Les fluides qui s'amassent, s'entassent et se mêlent
Les humeurs à l'odeur aigre qui gélifient
Dans ton ventre
Quand même (les mêmes mots, toujours les deux mêmes, que tu uses d'un à l'autre poème)
Quand même, le furieux ricochet des syllabes au fil de tes eaux
samedi 9 février 2013
un jour, le baiser redevient
une langue, c'est comme ça
un muscle épais gluant
ça rentre, ça claque
il y a toujours, dans un sens
ou un autre, une première fois
sous le sentiment nu
la chair qui pénètre, attaque
la salive qui retisse la distance
entre lui et toi
pourtant
quand même
le je t'aime glisse
à chaque fois
tu salives
et ça tombe
par les fentes bien au fond
tout au fond de toi
"Il ne suffit pas de pénétrer l'autre..." - Michel Merlen
AU PLUS VIF DES VIVANTS
Je veux qu'on le sache
j'ai de l'admiration
pour tout ce qui est vivant
pour le pain chaud de tes cuisses
pour les fraises de ton sexe
pour les nuits blondes de tes pupilles
je veux qu'on le sache
j'ai des balafres j'ai des plaies
je sors des hôpitaux
pour me soigner
au vent cinglant des villes
à l'iode du sourire des filles
mais le métro mâche mes mots
les voitures m'évitent
je glisse sur les boulevards
comme une boule de billard
je fais la queue dans les jardins
mes pas bâtis à la hâte
deviennent sommaires
je ne sais plus pourquoi je marche
ANGST
Il t'est arrivé un accident. Comme des
coups de maillet sur la mémoire à vif.
Les sapins bleus tournent. Angst pèse
sur chaque mot. Chrysalide de la pen-
sée. Encre ou rasoir. Les petits pas de
l'écriture brillent sur le givre. Ne pas
laisser se dilater les pupilles. Tu
d o i s rejoindre la meute des vivants.
______________
Il ne suffit pas de pénétrer l'autre
pour sortir de soi
Extraits de Borderline, Michel Merlen, Standard 1991
Je veux qu'on le sache
j'ai de l'admiration
pour tout ce qui est vivant
pour le pain chaud de tes cuisses
pour les fraises de ton sexe
pour les nuits blondes de tes pupilles
je veux qu'on le sache
j'ai des balafres j'ai des plaies
je sors des hôpitaux
pour me soigner
au vent cinglant des villes
à l'iode du sourire des filles
mais le métro mâche mes mots
les voitures m'évitent
je glisse sur les boulevards
comme une boule de billard
je fais la queue dans les jardins
mes pas bâtis à la hâte
deviennent sommaires
je ne sais plus pourquoi je marche
ANGST
Il t'est arrivé un accident. Comme des
coups de maillet sur la mémoire à vif.
Les sapins bleus tournent. Angst pèse
sur chaque mot. Chrysalide de la pen-
sée. Encre ou rasoir. Les petits pas de
l'écriture brillent sur le givre. Ne pas
laisser se dilater les pupilles. Tu
d o i s rejoindre la meute des vivants.
______________
Il ne suffit pas de pénétrer l'autre
pour sortir de soi
Extraits de Borderline, Michel Merlen, Standard 1991
mercredi 6 février 2013
fibrillations (extrait) - Jean-Marc Undriener
"...j’en
arrive à être moins immergé dans le réel que dans le virtuel. virtuel
qui n’est pas virtuel du tout, en fait. tout cela a/est une réalité.
cela existe. disons que c’est numérisé. médiatisé. que c’est une
représentation. mais le monde concret autour de moi, il est là.
je peux le toucher, lui. je peux le toucher, le sentir, le respirer,
m’en imprégner physiquement et pourtant je ne le fais pas. les rares
moments où je m’y aventure, c’est pour le mettre dans une boîte, et le
faire passer de la boîte à une boîte plus grande et plus large. une
boîte publique. la photographie. c’est encore de la distance que je mets
entre le monde et moi.
