lundi 17 mai 2010

L'envie

© Franck Laborde

j'aimerai croquer
comme un nougat dur
tes joues brunes lisses

garder sur les lèvres
ta saveur de sucre

caler sous ma langue
le doux mot de
fils



Malo au jardin des plantes,Toulouse - 2009, Franck Laborde

vendredi 14 mai 2010

Une belle journée



C'est une belle journée.
Il est presque neuf heures, mais il fait encore frais.
Comme je viens de me lever, la lumière douce m'aveugle.

Je me suis endormie au petit matin sur le canapé. Mon corps est tout engourdi du sommeil trop court : je n'ai pas rêvé cette nuit. J'ai sombré dans les bras de Morphée dans un souffle, et c'est dans un souffle que j'ai ouvert les yeux. Je me suis levée lentement et me suis dirigée sans faiblir vers le buffet de la cuisine. J'ai pris une tasse, une cuillère, une bouilloire, de façon mécanique.
En préparant le thé, je me suis rendue compte de la douleur dans mes muscles.
Le canapé sans doute. Cela fait des années que Jean me dit de l'amener à la déchetterie...

J'appuie mon front contre le meuble au dessus de l'évier, mes oreilles bourdonnent. Combien d'heures j'ai dormi déjà ? Trois ? Quatre ?
Cela ne m'est plus arrivé depuis... Jamais en fait. Cela ne m'est jamais arrivé.
La bouilloire siffle, je dispose ma tasse sur le plateau. Je remplis la théière, et je reste quelques minutes sans bouger. Je ne sais plus ce que je dois faire.

J'entends le bruit des oiseaux derrière les volets.
C'est ce qui me décide à sortir.
Le bruit... et le silence dans la maison.
Je cherche fébrile de quoi écrire. Tout est éparpillé par terre près du canapé. Quand je m'approche, la tasse et la théière cliquètent, mes mains poisseuses tremblent. Je n'entends jamais ce bruit d'habitude, cela me trouble. Je pose le plateau sur la table basse couverte de bouteilles, de verres, de cendres de cigarettes. Et je prends à la hâte une feuille blanche et un stylo. Je ne m'attarde pas davantage dans le salon obscur. Je sors. J'entends résonner le bruit de mon coeur.

L'arbre en face scintille des reflets du soleil. Je plisse les yeux ; je baigne dans la lumière bleutée de la pergola. C'est une caresse apaisante, je respire à pleins poumons la luminosité caeruleum.
J'aime bien ce mot. Je le dis à voix haute, et je sursaute. J'ai l'impression que quelqu'un s'approche, je me retourne, mais il n'y a rien. J'ai oublié que j'ai fermé la porte.

Je répète caeruleum, et une tristesse m'envahitJe sais que je dois écrire, mais je ne sais pas par quel mot débuter. Alors je reste là immobile, à regarder mon thé qui refroidit, la feuille blanche, et le stylo couché en travers comme un cadavre. Si j'en avais le courage, je retournerai dans la maison chercher mes brouillons... J'avais griffonné des phrases, pris des notes, trouvé quelques beaux mots. J'avais rayé, expliqué, arrangé...
Mais je ne peux plus bouger. Cette fatigue si imperceptible tout à l'heure me cloue maintenant sur la chaise métallique. Je me sens faible. Je ne pourrai pas pousser la porte, je ne pourrai pas voir dans la pièce, je ne pourrai pas sentir l'odeur.

Il fait si beau. Je me sens calme assise à table. Je dois juste laisser le dehors pénétrer l'intérieur de mon corps. L'effluve du thé au citron. L'air frais. Le bruissement des feuilles. La caresse du vent.
Je vais trouver les mots. Il suffit de commencer.





Jeu d'écriture proposé par le blog à 1000 mains
sur l'invitation de arf, à lire son interprétation Aérien
Crédit photographique Thé citron

mercredi 12 mai 2010

Ce que j'ai cueilli dans les vases (communicants) du mois de mai...

Difficile en ce moment d'écrire... (boulot, soucis, et autres plantules)
mais j'ai pris le temps de lire...
... et butiner quelques fleurs dans les vases (communicants)

parmi les textes qui m'ont plu...

