Au sommaire du numéro 41
Ed Anon, Yvan Avena, Pierre Bastide, Stéphane Branger, Kevin Broda, Henri Cachau, Michèle Caussat, Jean-Marc Couvé, Cathy Garcia, Béatrice Gaudy, Delphine Gest, Joaquim O Giannuzzi, Jean-Claude Goiri, Philippe Jaffeux, Alfonso Jimenez, Patrick Joquel, Francis Krembel, Jacques Laborde, Pascal Lenoir, Mac-Nab, Catfish McDaris, Jean-Louis Millet, Murièle Modély, Didier Ober, Gérard Paris, Thierry Roquet, Louis Savary, Eric Simon, Michel Talon, Marc Tison, Yannick Torlini, Claude Vercey, Patrice Viguès, Vince
Présentation par P. Maltaverne :
"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts
[...]
le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.[...]
Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres : vous comprendrez donc que les (h)auteurs intéressés que par eux-mêmes ne soient pas forcément les bienvenus ici.
P.M. Contact : p.maltaverne@orange.fr"
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mercredi 6 juillet 2011
lundi 4 juillet 2011
Addiction #2
C'est une espèce de parasite à reproduction rapide. Ça plante ses griffes à n'importe quel endroit du corps : la tête, le ventre, le sexe, les jambes... et ça s'agite, le suceur profondément enfoncé dans l'épiderme.
Tu sens la circulation des fluides, il avale, il injecte, il pond. Tout ça en même temps. La performance, tu le sais, n'est pas une question de taille. Cette bête particulièrement virulente, ne dépasse pas les 300 microns. Ton coeur te le signale, il toque, comme un malade, 180 fois à la porte. Bien sûr, il arrive qu'elle te laisse en paix. Quand elle s'accouple notamment, à un autre parasite. De son espèce ou d'une autre.
La survie est dans l'hybridation.
La bête le sait.
Tu le sais.
Tu as arrêté tous les traitements.
Les molécules chimiques n'ont plus aucun effet sur tes suées, tes poussées d'adrénaline, tes peurs, du noir, du plein, des gens.
Le seul truc qui t'apaise maintenant, c'est la boire. Tu ne fais d'ailleurs plus que ça, boire entre quatre murs, pendant les crises.
Tu as même fait fabriquer une paille métallique, que tu plantes à chaque attaque de panique. Très précisément, entre les clavicules de ton enfant.
Tu sais que c'est mal, mais tu ne peux pas t'en empêcher... La question est, pour elle, comme pour toi : est-ce qu'on meurt de dévoration ?
Publication initiale sur http://fpdv.over-blog.org/ - juin 2011
Tu sens la circulation des fluides, il avale, il injecte, il pond. Tout ça en même temps. La performance, tu le sais, n'est pas une question de taille. Cette bête particulièrement virulente, ne dépasse pas les 300 microns. Ton coeur te le signale, il toque, comme un malade, 180 fois à la porte. Bien sûr, il arrive qu'elle te laisse en paix. Quand elle s'accouple notamment, à un autre parasite. De son espèce ou d'une autre.
La survie est dans l'hybridation.
La bête le sait.
Tu le sais.
Tu as arrêté tous les traitements.
Les molécules chimiques n'ont plus aucun effet sur tes suées, tes poussées d'adrénaline, tes peurs, du noir, du plein, des gens.
Le seul truc qui t'apaise maintenant, c'est la boire. Tu ne fais d'ailleurs plus que ça, boire entre quatre murs, pendant les crises.
Tu as même fait fabriquer une paille métallique, que tu plantes à chaque attaque de panique. Très précisément, entre les clavicules de ton enfant.
Tu sais que c'est mal, mais tu ne peux pas t'en empêcher... La question est, pour elle, comme pour toi : est-ce qu'on meurt de dévoration ?
