lundi 30 mai 2011

quand elle m'a demandé si je voyais un psy
j'ai cherché sans succès à remonter le fil
qu'avais-je donc bien dit ?
où diable m'étais je perdue ?

dans quelle ornière
quel trou quels branchages
un jus de salive
un tête-à-queue à langue
une jouissance verbale
une ligne lexicale
bornée par ses yeux bleus

j'ai dit
mon envie de
silence
pour une fois
le coeur en entier
coulé dans deux syllabes

lundi 23 mai 2011

...en morceaux



il y a le type
qui ramasse
dans un terrain
vague
un bout d'os
un bout d'oeil
un bras un gros orteil
des brassées d'épiderme
des bouquets de cheveux

un type sec
qui lèche

qui tente
avec sa langue
de coller les morceaux

ça marche pour un timbre
pourquoi pas une femme ?

jusqu'à ce qu'elle s'assemble
brinquebalante mais droite

il l'aime

ça ne tient pas
longtemps

de bouts...


il y a les lieux où
les personnes que
les paroles qui

ce que l'on commence
qu'on ne sait finir

le geste en partie
les yeux à demi
le sourire à peine

la phrase en suspens
le trou noir

cette soudaine
absence
à soi

cette impression
d'être
à moitié

les mots qui fuient
jambes écartées
liquides les failles

arêtes aigues
la fille tranchée
éparse

jeudi 19 mai 2011

dimanche 15 mai 2011

Blog on board

Si vous voulez savoir ce qui se passe dans l'Autobus
il y a un blog par

Parution du n°3 fin mai début juin, avec Marie AMBRODY, Basile ROUCHIN, Guillaume DECOURT, Thierry ROQUET, Jany PINEAU, Mariana NAYDOVA

vendredi 13 mai 2011

Je ne te comprends pas ?



Quel beau couple.
Voilà ce que tout le monde dit d'eux.
Pas un ne relève leurs différences de milieu, de parcours ou d'âge.
Oui, surtout ça, personne ne mentionne leur âge... Quinze ans d'écart, ce n'est pas rien, surtout quand on est femme dans la tranche flottante. Celle où la chair fane, mais saigne ; celle où la chaleur monte puis file ; celle où quand la nuit tombe, on vibre.

Lyne a quinze ans de plus que Yann, alors elle fait gaffe. A sa ligne, son visage, son allure. Etirement, sport et salade...

Et puis le truc, c'est le muscle : il ne faut rien relâcher. Ni le ventre, ni la tête.
Etre prompte, gaie, partante, toujours. Animer la maison, inviter les copains, enchaîner les sorties, proposer les balades, vibrer Yann, penser Yann, cerner Yann.
Lyne est élastique, à peine usée sur les côtés.

Certaines soirées, dans le bruit et la fumée, alors qu'elle rit à gorge déployée, la tête renversée vers l'arrière -pour éviter les plis-, elle sent affleurer sous la peau qui craquelle, la vieille Roselyne. Ce prénom comme une masse lui claque les mâchoires.
Elle déglutit, se lève, boit, ou sert à boire, parle, s'agite, embrasse Yann... et légèrement fébrile, cherche dans les yeux des jeunes femmes, sous son reflet, l'envie.

*

Il a un espace minuscule entre les incisives.
C'est la première chose qu'elle avait remarqué chez lui.
Les dents du bonheur.

Avec le temps, c'est sûr, elle ne voit plus la fente. Plutôt le bout de salade, le poil, la bulle de salive... des tas d'images dégoûtantes, auxquelles elle pense surtout, lorsqu'ils font l'amour.
Pourtant, quand il l'embrasse à pleine bouche, elle aime passer sa langue sur ce trou, et le sentir se clore sous ses papilles.