La cicatrice de Anna de Sandre publié chez Ma plume sur la Commode
Curiosité adolescente sur la cicatrice féminine ; premier jeu de séduction/manipulation d'une jeune Camille. J'ai aimé le texte taillé au couteau, la narration enlevée... et ce questionnement sur cette "déchirure"...qui continue à interpeler, même les post adolescent(e)s...
j'ai publié ici un texte appelé La fente, écrit il y a quelques années... alors évidemment ce récit m'a particulièrement parlé.
"La fente des filles, elle cicatrise à la mernopause. Quand elles sont vieilles tu ne peux plus les baiser, leur trou se bouche. Ça aussi c'est Matt qui le dit. Il raconte parfois des craques pour se moquer mais là, c'est du sérieux. L'information n'est pas vérifiable, la plus vieille du bahut n'a que dix-neuf ans et les enseignantes ne sont pas de vraies femmes [...]"

Autre émoi adolescent :
Laiteuse de Christophe Sanchez sur Pages retrouvées, paroles croisées
où la séduction féminine joue à plein dans une description minutieuse de l'entrée d'une jeune fille dans un bus. J'ai beaucoup aimé l'acuité visuelle... Le désir englobe tout le paysage autour de son objet :)
"Et enfin d’un long entrechat sensuel, elle s’assit trois rangées devant moi, prés de la fenêtre, si bien que je ne voyais plus que sa touffe de cheveux et leur masse grouillante dédoublée dans la vitre. A cette réflexion étrange se mêlait la mention blanche « securit » certifiant d’une réalité crue les reflets incertains de ses épaules. Elle passa la main dans sa chevelure pour en chasser la moitié côté couloir et découvrit ainsi une nuque laiteuse plantée sur un cou longiligne. Dans le prolongement, « securit » se dessinait maintenant sur son épaule et plantait son T final au centre de ses deux omoplates. La paume de la main posée à plat sur la vitre, il me semblait la toucher, caresser sa toison, faire frissonner sa peau translucide mais cet ersatz ne me renvoyait que la froidure maussade du verre poli."

J'ai aimé également
Hors jeu de Jean Prod'hom sur le site d'Arnaud Maïsetti
pour la petite musique de désespérance, et son cheminement au contact des autres...
"On se lève donc parce qu’on sait que ce soir, pour autant qu’on y parvienne, on pourra retourner dans le tambour de la nuit qu’on aurait voulu ne pas quitter, pour y être à nouveau enfermé, tourné, retourné, préservé, lavé. On se lève donc en sachant qu’on n’ira nulle part."
[...] 
"Je me retrouve sur le chemin de la Mussily, indemne, étonné d’être là. Tous les jours pourraient être ainsi, n’est-ce pas ? On demeurerait sur le seuil, on ne toucherait à rien, parce qu’au fond on n’y croit guère. On n’en serait pas, on aiderait d’un sourire ceux qui sont embarqués et on cueillerait quelques rameaux pour en être un peu."

pour choisir ses propres fleurs, il faut aller ICI (Brigetoun a recensé les vases et leur contenu)

mercredi 5 mai 2010

J'ai des zoziaux dans le ventre












Je ne sais pas comment
me débarrasser des zoziaux
que j'ai dans le ventre

ça gratte quand
ils battent des ailes
ça chatouille quand
ils perdent des plumes
ça pue quand
ils défèquent et gloussent

je ne sais comment faire
pour l'envolée légère
dans mon ciel oesophage
mes zoziaux sont lourds
ils pataugent dans l'humeur
de ma cage abdomen

bon...
j'ouvre la bouche
(il faut tout faire soi-même)
et je dis : prenez le large
zoziaux
n'oubliez pas en partant
les soucis dans la fange

bon...
rien ne se passe
mon ventre
toujours
gratte et chatouille
démange et pue

comme j'aime la société
et qu'elle me le rend bien
et qu'elle résoud d'un mot
les plus ardus problèmes
j'évoque brièvement
mes zoziaux squatteurs

elle dit :
c'est délicieux, mon dieu
l'image
la métaphore
pour dire ce qui vous meut
mon dieu, c'est délicieux !