il faudrait pouvoir marcher dans le monde sans garder la moindre trace du passage. sans chercher à témoigner de sa présence. c’est sans doute ça, l’humilité absolue. ne pas laisser la moindre empreinte. savoir qu’on existe devrait suffire. pas besoin de preuve. à croire que je doute de ma propre existence, de ma propre consistance. de mon utilité. et que c’est ce qui me fait agir. il y a sans doute une erreur d’appréciation, quelque chose à creuser, là. comme s’il fallait que tout serve, que tout soit recyclé, que tout soit rendu public. l’essentiel comme le futile. si on trie bien dans tout ça, on risque de garder bien peu de choses. et c’est ce peu que j’aimerais (re)trouver. la bonne mesure. la bonne distance..."
Jean-Marc Undriener
le début & la suite sur fibrillations
il faudrait pouvoir marcher dans le monde sans garder la moindre trace du passage. sans chercher à témoigner de sa présence. c’est sans doute ça, l’humilité absolue. ne pas laisser la moindre empreinte. savoir qu’on existe devrait suffire. pas besoin de preuve. à croire que je doute de ma propre existence, de ma propre consistance. de mon utilité. et que c’est ce qui me fait agir. il y a sans doute une erreur d’appréciation, quelque chose à creuser, là. comme s’il fallait que tout serve, que tout soit recyclé, que tout soit rendu public. l’essentiel comme le futile. si on trie bien dans tout ça, on risque de garder bien peu de choses. et c’est ce peu que j’aimerais (re)trouver. la bonne mesure. la bonne distance..."
Jean-Marc Undriener
le début & la suite sur fibrillations
mardi 5 février 2013
Ta première nuit dehors
ça fait clic
clac ça fait
ça fait clic
et puis clac
tu ouvres le canapé
et ça ne fait
plus rien du tout
clic clac
le bruit de la porte
d'une étoile écarlate à cinq branches sur ta joue
lundi 4 février 2013
![]() |
| Christina Mrozik |
Le mot mort est une coque de noix, oubliée, éventrée entre de vieilles miettes, dans un angle invisible, qu'un balai cherche à atteindre chaque jour, en vain, sous le buffet. jusqu'à cet instant, tu l'ignorais. bien que des mites noires agacent sans relâche ta vue, tes bras qui battent l'air, tes mains qui stoppent net, s'abattent furieuses, sur les colons ailés en grappe sur les murs, derrière chaque battant, dans des boîtes fermées. tu fronces des sourcils, souffles, récures, extermines : elles grouillent. sur tes lèvres, tes oreilles, tes narines, dans tous tes orifices. et tes pores continuent d'exhaler leur odeur volatile. d'autres mots sont lâchés, les mites mangent.
la coque, tu la découvres ce jour où allongée au sol, tu ondules frénétiquement -est-ce la peur ?- la main tendue vers le squelette de noix qui vacille. tu ramènes du bout de l'ongle la coquille qui déborde de vers. dans la transparence des ventres blancs annelés, tu entends s'agiter un embryon de r dans le mot.
Je les mets en bouche -c'est le seul moyen pour
Je les passe à droite à gauche
sur la langue la glotte -jusqu'à le haut-le-coeur mais
Je mâche à peine
Je suce suçote -il ne faudrait pas que
J'imprègne de salive
mon fluide dissolvant fend
Je coupe-jusqu'au cœur où
*
Au bout d'un moment
Sur la table
Entre mes mains
Dans la bouche
Ou la tête
Les mots gisent
Mon jus de salive
Tend ses fils entre les commissures
Et ces moitiés de mots
Hululent leurs ventres éclatés
La coulure des syllabes
Au bout d'un moment
Je passe la langue sur l'arête aiguë
Des déchirures
Tous les sens envolés dans la glu de ma joue
*
certains disent
Il n'y a rien au fond
-ceux-là ont percé à jour
sous l'adroit assemblage
de mes mots sur la page
le vide des cailloux-
certains disent
Il n'y a rien derrière
ce n'est pas faux
*
il y a juste la jouissance
le plaisir d'arracher
une à une les peaux
de gratter, de racler
du bout de l'ongle le mot
de ne plus rien comprendre
d'observer longuement
jusqu'à devenir folle
la coque vide et molle
de l'étrange animal
*
sous le mot il y a
ça coule à mon oreille
loin très loin derrière
le giclée de la mer
*
Le mot est une conque :
Qui comprend sa musique ?