*

Cela fait quinze ans qu'ils sont mariés... et bien qu'il la connaisse par coeur, manies douces et travers compris, chaque jour qui passe la rend plus opaque.
Surtout le matin au réveil, lorsqu'elle est nue et chiffonnée.
Sur le lit, elle s'étale, bric à brac de chairs.
Elle se lève et il craint qu'elle ne se brise. A cause des formes rondes et carrées qui s'empilent bizarrement.
Parfois, il aimerait la voir choir, histoire de vérifier si l'intérieur est aussi biscornu.
Mais rien ne se passe.

Il pense ça, immobile, absorbé, devant la toile la Femme à l'oreiller.

*

 Les enfants sortent de table, emmenant avec eux tous les bruits.
Elle pose son verre et dit :
- Tu as remarqué ? on ne se parle plus.
Il hoche la tête
- C'est marrant, je pensais exactement la même chose.

Leur vie coule dans cette différence infime entre la pensée et le mot.

*

"C'est une bavarde.... Une  vraie de vraie, hein ! Le genre de nana qui peut pas s'empêcher d'ouvrir la bouche, dès qu'elle met le pied par terre. Un soulante, quoi !
Tu vois ce que je veux dire... elle parle sans réfléchir, tout le temps, sur n'importe quoi, avec n'importe qui...
Je l'appelle Jacasse, ça l'agace... moi, ça me fait marrer... enfin pas tout le temps.... des fois j'aimerais bien m'entendre pisser, tu vois. C'est pour ça d'ailleurs que je viens ici. J'aime pas boire, en fait... c'est juste que j'ai parfois envie de respirer."

Il dit ça, accoudé au comptoir, en titubant.
Bon, il ne précise pas, qu'au fond de lui, quand même, il sait qu'elle ne se livre jamais autant que dans le silence.
C'est à dire jamais.

*

Je sais bien que comprendre n'est pas synonyme d'aimer.
Mais c'est plus fort que moi, son opacité me démange comme un ver solitaire.
Je me gratte, jusqu'à ce qu'elle saigne.



lundi 9 mai 2011


Miam (Reçu Lu Avalé)
Revue dissonances Thème Maman (mention spéciale pour le texte Mammifère d'Alban Lecuyer (mon coup, de coeur âpre). Je veux, un texte de G. Decourt que vous pourrez lire au choix là ou dans Traction Brabant. Depuis des générations des Amants gluants... très bonne revue vraiment :)

samedi 7 mai 2011

Anna Jouy

Extrait de Prise de sang :

"j'ai dans le creux du bras un bleuet qui pousse

une excroissance d'ecchymoses
comme une planète vue d'ailleurs
avec ses continents déserts et ses amazonies
j'envoûte à la saignée un perroquet d'azur
et d'ébrouer le bras je vole. ..
[...]"

 son blog
(j'ai découvert Anna Jouy grâce aux revues  Nouveaux délits et Comme en poésie : de la poésie à vif comme j'aime)

vendredi 6 mai 2011

La paix de Vincent Motard-Avargues - Vases communicants

Premier vendredi du mois, c'est Vases communicants, ce mois-ci c'est Vincent Motard-Avargues qui pose ses mots chez moi... et qui m'accueille chez lui par là http://jedelego.free.fr/plus.html

La paix


Elle se tient
droite comme un i
quasi collée
à la rambarde
du bâtiment

la brise légère
dans sa chevelure compacte
laisse filer le hasard
au loin
en dessinant le destin



Ses yeux passent de
droite à gauche
d’un côté l’autre
de la rue
où personne ne se tient



Alors
elle marche
et ses pas
subtils
survolent le bitume

quand elle entend
un craquement discret
sous la semelle
écrasant un escargot
et en éprouve une gêne

même la mort
d’un rien du tout
la travaille au
corps à vif
à cran



Lui reviennent des images
floues un peu sépia
et des parfums
approximatifs
d’elle hier

si loin
tout ça
trop loin
oui mais
si proche malgré tout



Un klaxon
elle se retourne

est finie
la paix.