j'aurai dû m'en douter
la société volatile
en matière de
zoziaux
décrypte mal
les maux

Credit photographique Sara A. Tremblay
http://www.saraatremblay.com/

lundi 26 avril 2010


I

c'est en lisant qu'on devient lit pliant
c'est en pensant qu'on devient pense bête
c'est en spéculant qu'on devient une gaufrette
c'est en remâchant qu'on devient canapé
c'est en réfléchissant que l'on devient miroir
c'est en communiquant qu'on devient une clé
c'est en écrivant qu'on devient écritoire
c'est en sabrant qu'on devient un rasoir
c'est en bassinant qu'on devient une théière
c'est en butinant qu'éclosent des accessoires
c'est en tablant qu'on fait pousser des verres
et c'est en respirant qu'on renouvelle l'air

tu peux entrer t'asseoir :
ma tête est quasiment meublée

II

pour commencer une collection
il faut avoir un cochon
à la peau rose et lustrée.
le cuir de son dos doit être
légèrement incisé.
installer l'animal sur un buffet
et glisser chaque jour un mot dans la fente.
surtout ne pas oublier de caresser la bête :
un cochon blessé conserve mal le papier

dans les conversations, livres, émissions
saisir au vol les plus beaux mots :
gerboise, cressonnette, antimoine
sont de jolis mots.
volontarisme, intégration, rupture
sont plus contestables.

les écrire à l'encre bleue sur du papier de soie
les laisser macérer pendant un ou deux mois.
quand le cochon plein grouine, sortir un récipient
l'ouvrir d'un coup sec, et mélanger en salade
les mots, l'ail, le vinaigre avec quelques pignons
les manger à la fenêtre, en regardant la mer
si on n'a pas la mer, prendre une toile cirée...

III

certains jours ma tête,
mon corps débordent
les mots s'agglutinent
et me bouchent les pores
je me fraie avec peine
un chemin
dans la bouillie sonore
qui ralentit ma marche
qui sature mes veines
mes poumons s'exaspèrent
happent des goulées d'air
les mots de tous côtés
oppressent et asphyxient
ça sent le vieux papier
la fade moisissure
mon épiderme craquelle
là où germent les spores

je voudrais des gens,
je voudrais de la chair
pas des prénoms exsangues
des patronymes vides
des mots sans queue ni tête
pas ces accouplements
des voyelles aux pixels

j'enfonce mes deux poings
sur l'écran de mes yeux
pour l'éblouissement
singulier du silence
mais je sens toujours
couler sur mes cheveux
les mots
de ceux qui savent
de ceux qui dictent
de ceux qui pensent
de ceux qui bandent
de ceux qui éjaculent
la giclée fébrile et molle
des pédoncules

dimanche 25 avril 2010

Variations autour d'Alice

Petit écrit autour d'Alice sur Les 807

Les 807, blog collaboratif animé par Franck Garot propose
chaque jour un tryptique (déclinaisons d'un tryptique d'Eric Chevillard)

Les variations autour d'Alice sont un peu partout ici et ailleurs :
Alice et le lapin ici
Alice (la buveuse de grenadine) ici
le chat d'Alice par Oakoak  (photo du 19 avril)
et, le meilleur pour la fin : Faire mon Alice de Virginie Holaind

mardi 20 avril 2010

Alice


comme
je ne suis pas très grande
mon regard a ripé sur la gorge du type
il était rasé de près, sa chair sentait le frais
j'ai glissé la main dans mon tablier
et j'ai sorti la paille que j'avais gardé
(j'avais bu la veille une grenadine avec mes copines)
un long tube flexible couleur de serpentine
assorti à ma jupe, à ma bouche lutine
j'ai cherché en sifflant un trou dans sa peau fine
j'ai aspiré lentement sa pulpe sapotille
j'ai bu, j'ai bu, j'ai bu
jusqu'à être écoeurée par le goût
de jasmin et vanille mélangés
puis j'ai craché par terre
l'estomac retourné
le pépin sucré
de ce
petit
baiser


