mardi 14 août 2012



Soudain l'explosion :
la chaleur se répand
du cuir chevelu
jusqu'au bout des orteils

Il n'y a pas de flammes
le soleil n'est qu'un rond
trop jaune sur le bleu
trop bleu du ciel

Et les rayons qui tombent
entre tes cuisses, ses bras
grésillent à peine l'herbe
écrasée sous ton poids

La fin du monde
a l'odeur de cheveux
crépitant sous des
doigts noirs de suie


La bombe qui éclate
ne vous disperse pas

Toi et lui sur le bord
de l'étang allongés
muets, brûlants loin
très loin de peau


Cette jouissance qui crève
ne vous rassemble pas

Dans l'après-midi morne
qui n'en finit jamais
sous le ciel sans accroc
deux corps carbonisés

Moi non plus...




































samedi 11 août 2012

Tu trouves enfin

Les fins d'après midi torrides
annoncent toujours
des soirées électriques

et ça ne manque pas
il rit

un rire énorme
qui fait saigner
la nuit

sous la guirlande
il rit

tu vois entre ses dents
une olive charnue
sous les grelots
juste avant le trou noir
la chair mâchée

et tu penses à mesure
que le rire gonfle
son cou de boeuf
que le voilà ton coeur


le vide dans ta poitrine
la terre tout en dessous
la terreur au-dessus
toutes ses mains qui passent
repassent dans ton corps
le monde qui tourne encore

puis tu ne penses plus
tu plantes ton couteau
ta langue
dans sa bouche
et basta

1
2
3

jeudi 9 août 2012

Tu veux ma main ?

Sur la terrasse
du bar Les Tilleuls
dans la lumière poisseuse
du début d'un mois d'août
tu vois tomber les ombres
quand tu bouscules la table
le cri strident et continu
des étourneaux dans l'arbre


l'homme assis
de l'autre côté 
avale sans un mot
de grandes lampées d'alcool
l'air est chaud, le soleil haut
et les feuilles des arbres
dessinent sur sa joue
des cartes
des routes inconnues
dans les touffes de poils
ces îlots que la mer balaie
certains soirs


tu regardes l'homme
et sa glotte à chaque déglutition
son humeur descendante
ce récif où s'échouent
invariablement
tes voyages


ton incessant
ton frémissant
naufrage

... Fouiller la merde

Le garçon assis à la terrasse du café, de l'autre côté de la rue, te regarde. Il porte un pantalon moulant bleu électrique et boit quelque chose de très fort. Tu te dis que c'est fort, à cause de l'air féroce. Car bien que tu n'aies pas tout récupéré de tes organes, tu te vois parfaitement à travers son regard, soufflant, renâclant, de larges auréoles de sueur sous les bras.

Tu es à quatre pattes sur le trottoir, les doigts tendus entre les croisillons de la grille en fonte. Tu grattes et tentes désespérément d'attraper un morceau de chair noire, qui surnage sur l'amoncellement de débris tout au fond. Tu respires bruyamment, en agitant ton derrière d'avant en arrière. Peut-être, penses-tu, que ce mouvement t'aidera à allonger tes doigts courts.
Ou peut-être pas.

C'est que tu as collé provisoirement ta pommette à ta fesse gauche. Cela te rend particulièrement maladroite, et ridicule, par terre à quatre pattes comme un animal. Et pendant que les gouttes de sueur tombent une à une de ta narine, tu songes qu'on ne mesure pas assez l'utilité de la fesse droite avant de l'avoir perdu.

Le garçon terrible, au pantalon en lycra, lance un large sourire dans ton dos. Cela fait comme une petite décharge sur la raie de tes fesses. Tu regrettes d'avoir mis ce legging blanc. Tu regrettes, mais quand même tu continues à balayer l'amas d'immondices du bout de l'ongle, en bougeant ton derrière.

Bien sûr, tu ignores de quoi il s'agit... Comment savoir avant d'être complètement rassemblée, ce que désire cet autre corps ? Dans ta tête, des pensées décousues fusent et s'éteignent. Une main, tes cheveux, une table. Tu grognes, tu renifles, tu insistes, tout glisse. Tu ne penses pas, tu vois.

Ses lèvres retroussées sur trente deux dents pointues. Le courant électrique qui jaillit du dessous de la table. Le reste de ton corps fendu en deux, et tes doigts qui s'obstinent à remuer sans fin toute cette merde.

