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| Christopher Payne - Asylum -Linen Closets, Traverse City State Hospital, Michigan |
lundi 29 avril 2013
vendredi 19 avril 2013
"...puis, brutalement le sens se dérobe, l'essentiel me fuit et j'ai beau relire les mêmes lignes, elles m'échappent chaque fois un peu plus tandis que je me fais l'effet d'une vieille folle qui croit son estomac plein d'avoir lu attentivement le menu."
L'élégance du hérisson, Muriel Barbery, Gallimard, 2007
lundi 15 avril 2013
mercredi 10 avril 2013
La femme seiche
Ça sort comme ça,
un soir, il murmure « T’es une femme
sèche ». Comme ça, direct. La phrase chuchotée là, contre
son oreille. D'une voix blanche. Une femme sèche.
Point. Point barre. Elle manque s’étouffer contre son torse
maigre. Non pas point, développe. Elle, une femme sèche ? Où
est-ce qu'il voit ça ? Elle qui n’est que plis, chairs, gras, lèvres ourlées. Débordements salés, mots lourds, mots
gros, qui tombent. Logorrhée, baveuse, épaisse, dans la
pièce, la chambre, le lit, les draps, ses bras. Il ne sent pas ou
quoi… il ne sent pas contre ses os aigus, cette encre noire qui coule, d’entre ses jambes. Ce jus, son jus à elle, qui
gicle, s’infiltre, partout, par terre, dans tous les orifices, sur
l’œil, la bouche, le corps... le corps sec du méchant, méchant
petit mari.
texte initialement publié dans Microbe 73 dirigé par Hélène Dassavray (sept-oct 2012)
samedi 6 avril 2013
J'ai mis un certain temps
avant de trouver la serrure
toutes les filles sont cadenassées
elles accrochent leurs clés
comme des breloques
à leurs oreilles
autour du cou
- ô audace-
autour des reins
parce que c'est joli, hein
une fille avec des chaînes
aux poignets, aux chevilles
ça colle pile poil dans le décor
des grilles dehors, des grilles dedans
des grilles dans la rue, la maison
du métal gris, du sol jusqu'au plafond
c'est joli une fille, paraît
qui marche
cliquète
au pas
des joncs d'argent
dans les yeux, dans le sexe
des rires qui ferraillent
et brillent
J'ai mis un certain temps
avant de trouver la serrure
avant d'oser
pousser la clé
la chair est molle
les mots friables
Et là
le doigt, la langue
plongés à l'intérieur
je me demande
Ai-je bien tout ouvert ?
avant de trouver la serrure
toutes les filles sont cadenassées
elles accrochent leurs clés
comme des breloques
à leurs oreilles
autour du cou
- ô audace-
autour des reins
parce que c'est joli, hein
une fille avec des chaînes
aux poignets, aux chevilles
ça colle pile poil dans le décor
des grilles dehors, des grilles dedans
des grilles dans la rue, la maison
du métal gris, du sol jusqu'au plafond
c'est joli une fille, paraît
qui marche
cliquète
au pas
des joncs d'argent
dans les yeux, dans le sexe
des rires qui ferraillent
et brillent
J'ai mis un certain temps
avant de trouver la serrure
avant d'oser
pousser la clé
la chair est molle
les mots friables
Et là
le doigt, la langue
plongés à l'intérieur
je me demande
Ai-je bien tout ouvert ?
mercredi 3 avril 2013
Publication sur Poème sale
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| http://poemesale.com/ |
t’es une grande fille maintenant
alors tant pis si l’élastique de ta culotte
lâche
que crois-tu donc retenir, à serrer ainsi les jambes ?
laisse dégouliner les mots, les sales
mots...
la suite sur Poème sale là
samedi 30 mars 2013
mardi 12 mars 2013
bruxisme
ce grincement corrosif
est agressif
tu penses
droite
sur le pas de la porte
la bouche grande ouverte
la tête violemment inclinée
le front sous la langue
du ciel
ça tranche
dans le vif
ce bruit de scie
qui laisse
lasse
gencives nues
sur la toile piquetée
les miettes de canines
tu penses
moite
sur le pas de la porte
légèrement entrouverte
à lui
à tout ce noir derrière
dimanche 10 mars 2013
paraît que le ciel rouille, cela ne t'étonne pas
tu t'en es rendue compte, à force de gober
les nuages
leurs rondeurs métalliques méchamment dentelées
la traînée vert-de-gris sur la langue, les lèvres
le visage
car il y a eu le feu
puis il y a eu la pluie
l'usure des saisons
tout cela sur ta tête
tout cela dans ta bouche
et les pointes du vent
et l'aigu du soleil
les arêtes du temps
le ciel et son squelette
dans ta gorge
tu t'en es rendue compte, à force de gober
les nuages
leurs rondeurs métalliques méchamment dentelées
la traînée vert-de-gris sur la langue, les lèvres
le visage
car il y a eu le feu
puis il y a eu la pluie
l'usure des saisons
tout cela sur ta tête
tout cela dans ta bouche
et les pointes du vent
et l'aigu du soleil
les arêtes du temps
le ciel et son squelette
dans ta gorge
mais comment naît le poème ?
d'un clic par là
samedi 9 mars 2013
L'Épi monstre - Nicolas Genka (extrait)
"Le couple : lui grisonnant, elle, blonde. Blonde à foison. Dix-sept ou quinze ans -seize, quoi.
