lundi 27 mai 2024

1er juin : Rencontre à la librairie galerie Les Amies rouges

V(i)eille - 3

Pourquoi essayer désespérément de retenir la chair
de faire oublier par une fausse vigueur 
l’haleine métallique et l’odeur aigrelette suintant de sous les bras
pourquoi agiter en tous sens la tête, les jambes, les doigts
pour éviter le gras ceinturant nos pensées
faire croire en contractant bien fort le périnée
qu'on éloignera longtemps la fuite des années
pourquoi se tartiner de beurre pour remplir les vides
regarder les regards louvoyer sur nos rides
pourquoi ne peut-on tout simplement pas
vieille, vieille
lâcher prise
profiter
des lueurs de fin de jour
avant l’obscurité


Photo extraite du site de la photographe Leah Edelman-Brier 

V(i)eille - 2

une femme vieille
vieille
dénudée et ridée
tourne en rond comme un poulet sans tête
sur le trottoir
fait des bruits de peaux flasques
agite ses cheveux longs et blancs, roule des yeux hagards
exhale une odeur sure
de poisson et de cendres
une femme vieille
vieille
lourde et tordue
offre son sexe mort aux regards des passants
titube sur le bord puis chute lourdement
dans l’un des nids de poule, petits tombeaux offerts
aux oiseaux souffreteux
à la misère des corps


© Leah Edelman-Brier - voir l'article sur Boumbang

V(i)eille

Le temps passe
une femme aux yeux semblables aux miens
perd la vue
une femme au ventre lourd comme le mien
tourne en rond
à moitié nue
ses cheveux grésillant dans un gris lumineux
à l’horizon, la lune tombe et crache
une histoire sombre dont on connaît la suite
un conte terrible dont on nous tait la fin
Le temps passe
une femme ouvre la bouche grand
claque des mâchoires comme une pelleteuse
creuse dans les fondations de la maison
une forme parfaite
rectangulaire
une forme parfaite
dont la surface s’amoindrit
à mesure que les os se tassent
une forme parfaite pour contenir
un corps rabougri perclus de souvenirs


mercredi 1 mai 2024

"Rhizome" Paul Wamo


[Ai vu pour la première fois (enfin) Paul Wamo à Toulouse à l'occasion de la finale du concours-concert de poésie slamée organisée par l'Académie des jeux floraux :sa performance de Rhizome en voix nue droit au coeur]

lundi 29 avril 2024

5

nos morts tombent
sans fin
nos morts se désagrègent
le long
du puits sans fond
remontent
des phénomènes étranges
inexpliqués
des corps poreux
vers
des vivants noyés
dans une mare de larmes
sans rive ni bord
la fiction
inonde la maison

*

ceint par notre visage
un noir insondable
et quelqu'un demande
est-ce que tout va bien ?
sur la peau molle du crâne
on ne voit que les grimaces
les rictus et les bouches
cul-de-poule et personne
ne comprend vraiment
ce tout
va bien

*

petite Alice encombrée par ces morceaux
hétéroclites de souvenirs qui flottent à la surface
comment pourras-tu seulement retrouver pied
quand sauras-tu quitter ce conte
pour avaler le beau
le sur
réel

dimanche 28 avril 2024

Photo (c) Susan May Tell - son site

samedi 27 avril 2024

4

je ne mettrai plus un énième poème sur...
je ne partagerai pas une série de textes pour...
je ne dirai plus le nom de...
des chicots l'ont réduit au néant
il ne reste plus rien dans...
mon corps
est une canette dont la languette
a été tirée trop brutalement
de mes yeux, mes oreilles, mon sexe
des flux, des flots, des geysers
jaillissent et ruissellent sa...
la mort
de sa bouche édentée
malaxe et m'avale
entièrement

vendredi 26 avril 2024

(c) Man Ray

dimanche 21 avril 2024

3

le petit curé portait une chasuble blanche
une étole violette et une odeur d'encens
dans sa barbe bien faite, la lotion de benjoin
tapotée le matin, sur sa peau toute fraîche
l'apprêt bien ordonné pour filer l'homélie

je ne connaissais pas le petit curé
je ne connaissais plus le petit cadavre
caché dessous le bois du cercueil, la forêt
son humus et la mousse qui nous tendaient les bras

j'étais là et ailleurs et du curé singeais
tous les gestes et répétais
tous ses mots et tentais
de raccrocher la mort à l'autre mot idiot
l'homonymie sanglante poêlée au balsamique
des pensées chaotiques pour peine famélique

Photo extraite du site de ©Leah Edelman-Brier

vendredi 12 avril 2024

2

Nos morts sont de petits cailloux qui tombent de nos bouches
Ils cognent le plateau dans des rires essoufflés
des phrases inachevées, des silences pleins ou vides
Ils s'empilent comme des cairns instables à nos pieds

Nous savons qu'en partant notre pas sera un peu moins ferme

Mais le ciel est bleu et le soleil ardent
nous fait tenir debout

© Daisuke Yokota, série: Backyard

1

Nous nous rencontrons pour la première fois
Et déjà nous poussons nos morts
comme des pions sur la table. 

Sur le damier, nous ignorons la couleur des pièces

Nous devisons de nos morts, autour de la table
sans savoir lequel, du blanc, du noir
mangera l'autre.

dimanche 17 mars 2024

extrait de M è r e M e r M o t h e r M a t e r - en cours

lundi 11 mars 2024

Photo de Natalie Comrie sur Unsplash

Poussière dans nos têtes
poussière dans nos corps
poussière autour, poussière
dans les moindres recoins
de la poussière
partout
suffoque et pleut
envahit et croule
étouffe chaque cellule
je me demande qui
a planté sa paille pour siffler ma moelle
je me demande qui
joue du bongo avec les lobes de mon cerveau
Comme tous les autres, je marche, roule
roulis, éboulis
avec une tête creuse aboulique plantée sur un corps mou
cela fait de la musique quand nos coques vides se cognent
sur les trottoirs, c'est le ballet des crânes ruginés
le concert de leurs sonorités argentines
Où donc la chair s’est-elle fait la malle ?
dans quel bocal ont coulé nos pensées ?
ces poissons qui filent dans l’aquarium trouble
où l’on entend quand même malgré l’ignorance qui pèse
le maillet tapant la vitre vert-de-gris
où l’on entend aussi les acouphènes qui fêlent nos silences
la symphonie des cloches à un enterrement