![]() |
| (c) Maeve Berry - Incandescence |
mercredi 11 février 2015
dimanche 8 février 2015
brai(ll)ement
tu vois ce qui se passe quand on parle
trop
c'est ce qu'il dit
assis de l'autre côté de la table
enfournant dans sa bouche
un quignon
énorme
qui roule
galet rocher falaise
qui tape
lèvre langue palais
qu'il mâche
la bouche est
pleine
le trou s'ouvre
la ferme
il dit
tu vois quand on parle trop
tu ne sais pas de quoi
ta bouche ton chas
d'aiguille
les perles qui les enfile ?
/
il dit tu vois
ce qui se passe
dans le miroir derrière la table
ta bouche énorme
est grande ouverte
il mâche remâche ressasse
et toi tu gardes regardes
le mot lié à la gencive
cherches à couper le flot qui file
fil filet salive
ton regard paire de ciseaux hésite
/
tu vois ce qui se passe
quand on parle trop
les mots se perdent
te perdent
tu ne comprends plus la joue
sur laquelle ta phrase rebondit
tu ne comprends plus la bouche
qui écarte des jambes donne vie
tu vois en bas dedans dessous
tout le fatras
tu vois l'accumulation des lettres
cul par dessus tête
tu vois ce qui se passe quand tu ne
comprends plus
cette giclée violente dont tu ignores
le sens
est-ce que ça rentre
est-ce que ça sort
/
tu vois ce qui se passe quand on parle
trop
trop vite
trop fort
trop longtemps
trop d'effort
trop con
confit contrit larmes sang babil
ça coule
trop
simple
trop
complexe
tu vois ce qui se passe
tu ouvres la fermes
la bouche
formule écoute n'écoute rien
parle parle glose
jusqu'à planter la langue tout au fond
de la gorge
jusqu'à piler la phrase au bout de
l'intestin
jusqu'à ce mot de trop jusqu'à ce
premier mot
râpé usé craché vomi pulvérisé
sur l'endomètre
/
tu vois ce qui se passe quand on est
infoutu
de faire coïncider la bouche avec la
langue
cette muqueuse qui mène - ô long
couloir
de l'œil aveugle à l'orchidée
calice où déposer des vers
impermanence
ce qui se passe - ô long délice
quand personne
personne ne comprend
tu vois
combien la parole est
combien la parole est
muette
ne veut rien dire
strate après strate
des phrases des paragraphes
des faits encore défaits
tous les deux face à face
matin et soir à singer
le mot dans le gros in-
festin - ô joie des asticots
/
tu vois ça passe
faut que tout passe
suffit de mordre la lunule
pleine de crasse
pleine de crasse
répète incante presque sincère
cette prière
cette prière
pendant que lui secoue du bout de la
cuillère
la soupe
encore encore l'autel la mire
le soir baisser la tête et dire
je vous salue Divin Billet
je vous salue Céleste Phrase
je vous salue Sainte Formule
je vous salue Ô Puissant Joug
je vous sal - ô vois ce qui passe
à même l'écran sur le clavier
je vous salue mes servitudes
je vous salue tes certitudes
/
tu vois
tout s'amenuise
ton nez petit
ta bouche petite
ta pensée même microscopique
et ton poème
ahane
brait
renâcle
te fout ses deux pattes arrière
au milieu du plexus
et tu n'as pas mal
et tu n'as pas mal
car la douleur aussi est
petite
petite son expression
un petit ah deux petits oh
l'intégralité de la phrase
s'effiloche comme la peau
à gauche à droite ton œil file ta
bouche surfile
et le mot sème manque d'étoffe
/
tu vois combien à force
de régularité d'usure de verbes
ouvrir fermer
le mot finit dans l'insalivation
la lente et continue dé-
composition
lèvres dents mâchoires
claquent tapent agitent excitent
de l'autre côté de la table
le visage bleu
vert
lente putréfaction des mots
à la fenêtre tu vois tout passe
les vieux restes de phrases éclatent
/
tu vois ce qui se passe le soir
dans le foyer
cette condamnation perpétuelle à
ouvrir
fermer
la bouche ne pas parler faire croire
tu vois la langue est
après avoir été
à la lisière des lèvres gercées
du trou immense où tout finit par
s'aspirer
la langue est
factuelle
tu vois ce qui se passe le nez collé à
ton assiette
malgré tes yeux roulant dans tous les
sens
paupières ouvertes fermées
se saisissant du moindre indice
dissimulé
dans les lignes obliques du papier
peint
dans les lignes électriques qu'on voit
au loin
dans la ligne les phrases
courtes
simples
à la portée
simples
à la portée
musique entêtante d'un présent
dépenaillé
la langue est
actuelle et sans passé
/
tu vois ce qui se passe
à dérouler sans fin les faits du jour
à guetter sur la table le moindre
postillon
à déplorer ensemble nos rétrécissements
tu vois nos vieilles peaux usées
râpées patinées par le mot
qu'est ce qui nous meut vraiment à
part la peur ?
