Les poèmes de Cathy Garcia disent la langue éruptive.
Voilà il faut que le mots coulent.
Regarder le manque, creuset où la voix de la poètesse se déroule, éructe
Il y a une urgence, un impératif à briser le silence.
"J'ai grandi ligotée, baillonnée sous le joug maternel, avec cette injonction qui résonne toujours et encore "Ne réponds pas ! ".
Aussi qu'on veuille bien excuser cet irrépressible besoin d'avoir mon mot à dire."
A briser et à maîtriser aussi.
De la nécessité mais aussi du dérisoire d'écrire.
Car les mots ne peuvent et doivent dire ce que l'on est.
"Ecrire. Ecrire quoi ? Tourner, tourner la même soupe, une connerie christique s'imaginant offrir ses tripes. Manquer de pudeur ? Mais c'est bien pire que ça ! Montrer ses fesses sans culotte, certes c'est osé, mais les montrer sans peau ?"
C'est un cri, où peu à peu le "je" se pose/ pause.
Il faut une voie en soi et dans le monde.
"Ecrire n'est pas un but, seulement un chemin. Il faut trouver cette autre chose, essentielle. L'énergie vive."
Et un bel apaisement parcourt les dernières pages
"Par les veines de la terre, sa chair, ses vertèbres résonantes, je suis reliée.
Reliée vive."
Ce livre me parle, me parle... pour diverses raisons
Alors je vous en parle, moi aussi.
Pour l'acheter, c'est là
Celle qui parle, Cathy Garcia, Asphodèle, collection Minuscule, 7€
mercredi 16 février 2011
Nouvelle revue "L'autobus"
Renseignez vous via le blog de Fabrice Marzuolo
Au sommaire du premier numéro, Eric Dejaeger, Morgan Riet, Thierry Roquet, Marlène Tissot
Et découvrez l'univers du poète Fabrice Marzuolo, dont le regard incisif est une bonne claque dans le ronron ambiant.
Il conduit aussi incidemment L'autobus ;)
lundi 14 février 2011
je ne t'offrirai pas de roses
pour toutes ces fois
où tu m'as cassé les couilles
avec tes tu m'aimes dis
tu m'aimes ?
avec tes cris d'hystérique
trop heureuse trop odieuse
avec tes lèvres rouges
de serpent charmant
qui baise mon oreille
je ne t'offrirai pas de roses
pour tous ces jours
où je t'aime moins
où tu ne m'aimes pas
où on s'aime peu
je ne t'offrirai pas de roses
je mettrai juste ma main
dans tes cheveux
jeudi 10 février 2011
mercredi 9 février 2011
Au moins dix fois ce matin
Je suis morte au moins
dix fois ce matin
d'un coup de sabre laser
d'épée en plastique
de mini revolver
je suis morte parce que
maman tu es méchante
pour de faux, pour de rire
parce que c'est drôle la mort
parce que j'ai mis au monde
un pirate et on sait
qu'un pirate tue toujours
son affreuse maman
je suis morte ce matin
j'ai revécu aussi
grâce à un bout de bois
à un saut dans mon lit
parce que pardon maman
j't'aime-toute-ma-vie
parce que j'ai engendré
un héros et on sait
que les (super)héros
sauvent tous les gentils
voilà je meurs
revis
remeurs
revis
encore
je brille sous la poussière
de sa fiole magique
Thierry Roquet, Comme un insecte à la fenêtre
Thierry Roquet déroule le quotidien, et le fil de sa sensibilité dans de courts poèmes.
Il observe. L'insecte à la fenêtre attire notre regard sur les petites choses, les sensations, l'apparemment anodin.
"Sur le balcon je fume
une clope
en regardant droit devant
les grands arbres, les pavillons
les badauds dans le parc
ensoleillé
[...]
et
l'espace d'un instant
je peux sentir
profondément comme
une sorte de tendresse
ahurie
vers le monde"
ça glisse, ça frôle aussi parfois le fantastique : l'étrange réhausse le banal.
Et c'est beau.
