samedi 17 novembre 2012
La fragilité d'Estelle Beauvais
LA FRAGILITE - PROLOGUE (version française) from Estelle Beauvais on Vimeo.
La fragilité, série d'Estelle Beauvais : le site
samedi 10 novembre 2012
![]() |
| My aunt's ghost - Vesna Bursich |
Il s’agit de refaire ce qui n’est pas fini
de jeter sur la toile le tu le elle
reconstruire réinventer
le je de miroirs
Il s’agit de revivre ce qui n’a pas vécu
le tu le elle et moi
rebâtir la colonne
et dévier de nouveau
Sentir l’écart
se creuser
là
tout en haut
les trouées d’air
dans mon cerveau
Je prends des souvenirs
n’importe lesquels
l’ordre n'a pas d’importance
leur véracité non plus
un jour le fil a cessé de se tendre
mon corps est un tissu
rempli de trous
une plaine où s’ébattent
de joyeux fous
Je prends un souvenir
n’importe lequel
j’y enfourne une humeur
un paysage
les gens autour de moi
sont des paysages
être n’est que paraître
singer
représenter
Les gens autour de moi
des scènes des portraits
en pieds
il s’agit de refaire tout ce que j’ai vécu
l’écrire
le réécrire
barbouiller le tableau
de jeter sur la toile le tu le elle
reconstruire réinventer
le je de miroirs
Il s’agit de revivre ce qui n’a pas vécu
le tu le elle et moi
rebâtir la colonne
et dévier de nouveau
Sentir l’écart
se creuser
là
tout en haut
les trouées d’air
dans mon cerveau
Je prends des souvenirs
n’importe lesquels
l’ordre n'a pas d’importance
leur véracité non plus
un jour le fil a cessé de se tendre
mon corps est un tissu
rempli de trous
une plaine où s’ébattent
de joyeux fous
Je prends un souvenir
n’importe lequel
j’y enfourne une humeur
un paysage
les gens autour de moi
sont des paysages
être n’est que paraître
singer
représenter
Les gens autour de moi
des scènes des portraits
en pieds
il s’agit de refaire tout ce que j’ai vécu
l’écrire
le réécrire
barbouiller le tableau
publication initiale sur
le journal poétique jeté sur l'aube d'Anna Jouy
(vases communicants de novembre)
jeudi 8 novembre 2012
vendredi 2 novembre 2012
Tarot-Eros par Anna Jouy
Vais-je m’élancer ainsi, me prendre un pied dans le ciel ? Inversion de fortune, ma maison peut-être tremble ? Les oiseaux sortent de terre vers des refuges de nuages. Ai-je perdu mes petites ailes dorées et est-ce une pluie de métaux lourds qui cinglera de mes pavés ?
Attraction permutée, pôles démagnétisés, ma vie se détache comme la plèvre des grandes tuberculoses. Je quitte ses bases et brasse des deux mains. M’accrocher à des cendres fugaces. Tenir ou ne tenir à rien…
il va neiger.
C’est qu’arrive le temps des cabrioles et de ces allègements de la tête. C’est bien. J’atteins à grands trous, l’effet de passoire. Une pluie à rebours. Nuages et avortement de coton. Mais si le ciel me donne signes, pourquoi fait-il en mon ventre des fœtus morts et ces injections de foutre candide ? Mes entrailles seront-elles le dernier espace mûr avant la folie ?
il va neiger n’est-ce pas ?
Soleil silo. Il me crache sur l’île des sueurs. (pour lui poète trouble) fraternité des souches et de l’étoupe, le fleuve à l’entonnoir. Un fil rouge vient de saigner ma gorge et mes points de côtés. L’astre entre glaives et piqûres écrit sur ma peau des basanes profondes, y grave une ride à la ligne. Les flots qui m’enceignent sont si clairs, je crois qu’ils arrivent des soupirs du monde. À la rouelle, ils distribuent nos efforts. Temps de lumière et temps de feu. C’est vivre qui importe et le jour est ce territoire ouvert.
neigera-t-il, dis moi… ?