 - Eh la grosse ! Tu veux ma main ?

mercredi 8 août 2012

Une fois coupée en deux... que faire ?

tu passes la matinée à ramasser les morceaux
tu retrouves un bras caché sous l'herbe sèche
ton ventre souillé couvert de mouches dans une flaque
tes yeux, ta langue, ton nez ont ricoché dans les ornières
tu hésites puis tu cours entre les sifflements des voitures
tu ramasses, ça klaxonne, tu as peur et tu cherches
tu vois en plissant les yeux dans un mirage
sous les papiers mâchés par l'averse de la veille
tout luisants de mousse tes ongles roses
cinq de tes dix doigts dans la rigole

tu cherches un cœur
mais tu ne trouves pas
ton cœur
où a-t-il pu rouler ?

dimanche 5 août 2012

il faut lire Dennis Kelly

"Et là Dieu salive, il est sur le bord de son putain de fauteuil, il bave de plaisir,
Il voit leur amour, leur mariage, leurs bagarres, leurs disputes, leur premier né, la conception et la gestation d'une petite fille et nous-y voilà, et Dieu est là aussi, le jour fameux, ce jour-là, le jour où ma mère se plaint de douleurs, de douleurs terribles, et mon père, qui sait déjà que la vie l'a renié, mon père assis saoul et hébété devant la télé à regarder la vie qu'il voudrait en baignant dans celle qu'il déteste, mon père ne fait pas attention à elle, lui crie dessus, va te faire foutre, tu n'es pas encore à terme, il y a des mois encore, c'est juste des gaz espèce de grosse conne, et le moment est venu, le moment est venu et Dieu salive pendant que mon père refuse, ne veut pas, ne veut pas aller chercher de l'aide, ne veut pas croire qu'il y a quelque chose -
Et soudain
Son appendice éclate.
Et elle meurt
C'était ça le moment attendu.
C'était ça.
Et Dieu retombe dans son fauteuil.
Il s'en roule une petite
Et il sourit, satisfait du travail bien fait.
Il ne regarde même pas quand on m'arrache au cadavre de ma mère sur une table d'opération.
Il ne prête aucune attention aux hurlements de mon père.
Il ne remarque pas mon frère à quatre pattes, tout seul
Et nous, on sait.
On sait qu'à partir de cet instant Dieu ne regarde plus."

Débris, Dennis Kelly, traduction de Philippe Le Moine & Pauline Sales, éditions Théâtrales, 2008

On peut écouter sur France Culture sa pièce Oussama ce héros ici (accrochez vous !)
ou sa pièce Love & Money , un extrait de cette pièce ici-même

jeudi 2 août 2012

L'os des mots


et bing
et bang
dans l'os des mots

image trouvée

lundi 30 juillet 2012

Traction Brabant 47

Au menu du numéro estival de TB, entre autres, JB Pedini, Marlène Tissot, Thomas Vinau, Morgan Riet, Pierre Anselmet, Marc Bonetto, Laura Vazquez,... et aussi Patrice Maltaverne dans un incipit percutant comme toujours... et puis encore -ah tiens, elle est encore là celle-là- la Mu et sa paire de ciseaux...

"Le monde est un décor. Le sang est un détail. La progression est stable, confortable, parfaite"
Thomas Vinau, Le décor et le détail 




mercredi 25 juillet 2012

Les villes invisibles d'Italo Calvino

"C'est à tout cela qu'il pensait quand il avait le désir d'une ville. Isidora est donc la ville de ses rêves : à une différence près. Dans son rêve, la ville le comprenait lui-même, jeune ; il parvient à Isidora à un âge avancé. Il y a sur la place le petit mur des vieux qui regardent passer la jeunesse; lui-même y est assis, parmi les autres. Les désirs sont déjà des souvenirs."

La ville et la mémoire. 2, dans Les Villes invisibles, d'Italo Calvino, Seuil, 1984




les villes invisibles par booksmag

mercredi 18 juillet 2012

FIN DE L'HISTOIRE


Le trou #5

Il t'emmène souvent dans des soirées où tu ne piges rien
ça parle philo, psycho, socio, plein d'autres trucs en O
ça glose sur la marche du monde (celui là même qui décompose
dans le creux de ton ventre)

tu restes 
en retrait
derrière lui
à côté
tes boucles, tes hanches, tes seins, ta jolie petite gueule
et ce trou minuscule offert sur un plateau
à chacun de ses mots traits d'humeur d'humour

il t'emmène souvent dans des soirées
pour ton sourire constant et tes dents du bonheur