"La vieille dame s'est penchée
dans la rue à la recherche de je ne sais
quoi
un vieil homme s'est proposé pour l'aider
il s'est penché à son tour
puis tout un tas de vieilles dames
& de vieux hommes s'est accroupi
à quatre pattes
arpentant le trottoir de long en large
à la recherche de je ne sais quoi
..."
Et pour le lire, on peut l'acheter là,
Comme un insecte à la fenêtre, Thierry Roquet, éditions Gros textes, 2011, 6 €
lundi 7 février 2011
dimanche 6 février 2011
Rose
Comme d'hab, je me suis retrouvé derrière un type d'au moins un mètre quatre vingt.
Je le sais bien, pourtant, à chaque fois que je vais à un concert. Je sais bien que je ne verrai rien.
Alors que je pourrai écouter le CD, chez moi peinard, les doigts de pieds en éventail, mollement avachi sur mon canapé, à siroter des bières.
Au lieu de ça, je me fais chier à me tordre le cou, derrière des types d'un mètre quatre vingt. Des types deux fois plus jeunes évidemment, qui ne me calculent même pas, quand ils s'arrêtent pile poil devant moi...
C'est un concert mon pote, pas la foire aux politesses. On est peut-être ensemble, mais on veut jouir tout seul.
Ouais, je pourrais, mais je ne le fais pas : j'accompagne Rose.
Elle n'aime pas sortir seule et je suis son ami.
Je répète, ami.
Rien de plus. Elle m'avait dit un jour, combien elle avait eu de la chance de me rencontrer, un type sympa, respectueux, sans arrière pensée, elle avait de la chance.
La chance, mon cul.
Moi, je faisais comme les autres, hein, approche copain, vas-y que je t'écoute, je suis là quand ça va pas etcetera, histoire de préparer le terrain. Au fond, j'avais moi aussi, envie de baiser son ventre rond. Seulement après, je sais pas, impossible de me dépêtrer, de me rappeler le mode d'emploi, trop long, trop chiant, plus envie. Et puis comme elle était jolie à regarder, j'ai laissé couler.
Rose, c'est doux, j'aime bien le dire. Là d'ailleurs, je le murmure en boucle. Elle m'avait dit : "Ah tiens y a Machin (je me rappelle plus comment s'appelait le mec), je vais lui dire bonjour". Ses joues étaient de la couleur de son prénom. Je sentais gros comme une maison, que j'allais voir le concert tout seul, que j'allais rester là comme un vieux con, à attendre au cas où, parce qu'elle a pas le permis.
Rose.
Le type immense, finalement, me laissait voir la scène, quand il se penchait pour embrasser sa gonzesse, me renvoyant à la gueule par la même occasion, et son bonheur, et ma petite taille. Et cerise sur le gâteau, j'avais à côté de moi une jeune blonde, qui riait à pleine gorge, aux oreilles d'un homme au visage glabre.
J'étais cerné par leurs putains d'hormones.
Je précise : j'ai rien contre les blondes, et surtout pas celle là, qui avait un minois charmant. Mais je ne supporte pas les rires hystériques qui sentent la chatte.
J'avais envie de hurler à l'oreille du type à l'oeil de braise : Mais fais la taire, fais la taire, baise là ! Là, là maintenant, tout de suite, qu'on en finisse.
J'avais envie de planter mon poing sur le crâne de ce sombre crétin, de prendre leurs deux visages, de les rapprocher violemment, que leurs chairs se mêlent définitivement en silence.
Bien sûr je n'ai rien dit, j'ai même souri au type, quand nos regards se sont croisés. Je n'ai pas essayé de calmer mon coeur qui battait à mes tempes, j'ai laissé ma testostérone bouillonner. J'ai pensé à plus tard.
Moi sur le canapé.
Moi en train de me palucher.
Moi dans le noir, mon sexe, le prénom de Rose.
samedi 5 février 2011
lundi 31 janvier 2011
aliéné(s)
car la nuit
une voix l'appelait
dans son sommeil
elle lui ordonnait de peindre
l'instant présent
et le suivant
en ignorant le précédent"
Jean Marc Flahaut, aliéné(s), éditions des états civils
dimanche 30 janvier 2011
vendredi 28 janvier 2011
jeudi 27 janvier 2011
Elle écrit
Elle croit que je ne la vois pas, parce qu'elle me regarde par en dessous.