Liste des Vases communicants de Mai 2011

Morgan Riet http://cheminsbattus.wordpress.com/  et Marlène Tissot http://monnuage.free.fr/  


Kouki Rossi http://koukistories.blogspot.com/  et Christophe Sanchez http://www.fut-il.net/
 
G@rp http://lasuitesouspeu.net/  et Franck Thomas http://www.frth.fr/
Maryse Hache http://semenoir.typepad.fr/  et Jérôme Wurtz http://fermeturefilm.blogspot.com/
Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/  et Guillaume Vissac http://www.fuirestunepulsion.net/spip.php?rubrique1  
Louise Imagine http://louiseimagine.wordpress.com/  et KMS http://kmskma.free.fr/
Christopher Selac http://christopherselac.livreaucentre.fr/  et Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/
Martine Rieffel http://lireaujardin.canalblog.com/  et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/
Isabelle Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/  et conte de Suzanne http://valetudinaire.net/
Franck Queyraud http://flaneriequotidienne.wordpress.com/  et Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/  
Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/  et Dominique Hasselmann http://dh68.wordpress.com/
Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/  et Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ 

François Bon http://www.tierslivre.net/  et Urbain trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/
Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/ et Samuel Dixneuf http://samdixneuf.wordpress.com/

Michèle Dujardin http://abadon.fr/  et Jacues Bon http://cafcom.free.fr/
Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/  et Sandra Hinège http://ruelles.wordpress.com/
Mariane Jaeglé http://mariannejaegle.over-blog.fr/ et Michel Sarnikov http://la.mauvaise.herbe.over-blog.com/
Sarah Cillaire http://www.seriescillaire.com/ et Arnaud Maïsetti http://www.arnaudmaisetti.net/spip/  

Christine Jeanney http://www.christinejeanney.fr/  et Jeanne http://babelibellus.free.fr/  
KtyZen http://ktyzen.posterous.com/  et Xavier Fisselier http://xavierfisselier.wordpress.com/

jeudi 5 mai 2011

Microbe 65

Le 65e numéro du Microbe est prêt.

Au sommaire :
Collages de Martine Zimmer
Textes de
Ed Anon
Ludovic Arfi
Michel Bourçon
Nicolas Brulebois
Éric Dejaeger
Jean
Murièle Modély (noté Laborde-Morely sur le blog d'E.D. :)
Roger Lahu
Denis Martin
Jany Pineau
Guillaume Siaudeau
Marlene Tissot
Yvette Vasseur
Philippe Vidal
Lila Widmer

Les abonnés le recevront dans quelques jours.

Les abonnés « + » recevront également le MANIFESTE POUR LE DROIT À LA NUDITÉ ET À LA SEXUALITÉ DANS L’ESPACE PUBLIC, mi(ni)crobe 29 signé Théophile de Giraud. Les autres ne recevront rien.

Pour tous renseignements, contactez Eric Dejaeger.

Numb - Portishead

dimanche 1 mai 2011

La main

Tu es assis de l'autre côté de la table, pas vraiment en face de moi. Tu t'es écarté, puis tu as déplié entièrement ton journal.
C'est le matin. Tu ne me regardes pas.
Dans la cuisine, il n'y a que la radio et ces lettres impatientes, qui se bousculent sous mes yeux, avant de perdre sens contre tes doigts.
Le papier journal est un océan gris, tes doigts y flottent comme des îles.

C'est bizarre.
A force d'avoir arpenté tes deux mains, j'ai fini par oublier qu'un jour, je frémissais pour elles.
J'oublie mon regard dessillé, sur les creux et les bosses de ces territoires vierges. J'oublie la découverte et mon dépaysement. J'oublie mes lèvres qui creusaient, dans ta chair leurs sillons.
J'oublie aussi les chutes de pierres sur ma tête.

Voilà, tes mains sont vides.
Chaque ride, chaque ligne s'effacent en ma mémoire.
Elles forment un lieu diffus, que j'ignore et connais.