voilà en fait le mot dont on connaît
par cœur
la pure essence
tu vois ce qui se passe quand la peau
flanche
quand les seins tombent quand le ventre
s'affaisse
et qu'il ne reste plus de stable
que ce trou noir où mon poème âne vacille
dans des hi han désaccordés
que ce trou noir où mon poème âne vacille
dans des hi han désaccordés
au début ce fut un vase co (avec Marianne Desroziers), lu ci dessous par Angèle Casanova, puis un débordement
vendredi 6 février 2015
Roumaine par Marianne Desroziers - Vases communicants
Pour Stéfana, en
souvenir de nos lettres échangées
Bucarest.
1990.
De sa bouche s'échappe
chant des sirènes capitalistes.
Hier encore c'était chant
de propagande communiste.
Cela ne change rien.
La liberté n'est pas pour
tout de suite.
Il y aura encore faim,
fatigue,
désillusion,
désenchantement.
Il y aura encore yeux cernés
et gorge sèche.
Il y aura encore nuit sans
sommeil,
manque d'argent, manque
d'espoir.
Et puis un jour le départ.
![]() |
| (c) Francesca Woodman |
Le principe des vases communicants ?
Deux partenaires qui écrivent l’un chez l’autre le premier vendredi du mois.
Deux partenaires qui écrivent l’un chez l’autre le premier vendredi du mois.
Échange avec Marianne Desroziers autour d'une photo de Francesca Woodman
Le lien vers mon propre texte est ici, sur le blog de Marianne ;
Le lien vers mon propre texte est ici, sur le blog de Marianne ;
La liste de tous les vases communicants de février 2015 est ici, grâce à Angèle Casanova.
mercredi 4 février 2015
Cathy Garcia & compagnie
Couverture souple, 34 Pages, 5 euros
A commander par ici :
mardi 3 février 2015
"...Les odeurs de pétard, les cris dans la rue
La musique vibrante des graines de cascavelle
Décembre, sa chaleur qui moire les peaux noires
La pluie chaude qui baigne nos rires effrontés
Mon frère qui me course d'un sourire troué
Nos corps en sueur qui s'écroulent dans l'herbe
La vie, fruit aigrelet, qui nous semble bien vert..."
La musique vibrante des graines de cascavelle
Décembre, sa chaleur qui moire les peaux noires
La pluie chaude qui baigne nos rires effrontés
Mon frère qui me course d'un sourire troué
Nos corps en sueur qui s'écroulent dans l'herbe
La vie, fruit aigrelet, qui nous semble bien vert..."
extrait de Penser maillée, éditions du cygne, 2012
Go to the river
"When you feel ashamed go to the river
When you're feeling sad go to the river
When you're feeling blue inside, immersed and tied
When you're feeling stuck in pain, forever
Go go go go – go tonight, you
Sigh and sigh inside you long for
More, more of the life you had be
Fore fore fore, let the seasons
Arrive and dive let the winter snow and
Glow glow when the wind will blow just
Flow flow, eventually you will know.."
lundi 2 février 2015
J'ai lu La mer devrait suffire, recueil de Murièle Camac, dans la première semaine de janvier.
humanité
certaines personnes parfois
plaisantent le samedi
et se pendent le dimanche
apparemment mon âme
on peut vouloir rire
et mourir en même temps
et moi je n'arrive pas
à comprendre
(extrait p.69)
J'ai retrouvé l'univers sensible que j'avais découvert dans Vitres ouvertes... Ici le fil se tisse entre mer et voyage, passé et présent, convoque figures mythologiques et poètes... et toujours le regard aigu de Murièle et son écriture précise et simple sur le monde qui nous entoure. J'aurais aimé écrire aussi justement.