Tenir à la main le bâton rouge et les yeux plantés dans l’étoile. Que mes grelots résonnent, qu’ils fassent le bruit qu’il faut. Je ne veux m’aveugler que la tête haute et que chaque pas fraye avec les bêtes et les chiens. À ma taille des yeux et des perles. Je me sens porter la cartouchière du bonheur et des lueurs. La munition essentielle! Dans mon baluchon, que des pierres, pour l’équilibre des pas et ne pas monter trop vite. Briser mon genou pour ce repas de membres désossés. J’ai des choses à vivre qui n’auront rien de léger.
Enfin ! Tous mes flocons montent au ciel.
Détachée, puisque Anna je « suie »
Et j’écris
Tirage tarot
Maison-Dieu /envers 16
Soleil / endroit 19
Le mat/ endroit (sans nombre)
Total 35 3+5 = 8 la justice qui écrit une plume à ses pieds et tient la folie dans l’équilibre biaisé des tensions
“Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations.”
Mon texte chez Anna. Vous pourrez lire ici même d'autres textes d'Anna Jouy là et là
La liste des vases communicants est comme d'habitude disponible sur le blog dédié, le groupe facebook ou le scoop-it.
Attraction permutée, pôles démagnétisés, ma vie se détache comme la plèvre des grandes tuberculoses. Je quitte ses bases et brasse des deux mains. M’accrocher à des cendres fugaces. Tenir ou ne tenir à rien…
il va neiger.
C’est qu’arrive le temps des cabrioles et de ces allègements de la tête. C’est bien. J’atteins à grands trous, l’effet de passoire. Une pluie à rebours. Nuages et avortement de coton. Mais si le ciel me donne signes, pourquoi fait-il en mon ventre des fœtus morts et ces injections de foutre candide ? Mes entrailles seront-elles le dernier espace mûr avant la folie ?
il va neiger n’est-ce pas ?
Soleil silo. Il me crache sur l’île des sueurs. (pour lui poète trouble) fraternité des souches et de l’étoupe, le fleuve à l’entonnoir. Un fil rouge vient de saigner ma gorge et mes points de côtés. L’astre entre glaives et piqûres écrit sur ma peau des basanes profondes, y grave une ride à la ligne. Les flots qui m’enceignent sont si clairs, je crois qu’ils arrivent des soupirs du monde. À la rouelle, ils distribuent nos efforts. Temps de lumière et temps de feu. C’est vivre qui importe et le jour est ce territoire ouvert.
neigera-t-il, dis moi… ?
Tenir à la main le bâton rouge et les yeux plantés dans l’étoile. Que mes grelots résonnent, qu’ils fassent le bruit qu’il faut. Je ne veux m’aveugler que la tête haute et que chaque pas fraye avec les bêtes et les chiens. À ma taille des yeux et des perles. Je me sens porter la cartouchière du bonheur et des lueurs. La munition essentielle! Dans mon baluchon, que des pierres, pour l’équilibre des pas et ne pas monter trop vite. Briser mon genou pour ce repas de membres désossés. J’ai des choses à vivre qui n’auront rien de léger.
Enfin ! Tous mes flocons montent au ciel.
Détachée, puisque Anna je « suie »
Et j’écris
Tirage tarot
Maison-Dieu /envers 16
Soleil / endroit 19
Le mat/ endroit (sans nombre)
Total 35 3+5 = 8 la justice qui écrit une plume à ses pieds et tient la folie dans l’équilibre biaisé des tensions
pour Maryse Hache
Premier vendredi du mois, c'est vase communicant, second passage de flux entre Anna Jouy et moi-même : “Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations.”
