samedi 26 juillet 2014

post de vacance(s) #5 - Brigitte Giraud

"Je me demande où se trouve
vraiment la parole
possible.
Par moment
un bloc se détache,
fait un trou dans le jour.


Ca se voit."


Brigitte Giraud, Paradis bancal, 25 juillet 2014

jeudi 24 juillet 2014

tu dis
que la jouissance est un mot trop bref
pour mettre à jour la nappe phréatique
qui décante dans le creux de nos reins

la soif est bleue
immense
et j'affirme
que la langue peut nous forer, descendre
le long de de tes joues mal rasées jusqu'au fleuve

dans l'espace envasé que ma langue peut
de sa pointe plonger, atteindre dans un mot
plus court encore – désir
nos hauts-fonds dans la mer

mardi 22 juillet 2014




Le renversement se produit au fur et à mesure que le corps se dénude.
Mon cerveau cuit comme une peau de fruit,
                                                                     oubliée sur le rebord de la fenêtre.

Chaque pore devient un trou où s'invente le monde.

La mer, le ciel, le soleil cessent
                                                d'être des mots.

Je me mue en charbon, dense de trop de chaud.

Sous l'arbre, dans la moiteur de l'après midi, mes dents mangent une pastèque.

Son jus fuchsia coule,
                                de ma bouche
                                                         jusqu'au pli de mes  coudes.
Son jus de soie coule
                                 et fait fondre la phrase,
                                                                      des mouches sur mes lèvres boivent.
C'est moi qui devient le mot d'eau.




post de vacance(s) #4 - Thibault Marthouret

"Les framboises

Je veux t'écrire sur les framboises des mots que
   personne ne lira.

T'écrire des mots sur les framboises comme si
  personne n'allait les lire.

Des framboises dans un récipient bleu, comme
  le silence.


Des mots creux, à remplir d'eau si tu veux
de larmes,
de bulles d'air.

Une caverne pourpre, rincée,
                     dont la mer vient de se retirer,
un cœur prêt à t'accueillir, encore."



En perte impure, Thibault Marthouret, Éditions Le Citron Gare, 2013
une chronique sur ce très beau recueil

lundi 21 juillet 2014

post de vacance(s) #3 - Mia Couto

« A Jésusalem, mon âme devenait légère, désossée, sœur des hérons. Tout cela je le dois à ton père, Silvestre Vitalicio. Je l’ai condamné pour vous avoir entraîné dans le désert. Pourtant, la vérité, c’est qu’il a instauré son propre territoire. Ntunzi dirait que Jésusalem se fondait sur une supercherie créée par un malade. Oui c’était un mensonge. Cependant puisque nous devons vivre dans le mensonge, que ce soit dans notre propre mensonge. Finalement le vieux Silvestre ne mentait pas tant que ça dans sa vision apocalyptique. Parce qu’il avait raison : le monde prend fin quand on n’est plus capable de l’aimer.
Et la folie n’est pas toujours une maladie. Parfois c’est un acte de courage. Ton père, cher Mwanito, a eu ce courage qui nous manque. Quand tout était perdu, il a tout recommencé à nouveau. Quand bien même ce tout ne représentait rien pour les autres. »

L'accordeur de silences, Mia Couto, Métaillié, 2013

dimanche 20 juillet 2014



Tanguer sur la route. Pédaler frénétique. Laisser l'équilibre fragile me déporter. Avaler des goulées de ciel, muscles contractés.
Écraser la mouche, au fond de l'estomac, dans la proximité des mots contraires : peur, bonheur
Se sentir vivante. Vacante enfin.

post de vacance(s) #2 - Rester debout...






















"mais au fond
tout au fond
rien ne passe
dépasse
chaque geste m’efface
Je suis
la page vierge
une tache fugace qui marque le lit blanc"

 Lecture Rester debout au milieu du trottoir - Toulouse, 5 juillet 2014

samedi 5 juillet 2014

post de vacance(s) #1 - Lecture


ce soir je fais une lecture de Rester debout au milieu du trottoir dans un cadre privé, j'ai prévu de convier à table quelques uns des poètes que je lis (tous ne sont pas sur la photo, je n'ai pas fini mes découpages d'étiquettes...) En somme un vers par verre !* - si l'apéro fait lire de la poésie why not ;)
*cette belle idée m'a été soufflée par un post d'Anna Jouy il y a longtemps déjà

lundi 30 juin 2014

"L’interprétation de la poésie est semblable à celle du rêve. Elle se fait à partir du texte du poème. Elle vise bien à y comprendre quelque chose. Mais ce quelque chose n’est pas ce que dit le poème comme si celui-ci était un simple compte rendu, une histoire, une démonstration. La matière du poème dans tous ses aspects brillants, dans toutes ses apparences de sens ne doit pas être prise à la lettre, mais ramenée à l’expérience qui en constitue le noyau. Dès lors, il devient possible de parler du caractère véridique ou non d’un poème. On ne dira jamais que le poème en tant que discours énonce des vérités, car cela n’a tout simplement pas de sens ; on dira que le poème en tant qu’acte est véridique parce qu’il a le même poids, la même présence, la même intensité que l’indicible dont il procède."