Publication initiale sur http://fpdv.over-blog.org/ - juin 2011
samedi 2 juillet 2011
Entre les fentes
Entre les fentes des stores
Se diffracte le soleilLes giclures éclaboussent
Mon corps enroulé
Dans les draps chiffonnés
La molle obscurité
Je suis moite
Ma poitrine
Se soulève
Et s'abaisse
lentement
La buée
Constellée
Qui tombent les étoiles
Dessinent les contours
De chacun de mes poils
Il fait chaud
Dehors
Dedans
La sueur coule aussi
En dessous des paupières
Seul le temps qui passe
Granule sur les lèvres
Le reste se dissout
Et inonde le lit
Cette chambre n'est pas
Le bon antre où gésir
Entre les fentes #2
Et quand je plisse l'oeil
Je vois un rayon fauve
foudroyer
l'herbe sèche
un pavot
gerber rouge
sur la terre
un lézard
fouetter l'heure
immobile
laisser sur ma rétine
comme une cicatrice
une queue de reptile
*
c'est son membre coupé
qui perturbe ma vue
dans le soleil
hallucinée
je fends
la chambre
le jardin
le trottoir
la rue
quelquefois
tu végètes couché sur les pierres
d'autres fois
je te vois comme si j'étais nue
mais le plus souvent
rien
j'arpente les yeux vides
les artères de la ville
mardi 28 juin 2011
Addiction #2
un texte again
sur FPDV
oeuvre de Solange Knopf sur le thème du mois de juin
(Addict or not Addict that's the question ? ;)
lundi 27 juin 2011
Les arbres
© L'entrée des sauvages
Elle est assise sur le muret, jambes pendantes tapant en rythme les pierres. Cela fait toc toc toc... une musique sèche, qui vibre jusqu'aux genoux.
En bas, la terre, et les nuages de poussière.
En haut, rien.
Il est presque midi, l'air est étouffant. La sueur coule dans son dos, la répand posément, comme une matière molle, sur le béton brûlant.
La maison de l'autre côté est silencieuse, tous les volets sont clos. Elle est sortie seule, à l'heure la plus chaude de la journée, à cause des arbres. Hauts, maigres, alignés comme des pieux, dans le ciel bleu et vide.
A travers la fenêtre, elle avait vu plus tôt, le vent faiblard et inconstant soulever des brindilles, faire rouler un ballon aux couleurs défraîchies, contre la table.
Premier plan
Réduire l'oeil à la fente
Un peu plus loin, la haie, la cloture du jardin. Et derrière, de l'autre côté de la rue, une armée végétale : des soldats troncs, touffus et fixes.
Second plan. Traquer un mouvement
Elle est assise et peine à pénètrer du regard, le feuillage compact. Ses yeux rebondissent comme des balles sur chaque hallebarde. Pourtant il y a une faille, une entrée, un secret. Il y en a forcément. Les piaillements d'oiseaux, les stridulations d'insectes grouillent dans l'enchevêtrement des branches invisibles. Elle entend leur murmure, leur sourd chuchotement. Elle sent sur sa peau moite, leur lent écoulement.
Est-ce que ces bruits minuscules sont des larmes ? Est-ce que ce sont des plumes, des élytres qui glissent, le long de ses cuisses ?
Elle ne sait pas, elle sent les pointes, le tranchant de ces dagues, plantées profondément en terre, entrer dans son cerveau. Et ça fuit tout là haut, comme un nuage qu'on crève, un ballon de baudruche qui pète et file au loin. Les entrailles qui coulent, sont-elles vraiment les siennes ?...
La femme est soudain devant elle. Elle ne l'a pas entendu arriver, elle a d'un coup senti l'odeur rude de sa robe.
La main qui effleure son front est froide... Il fait quarante à l'ombre, la fièvre la terrasse, et l'autre a les mains froides.
- Viens... Rentre embrasser ton père... Tu vas le regretter.
Elle détourne la tête. Les arbres aigus ont fait comme une plaie dans sa colonne. Elle forme avec sa main un viseur devant l'oeil.
Gros plan
Tirer la langue.
Elle n'a pas mal, finalement.
Les arbres ne coupent pas. Ils sont friables et doux comme des sorbets. Il suffit de sucer, leur pointe fond en bouche.
C'est aussi simple que ça. Elle a le choix.
