lundi 23 mars 2015

samedi 21 mars 2015

Lu un poème de Jack Hirschman sur Branloire Pérenne

" Tout d'un coup les morts j'ai plus envie de m'en souvenir
et mes bons sentiments ne crèvent plus d'envie de poème.
Un calme irrésistible m'emporte, allongé
dans ma chambre d'hôtel à San Francisco.
Les tâches à faire, la révolte dans mon stylo,
tout a capitulé devant cette détente
une rêverie sur rien de précis.
Dehors, le monde : sifflements et tornades,
mais je me penche plutôt sur les poils de mon torse.
Ca fait quarante ans qu'ils sont là - ou plus -
du diable si je les ai remarqués avec tout ce boulot,
et maintenant ils virent au gris.
Tout d'un coup je sens que je les ai ratés, eux
et leur rousse jeunesse, leur art mystérieux d'attirer
des foules de baisers sur la peau qui se cache par en-dessous.
Ils ne m'ont pas vraiment beaucoup intéressé,
encore moins au point de vue sensuel,
et maintenant ils seront bientôt blancs, et qu'est-ce que je peux en dire ?
Qu'ils ne m'appartenaient pas ?
Qu'ils ne signifiaient pas grand'chose ?

Quand on aborde cette vieille route du corps
tout le monde TOUT DOIT ETRE CARESSE * "
Jack Hirschman (trad. G.B.Vachon)



* La fin de vers est tirée d'un poème de Whitman

Extrait de J'ai su que j'avais un frère de Jack Hirschman, Le Temps des Cerises,1998
Récupéré sur le blog de Frédérik Houdaer (qui anime -entre autres choses- le Cabaret poétique à Lyon)

vendredi 13 mars 2015

"l'odeur qui rampe sur les murs
à chaque fois que la chambre redevient un tombeau
n'a rien à voir avec la mort
avec le sexe
avec le cul
avec nos miasmes
n'a rien à voir avec l'amour non plus
je sais au moment où s'avancent mes mots
à l'instant même où l'orage s'invite
où nos yeux s'assombrissent dans le feu du charbon
que cette odeur qui fond comme peau sur nos os
nous ramène à la vie pour planter son couteau"

extrait de Je te vois, éditions du Cygne, 2014

mercredi 11 mars 2015

On en parle #7

Jacques Morin parle de Je te vois dans le dernier Décharge (n°165) - rubrique Diaphragme-Notes de lecture :

"La peur comme un serpent m'attache au lit/ la fenêtre est ouverte / j'entends le soleil
 Voilà comment commence le troisième recueil de Murièle Modély qui montre un mûrissement dans son écriture. On la lit avec intensité d'un bout à l'autre où l'on subit un certain envoûtement dans cette parole presque imprécatoire par moment. Sa poésie montre et désigne avec insistance, et cette ostentation caractérise sa quête personnelle entre charnel et spirituel. Le recueil est constamment dédié à la seconde personne du titre, l'amant, dans des rapports d'attraction et de répulsion : je te refuse le mot / la parole / la phrase l'onomatopée / je te cède concède / le grognement... Amour bestial, brutal, sauvage, violent [...] Le regard, la mastication, et aussi brusquement son pendant social, avec le suicide au travail. On est parfois au bord de la magie et de la sorcellerie, et cette poésie demeure fascinante. La mort petite ou grande dans le ventre du jour."

Découvrir la revue, s'abonner c'est par

mardi 10 mars 2015

Pablo Delfos, Stills ©

chaque jour un os, puis un autre
se plante dans un œil, puis dans l'autre
la mort rode avec sa vieille odeur tenace
chaque jour je feuillette, j'écoute, une nouvelle, puis une autre
le disque de plomb semble rayé au fond de l'estomac
chaque jour, sous le cliquetis des débris de squelettes jetés sur mon corps
je perçois tout là-haut, dans le ciel, le silence fugace et prégnant
des nuages moutonnants au présent


lundi 9 mars 2015

Heaven Tenent (c) Eric Marais

On sort toujours vivant du poème

On sort toujours vivant du poème

Un mort dans le poème
N'a rien d'étrange. Au contraire.
Beaux corps crânes bras et jambes
Éparpillés
Dans des mots de peur
Dans un formol de nostalgie
Intacts
Cadavres exquis
Des sentiments. Et suicidés
Idéaux bien sûr (vous connaissez
le sens présent d'idéaux)
Quelle que soit la page qu'on soulève.

Morts chanceux que ceux-là,
Dont nous oublions
Combien leur existence fut inexistante.

