lundi 29 avril 2013

Christopher Payne - Asylum -Linen Closets, Traverse City State Hospital, Michigan

Ján Šipöcz - Traumas from childhood - 2008

vendredi 19 avril 2013

"...puis, brutalement le sens se dérobe, l'essentiel me fuit et j'ai beau relire les mêmes lignes, elles m'échappent chaque fois un peu plus tandis que je me fais l'effet d'une vieille folle qui croit son estomac plein d'avoir lu attentivement le menu."

L'élégance du hérisson, Muriel Barbery, Gallimard, 2007

mercredi 10 avril 2013

La femme seiche


Ça sort comme ça, un soir, il murmure «  T’es une femme sèche ». Comme ça, direct. La phrase chuchotée là, contre son oreille. D'une voix blanche. Une femme sèche. Point. Point barre. Elle manque s’étouffer contre son torse maigre. Non pas point, développe. Elle, une femme sèche ? Où est-ce qu'il voit ça ? Elle qui n’est que plis, chairs, gras, lèvres ourlées. Débordements salés, mots lourds, mots gros, qui tombent. Logorrhée, baveuse, épaisse, dans la pièce, la chambre, le lit, les draps, ses bras. Il ne sent pas ou quoi… il ne sent pas contre ses os aigus, cette encre noire qui coule, d’entre ses jambes. Ce jus, son jus à elle, qui gicle, s’infiltre, partout, par terre, dans tous les orifices, sur l’œil, la bouche, le corps... le corps sec du méchant, méchant petit mari.

texte initialement publié dans Microbe 73 dirigé par Hélène Dassavray (sept-oct 2012)

samedi 6 avril 2013

Bruno Legeai -  Moments & Journal



J'ai mis un certain temps
avant de trouver la serrure

toutes les filles sont cadenassées
elles accrochent leurs clés
comme des breloques
à leurs oreilles
autour du cou
- ô audace-
autour des reins

parce que c'est joli, hein
une fille avec des chaînes
aux poignets, aux chevilles

ça colle pile poil dans le décor
des grilles dehors, des grilles dedans
des grilles dans la rue, la maison
du métal gris, du sol jusqu'au plafond

c'est joli une fille, paraît
qui marche
cliquète
au pas

des joncs d'argent
dans les yeux, dans le sexe
des rires qui ferraillent
et brillent


J'ai mis un certain temps
avant de trouver la serrure

avant d'oser
pousser la clé
la chair est molle
les mots friables


Et là
le doigt, la langue
plongés à l'intérieur
je me demande
Ai-je bien tout ouvert ?


mercredi 3 avril 2013

Publication sur Poème sale

http://poemesale.com/
Les mots sales

t’es une grande fille maintenant
alors tant pis si l’élastique de ta culotte
lâche

que crois-tu donc retenir, à serrer ainsi les jambes ?
laisse dégouliner les mots, les sales
mots...


la suite sur Poème sale

samedi 30 mars 2013

mardi 12 mars 2013

bruxisme


ce grincement corrosif
est agressif
tu penses
droite
sur le pas de la porte
la bouche grande ouverte
la tête violemment inclinée
le front sous la langue
du ciel
ça tranche
dans le vif
ce bruit de scie
qui laisse
lasse
gencives nues
sur la toile piquetée
les miettes de canines
tu penses
moite
sur le pas de la porte
légèrement entrouverte
à lui
à tout ce noir derrière



dimanche 10 mars 2013

tu n'en finis pas 
de grincer des dents 

l   a      r    o   u    i     l    l   e
http://www.flickr.com/photos/colettestyves/

pellicules d'argent
sur tes petits seins blancs
paraît que le ciel rouille, cela ne t'étonne pas
tu t'en es rendue compte, à force de gober
les nuages

leurs rondeurs métalliques méchamment dentelées
la traînée vert-de-gris sur la langue, les lèvres
le visage

car il y a eu le feu
puis il y a eu la pluie
l'usure des saisons

tout cela sur ta tête
tout cela dans ta bouche

et les pointes du vent
et l'aigu du soleil

les arêtes du temps
le ciel et son squelette
dans ta gorge
 

mais comment naît le poème ?
d'un clic par
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(c) Thomas Krauss

samedi 9 mars 2013

L'Épi monstre - Nicolas Genka (extrait)

"Le couple : lui grisonnant, elle, blonde. Blonde à foison. Dix-sept ou quinze ans -seize, quoi.
Ils couraient, ils fuyaient la pluie. À grasses enjambées. Ah ! Les jambes de Marceline se disputant les blés pubères ! -Les démons... ils se souriaient comme nous autres. Entre eux bringuebalait la malle - la malle de pension. Il arrivait que Marceline lâche la poignée. Pour que la malle aille frapper les cailloux, dur. - Hein, sa revanche ? Mathématiques, trois sur vingt. Géographie, cinq. Leçons non apprises. Paresse. Zéro. Trois. Cinq. Des dons. Sept. Peut mieux faire ... Mais la pionne. Mais les cabinets. La fièvre à l'infirmerie... Peut faire mieux... Pouah !... Et pan, la malle ! Pan, dans son coeur ! Pan, pour Lui !
Lui ? Le mutisme. Les cheveux mal teints. Son pé. Son volain pé. Sa vie, quoi... Viens me chercher, on ne fout plus rien, c'est la fin de l'année solaire. Elle avait écrit solaire - l'étourderie- comme elle avait écrit ailleurs : je suis morte de soleil. Obscurément il se disait : "Ma fille a des absences. Sa mère. L'hérédité. Enfin... tout à fait ce qu'il faut pour me suivre où je veux aller", la question étant d'y aller avec quelqu'une, avec la complice, sinon l'esclave. Mieux : le jouet vivant. Ce qu'il entendait, lui, par là.
Et puis ici le linge bat, le ciel est noir. On imaginerait la fin : tout est dévasté, les gosses, le bétail courent, les poteaux électriques s'écroulent et les maisons crépitent dans les chicots rouges des incendies. Subsistera-t-il quelque mare où se noyer avec elles ?"

L'épi monstre, Nicolas Genka, Exils éditeur, 1999





vendredi 8 mars 2013

dimanche 3 mars 2013

samedi 2 mars 2013

Comme si les mots

comme si les mots
pouvaient tendre un filet
et m'empêcher de tomber



à travers les mailles,  je les vois, les entends
pendant que sur ma joue les fibres font leur trou



des mots familiers, et doux, et simples, et convenus, et attendus
toute chose maillée sent l'enfance



tout est courbe au dehors, de l'autre côté
dans le carrelet accroché au passé
je suis un poisson fou à l'odeur rance



j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
et glisse



ma bouche
un cercle humide
un nœud coulant
sangle la langue