Ecrit de MuLM
Couverture du livre : Alice embrasse la lune avant qu'elle ne s'endorme d'Atak, ed. Amok, 2000

mercredi 7 avril 2010

le mot parasite

©Le Superbe

Ca a commencé bêtement...
j'avais lu ce livre,
Ex machina,
l'histoire d'un androïde
blotti dans un crâne,
friand de chairs, de sexe,
petite bête observant le monde,
à travers les yeux d'un type

C'était une nuit banale et froide...
j'avais lu ce livre là
de Hugues de Chanay,
l'histoire d'un esprit corrompu,
exposant ses actes,
ses violences,
par la voix du parasite
dans le cerveau du type

j'avais plongé tête la première,
dans le bouillon
verbal,
d'un
alien,
d'un
robot,
d'un
schizo

c'est au petit matin que tout a dégénéré...
j'avais laissé le livre ouvert
sur la table de chevet,
les mots en ont profité
pour sortir leurs crocs,
pour pénétrer à coups d'entailles,
mes narines, mes oreilles, ma bouche,
pour s'installer et faire souche

ce n'était plus un roman...
j'avais aussi ma bête,
ma pensée dédoublée :

un long ver annelé
pourvu de minuscules lettres,
bousculant de ses hampes
les phrases toutes faites,
encombrant l'oesophage
de mots sans queue ni tête,
irriguant l'estomac de l'aigre
des mots : panique, angoisse et peur

après ce matin là...
Ex machina, le type, de Chanay,
se sont dissous dans  mes divagations
mentales

le ver blanc annelé,
bouffi ou amaigri
avale avec constance
tout texte
craché, vomi
dicté, subi

le mien, le votre, les autres...
violences sémantiques assiégeant mon cerveau
accès de panique pervertissant mes propos

écrit de MuLM, avril 2010
crédit photographique Le Superbe

lundi 5 avril 2010

"Le dernier métro" mis en voix sur A demi mot

Le dernier métro (écrit il y a quelques temps ICI) mis en voix sur le site "à demi mot" de (et par) Mathieu Blanco




vendredi 2 avril 2010

Et voilà, elle est partie #VasesCommunicants



Je l’ai vue monter lentement sur le plateau du camion. Péniblement, l’épaviste l’a hissée avec un treuil couinant et faiblard. Elle était triste, sans tain. Comment pouvait-il en être autrement si proche de sa mise en bière ! Son beau gris métallisé avait depuis longtemps terni au soleil et viré au blafard sous les intempéries. Sa carrosserie robuste n’avait pas résisté à une conduite nerveuse, aux trajets animés et aux stationnements urbains aléatoires. Plusieurs chocs sur son avant, son arrière, ses côtés témoignent d’une vie agitée et les tâches de rouille sur ses flancs, telles des rides profondes, de sa fin inévitable. Alors elle m’a lâché ma voiture car elle était simplement trop vieille. Immobilisée dans un garage depuis deux mois, elle n’attendait que ses funérailles. Maintenant, elle est partie rejoindre ses cousines dans la grande cour des récusées, celles qui ont fait leur temps, que la société ne veut plus. Rebut de l’industrie automobile, elle va finir ses jours compactée par une machine diabolique, mangeuse de ferrailles et de plastiques élimés.

Je ne suis pas un amateur de voitures. D’ailleurs, je n’ai jamais vraiment aimé cette auto. Acquise il y a dix ans, elle correspond surtout à une tranche de vie extraordinaire. Ce monospace imposant à la gueule banale n’était pas le véhicule dont rêvent les petits garçons. Pataude, sans grand caractère, cette « bétaillère » était néanmoins parfaite pour tout bon père de famille qui se respecte. C’est bien pour cela que nous l’avons achetée, mon ex-femme et moi, par ce beau mois de mars de l’an deux-mille où nous apprenions avec stupeur que veillaient dans un ventre, encore si peu rebondi, nos deux enfants. Les jumeaux étaient en gestation. Notre véhicule du moment était de toute évidence trop exigu pour accueillir les nouveaux venus et notre aînée, le changement s’imposait.