Tandis qu'ailleurs
(Vous savez aussi ce qu'ailleurs veut dire)
Le sang est versé
Le sang refroidit
Le sang coagule
(La réalité, voyez-vous
ne sait pas faire de beaux vers)
Et les métastases triomphent
Avec des sauts
En profondeur.

Le scanner n'est pas un stylo
(Les métaphores faciles
font mal en ces instants)
Et l'on ne va pas tenter l'anesthésie
Sur des douleurs
Imaginées
Ou écrites.

Il ne faut pas se faire d'illusions.

On sort toujours vivant du poème. 



Andònis FOSTIÈRIS
trad. Michel Volkovitch (www.volkovitch.com)
(et merci à Christine) 

samedi 7 mars 2015

Mézin fête les écrivains - 7 juin 2015

12 auteurs dans les jardins paysagers de Mézin, installés par deux sur des bancs, lisant leurs textes et ceux de leur binôme... Je serai avec Jean-Baptiste Pedini, nous échangerons nos mots.
Vous pourrez aussi  entendre Gilles-Marie Baur, Julien Campredon, Serge Cazenave-Sarkis, Anna De Sandre, Emilie Kah, Jean-Louis Lebreton, Jean-Jacques Marimbert, Dany Moreuil, Derek Munn et Marlène Tissot
Le programme , des infos au jour le jour sur le festival sur la page facebook, animée par Marianne Desroziers, l'organisatrice


samedi 28 février 2015

(c) Anaël Chadli - Paysage d'écriture d'après Vrouz de Valérie Rouzeau.

il paraît que notre présence sur terre aurait à voir
avec l'expulsion dans l'espace de matières organiques par des sphères de titane
les scientifiques sont perplexes : comment est-il possible que du vivant batte sous le métal ?
comment est-il possible de croire encore en nos agitations ?
dehors le monde
dehors la ville
dehors famille
et dehors toi aussi
hein, que nos peaux de fer sont les meilleures cuirasses pour nos chairs increvables
que coulent le sang, les larmes
nous sommes inoxydables sous tous les ricochets


mercredi 25 février 2015

mardi 24 février 2015

je devrais pour une fois, plutôt que de malmener la pulpe de mes index
(je ne tape qu'avec deux doigts, tu le sais bien)
je devrais pour une fois espérer ton retour
m'enrouler dans la nuit, ouvrir aux quatre vents ma bouche et mes paupières
je devrais prendre l'air, inspirer par les yeux ce qui de nous s'échappe
ton ombre fabuleuse collée à mes talons, mon mystère poisseux, nos tout petits poissons
est-ce normal dis moi, de boire la tasse sans apaiser sa soif
est-ce normal de jouir ainsi des lettres et des espaces
je m'interroge, tape, diffère, dis verse, diverge
les mots font des bulles au fond de l'océan
je pulse, j'azerty, j'yuiop, pense à toi dans les microscopiques accrocs de mes inspirations
je devrais pour une fois tenir la phrase, énucléer les métaphores
(mais tu sais combien j'aime poser mon corps tout au fond de l'amphore
- et que ne ferai-je pas pour une incise à rimes)
je devrais pour une fois
prendre le mot
pour ce qu'il est
t'attendre
te regarder
ouvrir la porte
dire 
je suis rentré

lundi 23 février 2015

samedi 14 février 2015

Vincent & compagnie - mgv2>publishing

Après Stéphane Bernard et Cathy Garcia, c'est Vincent qui m'a invité dans le projet "x & compagnie" initié & édité par Walter Ruhlmann. En avril c'est donc Vincent & compagnie (le 4è de la série)

Au sommaire : Alexandra Geyser, Frank Rebelle-Cohen, GMC, Guillaume Siaudeau, Heptanes Fraxion, Perrin Langda, Mike Kasprzak , Murièle Modély, Nutsie Nutsie, Patrice Maltaverne, Perrine Le Querrec, Bernard Lherbier, Séverine Castelant, Agnès, Marlène Tissot

et ça se passe là (d'un clic sur l'image) / Merci donc à Vincent & Walter



mercredi 11 février 2015

dimanche 8 février 2015

brai(ll)ement

tu vois ce qui se passe quand on parle trop
c'est ce qu'il dit
assis de l'autre côté de la table
enfournant dans sa bouche
un quignon
énorme
qui roule
galet     rocher     falaise
qui tape
lèvre     langue     palais
qu'il mâche
la bouche est
pleine
le trou s'ouvre
la ferme
il dit
tu vois quand on parle trop
tu ne sais pas de quoi
ta bouche ton chas
d'aiguille
les perles qui les enfile ?