Mon texte chez Anna. Vous pourrez lire ici même d'autres textes d'Anna Jouy là et là
La liste des vases communicants est comme d'habitude disponible sur le blog dédié, le groupe facebook ou le scoop-it.
mercredi 31 octobre 2012
Elle enfile le costume d'une mère
ce n'est pas si étroit ça tire juste un peu
dans le cou sur les fesses
Elle enfile la mue opale et muette
regarde tomber tous les petits bouts de peaux
des spectres à venir
La mue vitreuse sur sa chair
elle regarde l'enfant qui danse décousue
la pâle enveloppe qui bée à la fenêtre
Elle enfile
et comprend qu'au fond
elle porte le costume
depuis la nuit des temps
C'est ce que dit sa bouche
la bouche
la grimace improbable
contrefait le sourire
Aux commissures les plis
de peaux l'accumulation de peaux
toutes ces peaux de mères
Oh le cher épiderme et ses profonds mystères
qu'elle regarde incrédule façonner l'autre même
mardi 23 octobre 2012
lundi 22 octobre 2012
Martina on the floor - Vesna Bursich
bien sûr que t'aimerais recommencer
reprendre depuis depuis le début
le point l'amorce sous ton oeil le clic
la syllabe première avalant le silence
bien sûr que t'aimerais avaler
de nouveau à petit petits pas
vernix caseosa la page blanche
juter les mots légers du bout des manches
ne plus entendre
le déferlement
ne plus
cette avalanche
ne plus
nourrir les monstres
ne plus
bien sûr que t'aimerais
que j'aimerais
bien sûr
ne plus user
abuser
du tu du elle et moi
du toi tais toi t'es elle et quoi
au milieu des phonèmes le brouhaha
des mille et une et une et une et une voix
voies vois voilà les signes les lignes les moi
l'émoi et puis ta et puis sa et puis ma peur
et puis là meurt la mer l'amer toutes les mers
le tsunami des mots dans lequel tu elle je te
se me noie les noeuds incompréhensibles
indéfectibles les nœuds de ton de son de mon
identité
lundi 15 octobre 2012
![]() |
Tu arrêtes ta course
contre mon corps
la sueur goutte à goutte
contre mes doigts
et j'aperçois
dans l'agitation
de ton cœur bleu
toutes les histoires à venir
toutes ces angoisses à bannir
l'urgence de mon évacuation
dans le friselis de ton sang
/
Ma chérie
je t'ai acheté cette minuscule boîte à couture
qui te faisait tant envie
tu vois
regarde
regarde au creux de ma paume
les bobines de fils dorés
le petit mètre et les épingles d'argent
à planter
au coeur de l'ouvrage
il ne manque rien ma chérie
tiens
prends la minuscule paire de ciseaux
mes doigts sont bien trop gros
et coupe
coupe
trace une ligne bien droite
dans le tissu
lundi 8 octobre 2012
Les tas de mots n°10
Tas de mots* de l’automne
Au sommaire de ce tas de feuilles bien vivantes :
Jean-Christophe Belleveaux
Kévin Broda
Cédric Bernard
Guillaume Decourt
Samuel Dudouit
Chantal Godé-Victor
Aurore Guillemette
Ludovic Joce
Perrin Langda
Gérard Lemaire
Alain Leylavergne
Christophe Liron
Murièle Modély
Vincent Motard-Avargues
Jean-Baptiste Pedini
Thierry Radière
Morgan Riet
Eric Savina
Philippe Simon
François Teyssandier
Marlène Tissot
Un extrait :
Des lignes
Des esquifs, des esquisses, des bouées. Une, deux lignes lancées du quai. Parfois la prise d’une raie, d’un rai, un sens saisi, revenu dans l’encre et la brume. Pour des tonnes de plombs lancés, couchés, échoués. Cloués sur les planches, rongés par le sel, des restes d’instants et des écueils, des écailles reflétées. Derrière le gris des mines, les vagues grises, incliner la tête et refléter des lumières éteintes ou ténues. Tenir la canne et sortir une seiche. Sécher sur le quai, le pied trop ancré pour retrouver, se retrouver. Et patienter, revenir, replonger, ressentir sous la ligne la vibration, remonter, reposer. Reposer la ligne, l’abandonner et laisser flotter puis dériver. Renoncer. Reprendre. Sur les mailles élimées, lier de nouvelles lignes, tisser deux courants et tenir le tirant. Reprendre le mot pour ce qu’il est. Vider, écailler, tanner le reste d’instants, d’écueils. Actionner des verbes pour poser une inertie et la rappeler à la souvenance, car le sable marche et ne trace pas. Des croix sur le temps. Sur du temps. Senser la marche et saisir le sable.
