mercredi 28 mai 2014

(c) Juan Francisco Casas - Theperfectman

La tache de vin

Il
écrit qu'elle est un volcan
à cause du cratère qu'elle a au milieu du visage
des rires qui dévalent les côtes de ses humeurs tangentes
à cause aussi sans doute de l'éruption brute de ses regards

Parce qu'un jour
elle a brûlé la porte de son appartement de vieux poète
la joie pure dans les poches, les cuisses brunes serties
la chevelure rousse et le corps crépitant 
balayant d'un seul coup
dans la chambre
sur le lit
le blabla des hésitations
(méta)physiques

Elle
ne se regarde pas
ne pense pas après
n'écrit foutrement rien
ce qu'elle aime
c'est la tache de vin
sur sa joue elle passe la salive
la langue pour l'ivresse
elle a
vingt ans



poème publié initialement dans la revue Microbe n°75 - décembre 2012
(préparé cette fois là par Jany Pineau)

lundi 26 mai 2014

mardi 20 mai 2014

21 de Patrick Roche

21

21. Mon père est renversé par une voiture
Il s’est évanoui sur la route, avec un taux d’alcoolémie
De quatre fois la limite légale.

Je ne pleure pas.

Quatre mois plus tard,
Les infirmiers perdent son pouls
Et je me demande quelle vie
A défilé devant ses yeux.

Rembobinant des cassettes VHS
Des vieux films faits maison

20.

19. Je n’ai pas ramené un ami à la maison depuis quatre ans.

18. Ma mère a le mot « divorce » sur les lèvres
Sa bouche se crispe en l’avalant
Comme s’il brûlait en descendant.

17. Je commence à faire mes devoirs au Starbucks.
J’ai des conversations plus profondes avec les baristas
Qu’avec ma famille.

16. J’attends le soir de Noël.
Mon frère et moi avons l’habitude d’échanger nos cadeaux plus tôt,
Cette année,
Lui et mon père ont échangé des coups.

Ma mère ne va pas à la messe.

15. J’ai une théorie : mon père a recommencé à boire
Peut être parce qu’il a découvert que j’étais gay.
Que s’il réussissait à tout rendre flou,
Peut être que j’aurais l’air « normal »

15. Ma mère nettoie son vomi au milieu de la nuit
Et cuisine le petit-déjeuner au matin, comme si elle n’avait pas perdu son appétit.

15. Je m’en veux.

15. Mon frère en veut au monde entier

15. Ma mère en veut au chien.

15. Dimanche de Super Bowl.
Mon père débarque comme une avalanche
Il emporte tout dans ses chutes,
Banderoles, tables basses, cadres photo
Trébuchant, tombant.

Je trouve son jeton des Alcooliques Anonymes sur le comptoir de la cuisine.

14. Mon père est sobre depuis dix ans,
Peut être onze ans ?
Je le sais
Nous n’y pensons même plus.

13.

12.

11. Maman me dit que les rendez-vous de Papa sont avec les AA.
Elle me demande si je sais ce que ça veut dire.
Je ne sais pas.
Je hoche la tête quand même.

10. Mes parents ne boivent jamais de vin aux repas de famille.
Tous mes oncles et mes tantes en boivent.
Je suis distrait par la télé et j’oublie de demander pourquoi.

9.

8.

7.

6. Je veux être Spider-Man.

Ou mon père.

Ils sont un peu pareil.

5.

4.

3. Je fais un cauchemar
Le même, à propos de la sorcière Ursula dans la Petite Sirène
Alors je me lève,
Je dandine vers la chambre de Maman et Papa,
Doudou dans la main,
Je m’arrête.
Papa est debout, en sous-vêtements,
Je vois sa silhouette devant la lumière du réfrigérateur
Il lève une bouteille
À ses lèvres.

2.

1.

Zero. Quand ma mère était enceinte de moi,
Je me demande si elle espérait,
Comme tant de mères espèrent,
Que son bébé grandirait pour devenir
Exactement comme
Son père.


21, Patrick Roche, extrait du site Button Poetry, (traduction trouvée )



samedi 17 mai 2014

jeudi 15 mai 2014

Jean-Louis Rambour #lire

"Celui-ci jeune est une pâte à sel
sortie du four ses jambes ont l'assise
d'un volcan et entre ses jambes une grappe de raisin sucré
Son ventre a quelque chose
d'un pain ancien de ces pains
qui refusent de craquer
et dont l'odeur vient de l'imposante
présence de la mie
Celui-ci a tant redressé la tête
vécu d'eau et de neige
tant élevé le bras battu les arbres des bras
que s'il écarte les doigts ce sont
des ailes mon dieu ce sont des ailes
et tu peux être certaine
ma jeune fille au pas de jeune fille
que tu es perdue
perdue perdue traversée de guêpes"
Jean-Louis Rambour, Scènes de la grande parade, Le dé bleu, 2001

