credit photo lorent devergue
C'est cool baby.
Clin d'oeil, moue, claquement de langue.
Je fixe le mec qui fait du gringue à ma soeur.
Je la regarde rosir, trembloter sur sa chaise.
Voilà ça marche, faut pas grand chose pour qu'elle cède.
Un parfum bon marché, forcément bon puisqu'y a la pub à la télé. Un tee-shirt moulant. Deux, trois mois d'angliche... Et la voilà emballée la soeurette, roulée comme une crêpe, chauffée des deux côtés.
Il dit vraiment pas grand chose le mec, des banalités affligeantes à pleurer, genre "t'as du feu", ou "c'est joli ce que tu portes", "t'as vu Nagui à la télé", tout à l'avenant...
Et puis jetés ici et là, comme une ponctuation qu'il ne maîtrise pas, des mots empruntés à une langue qu'il connaît à peine. Pour faire genre, se donner l'air, poser comme...
Elle n'entend pas le vide. Le petit pois qui roule, quand il secoue du chef.
Elle trouve juste ça chouette qu'on l'appelle baby. Et moi je ne peux pas comprendre, la vraie vie, les vrais gens, le nez toujours plongé dans des livres, des dictionnaires. Ouais, elle n'en revient toujours pas, des dictionnaires !
Elle est pas fun ta soeur, c'est ça qu'il a dit en branlant de la tête, à défaut d'autre chose.
C'est sûr, je ne suis pas foehn, c'est pas moi qui vais décoiffer de beaux hommes musclés causant franglais. Je suis bien sage derrière ma soeur, assise en retrait, à observer ce type faire le joli coeur.
Je rigole en douce, je me trouve drôle, à cause du foehn. C'est pas lui qui comprendrait, trop fin.
Mais je ne dis rien de ce qui me passe par la tête.
Je me contente de le regarder.