Elle aura vécu dix ans. L’âge de mes enfants aujourd’hui. Et une foule de souvenirs est survenue lorsque je l’ai vu ainsi basculée sur son portique. Le treuil motorisée dans le fracas de sa chaîne rouillée a fait remonter pour un instant le cours du temps. J’ai revu quelques moments forts, heureux parfois pénibles ou troublants. Comme le remplissage du coffre pourtant spacieux qui explosait sous le volume d’un fatras incroyable ! A chaque déplacement, nous devions emporter le nécessaire vital à la tribu. Et ce nécessaire n’était pas menu : les trois lits-parapluies, la poussette jumelle, la poussette cane, plusieurs boîtes de lait lyophilisé, un pack d’eau minérale, des biberons éparpillés qui rouleraient bientôt jusqu’aux places avant, divers sacs avec couvertures et vêtements de rechange, la trousse à pharmacie, les couches en triple exemplaire des bébés. Et gare à ne pas oublier sur le bord de la route, les bébés eux-mêmes ! Une fois les trois bambins solidement harnachés à l’arrière, ils disposaient d’un large fauteuil pour chacun leur offrant l’aisance des rois. Au centre, ma grande fille princière veillait sur sa fratrie, en remontant la sucette de sa sœur agitée ou en mouchant le nez coulant de son frère souffreteux. Les jumeaux babillaient, éructaient, braillaient, rigolaient et ma femme vomissait avant qu’ils ne le fassent à force d’être constamment retournée vers eux, en sens inverse de la marche du véhicule. Et mon sourire nerveux quand l’ambiance dans l’habitacle ressemblait, sans que nous maîtrisions quoi que ce soit, à une pouponnière premier âge à l’heure de la tétée. Leurs cris, leurs excitations diverses m’exaspéraient autant qu’ils me ravissaient et nous mangions du bitume, tracions la route, écrivions déjà la leur.

C’est cette vision fugitive de leurs très jeunes années qui m’a surpris hier quand ma voiture, leur voiture, notre voiture est partie rejoindre sa dernière demeure.. Je n’ai que faire de ce tas de ferrailles mais avec cette rupture, c’est la petite enfance de ma progéniture qui s’en va. Une page qui se tourne.

Billet rédigé par arf - http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/- dans le cadre des Vases communicants
crédits photographiques : http://www.zphoto.fr/epave_photo324333.html

Vous pouvez lire mon billet publié chez lui par

Autres participants aux Vases communicants du mois d'avril
Kouki Rossi http://www.koukistories.blogspot.com/ et Luc Lamy http://www.luclamy.net/blog
pendant le week-end http://www.pendantleweekend.net/ et ruelles http://ruelles.wordpress.com/
Jean Prod'hom http://www.lesmarges.net/ et Juliette Zara http://enfantissages.free.fr/
Mariane Jaeglé http://mariannejaegle.over-blog.fr/ et Anthony Poiraudeau http://futilesetgraves.blogspot.com/
Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Loran Bart http://leslignesdumonde.wordpress.com/
Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/ et Kathie Durand http://www.minetteaferraille.net/
Sarah Cillaire http://sarah-cillaire.blogspot.com/ et Anne Colongues http://aout-en-attendant.blogspot.com/
France Burguelle Rey http://france.burghellerey.over-blog.com/ et Eric Dubois http://ericdubois.over-blog.fr/
Fleur de bitume http://promenadedunefleur.blogspot.com/ et chez Jeanne http://chezjeanne.free.fr/
Florence Noël http://pantarei.hautetfort.com/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/

lundi 22 mars 2010

L'absente


© EudaldCJ

Je me demande
si cinq litres de sang peuvent être bus par des fibres
si les oiseaux picorent les chairs et les bouts d'os
si on sait quel arbre donne l'émail des dents
si la lymphe est un  fertilisant
si les souvenirs s'échouent dans les poumons

je me demande
si sa bouche sourit quelque part dans une île
si elle rit si elle pleure si elle danse si elle jouit
si elle tricote du neuf avec ses vieux  tissus
si elle marche gracile boulets de coeur aux pieds
si on sait quelles femmes savent s'évaporer

je me demande si on peut vivre lesté d'incertitudes
je me demande si la mort vaut mieux que la fuite
je me demande si l'absence pèse

................................................l'ombre d'un crime



MuLM, mars 2010

dimanche 14 mars 2010

Forgetfulness par Billy Collins



Lecture du poème par l'auteur avec animation par Julian Grey
1mn52
Traduction du poème Forgetfulness de Billy Collins par Saïdeh Pakravan