Cédric Bernard.
* 27, rue de la Fosse-Frandemiche – 14330 Le Molay-Littry – Abonnement : 15 euros pour 4 n°- Pour tous renseignements supplémentaires et proposition de textes : alain.leylavergne@gmail.com ou morganriet@live.fr
reprise intégrale du post de ce jour par Morgan Riet :))
dimanche 7 octobre 2012
vendredi 5 octobre 2012
Arbres
Anna & Bernhard Blume: Sequenz aus
der Serie "Im Wald" (Metaphysik ist
Männersache), 1989-91, Analog
fotografiert, © VG Bild-Kunst, Bonn 2008
Cyprès
La ville des arbres et la ville des hommes sont l’une dans l’autre, peu d’hommes le savent.
Les arbres grandissent au milieu des espaces névralgiques de la ville, leurs racines déploient sous nos pieds, un réseau souterrain de veinules qui irriguent les cœurs.
Les hommes, les femmes, marchent, pulsent ; leurs pas tissent de complexes radicelles, entre l’orme des places et les bois tout autour.
Ils vivent toutefois sans égard l’un pour l’autre, l’agitation des hommes et l’immobilité des arbres s’emmêlant sans un heurt. La respiration lente des jardins tempère la circulation des citadins : le silence pousse dans le vacarme urbain. Les platanes, Les chênes, les saules, les enfants, les vieillards, les herbes folles, chacun a sa place, à la fois unique et semblable.
Parfois cependant, il devient impossible de différencier une essence d’un corps. Les arbres sont des hommes, et les hommes sont des arbres. Raides, plantés dans le jardin, le vent dans les cheveux, les feuilles, ils songent que la ville des arbres et la ville des hommes sont faites l’une de l’autre.
Peuplier
De temps en temps, elle va rompre l’écoulement monotone de son existence dans un jardin public. Elle se plaît à regarder l’agencement régulier des essences familières. Les grilles autour de ce déploiement vert l’isolent du désordre et ceignent son angoisse. Tout est si maîtrisé : l’allée de bitume, de chaque côté l’herbe rase, et les arbres postés en ligne droite.
Elle s’assoit sur un banc, juste en face du bassin, où des enfants viennent faire des vagues. Elle aime leur agitation fraîche, qui chasse le silence. Non qu’elle ne parle à personne, les gens dans l’immeuble, dans la rue, et dans l’établissement où elle se rend, aussi souvent que l’exige l’administration, l’interpellent généralement très fort.
Mais dans le jardin, les voix ne claquent pas. Le chuchotis des feuilles coule sur sa tête, ses épaules ; l’élastique tendu entre ses omoplates doucement se détend. Le chant des arbres lui rappelle, sans qu’elle s’en rende vraiment compte, les berceuses de l’enfance.
Parfois un homme s’assoit tout près d’elle, le banc est à l’ombre d’un cerisier. Elle observe alors les ombres dessiner des nuages, sur sa joue et sa bouche. Un homme s’arrête, s’assoit, puis s’en va, quand il sent son regard.
Hêtre
Cyprès
Peuplier
Hêtre
C’est écrit sur la plaque fixée sur les troncs d’arbre.
Mais on a beau essayer, insister, on peine à faire coïncider l’arbitraire assemblage de lettres, aux découpes précises des feuilles, aux variations subtiles des teintes d’écorces d’arbres. On ne reconnaît rien : il y a le mot et la chose. L’arbre est une chose. Et chaque mot tend ses hampes, ses courbes, ses boucles parallèles, pour dire une autre histoire. Dans le jardin, on avance en tremblant, comme dans un conte… chaque nom d’arbre devenant la forêt tout entière : opaque et débordant d’un pénétrant mystère.
texte en partie publié sur FPDV & illustré d'un photo de Bruno Legeai hier
jeudi 4 octobre 2012
Jardins - FPDV octobre
Troisième participation commune pour Bruno Legeai (http://autredi.blogspot.fr/) et moi-même à la revue virtuelle FPDV
C'est par là !