Elle n'a pas le courage de planter ses yeux fermement dans les miens.
Faut qu'elle se cache derrière son carnet, qu'elle me dévore du nez, des yeux, de la bouche. En douce.
Elle écrit.
Elle glisse ses sales petites pattes de mouche, sur la bouse qui lui sert cahier.
J'ai pas besoin de lire, pas besoin de déchiffrer son écriture torturée pour savoir.
Qu'elle écrit de la merde... que ma vie sur sa feuille est une merde.
Elle nous la joue "j'absorbe les gens de la vraie vie, les cassés, de traviole..."
Après, la tête penchée comme une écolière sur son livret, les doigts crispés sur son stylo plume, elle recrache tout ça, vite fait, bien fait, sur la page blanche.
Je sais pas pourquoi je pense ça, ou plutôt si... Je pense ça, à cause des coups d'oeil obliques. Sur moi et deux autres estropiés assis à attendre... Je pense ça, parce que j'ai bien vu la courbe de son envie, et sa crainte furtive dans la façon ostensible de dresser son carnet.
Elle écrit, elle rature, elle coupe, elle tranche. Je suis en morceaux sous ses doigts tâchés d'encre.
Je ne veux pas qu'elle m'écrive, qu'elle m'avale. J'ai pas envie qu'elle me fourre dans l'enveloppe, ses métaphores et ses effets de style. Pas envie qu'elle colle sur ma peau, ses schémas, sa littérature, sa prose, ses poses. Je ne veux pas servir en filigrane ses névroses.
Quand elle va rentrer chez elle, s'installer à table, boire un thé peut-être, allumer son ordinateur, elle va penser à moi. Ou plutôt non, elle va penser à elle qui me regarde, ou non à elle qui regarde à travers moi. Elle va rentrer chez elle, se servir de mes bosses, de ma silhouette, de mes cicatrices, pour me fondre totalement dans une autre.
Elle croit que je ne la vois pas, mais on ne voit plus qu'elle.
Son cahier, son stylo, ses yeux torves, son crâne hydrocéphale légèrement penché.
Elle n'a pas le courage de planter ses yeux fermement dans les miens.
Faut qu'elle se cache derrière son carnet, qu'elle me dévore du nez, des yeux, de la bouche. En douce.
Elle écrit.
Elle glisse ses sales petites pattes de mouche, sur la bouse qui lui sert cahier.
J'ai pas besoin de lire, pas besoin de déchiffrer son écriture torturée pour savoir.
Qu'elle écrit de la merde... que ma vie sur sa feuille est une merde.
Elle nous la joue "j'absorbe les gens de la vraie vie, les cassés, de traviole..."
Après, la tête penchée comme une écolière sur son livret, les doigts crispés sur son stylo plume, elle recrache tout ça, vite fait, bien fait, sur la page blanche.
Je sais pas pourquoi je pense ça, ou plutôt si... Je pense ça, à cause des coups d'oeil obliques. Sur moi et deux autres estropiés assis à attendre... Je pense ça, parce que j'ai bien vu la courbe de son envie, et sa crainte furtive dans la façon ostensible de dresser son carnet.
Elle écrit, elle rature, elle coupe, elle tranche. Je suis en morceaux sous ses doigts tâchés d'encre.
Je ne veux pas qu'elle m'écrive, qu'elle m'avale. J'ai pas envie qu'elle me fourre dans l'enveloppe, ses métaphores et ses effets de style. Pas envie qu'elle colle sur ma peau, ses schémas, sa littérature, sa prose, ses poses. Je ne veux pas servir en filigrane ses névroses.
Quand elle va rentrer chez elle, s'installer à table, boire un thé peut-être, allumer son ordinateur, elle va penser à moi. Ou plutôt non, elle va penser à elle qui me regarde, ou non à elle qui regarde à travers moi. Elle va rentrer chez elle, se servir de mes bosses, de ma silhouette, de mes cicatrices, pour me fondre totalement dans une autre.