Photo de L'entrée des Sauvages
Hélène Lagnieu
Les poissons rouges - 2010
maman d'albinos - 2009
Découvrez l'univers d'Hélène Lagnieu, artiste peintre plasticienne
Addiction
Boire, manger, fumer, faire quelque chose, n'importe quoi. Avoir les mains prises. S'agiter, s'exciter, branler. C'est bien de ça, hein, qu'il s'agit, baiser ou être baisé.
Alors j'avale, liquide, solide, peu importe : faut se remplir pour ne pas avoir mal. C'est pas trop difficile, suffit de secouer le bras comme les autres, genre pantin désarticulé.
Ouais, faut prendre un air, taper dans le dos des potes, et trinquer. Un verre, une saucisse, une femme à la main.
Même s'il arrive de plus en plus souvent, qu'un manque me fonce dessus sans prévenir. Généralement en fin de mois, vers le vingt. Plus une tune pour me payer tout mon bazar.
C'est souvent le soir, quand je suis seul avec mon frigo, mes poches, et mon lit vides. J'ai même pas l'ombre d'un demi cacheton, pour me booster le cœur, pour assommer le silence d'un battement uppercut. J'ai froid, je tremble, et parfois même je pleure.
Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac.
Alors je prends une ficelle, ou un couteau, ou si je tremble trop, mes mains. Je descends sur l'immense terrain vague derrière l'immeuble, je m'accroupis dans un coin sombre, et j'attends... Y a toujours une bête, un chat, un rat, qui passe.
Alors je le crève, comme j'ai dit plus haut, avec une corde, un couteau, à mains nues... Faut bien que le cerveau immobile, qui commencait à se carapater par tous mes orifices, s'arrête de couler.
Et la mort de la bête, mon vieux, c'est aussi efficace qu'une piquouze de cholestérol en plein dans la carotide. Et toute cette purée de mots rentre aussi sec, et en ordre, dans le crâne. Comme une armée de fourmis obéissantes. Tu vois, j'ai de quoi voir venir...
Je me demande seulement ce que je ferai, le jour où ils commenceront à bâtir leur foutu centre hospitalier.
publié initialement sur FPDV, juin 2011, Addiction
Alors j'avale, liquide, solide, peu importe : faut se remplir pour ne pas avoir mal. C'est pas trop difficile, suffit de secouer le bras comme les autres, genre pantin désarticulé.
Ouais, faut prendre un air, taper dans le dos des potes, et trinquer. Un verre, une saucisse, une femme à la main.
Même s'il arrive de plus en plus souvent, qu'un manque me fonce dessus sans prévenir. Généralement en fin de mois, vers le vingt. Plus une tune pour me payer tout mon bazar.
C'est souvent le soir, quand je suis seul avec mon frigo, mes poches, et mon lit vides. J'ai même pas l'ombre d'un demi cacheton, pour me booster le cœur, pour assommer le silence d'un battement uppercut. J'ai froid, je tremble, et parfois même je pleure.
Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac.
Alors je prends une ficelle, ou un couteau, ou si je tremble trop, mes mains. Je descends sur l'immense terrain vague derrière l'immeuble, je m'accroupis dans un coin sombre, et j'attends... Y a toujours une bête, un chat, un rat, qui passe.
Alors je le crève, comme j'ai dit plus haut, avec une corde, un couteau, à mains nues... Faut bien que le cerveau immobile, qui commencait à se carapater par tous mes orifices, s'arrête de couler.
Et la mort de la bête, mon vieux, c'est aussi efficace qu'une piquouze de cholestérol en plein dans la carotide. Et toute cette purée de mots rentre aussi sec, et en ordre, dans le crâne. Comme une armée de fourmis obéissantes. Tu vois, j'ai de quoi voir venir...