C'est par là !
lundi 1 octobre 2012
Suspension - © Robert and Shana Parkeharrison
Ta peur
mon coeur
est une bulle qui monte
et je passe mon temps
à sauter haut
toujours plus haut
à tenter vainement
le corps
toujours plus lourd
les boulets de l'effort
aux chevilles
l'éclatement furieux
/
Il faut que les mots crèvent
et que le coeur mousse son goût de savon
/
Ta peur est une bulle
la mienne est de béton
la fureur est lègère ou lourde
c'est selon
/
D'ailleurs
ta peur n'est pas la peur
ce truc qui palpite, ligote
immobilise au lit
à la table ou au sol
ta peur n'est pas ma peur
la bulle monte, flotte
provoque éclats de rires
et joies idiotes
samedi 29 septembre 2012
Un jour
Un jour
Je cesserai d’écrire
n’aurai plus rien à dire
nada
nothing
nichts
quelques mots
des peaux mortes
peluchant sur la langue
Je serai toute sèche
le crâne momifié
bouilli
réduit
moisi
la tête vide
les yeux clos
branlant sur les épaules
Je ne pourrai plus feinter
des mâchoires du cerveau
racler les os
pour en tirer le suc
avec une cuillère
le vieux bout
de cervelle
qui aurait
(peut-être)
un dernier
(qui sait)
mot
à
dire
qui
.........que
..................si
.....................non
*
Non ?
Pour pouvoir dire, je lis. J’achète des livres et je lis. J’emprunte des livres et je lis.
J’essaie par tous les bouts de combler mon retard, des siècles et des siècles perdus dans les broussailles.
J’avale page à page des kilos de papier. Je déchire en morceaux, le plat supérieur, le plat inférieur, les contreplats, les tranchefiles, les gardes marbrées, les feuilles froissées. J’émiette, je mâche, je déglutis. La bouillie peine à fondre dans le jus de salive. J’essuie mécaniquement d’un revers de la main, le filet de culture qui tombe entre mes seins. Je dois tout avaler, ne pas perdre une goutte, même pas l’encre bleue qui s’infiltre en naevus sur ma langue poisseuse.
Ca descend.
Mon ventre enfle.
Je crois que je digère.
Mais c’est juste l’overdose. Mon corps hypertrophié de trop de cellulose.
Je m’en fous.
Mes yeux, ma bouche, mon nez : je veux tout barbouiller.
Etaler sur ma face, ma gueule de limace, les mots lus, entendus, mal compris, en désordre, recrachés, de travers.
Je cravache, je besogne, je suis en ahanant ceux qui savent.
Je ramasse, l’air de rien, ce qu’ils laissent, derrière eux. J’assemble vite vite deux trois jolies formules.
Il n’y a pas de miracle. Mes mots suintent encore une odeur de ranci.
J’insiste, je recommence, j’enfonce mes deux doigts tout au fond de ma gorge. Toujours pas le miracle.
Non.
Je ne peux que vomir mon étique pensée.
Je cesserai d’écrire
n’aurai plus rien à dire
nada
nothing
nichts
quelques mots
des peaux mortes
peluchant sur la langue
Je serai toute sèche
le crâne momifié
bouilli
réduit
moisi
la tête vide
les yeux clos
branlant sur les épaules
Je ne pourrai plus feinter
des mâchoires du cerveau
racler les os
pour en tirer le suc
avec une cuillère
le vieux bout
de cervelle
qui aurait
(peut-être)
un dernier
(qui sait)
mot
à
dire
qui
.........que
..................si
.....................non
*
Non ?
Pour pouvoir dire, je lis. J’achète des livres et je lis. J’emprunte des livres et je lis.
J’essaie par tous les bouts de combler mon retard, des siècles et des siècles perdus dans les broussailles.