22h22
le train est à l'arrêt rien ne bouge rien ne bruit
ni dehors ni dans le wagon débordant d'une humanité hypnotisée
une vitre noire révèle un mot en blanc
"srietioP"
par la porte ouverte on voit les quais les bâtiments de la gare
un bout de drapeau français
la nuit de septembre ni froide ni chaude
un jeune homme prêt à monter
une jeune fille éloignée de deux pas
tous deux fument
silencieux et fatigués comme la nuit
concentrés comme en mission
comme en prière
ils ne se regardent pas ne se parlent pas
je fais semblant de ne pas les regarder
le petit contrôleur zélé qui va et vient
est le seul actif et réveillé ici
le seul à savoir ce qu'il doit faire et comment
et pourquoi
(extrait p.67)
La mer devrait suffire, Murièle Camac, Editions Henry, (La Main aux poètes), 2014
***
On court en direction de la maison. La porte semble gelée et on doit patienter avant de pouvoir la franchir. C'est une pièce interminable qui se joue sur le seuil. Le pêne enrage. Les gonds trépignent. Même le paillasson s'enfonce dans la poudreuse. Pourtant personne ne bouge. La main sur la poignée, on attend que ça passe. Que le soleil du matin vienne crocheter la serrure.
Pistes noires, Jean-Baptiste Pédini, (La Main aux poètes), 2014
samedi 31 janvier 2015
mercredi 21 janvier 2015
Je te vois (extrait 2)
"il n'y a jamais eu autant de mots
en grappe
sur nos vertèbres
des mots très larges comme
mondialisation
je le prononce en écarticulant très fort des mâchoires
sept syllabes - baise la diérèse
sur nos crânes
des mots très secs comme
production
comme
flexibilité
tout en scie et en X
le scénario désordonné d'un film de Q pendu au S
il n'y a jamais eu autant de lettres déformées
à passer repasser le tamis de nos sexes"
en grappe
sur nos vertèbres
des mots très larges comme
mondialisation
je le prononce en écarticulant très fort des mâchoires
sept syllabes - baise la diérèse
sur nos crânes
des mots très secs comme
production
comme
flexibilité
tout en scie et en X
le scénario désordonné d'un film de Q pendu au S
il n'y a jamais eu autant de lettres déformées
à passer repasser le tamis de nos sexes"
lundi 12 janvier 2015
" Une société en déficit de représentation oscille en effet entre la
passivité et les peurs. elle tend à être dominée par le ressentiment,
qui marie la colère à l'impuissance, et ne peut donc penser concrètement
l'action sur elle même. elle doit en effet sans cesse simplifier et
caricaturer le réel pour espérer le rendre malléable. La mal
représentation conduit à gommer la réalité, à le rendre indicible. Un
rapport simultanément magique et soumis au monde se durcit sur cette
base. La société finit par ériger des boucs émissaires en uniques causes
de tous ses maux et à ne plus pouvoir s'appréhender que sous les
espèces d'un bloc indistinct en butte à des puissances maléfiques
radicalement étrangères. En même temps la politique est de plus en plus
violemment rejetée et assimilée à ce qui est structurellement extérieur à
la vie des gens.
C'est dans ces termes qu'il faut aussi comprendre ce qui apparait comme une crise de la volonté. Le sentiment d'impuissance que beaucoup d'hommes et de femmes ressentent tragiquement aujourd’hui n'a pas seulement pour origine une démission paresseuse du politique. Il naît également de la résistance de la réalité aux vieux concepts avec lesquels on l'appréhende. Les mots ne disent plus les choses et s'avèrent donc incapables de les modeler. L'écart entre la réalité vécue et la réalité pensée constitue pour cela désormais un verrou majeur à la transformation de la société autant qu'à la reconquête de la dignité des individus. Une société illisible à ses propres yeux, dominée par l'ignorance d'autrui est simultanément une société opaque pour les gouvernants. c'est l'autre face du probleme. Ces derniers s’avèrent incapables d'en saisir les ressorts, d'en cerner les attentes. Eux aussi perdent le contact avec le réel. La langue de bois politique se développe sur cette base, expression d'un rapport également incantatoire à la réalité. Le populisme des gouvernés et l'impuissance des des gouvernants entrainant la vie politique dans une spirale fatalement régressive. [...] "Raconter la vie" contribuera aussi à encourager l’intérêt pour autrui ; c'est en cela que le projet a également une dimension morale [...], il s'agit de sortir de l'invisibilité toute la société, et de produire une connaissance qui rapproche ses membres entre eux. C'est une connaissance interactive de l'ordinaire en lieu et place d'une mise en scène de l'extraordinaire. [...] la démocratie, on l'a dit ne peut vivre si les hommes et les femmes ne font pas société. La connaissance d'autrui est le socle de cette entreprise."