Je me demande seulement ce que je ferai, le jour où ils commenceront à bâtir leur foutu centre hospitalier.
publié initialement sur FPDV, juin 2011, Addiction
jeudi 23 juin 2011
mercredi 22 juin 2011
Pour la soif
Parfois pour la soif
je passe la langue
dans les plis du cou
d'un enfant
de cinq ans
J'en ai un
sous la main
ça tombe bien
c'est le mien
Dans le creux de l'épaule
il a des grains d'opale
des gravillons juteux
des rocs odorifères
des pépites salées
Je lèche
Je gobe
Je prends
en bouche
J'avale
J'apaise
l'oeil
et la toux
La gorgée
de sueur
calée contre
ma joue
je passe la langue
dans les plis du cou
d'un enfant
de cinq ans
J'en ai un
sous la main
ça tombe bien
c'est le mien
Dans le creux de l'épaule
il a des grains d'opale
des gravillons juteux
des rocs odorifères
des pépites salées
Je lèche
Je gobe
Je prends
en bouche
J'avale
J'apaise
l'oeil
et la toux
La gorgée
de sueur
calée contre
ma joue
samedi 18 juin 2011
Elle se rappelle de ce matin dans la salle de bain, c'était y a quoi, un jour, un mois, un an... elle ne se souvient pas bien, les dates sont toujours floues.
Elle se rappelle juste de son visage. Nu. Dans le miroir. Pour la première fois, elle avait aperçu les dentelures, creusées ici et là, dans la chair et dans l'os.
Et elle l'avait maudit. Lui et ses mots d'amour, ses attentions tendres, ses morsures avides.
Ses mots comme des fauves machouillant son corps vide.
Sa bouche vomissant son intranquillité, "c'est dans l'ordre des choses qu'on s'affaisse, qu'on coule, que les chairs se défassent".
Il dit qu'il aime ça. Elle sent craquer ses os sous ses molaires, elle entend sa colonne vertébrale juter sur son menton.
Il dit ça, il sourit, et elle le hait plus fort.
Elle pleure.
Sur elle, évidemment.
Sur qui d'autre, sinon ?
Elle n'a pas d'enfant à se mettre sous la dent.
Publié initialement sur FPDV, au mois de mai 2011, thème Cannibalisme
"Un jour ou l'autre, je sais que la police viendra chez moi" - HF Thiéfaine
L'agence des amants de Mme Müller De l'amour de l'art ou du cochon, Hubert-Félix Thiéfaine, 1980
mardi 14 juin 2011
dimanche 12 juin 2011
Hue dia
Pas très loin
sous la peau
on est deux
D'abord
la rigolote
(apparente)
Bouche fendue
toujours bonne
à avaler les couleuvres
les escargots, les rats
ceci, cela, n'importe quoi
La bouche à tailler
les plaies, le soleil, le ciel
les éclats de rires en pointes
Si large qu'un troupeau d'éléphants
barrit au dedans en dégringolant
Et plus bas
(contenue)
la noire
Langue adipeuse
qui partitionne
à coups de boutoir
les papiers gras
mardi 7 juin 2011
Ver
j'ai lu un poème
humide et moussu, tapissé de lichensj'ai lu comme on applique avec délicatesse
la gouache grasse verte sur un cerveau
tout ça à cause d'un petit pois qui germe
tout ça à cause d'une image ronde qui roule
en l'oeil en bouche dans ma calotte
à chaque clignement de paupières j'écosse
chaque gousse est prairie tortueuse de hampes
et ça coule le long de mes joues, de ma bouche
ça convoque l'ailleurs, ça tisse des traverses
dans l'oreille, les narines, et souvent dans le coeur
il y a un ver
*
ça résonne en écho
vert
vert
vert
ça rebondit
verts, avec un s
chaque heurt sur mon corps
déforme sa structure
et bientôt je divague
je quitte le poème
je plonge
dans cet homme aux yeux verts piqués d'or
dans cet homme aux fentes que je dévore
dans ce clapotis doux de cils
je glisse
à chaque lapée, sur des algues mouvantes
à chaque regard, sur des pierres coupantes
le cul par dessus tête
trempée jusqu'à la moëlle
je noie mon désir dans
d'épais remous
verts
dimanche 5 juin 2011
Les Designs charognes de Fabrice Marzuolo
Ai beaucoup aimé, notamment, les Fins de journée où tout s'étire et pèse, ou la Poésie universelle pour les crânes d'oiseaux des poètes
Extrait
"Il fait un temps gris une lumière
Qui rend visibles les barreaux
La journée tourne en long
Le soir
Les voitures rentrent au bercail
Et il n'y a plus que de l'air sale"
Pour commander contacter l'auteur par là
LES DESIGNS CHAROGNES
par Fabrice Marzuolo
Éd. de L’Autobus, 2011
20 pages
3 €
ISBN : 978-2-9539320-0-3
samedi 4 juin 2011
Sortir une corde du sac, sur une aire d'autoroute
Elle roule vite. Très vite. Elle tient sa moyenne.
