mercredi 16 février 2011

Nouvelle revue "L'autobus"


Renseignez vous via le blog de Fabrice Marzuolo
Au sommaire du premier numéro, Eric Dejaeger, Morgan Riet, Thierry Roquet, Marlène Tissot

Et découvrez l'univers du poète Fabrice Marzuolo, dont le regard incisif  est une bonne claque dans le ronron ambiant.

Il conduit aussi incidemment L'autobus ;)

lundi 14 février 2011

je ne t'offrirai pas de roses


je ne t'offrirai pas de roses
pour toutes ces fois
où tu m'as cassé les couilles
avec tes tu m'aimes dis
tu m'aimes ?
avec tes cris d'hystérique
trop heureuse trop odieuse
avec tes lèvres rouges
de serpent charmant
qui baise mon oreille

je ne t'offrirai pas de roses
pour tous ces jours
où je t'aime moins
où tu ne m'aimes pas
où on s'aime peu

je ne t'offrirai pas de roses
je mettrai juste ma main
dans tes cheveux

mercredi 9 février 2011

Au moins dix fois ce matin


Je suis morte au moins
dix fois ce matin
d'un coup de sabre laser
d'épée en plastique
de mini revolver

je suis morte parce que
maman tu es méchante
pour de faux, pour de rire
parce que c'est drôle la mort

parce que j'ai mis au monde
un pirate et on sait
qu'un pirate tue toujours
son affreuse maman

je suis morte ce matin
j'ai revécu aussi
grâce à un bout de bois
à un saut dans mon lit
parce que pardon maman
j't'aime-toute-ma-vie

parce que j'ai engendré
un héros et on sait
que les (super)héros
sauvent tous les gentils

voilà je meurs
revis
remeurs
revis
encore

je brille sous la poussière
de sa fiole magique

Thierry Roquet, Comme un insecte à la fenêtre


Thierry Roquet déroule le quotidien, et le fil de sa sensibilité dans de courts poèmes.
Il observe. L'insecte à la fenêtre attire notre regard sur les petites choses, les sensations, l'apparemment anodin.

"Sur le balcon je fume
une clope
en regardant droit devant
les grands arbres, les pavillons
les badauds dans le parc
ensoleillé
[...]
et
l'espace d'un instant
je peux sentir
profondément comme
une sorte de tendresse
ahurie
vers le monde"

ça glisse, ça frôle aussi parfois le fantastique : l'étrange réhausse le banal.
Et c'est beau.

"La vieille dame s'est penchée
dans la rue à la recherche de je ne sais
quoi
un vieil homme s'est proposé pour l'aider
il s'est penché à son tour
puis tout un tas de vieilles dames
& de vieux hommes s'est accroupi
à quatre pattes
arpentant le trottoir de long en large
à la recherche de je ne sais quoi
..."

Et pour le lire, on peut l'acheter ,
Comme un insecte à la fenêtre, Thierry Roquet, éditions Gros textes, 2011, 6 €

lundi 7 février 2011

Réunion 2010, credit photo Franck Laborde

dimanche 6 février 2011

Rose


credit photo

Comme d'hab, je me suis retrouvé derrière un type d'au moins un mètre quatre vingt.
Je le sais bien, pourtant, à chaque fois que je vais à un concert. Je sais bien que je ne verrai rien.

Alors que je pourrai écouter le CD, chez moi peinard, les doigts de pieds en éventail, mollement avachi sur mon canapé, à siroter des bières.
Au lieu de ça, je me fais chier à me tordre le cou, derrière des types d'un mètre quatre vingt. Des types deux fois plus jeunes évidemment, qui ne me calculent même pas, quand ils s'arrêtent pile poil devant moi...
C'est un concert mon pote, pas la foire aux politesses. On est peut-être ensemble, mais on veut jouir tout seul.

Ouais, je pourrais, mais je ne le fais pas : j'accompagne Rose.
Elle n'aime pas sortir seule et je suis son ami.
Je répète, ami.
Rien de plus. Elle m'avait dit un jour, combien elle avait eu de la chance de me rencontrer, un type sympa, respectueux, sans arrière pensée, elle avait de la chance.
La chance, mon cul.

Moi, je faisais comme les autres, hein, approche copain, vas-y que je t'écoute, je suis là quand ça va pas etcetera, histoire de préparer le terrain. Au fond, j'avais moi aussi, envie de baiser son ventre rond. Seulement après, je sais pas, impossible de me dépêtrer, de me rappeler le mode d'emploi, trop long, trop chiant, plus envie. Et puis comme elle était jolie à regarder, j'ai laissé couler.