J’avale page à page des kilos de papier. Je déchire en morceaux, le plat supérieur, le plat inférieur, les contreplats, les tranchefiles, les gardes marbrées, les feuilles froissées. J’émiette, je mâche, je déglutis. La bouillie peine à fondre dans le jus de salive. J’essuie mécaniquement d’un revers de la main, le filet de culture qui tombe entre mes seins. Je dois tout avaler, ne pas perdre une goutte, même pas l’encre bleue qui s’infiltre en naevus sur ma langue poisseuse.
Ca descend.
Mon ventre enfle.
Je crois que je digère.
Mais c’est juste l’overdose. Mon corps hypertrophié de trop de cellulose.
Je m’en fous.
Mes yeux, ma bouche, mon nez : je veux tout barbouiller.
Etaler sur ma face, ma gueule de limace, les mots lus, entendus, mal compris, en désordre, recrachés, de travers.
Je cravache, je besogne, je suis en ahanant ceux qui savent.
Je ramasse, l’air de rien, ce qu’ils laissent, derrière eux. J’assemble vite vite deux trois jolies formules.
Il n’y a pas de miracle. Mes mots suintent encore une odeur de ranci.
J’insiste, je recommence, j’enfonce mes deux doigts tout au fond de ma gorge. Toujours pas le miracle.
Non.
Je ne peux que vomir mon étique pensée.
Initialement publié sur le blog de Morgan Riet dans le cadre des vases communicants
vendredi 21 septembre 2012
73 - 12 - 4 ...etcetera
Alors, cette série de chiffres ne correspond ni à une formule mathématique, ni aux trois premiers (bons) numéros du loto... mais au nouveau numéro de la revue Microbe (73), qui fête sa 12è année d'existence, et pour moi c'est la 4è participation à la revue minuscule et impertinente.
Pour s'abonner / commander c'est par là
Avec ce 73e numéro à l’impression, le Microbe fête ses douze années d’existence. Ce numéro a été préparé par Hélène Dassavray.
Au sommaire :
Antoine
Stéphane Berney
David Deleau
Hélène Dassavray
Lydia Greene
Alix H
Brigitte Léchine
Marianne Leroy
Mu Lm
Denis Michel
Flore Naudin
Polaker
Latifa Sauvignet
Tacite
Thomas Vinau
Illustrations : Polaker
Les abonnés le recevront dans quelques jours.
Les abonnés « + » recevront également le 36e mi(ni)crobe signé Hélène Dassavray : LES FEMMES FATALES SONT-ELLES MORTELLES ?
Comme d’habitude, les autres ne recevront rien.
Pour tous renseignements, contactez Eric Dejaeger
_______________________________________________________________________
Et le Comme en poésie , de Jean Pierre Lesieur, n° 51 est sorti... avec un copieux sommaire (première publication pour moi, avec trois de mes poèmes). En savoir plus là
Pour s'abonner / commander c'est par là
Au sommaire :
Antoine
Stéphane Berney
David Deleau
Hélène Dassavray
Lydia Greene
Alix H
Brigitte Léchine
Marianne Leroy
Mu Lm
Denis Michel
Flore Naudin
Polaker
Latifa Sauvignet
Tacite
Thomas Vinau
Illustrations : Polaker
Les abonnés le recevront dans quelques jours.
Les abonnés « + » recevront également le 36e mi(ni)crobe signé Hélène Dassavray : LES FEMMES FATALES SONT-ELLES MORTELLES ?
Comme d’habitude, les autres ne recevront rien.