Elle croit que je ne la vois pas, mais on ne voit plus qu'elle.
Son cahier, son stylo, ses yeux torves, son crâne hydrocéphale légèrement penché.
mercredi 26 janvier 2011
Le frémissement de ta robe
credit photo Dolarz
Tu es noire tu es grosse
tu es court vêtue
tu es dans le métro
il est cinq heures
tu emmerdes le monde
dans la rame bondée
tu poses dans tes souliers
ta surcharge pondérale
ton étrangeté visible
ton sexe faible
ta petite vertu
trop de gras trop de cul
trop de périphrases
tu prends de la place
tu encombres la vue
tu satures l'espace
avec tes bourrelets
tu te dilates
et chacun bande
ses muscles
évite le contact
avec ta gelée molle
fuit le frémissement
violet de ta robe
dimanche 23 janvier 2011
vendredi 21 janvier 2011
La maison - FPDV
Voilà on y est, c'est la maison...
oui, y a plus de fenêtres... mais on s'en fout : qu'est-ce qu'on a à cacher ?la porte ?... je sais pas où elle est... mais ça aère la pièce comme ça
les trous dans les murs ?... Ben ça aussi ça fait de l'air !
Pourquoi tu pleures ?
qu'est-ce que tu croyais ?
que tout allait rester en l'état par la seule force de ton
désir
c'est comme tout chérie,
tout branle, vacille, s'effondre
les seins
les fesses
la bouche
les tuiles
tout tombe...
c'est la vie, ça s'effrite
la pierre comme les souvenirs
Te reste ta carcasse
alors de quoi tu te plains ?
t'es pas bien au chaud entre tes os ?
publié sur FPDV
(Formule Polyvalente à Dilution Variable)
A voir toutes les productions du mois de janvier sur le site
thématique du mois : la maison
jeudi 20 janvier 2011
Cool baby
credit photo lorent devergue
C'est cool baby.
Clin d'oeil, moue, claquement de langue.
Je fixe le mec qui fait du gringue à ma soeur.
Je la regarde rosir, trembloter sur sa chaise.
Voilà ça marche, faut pas grand chose pour qu'elle cède.
Un parfum bon marché, forcément bon puisqu'y a la pub à la télé. Un tee-shirt moulant. Deux, trois mois d'angliche... Et la voilà emballée la soeurette, roulée comme une crêpe, chauffée des deux côtés.
Il dit vraiment pas grand chose le mec, des banalités affligeantes à pleurer, genre "t'as du feu", ou "c'est joli ce que tu portes", "t'as vu Nagui à la télé", tout à l'avenant...
Et puis jetés ici et là, comme une ponctuation qu'il ne maîtrise pas, des mots empruntés à une langue qu'il connaît à peine. Pour faire genre, se donner l'air, poser comme...
Elle n'entend pas le vide. Le petit pois qui roule, quand il secoue du chef.
Elle trouve juste ça chouette qu'on l'appelle baby. Et moi je ne peux pas comprendre, la vraie vie, les vrais gens, le nez toujours plongé dans des livres, des dictionnaires. Ouais, elle n'en revient toujours pas, des dictionnaires !
Elle est pas fun ta soeur, c'est ça qu'il a dit en branlant de la tête, à défaut d'autre chose.
C'est sûr, je ne suis pas foehn, c'est pas moi qui vais décoiffer de beaux hommes musclés causant franglais. Je suis bien sage derrière ma soeur, assise en retrait, à observer ce type faire le joli coeur.
Je rigole en douce, je me trouve drôle, à cause du foehn. C'est pas lui qui comprendrait, trop fin.
Mais je ne dis rien de ce qui me passe par la tête.
Je me contente de le regarder.
mardi 18 janvier 2011
Ma grosse
credit photo Richard Miralles
ma poule
ma nouille
ma quiche
mon pachy
derme
viens là
que j'baise
tes yeux
de braise
viens là
que j'morde
tes lèvres
glaise
viens que
j'caresse
ta courbe
molle
viens mon obèse
viens mon ogresse
répands sur moi
ton gras fécond
lundi 17 janvier 2011
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