Il y a bien ces étoiles, qui constellent avec l'âge, le dos de tes mains pâles. Mais elles n'éclairent rien de notre quotidien.


publié sur FPDV en avril
thème du mois de mai : le cannibalisme (vous invite d'ailleurs à dévorer la livraison du 1er mai par Guillaume Siaudeau)

samedi 30 avril 2011

Dans le fond

dans le fond, tu vois
il y a les choses hétéroclites
l'amoncellement disparate
d'humeurs et les objets
des tiroirs plein de houle
des flacons vides de sens
des boîtes de douleurs

il y a les étagères
avec des tumeurs
des odeurs des nuages
nocifs des ratages
des rires chiffonnés
des souvenirs sépia
de la gnole des viols
et en suspens dans l'air
les miettes d'enfant

dans le fond, tu vois
je fais comme les autres
je bazarde tout en vrac
le noir le gras à la cave
puis j'enfourne ma plume
et quoi...

dans le fond
quand même
je vais
bien

vendredi 29 avril 2011

Don't be sad

Elle fait des listes

1) La liste de ce qu'elle est
2) La liste des livres lus
3) La liste de ce qu'elle met
4) La liste de ses CD
5) La liste des films vus depuis le 1er janvier (jour arbitraire)
6) La liste des endroits qu'elle veut visiter avant d'être vieille de mourir
7) La liste des courses (facile)
8) La liste de ce qu'elle vaut
9) La liste des hommes de sa vie  des gens qu'elle voit (rester vague)
10) La liste des remords
11) La liste des névroses
12) La liste de ses poèmes
13) La liste de ses rengaines
14) La liste de mots qu'elle emploie tout le temps
................(sous liste)
................a) abeille
................b) fente
................c) dent
................d) noir (au féminin et au masculin)
15) La liste des listes par ordre alphabétique

(n'arrive pas à circonscrire)
déchire
recommence

mardi 26 avril 2011

Je n'ai plus bougé

je n'ai plus bougé pourtant
le feu n'était pas rouge
personne ne me parlait
pas un bruit pas un geste
n'embarrassaient mes pieds

j'apercevais soudain
le battement infime
de vers filaments
jaillir de mes rétines

ils étaient longs et blancs
transparents, translucides
pénétraient par les bouches
les yeux et les narines

je voyais leur cambrure sur les reins des passants
je voyais leur denture, leur lent frémissement
je les voyais ouvrir en mesure des veines
manger des carotides, écrabouiller des peines
percer des ventres lourds, broyer des têtes vides

comme une averse drue, je sentais dans nos peaux
des cancers, des tumeurs, des arrêts cardiaques
des anévrismes, des chocs, des irradiations
et puis la trouille, la trouille,
la trouille

je ne bougeais plus, non...
(parfois le mime chasse la mort)
et sur mes cheveux
et sur ma gorge
ça ruisselait encore

lundi 25 avril 2011

De moi à moi

tu dis toujours la même chose
putain c'est trop chiant

toujours, la langue
en boîte
toujours, le pois
qui roule

le même truc en boucle
t'en as pas un peu marre ?

non... dans la bouche j'ai
une rognure d'ongle
qui pique

dimanche 24 avril 2011

Ton coeur bat plus vite
















Ton coeur bat plus vite que le mien, c'est anatomique.
Il cavale, il court, secoué par un rire, une vague, ou rien.
Je vois sous ta peau fine, ce fruit rouge qui s'emballe dans un matin tout neuf. Je vois la cellophane. Je vois les reflets roux, sur tes joues, dans ton cou, dans chaque brin de tes cheveux.

Ton coeur bat plus vite que le mien, c'est certain.
Pourquoi ai-je donc peur ? pourquoi suis-je immobile ? pourquoi je te contrains ?
Deviens, n'écoute pas ta mère, cabre sur le chemin, fais des boucles, ne fais rien, marche vers l'horizon, mets ton coeur au soleil. Mange le ciel.

samedi 23 avril 2011