/


il dit tu vois
ce qui se passe
dans le miroir derrière la table
ta bouche énorme
est grande ouverte
il mâche remâche ressasse
et toi tu gardes regardes
le mot lié à la gencive
cherches à couper le flot qui file
fil     filet    salive
ton regard paire de ciseaux hésite


/


tu vois ce qui se passe
quand on parle trop
les mots se perdent
te perdent
tu ne comprends plus la joue
sur laquelle ta phrase rebondit
tu ne comprends plus la bouche
qui écarte des jambes donne vie
tu vois en bas dedans dessous
tout le fatras
tu vois l'accumulation des lettres
cul par dessus tête
tu vois ce qui se passe quand tu ne comprends plus
cette giclée violente dont tu ignores le sens
est-ce que ça rentre
est-ce que ça sort


/


tu vois ce qui se passe quand on parle
trop
trop vite
trop fort
trop longtemps
trop d'effort
trop con
confit contrit larmes sang babil
ça coule
trop
simple
trop
complexe
tu vois ce qui se passe
tu ouvres la fermes
la bouche
formule écoute n'écoute rien
parle parle glose
jusqu'à planter la langue tout au fond de la gorge
jusqu'à piler la phrase au bout de l'intestin
jusqu'à ce mot de trop jusqu'à ce premier mot
râpé usé craché vomi pulvérisé sur l'endomètre


/


tu vois ce qui se passe quand on est infoutu
de faire coïncider la bouche avec la langue
cette muqueuse qui mène - ô long couloir
de l'œil aveugle à l'orchidée
calice où déposer des vers
impermanence
ce qui se passe - ô long délice
quand personne
personne ne comprend
tu vois
combien la parole est
muette
ne veut rien dire
strate après strate
des phrases des paragraphes
des faits encore défaits
tous les deux face à face
matin et soir à singer
le mot dans le gros in-
festin - ô joie des asticots


/


tu vois ça passe
faut que tout passe
suffit de mordre la lunule
pleine de crasse
répète incante presque sincère
cette prière
pendant que lui secoue du bout de la cuillère
la soupe
encore encore l'autel la mire
le soir baisser la tête et dire
je vous salue Divin Billet
je vous salue Céleste Phrase
je vous salue Sainte Formule
je vous salue Ô Puissant Joug
je vous sal - ô vois ce qui passe
à même l'écran sur le clavier
je vous salue mes servitudes
je vous salue tes certitudes


/


tu vois
tout s'amenuise
ton nez petit
ta bouche petite
ta pensée même microscopique
et ton poème
ahane
brait
renâcle
te fout ses deux pattes arrière
au milieu du plexus
et tu n'as pas mal
car la douleur aussi est
petite
petite son expression
un petit ah deux petits oh
l'intégralité de la phrase s'effiloche comme la peau
à gauche à droite ton œil file ta bouche surfile
et le mot sème manque d'étoffe


/

tu vois combien à force
de régularité d'usure de verbes
ouvrir fermer
le mot finit dans l'insalivation
la lente et continue dé-
composition
lèvres     dents     mâchoires
claquent tapent agitent excitent
de l'autre côté de la table
le visage bleu
vert
lente putréfaction des mots
à la fenêtre tu vois tout passe
les vieux restes de phrases éclatent


/


tu vois ce qui se passe le soir
dans le foyer
cette condamnation perpétuelle à
ouvrir
fermer
la bouche ne pas parler faire croire
tu vois la langue est
après avoir été
à la lisière des lèvres gercées
du trou immense où tout finit par s'aspirer
la langue est
factuelle
tu vois ce qui se passe le nez collé à ton assiette
malgré tes yeux roulant dans tous les sens
paupières ouvertes fermées
se saisissant du moindre indice dissimulé
dans les lignes obliques du papier peint
dans les lignes électriques qu'on voit au loin
dans la ligne les phrases
courtes
simples
à la portée
musique entêtante d'un présent dépenaillé
la langue est
actuelle et sans passé


/


tu vois ce qui se passe
à dérouler sans fin les faits du jour
à guetter sur la table le moindre postillon
à déplorer ensemble nos rétrécissements
tu vois nos vieilles peaux usées râpées patinées par le mot
qu'est ce qui nous meut vraiment à part la peur ?
voilà en fait le mot dont on connaît par cœur
la pure essence
tu vois ce qui se passe quand la peau flanche
quand les seins tombent quand le ventre s'affaisse
et qu'il ne reste plus de stable
que ce trou noir où mon poème âne vacille
dans des hi han désaccordés



au début ce fut un vase co (avec Marianne Desroziers), lu ci dessous par Angèle Casanova, puis un débordement

(c) Maeve Berry - Incandescence