/


Je vois bien que tu grinces
tu penses  
c'était plus chouette hier
mais quoi
tu ne croyais tout de même pas
que ça allait finir
léger
comme une bulle
ton trou
dans le fond de ton verre

mardi 17 juillet 2012

Le trou #4

Le trou d'hier n'est pas celui d'aujourd'hui

si je répète les mots très vite
trou d'hier troud'hier troudière
entre mes dents surgit une définition :

troudière : n.f., piège à trou



Il n'a pas tort au fond
ça a passé



 

lundi 16 juillet 2012

le trou #3

ben oui ça fait mal
tu craches en gémissant
et drôlement même
tu fais des cris de chat
tu geins comme une enfant
je dérouille
tu répètes en grinçant
tu frappes ton visage
j'ai mal
plusieurs fois dans les draps


tu as mal
pas seulement parce qu'il met
l'index dans la plaie



tu as mal
parce que ton coeur fait des hoquets
il plonge, fait surface
(il préfère ton pylore
à l'os de tes cotes)



/


c'est la nuit
il est tard

il met la tête sous l'oreiller

ça ne sert à rien
il dit quand même

Pense à autre chose...
ça va passer    


/


- tu m'aimes ?
(soupir)
- mais ouiii je t'aime


(avec 3 "i" tout de même)





dimanche 15 juillet 2012

Le trou #2


et ton angoisse
te fait un deuxième trou au cul

(tu dis ça à cause
du ver
tu expliques mais
en fait
-tu ne dis plus au fond
parce qu'au fond y a le trou
et tu l'as déjà dit-
en fait
c'est pas très compliqué
de suivre ta pensée :
tes images se répètent
tes obsessions aussi)

/

il le sait bien
il demande quand même :
ça fait mal ? 


samedi 14 juillet 2012

Le trou #1


je suis au fond

tout au fond
du trou


un filet de salive 
un balancement mousseux
de fossette à fossette
la plaie rouge étirée
cousue entre les joues


je suis au fond

au fond
le rouge est triste

/


j'essaie de sortir de mon ventre
de me remettre en tête

la marche du monde :
la femme qui tombe d'un appartement, la grande entreprise qui joue l'emploi au dé, les attentats du jour dans un pays arabe, des hommes qui marchent au pas, en avant la musique, l'agitation fébrile sur les réseaux sociaux, et cet été qui tarde à cuirasser la peau...

mon angoisse est un ver solitaire
qui fraie sous mon crâne

/

ne reste 
à la surface
que la torsion
de ma bouche
mon abricot ridé
au bord de la fenêtre



vendredi 13 juillet 2012

Luciana, 1994 © Mario Cravo Neto

lundi 9 juillet 2012

Moisson...

...du jour

"Ecrire peu
Ecrire court
Juste quelque trace
Le strict minimum pour survivre"
  
extrait de Les hommes sans poésie manquent le réel, Karim Cornali
dans Les tas de mots n°9 - été 2012


"Les enfants ne meurent pas morts, ils meurent vivants
ils laissent des sédiments dans les adultes qui
allongent leurs peaux
&, encore une fois, j'ai rien contre personne
c'est juste leur enfance qui me porte sur le système"

Grégoire Damon
dans Microbe n°72 juillet-août 2012


"Pensez à apprendre vos leçons
pour demain
pour après demain 
pour le restant de vos jours
et jusqu'à ce que
mort s'ensuive"

extrait de Deux poings ouvrez les guillemets, Guillaume Siaudeau


"On cherche toujours la mer. La rumeur des vagues demeure inaccessible. Elle se joue du silence. Elle reste accrochée au filet bleu du ciel. On avance sans mal. Au détour des nuages, des plages sans couleur."

extrait de Prendre part à la nuit, Jean-Baptiste Pédini
Polder 153, 6 €, site Décharge

lundi 2 juillet 2012

La boîte #2



La petite mélancolie du dimanche
qui saisit systématiquement
au retour

Les hoquets de la voiture
qui avalent férocement 
les ornières

La route qui file
la vie qui reprend
son cours


rien ne change*
ni le monde
ni les autres
ni la peur

ni l'attention stupide
de la fille dans le miroir
mon reflet

L'indifférence coulée
dans le trou à la place
du cœur


la mélancolie du dimanche ?


Mais aujourd'hui lundi
je plonge le stylet
dans la poitrine
profondément
jusqu'à buter la boîte


/


* tu as mis un astérisque parce qu'au fond tu sais bien que tu les emmerdes avec les élucubrations de ton crâne. tu sens bien que tout cela ne mène à rien, que tu, que je, qu'ils tournent en rond.

tes mots finalement ne vont nulle part. Ils jaunissent, s'accumulent, pâles lettres, entre de vieux tissus.tu mets un astérisque (et le lien qui va avec), pour le velours écarlate sur ta boîte de bois.