pu passer à travers maille, se fondre dans la masse, si elle n'avait pas eu ce rire, impossible à polir.
Il surgissait de loin, du fond de sa poitrine, partait dans des hoquets, ricochait sur le sol.
Elle ne pouvait raser les murs, railler comme une autre. Elle était projetée, par son rire, dans la fosse.

On l'appelait La chèvre.
C'était parfois gentil, le plus souvent moqueur.
Les filles gloussaient en douce, ou se mordaient les joues ; les garçons, bien plus fins, se mettaient à bêler quand elle passait près d'eux.
Ses plus vieux souvenirs grinçaient comme des casseroles, lourdement sur le sol.

Le plus comique, c'est que rien n'était vraiment drôle. Ni sa vie, ni ses amis, encore moins ses parents. Mais elle riait quand même, n'était-elle pas bête ?

D'ailleurs elle s'amourache d'un garçon musculeux, qui fait de la moto, qui boit de la bière, qui traîne tout le jour avec ses potes.
Il lui parle comme un chien, gueule pour un rien, et sent très fort le bouc.

Hein, qu'elle a de l'humour ?
Ça file la métaphore.
Ça rape la gorge, ça coule.
C'est une peau de chagrin.