C'est facile, suffit juste de maintenir le pied au plancher.
Elle pense qu'elle pourra peut-être faire signer des clients avant la fin de la journée. Elle pense à la mallette remplie d'échantillons qui ballotte dans le coffre. Brièvement, légèrement. Et puis rien... L'idée gicle entre les panneaux de signalisation qui filent. Les vitres sont baissées, les mèches de ses cheveux s'emmêlent sur son visage. C'est comme ça. Toujours. Sur l'autoroute, tout s'efface.
Les paysages, les camions, le bruit, le chahut, alentour, au dedans. L'espace bave rouge à l'angle des paupières. La faute à la force centrifuge. Ça s'éclate fruits mûrs, contre la paroi nasale. Parfois elle saigne, d'autres larmoie. La faute à la pression sur les capillaires. Ça coule, les gens, le présent, la mémoire, sur le chemisier blanc. C'est l'été et l'air rentre en tremblant, par sa bouche.
Grand ménage en vitesse : elle se vide du cerveau jusques en bas des fesses. Elle est un réceptacle creux en mouvement.
A l'arrêt, elle le sait, il faudra à nouveau faire semblant. Alors elle roule. A fond.
Surtout ne pas s'arrêter. Va savoir ce qui pourrait se passer si l'envie de pisser la stoppait sur une aire.
Au choix, elle pourrait reprendre ses esprits devant une fontaine, s'éclabousser les pieds dans des chiottes à la turque, marcher dans de la merde en montant dans l'auto, mâchouiller l'oeil fixe, un sandwich au volant, s'humecter le visage en matant un inconnu, tendre le bras au ciel pour avoir un réseau...
Ou alors, elle pourrait finir le débondage. Sortir de son sac une corde et se pendre, vomir les deux doigts tout au fond de la gorge, ou baisser sa culotte qu'un sexe la perfore.
Chercher à se vider, encore et encore.
C'est facile, suffit juste de maintenir le pied au plancher.
Elle pense qu'elle pourra peut-être faire signer des clients avant la fin de la journée. Elle pense à la mallette remplie d'échantillons qui ballotte dans le coffre. Brièvement, légèrement. Et puis rien... L'idée gicle entre les panneaux de signalisation qui filent. Les vitres sont baissées, les mèches de ses cheveux s'emmêlent sur son visage. C'est comme ça. Toujours. Sur l'autoroute, tout s'efface.
Les paysages, les camions, le bruit, le chahut, alentour, au dedans. L'espace bave rouge à l'angle des paupières. La faute à la force centrifuge. Ça s'éclate fruits mûrs, contre la paroi nasale. Parfois elle saigne, d'autres larmoie. La faute à la pression sur les capillaires. Ça coule, les gens, le présent, la mémoire, sur le chemisier blanc. C'est l'été et l'air rentre en tremblant, par sa bouche.
Grand ménage en vitesse : elle se vide du cerveau jusques en bas des fesses. Elle est un réceptacle creux en mouvement.
A l'arrêt, elle le sait, il faudra à nouveau faire semblant. Alors elle roule. A fond.
Surtout ne pas s'arrêter. Va savoir ce qui pourrait se passer si l'envie de pisser la stoppait sur une aire.
Au choix, elle pourrait reprendre ses esprits devant une fontaine, s'éclabousser les pieds dans des chiottes à la turque, marcher dans de la merde en montant dans l'auto, mâchouiller l'oeil fixe, un sandwich au volant, s'humecter le visage en matant un inconnu, tendre le bras au ciel pour avoir un réseau...
Ou alors, elle pourrait finir le débondage. Sortir de son sac une corde et se pendre, vomir les deux doigts tout au fond de la gorge, ou baisser sa culotte qu'un sexe la perfore.
Chercher à se vider, encore et encore.
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