C'est dans ces termes qu'il faut aussi comprendre ce qui apparait comme une crise de la volonté. Le sentiment d'impuissance que beaucoup d'hommes et de femmes ressentent tragiquement aujourd’hui n'a pas seulement pour origine une démission paresseuse du politique. Il naît également de la résistance de la réalité aux vieux concepts avec lesquels on l'appréhende. Les mots ne disent plus les choses et s'avèrent donc incapables de les modeler. L'écart entre la réalité vécue et la réalité pensée constitue pour cela désormais un verrou majeur à la transformation de la société autant qu'à la reconquête de la dignité des individus. Une société illisible à ses propres yeux, dominée par l'ignorance d'autrui est simultanément une société opaque pour les gouvernants. c'est l'autre face du probleme. Ces derniers s’avèrent incapables d'en saisir les ressorts, d'en cerner les attentes. Eux aussi perdent le contact avec le réel. La langue de bois politique se développe sur cette base, expression d'un rapport également incantatoire à la réalité. Le populisme des gouvernés et l'impuissance des des gouvernants entrainant la vie politique dans une spirale fatalement régressive. [...] "Raconter la vie" contribuera aussi à encourager l’intérêt pour autrui ; c'est en cela que le projet a également une dimension morale [...], il s'agit de sortir de l'invisibilité toute la société, et de produire une connaissance qui rapproche ses membres entre eux. C'est une connaissance interactive de l'ordinaire en lieu et place d'une mise en scène de l'extraordinaire. [...] la démocratie, on l'a dit ne peut vivre si les hommes et les femmes ne font pas société. La connaissance d'autrui est le socle de cette entreprise."
Le Parlement des invisibles, Pierre Rosanvallon, (raconter la vie), Seuil, 2014
dimanche 11 janvier 2015
il y a cette fille qui tombe
d'un coup par terre devant toi
cette fille et son corps
au sol qui tremble
cette fille et sa tête
qui tape
très vite, très fort
l'angle du trottoir
cette fille et ses mâchoires
qui craquent, se crispent
et ses longs tremblements
qui font tanguer l'asphalte
cette fille et les boutons de chemise qui sautent
et la bretelle noire du soutien-gorge qui glisse
cette fille en transe allongée et vibrante
sur le bitume, ses cheveux dénoués
et la mince fente des premiers rebonds
sur son front qui s'étend jusqu'au cuir chevelu
et le filet de sang qui dessine sur ses joues
la carte invraisemblable d'improbables chemins
la langue fissurée, dans la gorge
cette fille, dans la rue
en crise
la crise
la crise
oh la belle coque vide !
tu l'entends résonner
quand sa tête en cadence
martèle l'espace
tu sens l'effritement
les bords irréguliers
du mot qui casse
la crise, la crise
et la répétition dans ton corps
les secousses invisibles
contenues, confinées
dont tu ne sais que faire
et tous ces bouts de rien
enfoncés dans ta chair
la menace incernable
cette fille à terre
dont tu regardes
jaillir
par les pores
le mot fissile
d'un coup par terre devant toi
cette fille et son corps
au sol qui tremble
cette fille et sa tête
qui tape
très vite, très fort
l'angle du trottoir
cette fille et ses mâchoires
qui craquent, se crispent
et ses longs tremblements
qui font tanguer l'asphalte
cette fille et les boutons de chemise qui sautent
et la bretelle noire du soutien-gorge qui glisse
cette fille en transe allongée et vibrante
sur le bitume, ses cheveux dénoués
et la mince fente des premiers rebonds
sur son front qui s'étend jusqu'au cuir chevelu
et le filet de sang qui dessine sur ses joues
la carte invraisemblable d'improbables chemins
la langue fissurée, dans la gorge
cette fille, dans la rue
en crise
la crise
la crise
oh la belle coque vide !
tu l'entends résonner
quand sa tête en cadence
martèle l'espace
tu sens l'effritement
les bords irréguliers
du mot qui casse
la crise, la crise
et la répétition dans ton corps
les secousses invisibles
contenues, confinées
dont tu ne sais que faire
et tous ces bouts de rien
enfoncés dans ta chair
la menace incernable
cette fille à terre
dont tu regardes
jaillir
par les pores
le mot fissile
parution initiale dans la revue Gelée rouge, n°3
mercredi 7 janvier 2015
vendredi 2 janvier 2015
mardi 30 décembre 2014
On en parle #6
lire un extrait & les mots de Jean Marc Undriener sur mon recueil Je te vois,
mais surtout découvrir son écriture et son travail dans les différentes rubriques
de son site Fibrillations, telles notes et notules ; textes en vrac etc.
Inscription à :
Articles (Atom)


francesca%2Bwoodman.jpg)