Perte de mémoire par Billy Collins

Le nom de l'auteur est le premier à partir
suivi docilement par le titre, l'histoire,
la conclusion déchirante, le roman tout entier
qui devient soudain un roman que vous n'avez jamais lu, dont vous n'avez
même jamais entendu parlé,

comme si, un par un, les souvenirs que vous abritiez
décidaient de prendre leur retraite dans l'hémisphère sud du cerveau,
dans un petit village de pêcheurs ou il n'y a pas de téléphone.

Cela fait longtemps déja que vous avez dit adieu aux neuf muses
et regardé l'équation quadratique faire ses valises,
et là, tout de suite, alors que vous mémorisez l'ordre des planètes,

autre chose prend la fuite, une fleur emblème d'état, peut-être,
ou l'adresse d'un oncle, ou la capitale du Paraguay.

Quoi que ce soit dont vous tentez en vain de vous souvenir,
vous ne l'avez pas sur le bout de la langue,
ni même tapi dans quelque recoin obscur de votre rate.

Cela s'éloigne le long d'une sombre rivière mythologique
dont le nom commence par un L, pour autant qu'il vous en souvienne,
alors que vous partez vous-même vers un oubli où vous allez rejoindre ceux
qui ne savent même plus comment nager ou monter à bicyclette.

Pas étonnant que vous vous leviez au milieu de la nuit
pour rechercher dans un livre sur la guerre la date d'une bataille célèbre.
Pas étonnant que la lune dans la fenêtre semble s'être faufilée
hors d'un poème d'amour que vous avez connu par coeur.

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Saïdeh Pakravan

samedi 13 mars 2010

Tu connais Musset ? - Les amants réguliers, Philippe Garrel



Extrait du film Les Amants réguliers de Philippe Garrel, 2004
1mn32

12e Printemps des Poètes du 8 au 21 mars 2010
autour du thème Couleur femme

mercredi 10 mars 2010

Comment j'écris

© Larsen Visuel

je n'ai pas un brin
d'imagination
j'exploite et
je ressasse
la fille
le fils
et l'homme

je dissèque la famille
ma caboche, ma cervelle
en milliers
de vers blancs

je recompose
des mots, mes maux
et me remets en tête
salives de poètes

mais la matière grise
est une peau de chagrin
alors je ruse et biaise
je soulève ma calotte

dans mon lobe frontal
un tamanoir grisé
au museau tubulaire
de deux mètres de long
se love au chaud

son tube transparent
pénètre narine, oreille
bouche et autre orifice
pour offrir au cortex
de la matière à moudre

"Avez vous vu le tamanoir ?
Oeil bleu, oeil gris, oeil blanc, oeil noir,"
et non, Monsieur Desnos,
personne, les yeux dessillés
ne voit ma bête

"Je n'ai pas vu le tamanoir !
Il est rentré dans son manoir"
et oui, Robert,
une fois rassasiée
ma bête s'épanche
en substance blanche

quand j'observe un ami
un collègue parler
rire à gorge déployée
je vois langues et glottes
mots et grelots de joie
disparaître aspirés
fourmis noires dans le nez
du tamanoir grisé


Ecrit de MuLM, mars 2010

mercredi 3 mars 2010

J'ai perdu

© Thierry Courosse
J'ai perdu
en une seconde
la tête les jambes

rompues
les liens
au ciel
adieu
racines

je ne suis plus
qu'un bout de
chair
qui roule
sur la terre
molle

mêlant
une douleur
sourde
à l'odeur moite
du sol

ballotté
en tous sens
par les mots
qui s'empilent
qui s'emmêlent
et enflent

je pense
aux larmes
qui sèchent
aux crânes
disparus

je pense
aux moignons
qui refusent
l'oubli
des membres
perdus

aux vies
la mienne
les nôtres
qui lentement
sombrent
avec le reflux

Ecrit MuLM, 3 mars 2010

lundi 22 février 2010

Jonas Burgert : peintre

"Jonas Burgert est un peintre allemand né en 1969. [...] Sa peinture, monumentale, est inspirée par le grotesque, le difforme et la décadence. Il représente des mondes parallèles, l'envers des choses, des réalités souvent sombres, jouant brillamment avec les contrastes, les perspectives et les proportions" (notice biographique extraite de : http://fr.ulike.net/Jonas_Burgert)