Rose, c'est doux, j'aime bien le dire. Là d'ailleurs, je le murmure en boucle. Elle m'avait dit : "Ah tiens y a Machin (je me rappelle plus comment s'appelait le mec), je vais lui dire bonjour". Ses joues étaient de la couleur de son prénom. Je sentais gros comme une maison, que j'allais voir le concert tout seul, que j'allais rester là comme un vieux con, à attendre au cas où, parce qu'elle a pas le permis.
Rose.

Le type immense, finalement, me laissait voir la scène, quand il se penchait pour embrasser sa gonzesse, me renvoyant à la gueule par la même occasion, et son bonheur, et ma petite taille. Et cerise sur le gâteau, j'avais à côté de moi une jeune blonde, qui riait à pleine gorge, aux oreilles d'un homme au visage glabre.
J'étais cerné par leurs putains d'hormones.

Je précise : j'ai rien contre les blondes, et surtout pas celle là, qui avait un minois charmant. Mais je ne supporte pas les rires hystériques qui sentent la chatte.
J'avais envie de hurler à l'oreille du type à l'oeil de braise : Mais fais la taire, fais la taire, baise là ! Là, là maintenant, tout de suite, qu'on en finisse.
J'avais envie de planter mon poing sur le crâne de ce sombre crétin, de prendre leurs deux visages, de les rapprocher violemment, que leurs chairs se mêlent définitivement en silence.

Bien sûr je n'ai rien dit, j'ai même souri au type, quand nos regards se sont croisés. Je n'ai pas essayé de calmer mon coeur qui battait à mes tempes, j'ai laissé ma testostérone bouillonner. J'ai pensé à plus tard.

Moi sur le canapé.
Moi en train de me palucher.
Moi dans le noir, mon sexe, le prénom de Rose.


samedi 5 février 2011

crédit photo Franck Laborde

lundi 31 janvier 2011

aliéné(s)


"ça c'était le jour
car la nuit
une voix l'appelait
dans son sommeil

elle lui ordonnait de peindre
l'instant présent
et le suivant
en ignorant le précédent"

Jean Marc Flahaut, aliéné(s), éditions des états civils

dimanche 30 janvier 2011


Réunion 2010, credit photo F. Laborde

jeudi 27 janvier 2011

Elle écrit

Elle croit que je ne la vois pas, parce qu'elle me regarde par en dessous.
Elle n'a pas le courage de planter ses yeux fermement dans les miens.
Faut qu'elle se cache derrière son carnet, qu'elle me dévore du nez, des yeux, de la bouche. En douce.

Elle écrit.
Elle glisse ses sales petites pattes de mouche, sur la bouse qui lui sert cahier.
J'ai pas besoin de lire, pas besoin de déchiffrer son écriture torturée pour savoir.
Qu'elle écrit de la merde... que ma vie sur sa feuille est une merde.

Elle nous la joue "j'absorbe les gens de la vraie vie, les cassés, de traviole..."
Après, la tête penchée comme une écolière sur son livret, les doigts crispés sur son stylo plume, elle recrache tout ça, vite fait, bien fait, sur la page blanche.
Je sais pas pourquoi je pense ça, ou plutôt si... Je pense ça, à cause des coups d'oeil obliques. Sur moi et deux autres estropiés assis à attendre... Je pense ça, parce que j'ai bien vu la courbe de son envie, et sa crainte furtive dans la façon ostensible de dresser son carnet.

Elle écrit, elle rature, elle coupe, elle tranche. Je suis en morceaux sous ses doigts tâchés d'encre.
Je ne veux pas qu'elle m'écrive, qu'elle m'avale. J'ai pas envie qu'elle me fourre dans l'enveloppe, ses métaphores et ses effets de style. Pas envie qu'elle colle sur ma peau, ses schémas, sa littérature, sa prose, ses poses. Je ne veux pas servir en filigrane ses névroses.

Quand elle va rentrer chez elle, s'installer à table, boire un thé peut-être, allumer son ordinateur, elle va penser à moi. Ou plutôt non, elle va penser à elle qui me regarde, ou non à elle qui regarde à travers moi. Elle va rentrer chez elle, se servir de mes bosses, de ma silhouette, de mes cicatrices, pour me fondre totalement dans une autre.