Je les passe à droite à gauche
sur la langue la glotte -jusqu'à le haut-le-coeur mais
Je mâche à peine
Je suce suçote -il ne faudrait pas que
J'imprègne de salive
mon fluide dissolvant fend
Je coupe-jusqu'au cœur où
*
Au bout d'un moment
Sur la table
Entre mes mains
Dans la bouche
Ou la tête
Les mots gisent
Mon jus de salive
Tend ses fils entre les commissures
Et ces moitiés de mots
Hululent leurs ventres éclatés
La coulure des syllabes
Au bout d'un moment
Je passe la langue sur l'arête aiguë
Des déchirures
Tous les sens envolés dans la glu de ma joue
*
certains disent
Il n'y a rien au fond
-ceux-là ont percé à jour
sous l'adroit assemblage
de mes mots sur la page
le vide des cailloux-
certains disent
Il n'y a rien derrière
ce n'est pas faux
*
il y a juste la jouissance
le plaisir d'arracher
une à une les peaux
de gratter, de racler
du bout de l'ongle le mot
de ne plus rien comprendre
d'observer longuement
jusqu'à devenir folle
la coque vide et molle
de l'étrange animal
*
sous le mot il y a
ça coule à mon oreille
loin très loin derrière
le giclée de la mer
*
Le mot est une conque :
Qui comprend sa musique ?
dimanche 3 février 2013
Les dents de lait des vagues* - Jean Baptiste Pedini
"L'océan s'entête à monter. Les eaux viennent mordiller les doigts de pied qui traînent là. Et personne ne recule. Personne ne tente d'échapper aux dents de lait des vagues. Aux morsures humides
qui brillent au crépuscule. À ces minuscules piqûres dont on subit l'inconstance. Le vent.La nuit. L'air frais et les moutons. Les mégots qui se glissent entre les lèvres du ciel. Et dont on ne se détourne pas.
Au devant tout est mort. Le jour s'accroche à notre dos pour atteindre le bout de la plage."
Au devant tout est mort. Le jour s'accroche à notre dos pour atteindre le bout de la plage."
Passant l'été, Jean-Baptiste Pédini, Cheyne, 2012
*Ce titre extrait du texte de JBP, résume à lui seul pour moi la mélancolie douce de l'enfance... : la mer et l'île
On peut à propos de ce recueil lire la belle chronique de Patrice Maltaverne ici
samedi 2 février 2013
Il prend mille précautions pour dire, me dire, que là, en ce moment, maintenant, enfin, ce n'est pas, rien de grave au fond, vraiment il est, solide, solide mais bon, il prend de l'âge, il ne dit pas vieillit, j'entends la périphrase, il dit, il a, quelques soucis, quelques, redit, travailler à son âge, bien sûr qu'il est, fatigué, il est, la voix dit le contrôle, est ferme, est rassurante, et fluide, répète, la date, il la connaît, la dit, l'hospitalisation il la prépare, il me prépare, peut-être pas pour là, maintenant, mais bah, c'est une question de temps, soixante dix ans tout de même, la date, redit, la date du contrôle, la même que celle, c'est drôle, la même, l'anniversaire de M., l'enfant, arrivé sur le tard, drôle de lieu je pense, je prends le mot, l'évide, et plus rien n'a de sens, de suite, à l'instant même, il parle, les mots se suivent, se brouillent, sur la paroi, le téléphone contre l'oreille, à mon oreille, il dit, chuchote, en fait non, parle normalement, c'est la distance, qui fait que nos deux voix tressautent, pourtant, assure, rassure, il n'y a rien de grave, le ventre, le 8, l'anniversaire dommage, il n'a pas vraiment eu, le choix, il dit, ça va, je vais, tu vas ? il dit, il rit, une lettre à changer, a changé, et change, la branche, mon père prêt à sauter, et moi en bas, le ventre, les orteils crispés, par bouts, à dépiauter les mots, les phrases, qu'il dit répète, me force, je l'écoute à moitié, à autre chose, des mots, coquilles, où glisser d'autres mots, le vide, j'entends, le sens me traverser de haut en bas, voilà, il parle, ça recommence, je n'écoute que moi, le bruit de ses cailloux, légers, pleins d'air, entassés et mouvants, sous ma chair molle, et lui, perdu, entre les interstices, en miettes, ailleurs.