Pour tous renseignements, contactez Eric Dejaeger
_______________________________________________________________________
Et le Comme en poésie , de Jean Pierre Lesieur, n° 51 est sorti... avec un copieux sommaire (première publication pour moi, avec trois de mes poèmes). En savoir plus là
jeudi 6 septembre 2012
Eté (II) de Bernard Chambaz
"(séquence 627)
car tu cueillais des mûres
vers la fin du mois d'août
tu en mangeais une sur deux. l'autre tu la mettais dans un pot
de confiture vide. tes lèvres étaient noires.
y penser
devant ces ronciers me serre le coeur. l'écrire
par moins dix-sept degrés centigrades sous des flocons de neige me resserre le
coeur.
mais te revoir
cueillir des mûres vers la fin du mois d'août
reste sans prix. sinon
pourquoi continuer à rouler"
Eté (II) poème : chants VI à X, Bernard Chambaz, Flammarion, 2010, p.75
chroniqué sur Poezibao
car tu cueillais des mûres
vers la fin du mois d'août
tu en mangeais une sur deux. l'autre tu la mettais dans un pot
de confiture vide. tes lèvres étaient noires.
y penser
devant ces ronciers me serre le coeur. l'écrire
par moins dix-sept degrés centigrades sous des flocons de neige me resserre le
coeur.
mais te revoir
cueillir des mûres vers la fin du mois d'août
reste sans prix. sinon
pourquoi continuer à rouler"
Eté (II) poème : chants VI à X, Bernard Chambaz, Flammarion, 2010, p.75
chroniqué sur Poezibao
lundi 3 septembre 2012
Francesco Pittau, poète
Allez voir du côté de Ma plume sur la commode (quel beau nom de blog, n'est-ce pas ? avant même d'entrer, on sent bien que la maison sera dense...), découvrir les textes de Mr Francesco Pittau, parce qu'en plus d'être un auteur de littérature jeunesse de talent, c'est un grand poète.
Des extraits des petits bijoux que vous pourrez lire là bas :
L'heure du bain
"Elle baignait son enfant dans
La vasque en grès rose
Lui murmurait des refrains
Improvisés vastes comme son
Cœur elle baignait le sang
De son sang les yeux de ses yeux
Dans une eau parfumée
Où la chair tendre s’amollissait
Comme la pulpe des doigts..."
Rêver la brûlure
"Dans la nuit le
Feu cavalait sur
L’horizon comme
Une bête effarouchée
Ravageant sur son
Passage
Les citronniers
Et les orangers assoupis
Les vignes vrillées
Et les figuiers aux
Feuilles plus larges
Que deux paumes..."
et plein d'autres textes (poèmes, nouvelles) pour les crépitements sous la langue et les yeux ;)
Des extraits des petits bijoux que vous pourrez lire là bas :
L'heure du bain
"Elle baignait son enfant dans
La vasque en grès rose
Lui murmurait des refrains
Improvisés vastes comme son
Cœur elle baignait le sang
De son sang les yeux de ses yeux
Dans une eau parfumée
Où la chair tendre s’amollissait
Comme la pulpe des doigts..."
Rêver la brûlure
"Dans la nuit le
Feu cavalait sur
L’horizon comme
Une bête effarouchée
Ravageant sur son
Passage
Les citronniers
Et les orangers assoupis
Les vignes vrillées
Et les figuiers aux
Feuilles plus larges
Que deux paumes..."
et plein d'autres textes (poèmes, nouvelles) pour les crépitements sous la langue et les yeux ;)
lundi 20 août 2012
Les cailloux
l'été, il y a les cailloux chauffés à blanc
contre ta joue tes cuisses sous mes talons
des pierres polis dans le lit sur les chaises
sous les carreaux du sol de la maison
comme il fait chaud et que tout fond
je sens à chaque pas rouler sous nos semelles
les cailloux ronds comme autant d'os blancs
une multitude de genoux qui tapissent
chaque centimètre carré de notre lieu d'habitation
-tu ne dis plus chez nous- l'ossuaire, avec vue sur la rue
supporte les claquements secs de nos hésitations
l'été, l'automne -en fait à chaque nouvelle saison
des cailloux tombent de ta bouche de la mienne
les mots hors de corps sèchent
toi d'un côté de la pièce moi de l'autre
à faire de nos minuscules pas de côté
une dessication brute de baisers
il y a les cailloux
et nos canines chauffées à blanc
Inscription à :
Articles (Atom)









