mardi 6 décembre 2022

Anaïs Boudot, Sans titre (diptyque pierres), 2017 - Source


lundi 5 décembre 2022

5.12.22

Sur la place, comme chaque année
On avait installé le sapin
Un sapin métallique
décharné
Où de pauvres guirlandes clignotaient
dès que le soir tombait
Sur la place, il n'y avait rien
On entendait à peine le vent
Siffler contre les loupiotes pâles
C'était un quartier excentré
Il ne semblait pas utile
De se donner du mal
De donner trop de lumière
À la place vide
Et froide

À quoi bon éclairer
Les trottoirs défoncés
Les jeunes garçons languides
Assis sur les bancs sales, qui font
Dissimulés sous leur capuche
Des ronds de fumées larges et blanchâtres
Sous les yeux fatigués
Des quelques passants
Qui rentrent chez eux d'un pas lent
Indifférents
Aux seuls espaces
Qui n'appartiennent qu'à eux

(c) Anders Petersen - Source


5 extraits de "User le bleu" lus par Cathy Garcia

dimanche 4 décembre 2022

4.12.22

c'est la fin du jour

on laisse le bruit et la lumière
en bas des escalators du métro
on presse le pas, on sème
la journée longue
longue comme une traîne
on a hâte de rentrer chez soi

puis

on ferme la porte
Le chocolat chaud est sur la table
le froid piquant derrière la vitre
nos mains sont rêches
et nos peaux mortes
flottent
comme la petite peau de lait
à la surface de la tasse

et

on souffle, on avale
la douceur sucrée mêlée
au haut-le-cœur quand
le voile gras du lait se ride
sur notre langue
sèche

© Caroline Nasica, Série « Intimes Fragments », Lever du Jour - Source Boumbang

 

samedi 3 décembre 2022

03.12.2022

Bientôt les fêtes, personne ne prête
attention aux bruits imperceptibles
au fond sonore qui s'épaissit
d'étincelles bleues crépitant sous les talons
ces lueurs intermittentes qui passent et repassent
devant les yeux
ces éclats lumineux qui hypnotisent et nous collent
aux vitres des grands magasins
tout clignote et tremble de nos bouches qui bavent
d'un mucus de désir formant sa croûte épaisse
sur nos vestes trouées

On baigne dans un embrasement d'objets
tout phosphore, tout crame
la lumière nous pénètre
jusqu'à l'os
jusqu'au cœur
jusqu'au fond de nos poches
d'où l'on sort une petite allumette dérisoire
pour la jouissance brève d'un brasillement
dans un vendredi noir



Guénaëlle de Carbonnières, Creuser l’image (la Coulée des Omeyyades), 2021 - Source Boumbang

vendredi 2 décembre 2022

02.12.22

On dit après la pluie, le beau temps
- foutaises!
après la pluie, c'est le grand lavement
dans les rues, le ventre de la ville s'étale
en une bouillasse
indéfinissable
remplissant chaque crevasse
formant des monticules
contre chaque aspérité des trottoirs
de la ville laissée
à l'abandon

les lendemains de pluie, on sent aussi
ces femmes
ces hommes
recroquevillés sur des matelas moisis
leur odeur de chien mouillé
sollicitant notre seul sens
encore valide
dans la ville saturée d'images
incompréhensibles

 

philippe van wolputte © - Site artiste / source photo

jeudi 1 décembre 2022

01.12.22

La ville est grise, le temps chagrin
chaque jour rajoute à l'autre
sa petite pierre qui pèse
chaque minute qui passe
perturbe la marche en ligne droite
des travailleurs pressés qui s'engouffrent
dans le tube étroit sous terre
fourmis compressées impatientes
de rejoindre le cœur
du cœur
de tout
on ne sait pas vraiment ce qu'est ce tout
mais on s'entasse, on allonge le cou
pour être là au bon endroit
au bon moment
pour voir le bonheur surgir
essence volatile chaude
au centre de la fourmilière

Alex Chevalier, « La perte du langage », 2014 © - Source Boumbang

 

lundi 28 novembre 2022

 
[...] Tendre la langue et sentir
les grains de sel ruisseler dans la bouche
des syllabes grosses comme les galets
de la plage de Banyuls
choquer nos mentons
grêler le mouillé du maillot
Sous le soleil, cela fait comme
une caresse chaude et lourde
désagréable et douce

*

Allongée sur la serviette
faire glisser entre ses doigts
des lettres
qui forment
des mots
qui forment
des pyramides muettes
des cairns instables
qui attirent
à peine
le regard de garçons désinvoltes
torse bombé, tongs aux pieds
louvoyant entre les phrases
liquides
de filles à demi nues
[...]


Suite complète à lire sur le site

 
 
 
 

jeudi 17 novembre 2022

Salon de poésie de Seilh 19-11-2022

 Je serai au 1er salon de Seilh (Haute Garonne) samedi prochain...

Au plaisir de vous y rencontrer, pour ceux qui...



mercredi 12 octobre 2022

Oeil

Tout au fond de ton œil

il y a ce trou, ce trouble, ce e dans l'eau

ce petit rond dans l'o où je plonge le doigt

coule, dérive au fil des entrelacs 

cherche à saisir dans le reflet déformé 

du soleil

nos écritures secrètes 

au fond, tout au fond de l'abysse

mes images, tes lettres

et mon corps maladroit tâchant

d'atteindre dans la ville hantée de corps flottants

un noir plus noir que la plus profonde nuit

ma pensée obscure comme un voile occultant 

le cœur de ta macula

mercredi 21 septembre 2022


 

le 8 octobre je serai la poète invitée au gala du Jasmin d'argent à Agen.
 
Le Jasmin d’Argent, Kesaco ?
 
C’est une association (fondée en 1920) qui avait dès le départ et a encore aujourd'hui pour vocation de faire découvrir le monde littéraire à de nouveaux talents prometteurs... le nom de l'association rendant hommage au poète occitan Jacques Boé dit Jasmin. Des prix seront remis à l'occasion du gala à des œuvres en langue française et en langue occitane.

samedi 17 septembre 2022

Il est dit que je dois creuser le trou
indéfiniment
je mets le doigt dans la gelée
ma tête a des allures de fruit
rouge
safrané
d’un beau bleu électrique

J'ai longtemps infusé
au large de l’Afrique
il reste dans la boîte
sur mes épaules
des odeurs, des saveurs
la bouche ouverte
l’île
au fond du récipient sous les pelures
la coulure des pigments et le noir basaltique

Sur le mur au fond du jardin
un lézard amputé de son « e »
inscrit son chemin sur les briques
de trou en trou
de pierre en pierre
la lettre roule
nous rend friable
mon sang coule camaïeu

Tout ce qui passe par ma bouche est amer et iodé
il y pousse une orchidée noire
veloutée
stérile
j’attends ton doigt, Albius
le baiser fécondant
en haut du cap

 

initialement publié sur Terre à ciel en 2014

lundi 11 avril 2022

Papa

Et je voudrais 
sur mes genoux écorchés
une main noire et douce
 
comme un baiser magique avalerait des larmes
un moucheron posé au coin de lèvres froides
 
Et tout autour 
une farandole de morts
tapent des pieds, des mains
des os, sous la boule à facettes
 
Et tout autour 
ça crie ça crie
ça crie la vie ça crie
à s'en couper le souffle