Elle croit que je ne la vois pas, mais on ne voit plus qu'elle.
Son cahier, son stylo, ses yeux torves, son crâne hydrocéphale légèrement penché.

Ojos que saben hablar #2


mercredi 26 janvier 2011

Le frémissement de ta robe

credit photo Dolarz
Tu es noire
tu es grosse
tu es court vêtue

tu es dans le métro
il est cinq heures
tu emmerdes le monde

dans la rame bondée
tu poses dans tes souliers

ta surcharge pondérale
ton étrangeté visible
ton sexe faible
ta petite vertu

trop de gras trop de cul
trop de périphrases

tu prends de la place
tu encombres la vue
tu satures l'espace

avec tes bourrelets
tu te dilates

et chacun bande
ses muscles

évite le contact
avec ta gelée molle

fuit le frémissement
violet de ta robe

dimanche 23 janvier 2011

L'endormi, la Réunion 2010, credit photo Franck Laborde

vendredi 21 janvier 2011

La maison - FPDV


Voilà on y est, c'est la maison...
oui, y a plus de fenêtres... mais on s'en fout : qu'est-ce qu'on a à cacher ?
la porte ?... je sais pas où elle est... mais ça aère la pièce comme ça
les trous dans les murs ?... Ben ça aussi ça fait de l'air !

Pourquoi tu pleures ?
qu'est-ce que tu croyais ?
que tout allait rester en l'état par la seule force de ton
désir
c'est comme tout chérie,
tout branle, vacille, s'effondre
les seins
les fesses
la bouche
les tuiles
tout tombe...

c'est la vie, ça s'effrite
la pierre comme les souvenirs

Te reste ta carcasse
alors de quoi tu te plains ?
t'es pas bien au chaud entre tes os ?

publié sur FPDV 
(Formule Polyvalente à Dilution Variable)
A voir toutes les productions du mois de janvier sur le site
thématique du mois : la maison

jeudi 20 janvier 2011

Cool baby

credit photo lorent devergue

C'est cool baby.
Clin d'oeil, moue, claquement de langue.
Je fixe le mec qui fait du gringue à ma soeur.
Je la regarde rosir, trembloter sur sa chaise.
Voilà ça marche, faut pas grand chose pour qu'elle cède.
Un parfum bon marché, forcément bon puisqu'y a la pub à la télé. Un tee-shirt moulant. Deux, trois mois d'angliche... Et la voilà emballée la soeurette, roulée comme une crêpe, chauffée des deux côtés.

Il dit vraiment pas grand chose le mec, des banalités affligeantes à pleurer, genre "t'as du feu", ou "c'est joli ce que tu portes", "t'as vu Nagui à la télé", tout à l'avenant...
Et puis jetés ici et là, comme une ponctuation qu'il ne maîtrise pas, des mots empruntés à une langue qu'il connaît à peine. Pour faire genre, se donner l'air, poser comme...

Elle n'entend pas le vide. Le petit pois qui roule, quand il secoue du chef.
Elle trouve juste ça chouette qu'on l'appelle baby. Et moi je ne peux pas comprendre, la vraie vie, les vrais gens, le nez toujours plongé dans des livres, des dictionnaires. Ouais, elle n'en revient toujours pas, des dictionnaires !

Elle est pas fun ta soeur, c'est ça qu'il a dit en branlant de la tête, à défaut d'autre chose.
C'est sûr, je ne suis pas foehn, c'est pas moi qui vais décoiffer de beaux hommes musclés causant franglais. Je suis bien sage derrière ma soeur, assise en retrait, à observer ce type faire le joli coeur.

Je rigole en douce, je me trouve drôle, à cause du foehn. C'est pas lui qui comprendrait, trop fin.
Mais je ne dis rien de ce qui me passe par la tête.

Je me contente de le regarder.


mardi 18 janvier 2011

Ma grosse

credit photo Richard Miralles

ma grosse
ma poule
ma nouille
ma quiche
mon pachy
derme

viens là
que j'baise
tes yeux
de braise

viens là
que j'morde
tes lèvres
glaise

viens que
j'caresse
ta courbe
molle

viens mon obèse
viens mon ogresse

répands sur moi
ton gras fécond

lundi 17 janvier 2011

Dessins du Boulatin

Monstre

La promenade


A découvrir le blog du Boulatin

dimanche 16 janvier 2011

Toulouse 2011, credit photo Franck Laborde