samedi 10 décembre 2022

10.12.22

Et puis soudain
le sourire édenté
ou plein
de l'enfant nous attrape
et dompte
de l'émail scintillant
de dents
nos humeurs sombres
stupidement décomposées

(c) Anders Petersen - Source photo

vendredi 9 décembre 2022

9.12.22

D'autres fois, on mord
à pleines dents
les nuages
dans un rire tonitruant
se déchirent sur la langue
et leur chair vaporeuse
fade
glisse au fond de l'estomac
c'est la joie, sur le marché de noël
des clowns tristes vendent
du chocolat, du vin chaud
dont la vapeur rejoint la tombe
de nos sourires surexposés

Anaïs Boudot, Éclats de la lune morte, 2015, courtesy Galerie Binome (c) Source Boumbang

 

jeudi 8 décembre 2022

8.12.22

Parfois, avec le froid, nos mâchoires
se crispent et nos dents grincent
jusqu'à mordre l'azur dans un spasme incontrôlé
le ciel se fend en deux, fruit bleu
dont les pépins dorés giclent et coulent
de la commissure des yeux
jusqu'à la pointe du menton
on pense "bientôt Noël"
il fait triste et joie

Irving Penn (c) Source - Cigarette No. 037, New York, 1972

mercredi 7 décembre 2022

7.12.22

Parfois avec le froid, le ciel
craquelle comme un fruit mûr
et son bleu ruisselle sur nos têtes
nous trempe de son céruléen
que le vent froid et sec impose
son granuleux entre la peau
et les couches épaisses
qui nous protègent


Isabelle Chapuis (c) - Source : http://isabellechapuis.com/projet/anitya/

mardi 6 décembre 2022

6.12.22

Il n'y aura pas de calendrier de l'avent
cette année, pas d'argent pour acheter même
un simili décompte de couleurs criardes
dans lequel loger des bonbons débordant
de sucres et de colorants
d'ailleurs l'enfant
ne demandait rien
l'enfant
ne demanderait jamais rien
pas de futur , pas de conditionnel
pas même un grain de sucre à craquer
sous la dent
juste l'idée du bruit et le jus de salive
dans le grincement de la chambre croulant
sous les gravillons
du présent

Anaïs Boudot, Sans titre (diptyque pierres), 2017 - Source


lundi 5 décembre 2022

5.12.22

Sur la place, comme chaque année
On avait installé le sapin
Un sapin métallique
décharné
Où de pauvres guirlandes clignotaient
dès que le soir tombait
Sur la place, il n'y avait rien
On entendait à peine le vent
Siffler contre les loupiotes pâles
C'était un quartier excentré
Il ne semblait pas utile
De se donner du mal
De donner trop de lumière
À la place vide
Et froide

À quoi bon éclairer
Les trottoirs défoncés
Les jeunes garçons languides
Assis sur les bancs sales, qui font
Dissimulés sous leur capuche
Des ronds de fumées larges et blanchâtres
Sous les yeux fatigués
Des quelques passants
Qui rentrent chez eux d'un pas lent
Indifférents
Aux seuls espaces
Qui n'appartiennent qu'à eux

(c) Anders Petersen - Source


5 extraits de "User le bleu" lus par Cathy Garcia

dimanche 4 décembre 2022

4.12.22

c'est la fin du jour

on laisse le bruit et la lumière
en bas des escalators du métro
on presse le pas, on sème
la journée longue
longue comme une traîne
on a hâte de rentrer chez soi

puis

on ferme la porte
Le chocolat chaud est sur la table
le froid piquant derrière la vitre
nos mains sont rêches
et nos peaux mortes
flottent
comme la petite peau de lait
à la surface de la tasse

et

on souffle, on avale
la douceur sucrée mêlée
au haut-le-cœur quand
le voile gras du lait se ride
sur notre langue
sèche

© Caroline Nasica, Série « Intimes Fragments », Lever du Jour - Source Boumbang

 

samedi 3 décembre 2022

03.12.2022

Bientôt les fêtes, personne ne prête
attention aux bruits imperceptibles
au fond sonore qui s'épaissit
d'étincelles bleues crépitant sous les talons
ces lueurs intermittentes qui passent et repassent
devant les yeux
ces éclats lumineux qui hypnotisent et nous collent
aux vitres des grands magasins
tout clignote et tremble de nos bouches qui bavent
d'un mucus de désir formant sa croûte épaisse
sur nos vestes trouées

On baigne dans un embrasement d'objets
tout phosphore, tout crame
la lumière nous pénètre
jusqu'à l'os
jusqu'au cœur
jusqu'au fond de nos poches
d'où l'on sort une petite allumette dérisoire
pour la jouissance brève d'un brasillement
dans un vendredi noir



Guénaëlle de Carbonnières, Creuser l’image (la Coulée des Omeyyades), 2021 - Source Boumbang

vendredi 2 décembre 2022

02.12.22

On dit après la pluie, le beau temps
- foutaises!
après la pluie, c'est le grand lavement
dans les rues, le ventre de la ville s'étale
en une bouillasse
indéfinissable
remplissant chaque crevasse
formant des monticules
contre chaque aspérité des trottoirs
de la ville laissée
à l'abandon

les lendemains de pluie, on sent aussi
ces femmes
ces hommes
recroquevillés sur des matelas moisis
leur odeur de chien mouillé
sollicitant notre seul sens
encore valide
dans la ville saturée d'images
incompréhensibles

 

philippe van wolputte © - Site artiste / source photo

jeudi 1 décembre 2022

01.12.22

La ville est grise, le temps chagrin
chaque jour rajoute à l'autre
sa petite pierre qui pèse
chaque minute qui passe
perturbe la marche en ligne droite
des travailleurs pressés qui s'engouffrent
dans le tube étroit sous terre
fourmis compressées impatientes
de rejoindre le cœur
du cœur
de tout
on ne sait pas vraiment ce qu'est ce tout
mais on s'entasse, on allonge le cou
pour être là au bon endroit
au bon moment
pour voir le bonheur surgir
essence volatile chaude
au centre de la fourmilière