lundi 12 mai 2014

dimanche 11 mai 2014

Le blog d'Anna Jouy #lire

"faillir, faire ces choix qu’on ne sait pas faire, qui ne sont peut-être que ceux de l’incapacité, ceux du vivre petit, du vivre sans.
faillir, perdre audace, se détester de toute sa peur, de toute sa misère. parce que rien n’est moins clair que cette évidence d’angoisse, de défi, d’essoufflement, partout dedans
faillir manquer de son courage, de sa force, faillir faiblir infiniment. n’en retirer que de la honte. du miserere lamento. entrer en mots, s’y dissoudre et puis dans le vrac peser sur la touche justifier
faillir comme errer, comme débander. sentir que tout en soi s’épuise, qu’on n’a rien en source, rien de plus qu’une espérance inégale, battue à la pompe... parfois la tension est si basse.
faillir. y être presque arrivée et lâcher."

faiblesse d'Anna Jouy, à lire son site
(c) ester vonplon

La répétition

Les avions passaient, lumières en croix, au-dessus de nos têtes. Nous déroulions nos textes vite, en riant fort, en buvant trop. Chaque gorgée nous enfonçait davantage dans nos sièges. Nous disions, attablés dans le jardin, si proches et pourtant totalement enfermés dans nos répliques. Il fallait peut-être attendre que l'alcool nous détende, que quelque chose s'effondre pour que nous ouvrions pour de vrai la boîte, que sous les rôles se révèlent nos sens, ou pas. Comment dans le flot de paroles s'arrêter et comprendre. L'autre en face, ou à côté, dans les ombres et reflets que les branches de l'arbre près de la table imprimaient sur nos corps. Les conversations filaient, coulaient, roulaient ; peut-être est-ce parce que j'en attendais trop, que la nuit étendait son voile sur nous, que j'échouais à vraiment cerner mes partenaires dans la lumière vacillante . Mais de temps à autre, le bruit des avions ramenait le silence, le vrai, du dedans. Alors, chaque courbe de lèvre, chaque pli de menton, chaque délié de main devenait plein, lourd et profond.

samedi 10 mai 2014

(c) bobi+bobi

le feu d'artifice le crépitement le bruit assourdissant la boîte noire qui le rire tonitruant la main battoir plaquée contre la hanche l'épais le gras la toile tendue la peau tendue la paume tendue la première fente le coup de hache le mot le seul giclée dans l’œil le poids et le couteau le ventre déchiré une fois deux fois les bombes entre nos bras des enfants sur leur nuque les maux le beau mot épelé d.é.s.i.r des jambes écartées l’éruption la salive la chair décomposée sur les draps chiffonnés mon corps ouvert ton corps fermé le si
                                                                                                                                         l
                                                                                                                                         e
                                                                                                                                         n
                                                                                                                                         c
                                                                                                                                         e
                                                                                                                                         tout en bas

vendredi 9 mai 2014

(c) Imogen Cunningham The Unmade Bed, 1957

mardi 6 mai 2014

Le blog de Stéphane Bernard #lire

"ce qu’il faut absolument être : effroyablement soi.
je répète sans cesse. ce que je suis.

vingt-cinq ans.
je reluque mon image dans le miroir d’un meublé.

punaisée au-dessus, l’icône faite
par Malanga d’un Pop nu.

queue pendante, œil dur.
dominant la vasque où je crache."


Poème Deux nus, Stéphane Bernard, à lire son blog

mercredi 30 avril 2014

(c) Mikaël Aldo

C'est le jour
pose ton bras sur le rebord de la fenêtre

n'aie pas peur

attends que le soleil détricote tes pores
attends que la chaleur coule son or

laisse les rayons entrer, charrier dans la rue
la merde, les cauchemars

ne pense pas à la vie
à ta putain de vie qui fait le trottoir

C'est le jour
profite

de l'instant
où tu es

rien de plus
rien de moins

vive
nette
dans le nouveau matin

puis
allume la radio
sers toi un café
laisse toi par les mots
lentement pénétrer

sors
cours
avance
tu vas avec



          La nuit doucement vient
          recoudre sur tes os
          l'enveloppe du chien


mardi 29 avril 2014

© Mikael Aldo

Démolition de Jean Christophe Belleveaux #lire

"le monde est trop plein
de mois, d'années, de millénaires
trop plein d'amour courtois et de guerres
le monde est trop plein
d'îles sur lesquelles
se dressent comme de hautes forteresses
de hautes falaises
ou alors de longues grèves
qui écoutent infiniment
gémir les galets

le monde est trop plein
d'ailes de corbeaux, de plumes de macareux,
de cris de toucans,
trop plein de langues
aux sonorités étranges
ma cage thoracique
n'a pas assez de perchoirs
pour tous ces oiseaux"

extrait de Démolition de Jean-Christophe Belleveaux
Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2013

lundi 21 avril 2014