Ils couraient, ils fuyaient la pluie. À grasses enjambées. Ah ! Les jambes de Marceline se disputant les blés pubères ! -Les démons... ils se souriaient comme nous autres. Entre eux bringuebalait la malle - la malle de pension. Il arrivait que Marceline lâche la poignée. Pour que la malle aille frapper les cailloux, dur. - Hein, sa revanche ? Mathématiques, trois sur vingt. Géographie, cinq. Leçons non apprises. Paresse. Zéro. Trois. Cinq. Des dons. Sept. Peut mieux faire ... Mais la pionne. Mais les cabinets. La fièvre à l'infirmerie... Peut faire mieux... Pouah !... Et pan, la malle ! Pan, dans son coeur ! Pan, pour Lui !
Lui ? Le mutisme. Les cheveux mal teints. Son pé. Son volain pé. Sa vie, quoi... Viens me chercher, on ne fout plus rien, c'est la fin de l'année solaire. Elle avait écrit solaire - l'étourderie- comme elle avait écrit ailleurs : je suis morte de soleil. Obscurément il se disait : "Ma fille a des absences. Sa mère. L'hérédité. Enfin... tout à fait ce qu'il faut pour me suivre où je veux aller", la question étant d'y aller avec quelqu'une, avec la complice, sinon l'esclave. Mieux : le jouet vivant. Ce qu'il entendait, lui, par là.
Et puis ici le linge bat, le ciel est noir. On imaginerait la fin : tout est dévasté, les gosses, le bétail courent, les poteaux électriques s'écroulent et les maisons crépitent dans les chicots rouges des incendies. Subsistera-t-il quelque mare où se noyer avec elles ?"
Ils couraient, ils fuyaient la pluie. À grasses enjambées. Ah ! Les jambes de Marceline se disputant les blés pubères ! -Les démons... ils se souriaient comme nous autres. Entre eux bringuebalait la malle - la malle de pension. Il arrivait que Marceline lâche la poignée. Pour que la malle aille frapper les cailloux, dur. - Hein, sa revanche ? Mathématiques, trois sur vingt. Géographie, cinq. Leçons non apprises. Paresse. Zéro. Trois. Cinq. Des dons. Sept. Peut mieux faire ... Mais la pionne. Mais les cabinets. La fièvre à l'infirmerie... Peut faire mieux... Pouah !... Et pan, la malle ! Pan, dans son coeur ! Pan, pour Lui !
Lui ? Le mutisme. Les cheveux mal teints. Son pé. Son volain pé. Sa vie, quoi... Viens me chercher, on ne fout plus rien, c'est la fin de l'année solaire. Elle avait écrit solaire - l'étourderie- comme elle avait écrit ailleurs : je suis morte de soleil. Obscurément il se disait : "Ma fille a des absences. Sa mère. L'hérédité. Enfin... tout à fait ce qu'il faut pour me suivre où je veux aller", la question étant d'y aller avec quelqu'une, avec la complice, sinon l'esclave. Mieux : le jouet vivant. Ce qu'il entendait, lui, par là.
Et puis ici le linge bat, le ciel est noir. On imaginerait la fin : tout est dévasté, les gosses, le bétail courent, les poteaux électriques s'écroulent et les maisons crépitent dans les chicots rouges des incendies. Subsistera-t-il quelque mare où se noyer avec elles ?"
L'épi monstre, Nicolas Genka, Exils éditeur, 1999
vendredi 8 mars 2013
dimanche 3 mars 2013
samedi 2 mars 2013
Comme si les mots
comme si les mots
pouvaient tendre un filet
et m'empêcher de tomber
à travers les mailles, je les vois, les entends
pendant que sur ma joue les fibres font leur trou
des mots familiers, et doux, et simples, et convenus, et attendus
toute chose maillée sent l'enfance
tout est courbe au dehors, de l'autre côté
dans le carrelet accroché au passé
je suis un poisson fou à l'odeur rance
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
et glisse
ma bouche
un cercle humide
un nœud coulant
sangle la langue
pouvaient tendre un filet
et m'empêcher de tomber
à travers les mailles, je les vois, les entends
pendant que sur ma joue les fibres font leur trou
des mots familiers, et doux, et simples, et convenus, et attendus
toute chose maillée sent l'enfance
tout est courbe au dehors, de l'autre côté
dans le carrelet accroché au passé
je suis un poisson fou à l'odeur rance
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
et glisse
ma bouche
un cercle humide
un nœud coulant
sangle la langue
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