extrait d'un article passionnant  sur le site Notules que vent emporte
qui a (avait ? dernière publication en avril 2014) pour ambition de parler de l’écriture et de l’interprétation des textes,  et qui tente plus précisément, je cite, "de définir de la manière la plus rigoureuse possible le rapport que nous entretenons avec le langage en tant qu’êtres parlants et praticiens de l’écriture. [...] langage [qui] ne se laisse pas réduire à un rôle de simple instrument, car il nous constitue et nous détermine bien au-delà de ce que nous imaginons. "

jeudi 26 juin 2014

copyright Edgar Marsy

L'île


Tu as beau peindre ta bouche, tes yeux, tes lèvres
un jour, ça ne tient plus

sous les piétinements, le vacarme dans la rue
tu entends

le mouvement des plaques et les fissures
les raz-de-marée, les déchirures

dans le miroir de poche que tu sors de ton sac
tu vois sous ton cou brun

la terre gronder, la peau se fendre
le bourrelet de chair poindre entre tes deux seins

cela fait des années que tu retiens au fond
les morts, les vivants


Et là          
au milieu de la rue
fardée et maquillée
petite outre trop pleine
tu regardes

dans l’éclatement du derme
l’île


/


Tu as
quarante ans
un mari
deux enfants

une gentille famille
sur la ride profonde
qui enfonce sa fourche
dans ta poitrine nue

celle de ta mère
celle de ta grand-mère
penchées sur ton épaule
tu ne sais pas pourquoi
tu remplis leur assiette de riz
ton mari, tes enfants
baignent dans l’odeur d’ail

ils débordent ta peau
tu ne sais pas pourquoi
tu dessines des îles
du doigt
dans un verre d’eau

 ta mère, ta grand-mère
sur la pointe des flots


/


Dans le reflet
les auréoles
les ridules
les fentes
transpercent
te percent
à jour
à vif
à temps

tu te grattes jusqu’au sang
l’océan te démange
ta peau est un volcan
tu crépites, vomis
tes morts, tes vivants


/


A l’horizon
les enfants flottent
leur ballet de méduses
leurs cheveux emmêlés
sur l’os de l’asphalte

Dans le miroir le cœur
les premières secousses
ton enfance qui meurt
sur le dos de ta main

Sur ta peau
hier
demain
presque rien


(2012)

Un an de Disséminations

Je vous invite à découvrir les disséminations effectuées par la web asso Auteurs entre le mois d'août 2013 et le mois de mai 2014.
Mais disséminations kesaco ? : Une invitation à découvrir les textes d'auteurs, à circuler de blogs en sites, selon des thématiques mensuelles...

"La web-association des auteurs, c’est la libre cir­cu­la­tion des textes de blog en blog dans le cadre d’un par­tage non-marchand. [...]. Ainsi, le texte est lu par des nou­veaux lec­teurs, il cir­cule libre­ment sur le web sans être enfermé dans un for­mat d’édition, et cette dis­sé­mi­na­tion peut don­ner envie de lire d’autres textes de l’auteur. http://www.webasso-auteurs.net/"


Ci-dessous à feuilleter un an de disséminations (lire, voir, entendre) en cliquant sur l'image.

http://flip.it/ZZ74e 

Je suis depuis quelques temps  Glossolalies, et je ne peux m'empêcher de citer quelques lignes ayant accompagné la publication de cette riche recension sur ce site :

"Ce qui me frappe tout d’abord, c’est à quel point ces dis­sé­mi­na­tions ont ali­menté ma réflexion, la croi­sant de façon par­fois assez inat­tendu, et non seule­ment par l’effort mis à choi­sir, à chaque fois, des textes qui cor­res­pondent au sujet et vaillent le détour – arpen­tant encore et encore ces blogs que j’aime, mais le redé­cou­vrant sous cette visée dif­fé­rente, ou bien m’égarant en ces pro­me­nades pour d’heureuses décou­vertes, [...]
Explosion de textes à dis­po­si­tion d’une part, où pio­cher est un délice, et pos­si­bi­lité du relais, d’un relais qui ne passe pas par l’adoubement habi­tuel d’un édi­teur, d’un cri­tique, d’un plateau-télé (bien que cer­tains aient aussi du bon). Plus j’y pense, plus j’en reviens à ce que m’inspire la clan­des­ti­nité telle que l’a abor­dée Grégory Hosteins: l’anonymat du web, sans empê­cher les échanges, me paraît aider à garan­tir une cer­taine hon­nê­teté par la dis­cré­tion qu’il per­met d’entretenir ..."
Lire l'article entier  

lundi 23 juin 2014

(c) Gladys - Miho

"Tu me dis
Viens
Suis-moi
Sortons des bois
N’aie pas peur

Tentons le monde
Ses artères, ses flux
Ses fièvres, ses anguilles
Regarde
En bas
La ville
Qui nous offre sa nuit

Tu as dans la paume
Une flamme
J’ai entre mes seins
Un homme

Nous brûlons en riant
Au milieu de la rue

Ta main et ma poitrine
Côte à côte
Face à face
L’une en l’autre

Et les voitures cabrent
Et les enfants hennissent
Et notre incendie cède

Il faut tout consumer
Pour trouver sous les cendres
Le cœur


Je n’ai pas peur"


extrait de Penser maillée, éditions du Cygne, 2012
toujours disponible en librairie ou via le site de l'éditeur

vendredi 20 juin 2014

j'aime ta large carcasse
l'épaisse couche de tissus sur tes os
j'aime que tu sois l'entièreté du paysage
mon regard n'est pas assez large
l'espace de ton épaule gauche à ton épaule droite suffit
pour que vogue le bateau
et si je tangue
j'aime être ce point au bout de la phrase
que ta main balaie d'une vague