mercredi 30 janvier 2013
Cuisine
"La poésie tend à isoler le mot et donc lui donner sa résonance maximale, alors que la prose narrative, dans son phrasé lié favorise l'enchaînement et donc le choix automatique du sens imposé par le contexte de la phrase.
[...]
Il faut à la fois que le mot pèse de tout son poids (tendance à l'isolement) et qu'il soit pris dans le mouvement global de la séquence ou de la page.
En quelque sorte, favoriser le vertical, le travail autonome du mot, sans perdre l'horizontal car il participe aussi à l'ensemble"
Antoine Emaz, Cuisine, p.11, Publie Papier, 2012
mardi 29 janvier 2013
Un régal : Anna de Sandre
Les regards habités
La ville résidait dans nos yeux
possédait chacun d'entre nous
nous n'y trouvions pas à redire
nous la logions elle nous hantait
le sommeil restait à sa porte
et ses lumières faisaient briller
ce que les autres prenaient souvent
pour une passion ou de la fièvre
nous l'abritions sous nos paupières
émus fanfarons et contents
et pour tout dire nous nous flattions
qu'elle nous habite pour pas un rond
et quand nous reprenions la route
transis fourbus mais pleins de force
c'est là dehors précisément
qu'elle s'acquittait de son loyer.
Anna de Sandre sur la toile
Les Carnets du Dessert de Lune c'est par là
mercredi 23 janvier 2013
il faut que tu gardes les yeux bien ouverts
ça pleut
ça nettoie à grande eau
(la toile tendue et blanche
où rien de neuf s'écrit)
la nuit tarde et rechigne
à baisser des paupières
il faut que tu gardes
les yeux bien ouverts
ça racle
(mouvements brefs
et secs
de la toile émeri)
ça égratigne
ça renouvelle
la tension te dégorge
l'attention
aux plaies vives
sur le globe oculaire
ça
ta mémoire est derrière
mardi 22 janvier 2013
Le livre à disparaître (Janvier 2013)
La revue éphémère "Le Livre à disparaître" vient de paraître.
Pour feuilleter gratuitement la revue en ligne avant qu'elle ne disparaisse, ou bien pour acheter la version papier, rendez-vous ICI.
Au sommaire éphémère :
Barbara Albeck
Séverine Castelant
Marianne Desroziers
Christophe Esnault
Fabrice Farre
Lionel Fondeville
Brice Haziza (Néon)
Philippe Jaffeux
Steven Lambert
Perrin Langda
Rodrigue Lavallé
Eve Lerner
Anne Van der Linden
Murièle Modély
Emmanuelle Pagano
Raymond Penblanc
Jérôme Pergolesi
Hugo Pernet
Martin Perron
Walter Ruhlmann
Guillaume Siaudeau
Christophe Siébert
Marlène Tissot
Yannick Torlini
Frédérique Trigodet
Vincent
Fondée en 2012 par Romain Giordan, "Le Livre à disparaître" est une revue littéraire consacrée au thème de la disparition. Polygénérique, elle publie de la fiction, de la poésie contemporaine et des textes plus expérimentaux. Elle accueille des écrivains reconnus et de nouveaux auteurs. Des créations visuelles s’intègrent également à l’ensemble. Revue-concept en forme de one shot, "Le Livre à disparaître" a pour particularité - en corrélation avec son thème - d’être éphémère et de disparaître après la publication de son premier et unique numéro.
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