Henchmen, 2007


Kleiner Täter, 2007


Vertrauter, 2008


Kalk, 2008


Hitting every head, 2009

en voir plus sur http://jonasburgert.net/

Etre nègre de José LE MOIGNE

Photo José Le Moigne

Être nègre
Pour Raphaël Confiant

Et maintenant
je dis que je suis nègre
non pas noir
ni homme de couleur
mais nègre du sang pulsant dans mes artères

Oh cruauté des cordages
incrustés sous ma peau

Maintenant je dis que je suis nègre
de mes cheveux anciennement corbeau de kouli malabar
de mes cheveux anciennement grainés de nomades d’Afrique
de mes cheveux anciennement filasses de breton naufrageur

Maintenant
je dis que je suis nègre
de ma poitrine nourrie
à la rose des vents
de mes pieds déformés
de coupeur de canne
de mes pieds délicats
de danseur mondain

Oh biguines
oh gavottes
valses piquées
et autres menuets

Maintenant je suis nègre
de la pluie qui soupire sur ma complexité
nègre oh nègre
infiniment divers
claquant le tambour de ma langue
sur le fil acéré de la herse des mots
oh nègre dont la richesse
ne se classifie pas

José LE MOIGNE
Nîmes 15 septembre 2008



Découvert sur le blog de Patricia Laranco : http://patrimages.over-blog.com/
Poèmes de José Le Moigne à découvrir sur son blog : http://lebretonnoir.over-blog.fr
et sur le site Potomitan : site de promotion des cultures et des langues créoles

mercredi 17 février 2010

Les mots coulent comme de la cire

oeuvre sur voûte de verre pour la station "Carmes" - Jean-Paul Marcheschi

Depuis quelques jours
un bruissement discontinu
beugle sa chanson
sous mon crâne à demi nu
ça fait des chhhhh
ça fait des rrrrrrr
ça fait des hue
ça fait des dia

j'ai beau écarquiller les yeux
plisser le front tendre l'oreille
me retourner brusquement
les langues s'embusquent
immédiatement

ça fait un long collier
de mots désespérés
ça coule comme de la cire
de mon cerveau
sur le papier

travail-broyer-macher-poudre-d'os-et-gros-billets
presser-coeur-exploser-peurs-et-cadavres-mediatisés
ça fait une bouillie infâme
amère épaisse à avaler
ma main s'excite se pâme
et crache des mots obnubilés

et mon coeur...
mon coeur
ne sait où se cacher
il ballotte faible muscle
dans une cage

qui pourra me dépecer
remettre tout en place
le coeur les mots
et le cerveau

tant pis s'il faut rester
sur place
complètement démembrée
tant pis si la marche
du monde repose
sur des organes éparpillés


Ecrit de MuLM, février 2010
Mon coeur a failli exploser la première fois que je me suis retrouvée entièrement enveloppée dans un crâne immense couvert de mots, dans l'oeuvre de Jean Paul Marcheschi -station de métro Carmes, Toulouse  

mercredi 10 février 2010

Le coeur

© MuLM

C'est étrange quand on y songe
l'enfant dort le poing fermé
le souffle lent, la bouche close
je regarde sa poitrine
se soulever

j'épie son petit coeur
sur le drap plié,
de la taille exacte
du poing fermé

son petit coeur
au chaud blotti
dans un feuilletage
de chairs superposées

c'est étrange quand on y songe
de penser qu'une petite boule
de muqueuses
de la taille
d'une prune
d'une mandarine
d'une pomme de terre

tient à elle seule
la moitié
d'un petit
mètre carré

je songe à la balle
anti-stress
sur mon bureau
à ma bouchée
d'ogresse
pour l'abricot

voilà ce que subissent
les coeurs d'enfants ?
des étreintes
des morsures

c'est étrange quand on y songe
cette transformation du poing
en pompe à rêves
écrit de MuLM, février 2010